TURKESTAN
bitans se compose de mahomélans sunnites. Les habitans du pays de Dervazeh sont idolâtres. 11 y a en outre quelques milliers de Juifs et un nombre encore moindre d'individus qui professent d’autres religions.
GouvEeRnEMEnNT. Îl est plus ou moins despotique dans presque tous les khanats ; mais la rigueur de larbitraire y est adoucie par l'influence de la religion et par les habitudes nomades d’un graud nombre de leurs habitans. Celui du khanat de Boukhara peut être regardé comme une aristocratie théocratique. Les lois du Coran y sont plus strictement observées qu’en aucun autre état mahométan.
INDUSTRIE. Les habitans du khanat de Boukhara se distinguent sur tous leurs voisins par leur industrie et par les belles étoffes de coton, de soie, par les bonnets, les papiers et autres articles qu’ils savent fabriquer. On peut dire en général que dans toutes les grandes villes des khanats entre lesquels le Turkestan est partagé, l’industrie est assez florissante, et que la plupart de leurs nombreux habitans s’adonnent à l’agriculture; plusieurs cantons même sont si bien cultivés qu’ils ressemblent à des jardins. Dans ces contrées , que bien des géographes représentent encore comme des déserts stériles, les canaux d’arrosement sont aussi multipliés que dans les parties les mieux cultivées du royaume Lombard-Vénitien. L'éducation du bétail et le pillage sont les principaux moyens de subsistance des peuples entièrement nomades.
commence, Pen de nations sont plus adonnées au commerce que les Boukhares. Ils mettent autant d'intelligence et d'activité dans leurs opérations commerciales que de parcimonie dans leur manière de vivre. Les marchands boukhares parcourent toute l’Asie pour se livrer à leur trafic; aussi ont-ils formé de nombreuses colonies en Chine, en Russie et dans les états limitrophes du Turkestan.
Ils font leurs plus importantes affaires avec la Russie que Orenbourg, avec la Chine par Kachgar, avec Kaboul par Balkh, et avec l’Inde par Kachemir.
Leur commerce avec les autres contrées est moins important. Les principaux articles d’EXPORTATION Sont :
coton , coton filé, toiles et étoffes de co-
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ton, bonnets, étoffes de soie, chevaux, turquoises , lapis-lazuli, peaux de renards, peaux d’agneaux avortés, fruits secs, pistaches , semences de vers à soie, or en poudre. Les principaux articles d’IMPORTATION sont : thé, étoffes de soie, rhubarbe, porcelaine et autres articles de lPempire Chinois ; indigo, châles de Kachemir , étoffes de soic et de coton de l’Inde; en outre plusieurs articles produits du sol et des fabriques des royaumes de Kaboul et de Perse , el surtout de Pempire de Russie. La plus grande partie de ces marchandises est exportée vers les pays avec lesquels les Boukhares ont des relations commerciales et auxquels elles conviennent. Les féroces Kirghiz et plusieurstribus de Turkomans font de temps immémorial l’abominable commerce des esclaves. Les villes les plus commerçantes sont: Boukhara, Khokand , Tochkend, Balkh, Nouvelle-Ourghandj et Khiva.
DIVISION POLITIQUE ét TOPOGRAPHIE, Le Turkestan depuis long-temps n’est plus soumis au même souverain; mais il est partagé en un grand nombre d’états, dont l’étendue et la population sont très différentes. Le khanat de Boukhara, et ensuite ceux de Khiva, de Koundouz et de Khokand sont actuellement les puissances prépondérantes de cette contrée.
Viennent ensuite les khanats de Hissar et de Chersebz, et les autres états ct pays que nous indiquons ci-dessous d’après les relations les plus récentes.
