‹ Abrégé de géographie [microforme] (volume 2)Chapitre 402 sur 628 · DÉPENDANCES POLITIQUES DE L'EGYPTE · texte numérisé non relu

DÉPENDANCES POLITIQUES DE L'EGYPTE

Nous comprenons sous cette dénomination les vastes espaces qui s'étendent à l’est et à l’ouest de l’étroite vailée du Nil et de son large delta. Sillonnés par de petites chaines de montagnes peu élevées et arides que séparent d'immenses déserts encore plus arides, au milieu desquels s'élèvent des oasis plus ou moins fertiles, comme des iles au milieu d’une mer de sable , ces vastes espaces sont parcourus dans toutes les directions par plusieurs tribus d’Arabes et par quelques tribus des Ababdès qui appartiennent à la famille troglodytique. Les uns et les autresvivent crrans, habitant sous des tentes, toujours armés. et campant, selon leurs besoins ou l'intérêt de leur sûreté, tantôt sur les bords du Nil, tantôt dans le désert. Avant que Mohammed-Ali fût parvenu à établir sa domination en Egypte , ces nombreuses hordes de brigands en étaient le fléau, dépouillant impunément les voyageurs et les Egyptiens eux-mêmes au milieu de leurs champs. Aujourd'hui ils sont presque tous entièrement soumis; la plus grande sûreté règne dans les villes et les campagnes, et même plusieurs de ces nomades sont devenus agriculteurs. Voici les tribus les plus nombreuses et les plus remarquables: les Oualad-

Ali,que M. Cailliaud croit ètre la tribu la plus forte de toutes celles qui campent sur la lisière de l’Egypte; elle escorte les voyageurs qui vont dans la Libye ; ses campemenssontéparsdansl’espace qui sépare d'un côlé Alexanärie de Syout, et de l’autre Alexandrie de la frontière orientale de l'état de Tripoli; la tribu des Zycharis fournit des guides pour les déserts de l'est et jusqu'au mont Sinaï ; celle des Aouazem, à l'est de Thèbes, se distingue, dit M. Rifaud, par son honnêteté, sa bravoure et son hospitalité. Les Æbabdés, compris dans la famille troglodytique : ils parcourent tout le pays qui s'étend depuis les environs de Cosseir jusqu’à la frontière de la Nubie; plusieurs se sont établis le long du Nil, entre Assouan et Edfou, dansla Haute-Egypte. Ils sont pillards, et escortent les voyageurs vers la Nubie. M. Cailliaud a retrouvé sur leur territoire les célèbres mines d’émeraudes exploitées par les anciens.

Voici les lieux les plus remarquables qu'offre celte contrée en allant du sud au nord; nous les partageons en deux parties d’après leur position à l'est ou à l’ouest du Nil; nous les nommerons Contrée Occidentale et Contrée Orientale.

Dans la Contrée Occidentale ontrouve:

EL-Kunarceu, petit endroit, chef-lieu de la Grande-Oasis, nommée aussi Oasis de Thèbes ou d'El-Khargeh. En 1818 on a découvert dans son voisinage les ruines de trois beaux temples et une nécropolis; le grandtemple avait trois enceintes comme celui de Jupiter Ammon ; - le toit, dont il subsiste encore une partie, était formé par d'immenses blocs; on en a mesuré un de 35 pieds de long sur 19 de large et2 et un quart d'épaisseur ; ce temple a des statues colossales et des hicroglyphes. La nécropolis offre 2 à 300 édifices construits en briques non cuites; les figures de saints peintes sur les murs indiquent qu'ils ont servi de demeures a des chrétiens. Cette oasis est traversée par les caravanes qui vont au Dar-Four.

Meovyner-EL-Qassr, petite ville de 2000 âmes, assez bien bâtie, chef-lieu de l'oasis de Dakhel, située à l'ouest de la grande. Elle a des baius sulfureux très fréquentés par ses habitans.

Qassr, gros village de 800 habitans, chef-lieu de la Petite-Oasis, nommée El-Ouah-e l- Hahryeh par les Arabes. Dans ses environs ou Lrouve les ruines de bains romains et d'une église grecque.

Les LACS bE NaTrow, sont très remarquables par la grande quantité de cette substance qu’on en relire depuis un temps immémorial ; ils sont silués dans le désert de Nitre, qui formait partie de la Région Scithiaque (Scithiaca regio) de Ptolémée; elle s'étendait dans la direction du nord-ouest du Caire; elle est très renommée dans les annales de l’église par le grand nombre de saints solitaires qui l’habitèrent dès le 1v° siècle : c'est là qu'était le couvent de St-Macaire.

AL-BareToux, misérable lieu, que nous citons pour signaler la position de PAnÆ&TONIuM; son vaste port sur la Méditerranée, et les fortifications élevées par les Ptolémées, l'avaient rendu une place importante de leur royaume; il en

CE

était le boulevard à l'occident comme Pelusium l'était du côté opposé. On y a découvert quelques ruines importantes.

Syouau , chef-lieu de l'oasis de Syouah, qui, géographiquement, appartient à la Région du Maghreb (Sahara-Atlas), et qui correspond à l'ammonium des anciens, jadis si célèbre par son oracle qu’on venait consulter des extrémités de la terre, par son gouvernement théocratique, par ses temples superbes, par sa source périodique du soleil, par ses bosquets de palmiers et d’oliviers, et par la visite d’Alexandre-le-Grand, que la basse flalterie de ses prêtres ne rougit pas d’y saluer fils de Jupiter. Mais cette oasis, jadis si riche et centre d’un grand commerce, n’offre maintenant que sa source célèbre , les débris de ses superbes monumens, ct n'est plus que le triste séjour d’une petite peuplade aussi misérable que corrompue. Elle vit au nombre d'environ 2000 individus à Syouah, petite ville dont la construction est une des plus singulières et des plus bizarres qu’on puisse voir. Sa forme conique, ses divisions intérieures et l'agglomération des individus que renferme cet obscur séjour, pourraient la faire comparer à une ruche.

Dans les environs immédiats de Syouah, on a découvert à Qoum-al-Beyda ( Omm- Beydabh) les ruines du célèbre temple de Jupiter Ammon, et reconnu les vestiges de sa triple enceinte. À moins d'un mille de distance de ces ruines vers le sud-est, on a trouvé dans un bois de palmiers la célèbre fontaine du soleil, encoré douée des alternatives de température qui l'avaient rendue si célèbre; et, dans une colline voisine nommée Djebel Dàr-Aboubeker, on voit de vastes catacombes, dont une partie sert aujourd’hui d'habitation aux Arabes; leur construction doit être attribuée en partie aux Egyptiens eten partie aux Grecs. Nous ajouterons que le grand temple de Jupiter Ammon était composé de blocs énormes ; que les décurations, les figures et les scènes qu’elles représentent sont, selon MM. Drovetti, Cailliaud et Minutoli, entièrement égyptiennes. La statue du dieu, faite d'émeraudes et d’autres pierres précieuses , avait la forme d’un bélier depuis la tête jusqu’au milicu du corps. A environ 50 milles au nord-ouest de Syouah est situé un Zac, où l’on voit une {{e, que personne n’a encore pu visiter et sur laquelle les naturels débitent les contes les plus extraordinaires.

Dans la Contrée Orientale nous nommerons: BÉRÉNICE, ville ruinée et entièrement déserte, située sur la mer Rouge et découverte par Belzoni; on reconnait encore, dit ce voyageur , la direction de sesrues, et, au milieu, ou voit un petit temple égyptien couvert de hiéroglyphes et de sculptures; il est presque entièrement recouvert de sable. C’est à son port qu’arrivaient les marchandises de l'Arabie el de l'Inde destinées pour Coptos. Le monr Zavaran ( Smaragdus mons), si célèbre dans l'antiquité par ses zines d’émeraudes, qui, retrouvées de nos jours par M. Cailliaud , et de nouveau exploitées par ordre du vice-roi, furent abandonnées comme ne rendant pas autant que coûte leur exploitation. Qo-

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REGION DU MAGHREB. 877

ceyn ou Cosseïr , que les géographes décorent du titre de ville, n’est qu'un amas de quelques maisons et de beaucoup de magasins qu'occupent les marchands des caravanes de Kous et de Kénéh ; il a un petit port sur la mer Rouge, et comme nous l'avons vu à la page 863, il fait partie de la préfecture de Kénéh ; M. Jomard lui accorde 1200 habilans. C’est à quelques milles de ce lieu et proprement à l’endrt appelé aujourd'hui S c kavana, que d'après les savantes recherches de M. Reichard, on doit placer le port de Myos Hormos (port de la Souris), le plus célèbre et le plus fréquenté de cette côte par les marins de l'antiquité, depuis que celui de Bérénice avait été abandonné. C'est un des points de la géographie comparée qui a le plus exercé la sagacité des savans et des commentateurs des Æ£géographes anciens ; ces derniers , après bien des hypothèses, avaient même désespéré de parvenir à déterminer sa position ; et les savans modernes, malgré le beau travail de M. de Rozière, n'avaient pas encore pu le fixer d’une manière satisfaisante.

Au milieu des rochers escarpés et très élevés qui -longent la rive droite du Nil , depuis Assouan jusqu’à quelques milles au nord d’Antinopolis, on voit une multitude de grottes taillées dans le roc; à l’est de ces mêmes rochers , on ne trouve que les vastes déserts sablonneux qui s'étendent jusqu'àla mer Rouge. C’est dans cet horrible sé jour que vivaient ces saints solilaires de ia Thébaide, si célèbres dans l’histoire des

premiers siècles de l'église. Plus au nord, et hors deslimites de l’ancienne Thébaïde, au milieu d’autres déserts, étaient le célèbre couvent de St-Antoine, la grotte de St-Paul, premier ermite ,et diverses autres retraites semblables, consacrées par la pénitence des anciens anachorètes. 11 parait que des religieux coptes se distinguent encore dans ces solitudes par leur vie austère.

Suez ou Sousys, situé au fond du golfe qui en prend la dénomination, et dépendant de la préfecture du Caire, misérable petite ville à moitié ruinée , qui fait encore quelque commerce à cause de son port, où il y a un petit chantier. M. Jomard ne lui accorde qui 1000 habitans. Ce lieu étaitbien autrement important lorsque du temps des Ptolémées, il portait le nom d’AnsiNoé, et plustard celui de CLéoPATRIDE. C'était à son port qu'aboutissait le fameux canal commencé par Nécos et achevé par Ptolémée Philadelphe. Cet

. immense ouvrage hydraulique, dont on a voulu révoquer en doute l'existence, faisait communiquer la branche orientale du Nil avec la mer Rouge; il avait, selon d’Anville, 75,000 toises de long, 28 et demie de large, ct sa profondeur était, selon Pline, de 40 pieds. L'établissement des bateaux à vapeur entre l'Inde et l'Angleterre donnera une nouvelle vie à Suez, qui ne peut manquer de deverir une ville très commerçcante, si on réalise le projet conçu par Méhémet-

Ali d’y faire aboutir le chemin de fer qui doit commencer au Caire.

RASGLON DU MABRREE,

POSITION ASTRONOMIQUE. Longitude ,

entre 19° occidentale et 26° orientale

environ. Latitude boréale , entre 15° et 37° environ.

cowrins. Au nord, le détroit de Gibraltar et la mer Méditerranée. A l’est, la Région du Nil. Au sud, la Nigritie. A l’ouest, l’'Océan-Atlantique.

rzauves. À l’exception du versant boréal de l’Atlas, peu de pays au monde offrent une plus grande aridité et moins de fleuves. Ceux qui arrosent et fertilisent la partie cultivable de l’état de Tunis, du ci-devant état d’Alger et de l’empire de Marok ont un cours très borné lorsqu’on les compare aux fleuves des autres régions de cette partie du monde. Nous citerons seulement les principaux d’après les mers différentes auxquelles ils aboutissent.

La MÉDITERRANÉE reçoit :

Le MeLSERDAU , qui prend sa source aux montagnes de Hanälak, dans l'Atlas , ou ci-devant état

d'Alger , traverse la partie principale de celui de Tunis, où il se jette dans la Méditerranée, au sud de Porto-Farina.

Le Cueur, qui est le plus grand courant du ci-devant état d'Alger, dont il arrose la partie occidentale. 11 nait dans les hautes vallées de l'Atlas, aux montagnes de Ouanascherysch, traverse le lac de Tittery, et, près de Mostaghänem, entre dans ‘la Méditerranée.

Le Mozouyax (Malouia). C’est le plus grand des fleuves de la Barbarie qui se jettent dans la Méditerranée et dans l'Océan, quoique pendant l'été il soit souvent sans eau. Il naît dans l'Atlas au pied du Scha’bat-bény-0’hayd , traverse la partie orientale de l'empire de Marok, reçoit le Ssäa’ à la droite ; et à plusieurs milles au-dessous de Qala’t-el-Ouâdi, il entre dans la Méditerranée.

L'OCÉAN ATLANTIQUE reçoit les suivans ; ils appartiennent tous à l'empire de Marok :

L’Aouzkos ou Luccos, dont le cours n’est pas très considérable, mais dont la masse d’eau est très grande relativement aux autres fleuves de cette région. C’est près de l’A’raysch (Larache) qu'il se jette dans l'Océan.

Le Seeoue (Seboun); il prend sa source dans une forêt, au pied de l'Atlas dans le royaume de Fez, qu'il traverse de l’est à l’ouest; à Ma’muu-

rah (Marmora), il entre dans l'Océan. Il reçoit à la gauche le Ouddy Fés ou Ouàdy-al-Mafrousyn, qui traverse la grande ville de Fez. L'Uuuo-Repya’ (Morbéya des cartes) nait aux montagnes de Ssanhâgah , en un lieu appelé Ouànsyfan, et descendant de l'Atlas, il sépare le royaume de Fez de celui de Marok. C'est audessous d’Azamour qu'il entre dans l'Océan. , Le Tensvrr dit aussi OuÂn-Marakscu (le Fleuve de Marok) ; il descend de l'Atlas, passe à environ 6 milles au nord de Marok, sépare la province d'Abda de celle de Schedma, et débouche dans l'Océan entre Asafy et Mogador. Quoiqu'il reçoive plusieurs affluens , la masse de ses eaux est si petite pendant l'été, que dans cette saison on peut le passer à gué en plusieurs endroits.