Khanat de Boukhara. C'est le plus riche, le plus peuplé et le plus puissant. 11 comprend les plus belles contrées du Turkestan; mais sa partie cultivée occupe à peine le dixième de sa surface qui consiste en vastes déserts. Tout le khanat est actuellement divisé en 9 provinces, qui prennent le nom de leur chef-lieu, à l’exception de celles de Minkal et de Lubiab : ces provinces sont : Boukhara; Karakoul; Kermina; Minkal(chef-lieu, Kutta-Kourgan); Samarcande; Juzzak;: toutes dans la vallée du Kohik ou Zer-Afchan; Karchi (Kurshee); Zabiak (cheflieu, Tchardjoui), le long des rives de l'Amou- Daria; et Balkh avec les districts au sud de ce fleuve , parmi lesquels on doit comprendre les cidevant khanat d’Ankoï et de Meïmameh. Voici ses villes les plus remarquables :
BouxmarA, grande ville, bâtie au milieu d’une plaine très bien cultivée et traversée par un grand canal dérivé du Zer-Afchan, est la capitale de cet état, et la résidence ordinaire du khan. Peu de villes répondent plus mal que Boukhara à l'impression agréable produite par son extérieur ; car, à l'exception des bains, des mosquées et des
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medressés, on ne voit que des maisons en terre de couleur grisätre , entassées sans ordre et formant des rues étroites, tortueuses, sales et tracées au hasard. Ces maisons, qui ont leurs façades sur des cours, n'offrent du côté des rues que des murs uniformes, sans fenêtres, sans rien qui puisse fixer l'attention ou récréer les regards des passans. Un mur en terre , de 4 toises de haut, flanqué de tours rondes avec des bastions, environne cette ville, La population de Boukhara parait s'élever au-dessus de 100,000 âmes ; dans ce nombre près des trois quarts ou près de 60,000 sont Tadjiks; le reste se compose d'Ouzbeks qui sont la nation dominante; de Juifs, qui sont ici plus nombreux que dans aucune autre ville de l'Asie-Centrale ; de Turks, d'Afghans, de Kalmouks et d’autres peuples beaucoup moins nombreux. L'édifice le plus remarquable de Bouhkara est l’A4rk ou le palais du khan ; on le dit bâti dans le 1x° siècle; il est sur une éminence et entouré d’un mur haut de 10 toises; il n’y a qu'une seule porte d'entrée. On doit citer immédiatement après, le minaret de Mirghharab, regardé comme le monument le plus beau sous le rapport ue l'architecture ; il ressemble à une grande colonne. Viennent ensuite quelques-unes des 360 mosquées que compte Boukhara et plusieurs des 60 medressés (collèges) construites ordinairement vis-à-vis des mosquées ; celle de Aokallach est regardée comme la plus grande ; sa partie nommée Elnassar-Eltchi a été bâtie aux frais de Catherine II. Enfin le caravanserai d’Abdullah-Djansarai qui est le plus grand édifice de ce genre ; et dans les environs immédiats de Boukhara la medressé, le couvent et le cimetière de Tcheharbekr, réputé le plus bel édifice de cette métropole. Boukhara a un grand nombre de fabriques et de manufactures, et son commerce est très étendu, étant pour ainsi dire le rendez-vous de toutes les vations commerçantes de l'Asie. On doit ajouter que, quoique cette ville ne soit plus ce qu'elle était sous la dynastie des Samanides (de 896 à 998), elle est encore un des principaux foyers de lumières pour tous les peuples mahométans, qui envoient de l'extrémité de l'Asie leurs enfans étudier, dans ses écoles célèbres, la théologie mahométane et la médecine ; M. de Meyendorf porte -le nombre des étudians et des écoliers de cette ville à environ 10,000.
SAMARKAND OU SAMARCANDE, Sur le Kouwan, grande ville, autrefois florissante et capitale du vaste empire de Tamerlan, On sait que ce conquérant voulant la rendre la première ville du monde, y amena de toutesles contrées de l’Asieles artisans les plus habiles avec les objets les plus précieux. Clavijo, qui la visita à cette époque, porte leur nombre à 150,000 , et dit qu’elle n’était pas plus grande que Séville, mais beaucoup plus peuplée et avait ces faubourgs immenses avec de grands jardins et des vignobles. Quoique très déchue de sa grande splendeur elle est encore très importante par ses fabriques de papier de soie , par ses étoffes de soie et de coton, par son commerce et par ses écoles mahométanes, rivales de celles de Soukhara. Plusieurs de ses bâlimens témoignent
deson ancienne splendeur. Trois de ses collèges sout parfaitement conservés, entre autres celui où le fameux Ouloug-Beg avait établi son observaloire; c'est le plus beau : ilest orné de bronzes et revêtu d'émail ou de peintures. Le fombeau de Tamerlan et de sa famille est d’une con.
servation parfaite ; les restes de ce conquérant reposent sous un dôme très élevé, dont les parois sont ornés d’agates. Outre ce beau monument, on doit encore citer les tombeaux de deux autres personnages illustres : celui de Xhodjek-Abdoullah-Ahrar, et celui d'4boul - Mansour- Matouridi , auteur du BZedaya. On trouve à Samarcande des basars bien approvisionnés, et trois grands caravansecraïs pour les marchands de l'intérieur de la Boukharie. Les nombreuses bourgades qui entourent cette ville, la plaine fertile quila sépare de Boukhara, etses jardins délicieux ontfait passer la riante vallée dans laquelle elle est siluée, pour un des quatre paradis Lerrestres que les Orientaux placent en Asie, Nous réduisons, avec M. Burnès, à 8 ou tout au plus 10,000 habitans, les 50,000 qu’un autre voyageur moderne accorde à cette ancienne métropole du Turkestan.
Khanat d'Ankoï, vers la frontière méridios nale et au nord-ouest de Balkh. Axkoï, ville qu’on dit contenir 4000 maisons, en est la capitale.
Khanat de Meïmameh, au sud d’Ankoï.
Meïmauen ou MeïuEnNo, ville d'environ 1000 maisons, en est la capitale.
Bazku, une des villes les plus an:icnnes de l'Asie, jadis des plus grandes et des plus populeuses, mais dont la population est aujourd’hui réduite à environ 2000 habitans ; elle possède encore quelques manufactures et un commerce assez étendu.