DIVISION et TOPOGRAPHIE. Cette vaste région , pour la détermination et la distribution de laquelle le travail de M. d’Avezac sur l’Afrique-Intérieure nous offre une autorité digne de toute confiance, répond précisément à ce que les géographes et les historiens arabes , aussi bien que tous les peuples musulmans et les indigènes eux-mêmes, appellent 4rdhél-Maghreb, c’est-à-dire la Contrée du Couchant. Elle embrasse d’une part, le long de la Méditerranée, une zone cultivable nommée Tell ou les Hautes- Terres, que les Européens appellent Barbarie , en y adjoignant une lisière d’oasis comprises par les Arabes sous la dénomination générale de Beläd-él- Djéryd ou Pays des Dalles; et d'autre part, au sud, l’immense Ssahhra (Sahara) ou Désert. Quatre puissances politiques principales, appelées Etats Barbaresques, se partageaient le domaine du Tell et du Beläd-él-Djéryd. Les régences de Tripoli et de Tunis occupent l’Afriqyah des Arabes ; celle d’Alger remplit le Maghreb-aousath (couchant moyen); et l’empire de Marok répond au Maghreb-agssay (couchant éloigné).

Mais dans les limites mêmes que l’usage assigne à ces états, un grand nombre de tribus soit Arabes, soit Berbères, conservent leur indépendance, bien que ces états exercent une suzeraineté effective sur des oasis plus éloignées dans le Désert.

Celui-ci est naturellement partagé en trois grandes sections, eu égard aux races d'hommes qui les parcourent et y font leur demeure. La partie orientale, que la géographie vulgaire désigne sous le nom de désert de Libye, est presque entièrement occupée par les Zibbou , auxquels sont entremèlées quelques tribus arabes; la partie centrale appartient exclusivement aux farouches Toudryg ; la partie occidentale ou Séhhel (la côte) est le domaine des Maures où Arabes du couchant.

Depuis la première édition de l’Abrége, cette partie de l’Afrique a presque entièrement changé ses divisions politiques , par suite des évènemens importans qui y ont eu lieu. L’éfat d'Alger n'existe plus ; il appartient de droit aux Français, qui cependant n’en occupent que la capitale avec un petit territoire et quelques autres points. L’éfat de Tripoli est devenu depuis le mois de mai 1836 une province turque. Le même sort parait réservé à celui de Tunis, de manière que des quatre puissances barbaresques il ne reste plus que l'empire de Marok.

Malgré cela nous conserverons l’ancien ordre de l’Abrégé dans la description de cette partie de l’Afrique , parce qu’elle forme une grande région naturelle trop bien tracée pour être modifiée par les divisions si changeantes de la és politique. D’ailleurs celle-ci rentre dans tous ses droits lorsque dans la description de *’Afrique-Ottomane et de l’Afrique-Française on a soin d’indiquer les pays qui leur appartiennent. Nous ajouterons aussi, pour éviter toute méprise, que la Région du Maghreb ou du Sahara- Atlas comprend aussi dans ses limites l’oasis de Syouak et l'extrémité nordest de la partie orientale du Désert , pays que nous avons déjà décrits en parlant des autres possessions du vice - roi d'Egypte et avec lesquelles ils ont trop de rapports pour pouvoir les en séparer.

Régence de Tripoli.

Comme nous venons de le dire, la régence de Tripoli est aujourd’hui rayée du nombre des Etats Barbaresques, dont elle était, selon M. Gräberg de Hems, l’état le plus avancé dans l'échelle de la civilisation , avantage qu’elle devait aux qua-

lités personnelles du pacha Sydy-Yousef et à la stabilité de son gouvernement, qui depuis plus d’un siècle était héréditaire dans Îla dynastie Karamanli. Maintenant ce pays est devenu une province de l’empire Ottoman et est gou-

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REGION DU MAGHREL.

verné par un pacha nommé par le grandseigneur. 11 est probable que la grande oasis du Fezzun et celle de Ghadämes, qui, pendant les troubles qui ont agité cette régence, étaient devenues entièrement indépendantes, vont rentrer dans leurs anciens rapports de vasselage comme avant la guerre civile. C’est pour cela que nous ne changeons pas les divisions politiques tracées dans la première édition de l’Abrégé.

TR1POLI, assez grande ville, avec un port défendu par plusieurs batteries. Le palais où réside le pacha est un vaste édifice dont quelques parties sont remarquables par leur beauté. Les deux bazars, quelques mosquées et quelques restes d’antiquités, entre autres les débris d’un superbe arc de triomphe en marbre, sont les constructions les plus remararte Tripoli est un des principaux

épôts des marchandises européennes destinécs aux contrées lointaines de l’Afrique-Centrale. On s’accorde assez généralement à porter à 26,000 le nombre de ses habitans.

Voici les autres villes et lieux les plus remarquables ; nous les indiquerons selon les grandes divisions géographiques de cet état; c'est aussi l'ordre que nous suivrons pour les autres.

Le long de la CÔTE DE LA MER MÉDITERRA- NEE on trouve : Lesoau, très petite ville remarquable par les débris de colonnes, de statues, et les restes d'un amphithéâtre et d'autres édifices appartenant à l’ancienne Leptis-Magna.MEs- RÂTHA (Mesurata), petite ville importante par son industrie et son commerce. BENGHÂSY, petite ville avec un port assez fréquenté; c'est la résidence du gouverneur du Barqah ou de la moderne Cyrénaïque ; il réside dans une masure délabrée, décorée du nom de château. Touxran et ToLuyÂrTsAn (Tolometa), misérables endroits remarquables par les restes de Teuchira et de Ptolémais. Dans cette dernière, on voit encore une caserne romaine, dont l’intérieur est assez bien conservé; les restes d’un tempi? "nmain et plusieurs grottes sépulcrales. Tou ah conserve encore sa belle muraille de 2 milles de circonférence et un grand nombre de {ombeaux. Derneu (Derne), petite ville, importante par son port et son commerce.

Sur le PLATEAU DE BARQAH (Barca) on trouve:

QRENNAu (Grennah), misérable endroit, que nous citons pour signaler les restes de la magnifique Cyrène. Au milieu de nombreuses agglomérations de pierres, débris de monumens réduits à cette dernière forme par les laboureurs qui cultivent la plaine , on distingue encore les ruines d’un bain construit en briques et conservant plusieurs

pièces voûtées; un s{adium, formé par de simples rangs de bornes semblables à celles des rues; deux petits {emples hypogées de l'époque romaine avec des emblèmes chrétiens, et plusieurs châteaux; mais ce qui mérite surtout d'attirer les regards du voyageur, c'est la nécropolis. Tout le flanc de la montagne, autant que la vue peut en embrasser l'étendue, se présente couvert de façades, de grottes, de sarcophages et de débris de toute espèce. Dans une de ces grottes, notre savant ami Pacho a découvert des peintures qui paraissent représenter des jeux funéraires , etque M. Letronne regarde comme romaines ; dans une autre, sont représentés un cirque et une chasse; dans une troisième, une peinture, élégamment miniée et d’une conservation parfaite , offre, dans une série de petits tableaux, les principales pha ses ou les diverses occupations de la vie d’une esclave noire. La coiffure et le costume de ces mi-

niatures ne sont pas moins remarquables tant *

par la forme que par la couleur. Les longues robes bleues sans agrafes , et les châles rouges entrelacés avec les cheveux, ou couvrant la tête en guise de turban, offrent une analogie frappante avec l'habillement des modernes Africaines , principalement de celles qui habitent le Fezzan. Maësakuir, simple hameau, que Pacho regarde comme identique avec la fameuse Ville Pétrifiée , dontont tantparlé Yakouti, Lemaire et d’autres auteurs , induits probablement en erreur par le grand nombre de grottes sépulcrales situées dans ses environs.