Balkh fut dès la plus haute antiquité, la capitale d’un royaume qui se forma sur les bords de l'Oxus , et devint plus tard, sous le nom de Bactra, la résidence des rois de la Bactriane. Balkh rivalisail alors avec Ninive, Babylone et Séleucie, servant d’intcrmédiaire pour les communications qui avaient lieu entre la Chine et Pinde, et les pays riverains de la mer Caspienne, de la mer Noire et de la mer Méditerranée. Sa position dans la plaine arrosée par l’Oxus, fleuve dont elle n’est éloignée que d'environ 25 milles et qui parait avoir été jadis en communication avec la mer Caspienne, favorisait singulièrement les entreprises de ses marchands. 11 paraît que de plus cette ville donna naissance à Zoroastre, et que dans ses murs s’éleva le premier temple érigé au culte du feu. Tout porte à croire que dans ces temps reculés Balkh était un foyer de civilisation , l’entrepôt du commerce de l'Asie Centrale, l'anneau qui unissait les peuples de l'Orient avec ceux de l'Occident.
Nous nommerons encore dansleKhanat de Boukhara les villes suivantes : Kancut (Kurshee) près du Karchi, avec un fort , un grand bazar et près de 10,000 habitans. Kara-kou (Kara-kool), près du Zer-Afchan , petite ville d'environ 4000 âmes. Tcnarnsout (Charjooee) peu éloignée de la rive gauche de l’'Amou-Daria , importante par sa position et par la mine de sel qu'on y exploile ; elle peut avoir 2500 habitans.
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Khanat de Koundouz. W embrasse tous les pays silués dans le bassin du haut Oxus et une petite partie de la Kama affluent du Kaboul.
Ces pays sont: le Aoundouz proprement dit
avec les districts de Koundouz, de Khouloum, de
Heibuck, de Gori, d'Inderab, de Talikhan
(Talighan) etde Houzirout-imam;leBadakh-
chan (Budukshan) où l’on exploite des mines de
rubis; le Xoulab (Bulgeewan); leChaghnan
(Chughnan); le Wakhan (Wukhan); le Der-
vaze h (Durwaz), si remarquable par sa posi-
tion très élevée; le Tchitral dans la vallée de la
Kama, dans le Kaferistan proprement dit. On doit remarquer cependant que plusieurs des der-
niers pays que nous venons de nommer nesont que vassaux , etque le Tchitral, ainsi que le reste du
Kaferistan sont plutôt le théâtre des incursions de Mourad-Beg, que des provinces de son royau-
me. Les habitans de ce dernier pays se distinguent parleur beauté, par leurs usages etparleur idolâtrie, ce qui leur a valu le nom de Kafres ou infidèles, el a faitnommer Kaferistan \cur pays.
Dans toutes les contrés que nous venons de nommer il n'y a aucune ville qui mérite une descriplion par son importance commerciale ou industriclle , ou par sa population considérable. Nous en nommerons cependant quelques-unes qui plus que les autres nous paraissent devoir être mentionnées , en commençant par celle qu'on pourrait regarder comme la capitale du khanat ou du royaume.
Kouxvouz, dans une vallée, ville très malsaine, jadis grande, mais aujourd’hui tellement dé-
chue que sa population ne s'élève qu’à 1500 habitans ; elle a un fort; Mourad-Beg n'y séjourne que pendant l'hiver. KsouLoux (Khooloom), située sur le Khouloum, au commencement de la grande plaine du Turkestan ; quoiqu’elle ne compte que 10,000 habitans, on pourrait la regarder somme la ville la plus peuplée des états de Mourad-Beg. BADAKHCHAN (Fyzàbàd) sur le Badakhchan, assez grande ville très déchue est très dépeuplée, naguère capitale du florissant royaume de ce nom. KouzaB remarquable par sa population, qui nous parait pouvoir être évaluée à 7 ou 8000 âmes.
Khanat de Khokand. C’estle deuxième état du Turkestan pour la population et le troisième pour l'étendue. Depuis 1805 il a réuni le khanat de Tachkend, et depuis 1815 celui de Turkestan. Kno- KAND ou Korn, située sur un petit affluent et à quelques milles de la gauche du Syr-Daria, en est la capitale. C’est une ville industrieuse et commerçante, qui parait être aussi grande et aussi peupiée que Boukhara. On dit qu’elle possède 100 écoles et 500 mosquées, et que la littérature persane y fleurit. Le château du khan est sa seule fortification. Les trois bazars en pierre, les vastes écu-
ries du khan, bâties en briques, sont, avec son château et quelques mosquées, ses édifices les plus remarquables. Toutes les maisons sont en terre. Les autres villes les plus importantes du khanat sont : MARGHALAN et KnODJEND, qui selon MM. de Meyendorf et Nazarov sont aussi grandes que Khokand. Khodjead est située sur le Syr-Daria, ainsi que Ounaroura, qu'on dit être grande