Dans le DÉSERT se trouvent les oasis ou pays suivans , tributaires du pacha de Tripoli.

L'Oasis D’AouDsELAu (Audjelah), qui est loin d'offrir l’agréable aspect des oasis voisines de l'Egypte, et dont dépendent celles de Djd{o (Djallou), d'El-Edjkharah (Lechkerret), et la plus fertile de toutes, celle de Maradéh. Les habians de cette oasis, depuis un petit nombre d’années , ont établi des relations commerciales directes avec les états de Bornou, de Baghermeh et de Ten-Boktoue (Tombouctou) dans la Nigritie; malheureusement le commerce des esclaves en est l'objet principal. Abou-Zeith-Abdallah, bey actuel d’Aoudjelah, est né à Toulon ; fait prisonnier à douze ans <.. Egypte en qualité de tambour, il a embrassé l’islamisme et est parvenu aux premières dignités de l’état de Tripoli.

Le FEezzan est une grande province formée de plusieurs oasis qui, dans leur ensemble, offrent la population la plus considérable de tout le Grand-Désert. Mourzouk, avec des maisons bâties en terre et des rues très étroites, est la résidence du sultan , tributaire de Tripoli. C’est le grand marché intérieur de l’Afrique-Septentrionale et le rendez-vous des caravanes qui viennent du Caire, de Tripoli, de Tunis et Ghadàmes, de Ten-Boktoue (Tombouctou) et de Bornou. Les autres villes principales sont : TAraghan, jadis capitale du Fezzan-Oriental et encore remarquable par la fabrique de ses tapis, qui valent ceux de Constantinople; Souk n4 (Sokna) ;, Gherma (Germa); Oubari et Tibesti, remarquable par sa source d'eau chaude sulfureuse.

L'Oasis ox Guaniuss, dont le chef-lieu est la petite ville de Ghaddmes (Gadames), remarquable par l’activité commerciale de ses habitans, renommés dans toute l'Afrique pour leur loyauté dans les affaires, C’est le rendez-vous général des caravanes qui, de Tripoli. vont par T'ouât à Ten- Boktoue (Tombouctou). Dans ces derniers temps le commerce de Mourzouk a fait décroitre celui

État de

C’est le plus petit des Etats Barbaresques, mais le mieux cultivé et le plus peu Îé. Nous avons déjà vu qu’il est à la veille de devenir une province de l’empire Ottoman.

Tunis, ou plus exactement Tounis, située sur une hauteur au fond d’une vaste lagune nommée Boghaz, avec un port et des fortifications assez considérables, en est la capitale, Malgré ses rues étroites et sales, Tunis est une des villes les mieux bâties de l’Afrique et peut-être la plus peuplée après le Caire, car elle

arait avoir au moins 100,000 habitans.

armi ses principaux édifices on remarque le nouveau palais où réside le bey ; c’est un vaste bâtiment construit à grands frais dans le goût mauresque. Viennent ensuite les cing grandes et belles casernes, etsurtout la nouvelle caserne achevée depuis quelques années ; elle peut loger commodément 5360 hommes. On doit aussi nommer l’agueduc qui pexrout la ville d’eau ; la bourse et quelques mosquées. Plusieurs établissemens assez bien entretenus sont destinés à l'instruction de la jeunesse. De nombreuses manufactures de velours, de soieries , de toiles et de bonnets rouges occupent une grande partie de sa population, tandis qu’une autre non moins considérable s’adonne au commerce.

Dans les environs de Tunis, à l'entrée du Boghaz, on voit Za Goletta, petite ville, remarquable par ses fortifications, par sa rade, par ses chantiers, ses magasins et par le phare qu'on y a construit en 1820. Berda ‘Barda), dans une position charmante, avec un beau padais, où le bey passe la belle saison. Versle nordest de la péninsule formée par la mer Méditerranée et le Boghaz s'élevait jadis la superbe Carthage, qui fut long-temps maîtresse du commerce de la mer Méditerranée, et qui tint tête à toutes les forces de Rome. Nous ne pouvons nous dispenser de jeter un coup-d'œil rapide sur les ruines de cette célèbre cité. Ici, nous recourons de nouveau aux lumières de notre ami M. Reinaud.

Carthage, fondée ainsi que Leptis, Utique et autres villes de la côte d'Afrique, par les Phé-

de Ghadâmes qui présente le phénomène curieux d'une petite ville habitée par deux peuples différens, vivant en état de guerre dans uñe même enceinte, séparés par une muraille qui partage la ville en deux parties ne communiquant entre elles que par une porte que l’on ferme dans les momens de troubles.

Tunts.

niciens, fut entièrement détruite par les Romains, après une défense désespérée. L'incendie, allumé à-la-fois par les vainqueurs et les vaincus, dura dix-sept jours, et ce qui échappa aux flammes tomba plus tard sous les coups des démolisseurs. Néanmoins, reconstruite quelque temps après, elle devint la capitale d'une partie des provinces romaines d'Afrique ; sous les empereurs, elle était regardée comme une des plus florissantes villes de l'empire. Elle eut beaucoup à souffrir de l'invasion des Vandales ; enfin les Arabes s'en étant emparés vers la fin du vu siècle, lui portèrent un coup mortel. Lorsque saint Louis débarqua dans ces parages , il n'existait plus qu’un château fort, une tour et quelques maisons éparses au milieu des ruines. On y remarque encore un petit village appelé Malga. W\ serait intéressant de déterminer l’emplacement des principaux quartiers d’une ville qui fixa pendant long-temps l'attention de l'univers. Shaw en 1727, et M, de Châteaubriand en 1807, aidé du major hollandais Humbert qui résidait sur les lieux, ont fait des recherches à ce sujet. Mais d’une part la rage des vainqueurs, de l’autre les constructions successives faites sans doute aux dépens des premières, ont rendu toute tentative de ce genre éxtrêémement difficile. Pour donner une idée de l’embarras auquel on est exposé, il suffira de dire que le port, où venaient se réunir les flottes les plus considérables de l’ancien monde, est placé par Shaw et d’Anville vers le nord-ouest de la ville , et par M. de Châteaubriand au sud-est. Contentons-rous donc d'un aperçu général. Carthage était bâtie sur une presqu'ile, et se divisait en trois quartiers principaux. La ville proprement dite, appelée Megara, était ceinte en grande partie d’une triple muraille, haute de 30 coudées et flanquée de nombreuses tours. En dedans des murailles étaient deux étages voûtés : dans l’un étaient logés trois cents éléphanset quatre mille chevaux ; dans l’autre étaient déposés le fourrage, les harnais , elc. Les mêmes murs renfermaient, de plus, des casernes pouvant contenir jusqu’à vingt mille fantassins et quatre mille cavaliers. La citadelle était placée au haut d'une colline qu’on voit encore et se nommait Byrsa. 11 y avait un port creusé de main d'homme, qui s’aprelait Cofthon. Ce port était divisé en deux parties, l'une destinée à la marine marchande, l’autre aux vaisseaux de guerre, Au milieu était le palais de l'amiral, d'où l'on pouvait voir tous les bâtimens qui entraient et sortaient, et d’où l’on avait vue jusque sur la haute

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sol de Car

REGION DU MAGHREB, 881

thage et. dans les contrées voisines des restes de l'antiquité , tels que temples, théâtres, inscriptions, ete. On peut consulter à ce sujet l'ouvrage de Shaw ,et , si jamaisilest publié, le riche recuril de dessins qu'avait formé sur les lieux le comte Camille Borgia, mort si prématurément. Le monument le plus important est un agueduc de 70 pieds de haut , qui partait de Zawanret de Zuugar, à 50 milles de la ville, et qui fouraissait de l’eau aux habitans. On doit encore citer les débris des citernes publiques qui, au rapport de M. de Châteaubriand, continuent à offrir un coup-d'œil imposant. C’est une suite de voûtes prenant naissance les unes dans les autres et bordées dans toute leur longueur par un corridor. Dans un pays aussi chaud et aussi aride, on conçoit que les habians devaient songer de bonne heure à se prémuair contre la soif. Chaque maison avait sa citerne; et on distingue au milieu des anciens faubourgs, sur un espace d'environ trois milles, une suite de réservoirs disposés de manière à recevoir l’eau des pluies. Mais aucun de ces monumens, si l’on en exceple les citernes, ne parait antérieur à la domination romaine. Ce n'est qu'en 1817 que le major Humbert, dont nous avons déjà parlé, parvint à découvrir quatre cippes funéraires et deux pierres fracturées offrant des inscriptions puniques. Ces objets précieux se trouvent maintenant en Hollande, au musée de Leyde.

Outre les inscriptions qu'on y lit et qui ontété la matière des recherches de MM. Hamaker, Geseaius et Étienne Quatremère, ils présentent entre autres symboles une figure de cheval et un bras avec les doigts de la maiu écartés, Le cheval aété remarqué depuis long-temps sur les médailles carthaginoises frappées en Sicile ; il parait que c'élait le type national. Quant à la main ouverte, les uns y ont vu l’action d'une personne qui adresse des vœux au ciel; d'autres une espèce d’amulette qui doit préserver de la malice des méchans la personne qui a fait élever le cippe. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on remarque ce même symbole au-dessus de la porte d’un des édifices composant le palais de l’Alhambra à Grenade, et qu’encore aujourd'hui les Maures d’'Afrique, sans excepter les chrétiensetles juifs, le font peindre sur leurs maisons et le portent sur eux en forme de figurines et de bijoux. D’autres importantes découvertes archéologiques ont été faites il y a quelques années par M. le capilaine Talbe, consul général du Danemark à Tunis.

A l'égard des monumens puniques qui peuvent exister hors de Carthage, déjà en 1631, un Français établi à Tunis avait signalé à l'illustre Peiresc, une pyramide située à trois ou quatre journées de distance , et où i’on voyait quatre petites chambres avec une inscription. De son côté le comle Borgia découvrit en 1816, à Dugga, la Thugga ou Tucca des anciens, située à deux journées au sud-ouest de Tunis, une én-

Régence

C'était naguère encore le plus belliqueux des Etats Barbaresques, et celui qui jusqu’en 1830 a le plus incommodé le com-

à ne een em |

scription à-la-fois punique el en caractères 1n+ connus, qui a été publiée par le major l'umbert, Ces derniers caracteres appartiendraient-ils à l'écriture de quelque peuple indigène dont la langue différait du punique, le mème idiome pour le fond que le phénicien et l'hébreu? Ce qu'on prut aflrmer, c’est que les noms qui nous sont parvenus de beaucoup de villes d'Afrique , contemporaines de Carthage, s'expliquent au moyen de la langue berbère qui se parle encore sur les versans de l'Atlas , et qui a déjà fourni plus d'un rapprochement curieux aux savans d'Europe.

Voici les autres villes principales :

Le LONG DE LA CÔTE et à l'ouest de Tunis on trouve : Ponto-FaniNa , près de l'embouchure du Medjerdah, avec un petit port. Dans ses environs , on trouve les ruines d'Utica, donton a retiré plusieurs belles statues, entre autres deux colosses d’Augusle et de Tibère. Bxzent (Bizerte), sur un canal qui met en communication la mer avec un lac ou lagune ; elle a quelques fortilications.

Le LONG DE LA CÔTE et au sud de Tunis on trouve : Hauâuèt; ensuite Sousan (Souse), remarquable par ses belles plantations d'oliviers, par son port et sa population qu’on porte à 10,000 ames; à quelques milles à l'ouest en voit, près d'El-Genrme, un amphithéälre colossal , assez bien conservé ; Monasrir, remarquable par son industrie, son commerce, sa rade et sa population qu'on porte à 12,000 habilans. ALMEDEA ou plutôt AzuaaDia, autrement nommée AFRICA, ville fondée par les premiers monarques Falimides, dans le 1x° siècle de notre ère, et qui fut, pendant une grande partie du moyen âge, le portle plus fréquenté par les flotteschrétiennes d'Europe. Elle est encore assez importante par son portet son commerce, SFAx, qui n'ofire rien de bien important ; et Cases, dans un territoire assez bien cultivé, avec un petit port; on lui accorde plus de 20,000 habitans , la plupart adonnés au commerce et aux manufactures. Dans le Golfe de Cabes se Lrouvent : legroupe de Kerkeni, habité par quelques centaines de pècheurs ; et la florissante ile de Gerbi, remarquable par sa population et par l'industrie de ses habitaus; secs draps, ses toiles et ses châles sont répandus dans toute la Barbaric.

Dans l'INTÉRIEUR on trouve : KAIRWAN où Qayrouân, ville fondée par les Arabes et pendant quelques siècles, capilale de l'Afrique-Musulmane. On cite parmi ses édifices une vaste mosquée, qu'on dit être soutenue par 500 colonnes de granit. On porte à 50,000 le nombre de ses habitans, que nous croyons pouvoir réduire à 40,000. Torzer (Tozer), sur le bord occidental du lac Chibka ou Loudeah, parait être la ville la plus marchande de l'intérieur dans le pays des Dattes ou Bélàd-êl-Djéryd (Biledulgerid).

d'Alger.

merce des nations policées, et a joué le

rôle le plus important dans la politique

de l’Europe, malgré la disproportion de

ses forces et de ses ressources comparées à celles des puissances de cette partie du monde. Heureusement pour le comwerce et pour la civilisation que le démélé entre le dernier dey et la France a eu pour résultat définitif la brillante conquête d'Alger et l'occupation de cet état par les troupes françaises, On a déjà pris quelques mesures pour la colonisation de cette importante partie de l’Afrique , qui serait susceptible de devenir inexpugnable entre les mains des Français , à cause de sa population et de son voisinage. La richesse extraordinaire du territoire qui longe la Méditerranée offre une des plus grandes et des plus utiles exploitations que les capitalistes français puissent trouver, La possession d’Alger Lerrraterrenl eu peu de temps de la plus aute importance par les relations commerciales dr peut ouvrir entre le monde civilisé et l’intérieur de l'Afrique.

« L'état d'Alger, » dit M. d’Avezac, dans l'Encyclopédie pittoresque, « devenu conquéte française, n’est encore ni une colonie, ni une province de la France. Notre occupation militaire ne tient sous notre dépendance directe que la capitale et quelques places du littoral ; mais les chances de la guerre, qui ont substitué notre possession à celle des précédens souverains, nous ont transmis tous leurs droits, et notre domination, réelle ou nominale, s’étend sur le mème territoire, n'ayant d’autres limites que la Méditerranée au nord, l’empire de Marok à l’ouest, la régence de Tunis à l’est, et au sud l’immensité du Ssahhrà. » Nous jouterons que deux puissans ennemis s'étaient élevés contre les Français parmi les Arabes de la régence : Achmet, bey de Constantine , et Abd-el- Kader, émir de Mascara; celui-ci domine sur une grande partie des cidevant beylicks d'Oran et de Titery, et entre autres à Mascara et à Tlemecen.

Achmet règne sur la plus grande partie lu vaste et important beylick de Constantine. On doit les regarder comme absolument indépendans de fait, et leurs territoires forment deux états distincts. Suivant le traité conclu en 1837 entre Abd-el-Kader et le gouvernement français, la plaine de la Metidja, depuis Coleah jusqu’à la Kadara, et les petits territoires de Mostaghanem et de Mazagran appartiennent à la France. Le territoire

d’Abd-el-Kader s'étend à l’ouest d'Oran jusqu’au Rio-Salado, et à l’est jusqu’à la Macta. 11 est vraisemblable que l'influence potes des Français sur les peuples de a régence ne fera que s’accroltre au moyen du traité qui vient d’être conclu avec ce chef puissant. D’autres états aussi indépendans , mais beaucoup moins considérables, sont formés par les plus puissantes tribus des Arabes et des Qobayls (Guebailis ou Kabiles). Parmi ces derniers , le cheikh Ben-Zamoun parait être le plus redoutable. Il commande à presque toutes les tribus qui occupent un vaste territoire non loin des côtes au-delà du cap Matifou, à l’est d’Alger; même sous les deys d’Alger, 1l s’était constamment maintenu dans une sorte d’indépendance.

Tous les pays actuellement occupés par les Français forment trois gouvernemens militaires : celui d’A/ger , dont le gouverneur centralise en sa main toute l’action gouvernementale de la régence ; cette division comprend , outre Alger, une demi-circonfèrence d'environ 3 lieues et demie autour de cette ville. C’est seulement dans l’intérieur de cette ligne que la puissance française est positive et que les calons sont en sûreté. Le gouvernement d'Oran, qui avait été partagé en trois districts, nommés de Tlemecen , de Mostaghanem et du Chelif, mais qui, depuis le dernier traité, a été réduit à un territoire d’une étendue de 15 à 20 lieues dans l’intérieur des terres; son gouverneur exerce une grande influence sur toute la partie occidentale de la régence. Enfin, le gouvernement de Bone, dont relève aussi le commandant de Bougie. Relativement à l’administration de la justice , toule la régence est partagée en trois provinces ou districts, dont chacun dépend des tribunaux de première instance établis à Alger, à Oran et à Bone ; à Alger il y a en outre un tribunal de commerce et un tribunal supérieur. Avant d’indiquer les villes principales qui formaient la régence d'Alger, nous devons dire un mot sur les cONCESSIONS , dénomination employée pour désigner la partie du sol qui depuis quatre siècles appartenait à la France.

Ce territoire s’étendait le long de la côte, depuis Bugia (Bougie) où Bodjéyah jusqu’à la frontière de l’état de Tunis. 11 se composait de deux parties distinctes :

la P tière

ou Se tenait

en 1794 de 181 xvu° sg dérable forts d Roux, Déjà a été telle nière gt du Moi faible g mes. Ma le rapp étaient celui du corail y de 1791 hommes de 25,08 lieux à 1 lés, de valeur ti

Djézayr le pench:

des rues nées en rient. Dé du côté d ble du co:

(Sultan-C fendait , hauteur :

du consu édifices pi du dey, a des cours avec des

hstance Bone ; nal de Avant i fordevons s, déner la siècles

de la djéyah anis. Il notes :

Poste du Moulin; la PAnrie OccIDEN- TALE, depuis le Seybas jusqu’à Bougie, sur laquelle la régence d'Alger concédait à la France, moyennant une redevance déterminée , la pêche exclusive du corail. Cette redevance, qui par le traité du Bastion de France, en 1694, avait été fixée à 17,000 livres, fut portée à 60,000 en 1790 et à 200,000 francs par le traité de 1817. Ces établissemens, qui dans le xvii* siècle étaient encore assez considérables, se composaient, outre les trois forts déjà mentionnés, de ceux du Cap Roux, du Cap Rose et du Cap Négre.

Déjà antérieurement à 1798, ils avaient été tellement négligés, qu'avant la dernière guerre il n’y avait plus que le Puste du Moulin et La Calle qui eussent une faible garnison régulière de 2 à 300 hommes. Malgré leur petite importance sous le rapport militaire , ces établissemens étaient bien autrement importans sous celui du commerce. En 1825, la pêche du corail y employa 183 bâtimens du port de 1791 tonneaux et montés par 1986 hommes d'équipage ; le produit en fut de 25,985 kilogrammes, évalués sur les lieux à 1,812,460 francs, et qui, travaillés, devaient représenter ensuite une valeur très considérable. La presque totalité de ces bâtimens étaient italiens , mais tous payaient une redevance à la France, En 1827 , le Poste du Moulin et La Calle furent entièrement démolis par les troupes du dey.

ALGER, que les Arabes appellent 4/- Djézayr, est bâtie en amphithéâtre sur le penchant d’une colline ; elle a un port, des rues étroites et des maisons terminées en terrasse, selon J’usage de lOrient. Défendue d’une manière formidable du côté de la mer , cette ville est très faible du côté de terre. Le fort de l'Empereur (Sullan-Calassi) qui la dominait et la défendait , était lui-même dominé par une hauteur sur laquelle se trouve le jardin du consul des Pays-Bas. Les principaux édifices publics sont : le Serag où palais du dey, appelé Pacha; il a deux grandes cours entourées de vastes bâtimens , avec des galeries spacieuses soutenues

#87 de colonnes de marbre apportées de Génes ; à son entrée étaient Îles instru mens de su plice, et l’on y exjosait les têtes des rebelles; le dernier dey habitait dans la Qassäbah (AI-Kassaba) ou citadelle située sur une éminence, à l’extrémité méridionale de la ville, des fortitications de laquelle elle forme en mème temps une partie principale. Viennent ensuite l'arsenal vu chantier de construction : un mur élevé le sépare de la ville ; il communique avec la mer par trois portes ou ouvertures qui servent à lancer les bâtimens ; la Djami (Djouma) ou mosquée principale, et surtout celle qui a été commencée par les esclaves chrétiens en 1790 ; les cinq gassaryah ou casernes réservées à la milice : ce sont les plus beaux bâtimens de la ville; le marbre et les fontaines les décorent partout. Les bagnes ou les cinq vasernes qui étaient destinées aux esclaves, sont de grands bâtimens avec de vastes torridors auxquels on arrive par une cour sombre et sale; c’élait là que, couchés sur la paille, les malheureux captifs se reposaient des rigoureux travaux qu’on leur imposait. On doit ajouter les bazars et quelques maisons des plus riches particuliers. On ne doit pas oublier la #ouvelle place , ouverte par les Français en 1832, en faisant sauter , au moyen d’une mine secrètement préparée, l’une des deux grandes mosquées. Alger possède trois collèges , qui sont des espèces de séminaives destinés à l'instruction des ministres du culte, outre un grand nombre d'écoles publiques où l’on apprend à lire et à écrire aux enfans des deux sexes de cinq à six ans et au-dessus. Une école de médecine s’est déjà formée; on doit créer un cours d'accouchemnens à l’hôpital civil, ainsi qu’une biblivthèque publique dans chacune des trois villes principales de la régence. Depuis l’occupation on y publie le Moniteur algérien ; il paraît une fois par semaine. On a excessivement exagéré la population de celte ville, en la portant à 80, à 100 et jusqu’à 200,000 àmes. Des recensemens exacts, faits par les Français, ont fait justice de ces ridicules exagérations. Au 1°" avril 1833, Alger n’avait que 23,753 habitans, sans comprendre la garnison ; en la comprenant, elle dépasse toujours 30,000 âmes. Alger, par ses formidables batteries, par sa flotte et par l’audace de

ses habitans était justement considérée comme la Malte musulmane, Les Français ont augmenté ses fortifications ; son armement commence déjà à prendre l’aspect de celui des places fortes de France.

On doit ajouter qu’à la prise de cette ville on y trouva 12 bâtimens de guerre, 1500 pièces de canons en bronze, les arsenaux de mer et de terre remplis d’armes et de munitions, et dans la Qassäbah un éésor d'environ 48 onillions de francs en or et argent monnayé, et dont on a beaucoup exagéré la valeur en la portant à 270 et méme à 400 millions. Le butin fait à Alger doit donc étre rangé à côté des plus riches que les chances de la guerre aient fait tomber entre les mains d’un ennemi victorieux.

Voici les autres villes et lieux les plus remarquables d’après leur position relativement à la ville d'Alger.

Le long de la Méditerranée et à l'OUEST D'AL- GER on trouve : Sin-Frnanvcn, qui porte aussi le nom espagnol de Tonne-Cmica (Petite Tour), baie remarquable par le débarquement opérée en 1830 par l'armée française , une des expéditions navales les plus grandes et les plus mémorables de l'histoire moderne , par le nombre des bâtimens employés dans le transportei parle talent remarquable avec lequel elle a été conduite, Schenscuéz (Sersel, Sargel), petite mais remarquable par l'industrie de ses habitans et par les débris d'anciens édifices, TrNEs, jadis capitale d'un petit royaume; MosTacnANEM (Mostagan), plus forte, occupée en 1833 par les Français; sa population s’est beaucoup accrue depuis que les Juifs de Mascara s'y sont élablis après la destruction de cette ville, arrivée à la fin de 1835. Mazacran, petite ville de près de 3000 habitans,au milieu d’un territoire très fertile et bien cullivé. Anzeou (Arzew), très petite ville de 500 habitans, à laquelle la pureté du ciel, la fertilité de son territoire, ses riches salines et le voisinage du meilleur port de la régence donnent une grande importance ; c'est le Porlus Magnus des anciens; les restes de vastes citernes et les vestiges d’un grand nombre de constructions romaines attestent son ancienne splendeur ; on croit que ces importantes ruines appartiennent à l’ancienne 4rsenaria.

OuanrÂN (Oran) , avec une double rade. C'était la résidence d’un bey qui gouvernait toute la partie occidentale de l’état d'Alger ; elle a appartenu à l'Espzgne jusqu'en 1792. Ses fortifications, très

siemmagées par les tremblemens de terre et

sgligées j.:° les Algériens sont encore très immertsntes, surtout depuis qu'elles ont été en pardi réparées par le: £rançais. Les vastes magasir2 en pierre de trile construits par les Espaguuisexistentencore intacts.Sa population en 1833 ne s'élevait qu'à 3804 habitans. Peu loin sc trouve Mers-el-Kebir, regardé pâr les marins com-

me le meilleur port de la côte après celui d'Ar

zeou.

A l'EST D'ALGER on trouve : Bouuis, remarquable par son port, par les mines de fer qu'on exploite dans ses environs et fameuse surtout par l'invention des chandelles de cire auxquelles elle a donné son nom, Des relations modernes re: présentent la population des Nid Ar de Bougie comme la plus sauvage et la plus dangereuse de toutes celles qui habitent le termtoire de la régence d'Alger. Bons ou Bounau (Beled-el-A’neb), avec un port très fréquenté, surtout à l'époque de la péche du corail ; dans ses environs on vo. les rninesde Æippone, à laquelle l'épiscopat ie saint Augustin donna tant de célébrité. La Caue, naguère encore principal établissement français sur cette côte , et réduite à un amas de ruines de puis 1827, L'ile Tnananqau (Tabarca), cédée en 1830 à la France par le dey de Tunis. cile est importante par son port, rendez-vous ordinaire des nombreux pêcheurs qu'aitire la riche péche d2 corail qu'on fait dans ses parages.

Dans l'intérieur à l'EST , au SUD et à l'OUEST D'ALGER on trouve : QosrnaAnTnynan (Constanline, Cirtha et plus tard Constantina), résidence d'Achmet-Bey qui gouverne la partie orientale de cette régence et qui est en guerre contre les Français, Quoique bien déchue de son aucienne splendeur, Constantine parait être encore la plus grande ville de cette partie de l'Afrique. M. Dupré lui accorde une population de 60,000 âmes, nombre que nous c oyons devoir réduire au-dessous de 40,000. Le pont sur le Roumel où Soufegmar, bâti par les Romains et encore bien conservé, les quatre portes revèlues de sculptures élégantes, l'arc de triomphe, le bas-relief près du pont, plusieurs pierr'es sépulcrales, et une grande quantité de ruines d’autels, de basreliefs, d'aqueducs et de colonnes rappellent les magnifiques constructions qui décoraient cette ville, autrefois une des plus importantes de l'Afrique ; elle a vu naître deux puissans rois de Numidie, Masinissa et Jugurtha ; plus tardelle a été la capitale de la Mauritanie Césarienne, Dans la partie supérieure de la ville, le Ouad-el-Kebir sort d’un souterrain et forme une grande cascade ; ce point, élevé de 600 pieds au-dessus de laplaine, est l'endroit d’où l'on précipite encore comme autrefois les criminels, Bezvpan (PZlida), dans une

situation lelrisuse, Détruite entièrement le 2 mar: 1:76 remblemer «+ terre qui fit pér - is ses habilans, elle s’est promp-

tement relevée de ses ruines, grâce à sa position favorable au commerce et à la fertilité de son ter-riloire ; on estimait il y a quelques années à 15,000 âmes sa population ; depuis les désastres que lui a attiré de la part des Français la perfidie de ses habitans on la dit réduite à 4000 âmes. MeDEA (Medeya, Mehdyah), assez jolie ville, dans un territoire délicieux et très fertile ; c'était la résidence du bey de Titery, elle a un bel agueduc et peut compter près de 6000 âmes. Quelques débris d'anciens édifices paraissent justifier l'opinion des savans qui les attribuent à l’ancienne Zamida. CALLAH, peliie ville sale et mal bâtie, sur une moutagne , mais remarquable parce qu'on y fabrique

village:

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C'est ion , déchu perdu sur le bouctc Moule Moule tribut.

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à l'OUEST (Constanna), résitie orienrre contre le son autre encore l'Afrique.

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rune mouy fabrique

REGION DC la plus grande partie des lapis et des étoffes de daine en usage dans cette partie de l'Afrique, les villages qui l'environnent se livrent à la même industrie, Mancana, ville insignifiante selon quel ques géographes, était nagucre trés importante par sa population qu'on pouvait estimer audelà de 10,000 âmes et comme résidence du célébre Abd-el-Kader; prise par les Français,

ns me ee eme me

MAGHRER. aan à la fin de 1836 , elle fut abandonade , après avai été livrée aux flammes et réduite à un amas de ruines, TLkmecen (rémécen), remarquable pa:

son industrie, sa population et par les débris de plusieurs anciens düilices. C'est encore la ville la plus considéeable de la province d'Oran, par sa population qui peut-être dépasse 10,000 âmes.

Empire de Marok.

C'est le plus puissant état de cette ré- LAS » quoique depuis long-temps bien déchu. Non-seulement depuis 1795 il a perdu l'influence qu’il conservait encore sur le royaume de Ten-Boktoue (Tombouctou) , qui pendant les règnes de Mouley-lsmayl, mort en 1727, et de Mouley-A’bd-Allah , son successeur, était tributaire de l'empire, mais il a vu même une grande partie du royaume de Sous s’en détacher pour former l’état indépendant de Sydy-Hescham. Cet empire dans ses limites actuelles se compose, selon M. Grere, du royaume de Fez (Fés), au nord de la Morbeya ; de celui de Marok , avec une partie du ci-devant royaume de Sous, au sud de ce fleuve ; du royaume de Tâfilélt, au midi de l'Atlas. L'ancien royaume de Segelmesa w’est aujourd’hui qu’un district de celui de Tañlèlt. 11 y a en outre le pays de Zara’a et le district de El-Hharits, aussi au sud de l’Atlas. Les deux royaumes de Fez et de Marok sont divisés, selon M. Gräberg, en 30 provinces ou préfectures dont quelques-unes sont très grandes, tandis que quelques autres ne comprennent qu’une ville avec sa banlieue.

es nombreuses tribus Amazirg et Chelloks sont régies par des chefs nommés par elles-mêmes, et les tribus 4abes par des cheikhs nommés par le sultan.

ous avons . déjà fait observer que de nombreuses tribus Atlantiques et Arabes conservent entièrement leur indépendance sur le territoire qu’on regarde comme dépendant de l’empereur. Selon M. Gräberg, les villes impériales de Fez, Marok et Mequinez sont alternativement la résidence de l’empereur.

MaRrok où MAROC (Meräkasch), grande ville , une des trois résidences impériales et capitale du royaume de ce nom, située dans une vaste plaine fertile, qui est en même temps un plateau élevé d'environ 250 toises au-dessus du niveau de ja mer. Plusieurs édifices décorent cette ville autrefois si populeuse, et rappellent son an-

cienne splendeur, Nous nous bornerons à nommer les suivans , en prenant pour guide principal un officier anglais très instruit, M. Washington, qui l’a visitée en 1830 : le palais impcrial , immense édifice de 1500 yards de long sur 600 de large , subdivisé en plusieurs pavillons séparés par de vastes cours et de grands jardins ; la place d'audience ou le Meschouär , grand carré entouré d’un mur, où l’empereur donne audience et prononce ses /hgemens ; la mosquée E/- Koutoubia , remarquable surtout par son immense {owr carrée , haute de 220 pieds anglais et divisée en sept étages; sa construction, qui remonte vers la fin du xn° siècle, est contemporaine de la Giralda de Séville et de la Sna-Hassan de Rabatt, édifices qui lui sont entièrement semblables; c’est un des bâtimens arabes les plus remarquables; la mosquée El-Moazin , qui se distingue per ses grandes dimensions : c’est aussi la plus ancienne de la ville; celle de Beni- Yousef ; l'édifice nommé Bel/-Abbas, qui offre réunis dans sa vaste enceinte un sanctuaire, un mausolée, une mosquée et un hôpital où l’on soigne jusqu’à 1500 malades ; la Qussaryah (Al-Kaisseria), grand bâtiment entouré de boutiques où les négocians étalent leurs marchandises ; l'immense fabrique de maroquins où, assura-t-on à M. Washsagton, 1500 personnes étaient employées; la brillante couleur jaune de ce maroquin n’a pas encore pu être imitée par les tanneurs européens.

Onne doit pas oublier les vastes magasins où l’on conserve une immense quantité de blé, les grands cimetières et les ruines des aqueducs , dont quelques-uns se prolongent jusqu'à 20 milles hors des murs de la ville. Marok a beaucoup perdu depuis que les empereurs n’y font plus leur résidence ordinaire. Sans adopter les chiffres évidemment exagérés de M Jackson, ni les 30,000 habitans que lui accordait au commencement du siècle Ali- Bey, nous croyons que sa vopulalion ac-

tuelle doit flotter entre 50 à 60,000 âmes.

Nous ajouterons que, dans un rayon de 28 milles au sud-sud-est de Marok, s’élève le Mi/tsin, le plus haut sommet mesuré de l'Atlas ; sa hauteur absolue est de 1782 loises ; et que vers le sud-est, à environ 18 milles, on voit de vastes ruines nommées Tassremout (Tassremoot ) par les indigènes; ce sont des débris de fortes et épaisses murailles en pierre de taille, de bains, de voûtes, etc., qui ont appartenu probablement à une ville romaine ou même carthaginoise; mais ce qui est curieux, c’est de voir que la tradition populaire raconte sur la chute de cette antique cité à-peu-près les mêmes circonstances qui accompagnèrent, d’ajee l’immortel Homère , la ruine de Troie.

FEz ou FËs, une des trois résidences impériales , située dans le royaume de ce nou, dont elle est la capitale. Cette ville est la plus importante de l’empire, quoique moins grande que Marok ; M.Gräberg la regarde comme la véritable capitale de l'empire; elle est située sur un ruisseau affluent du Séboue , dans une espèce d’entonnoir formé par des montagnes bien boisées. Ses maisons, toutes construites avec des briques bien faites et cuites au four , ont en général un étage au-dessus du rez-de-chaussée et ne reçoivent l’air que par une cour intérieure ; une terrasse en forme le toit. Les rues sont pavées, mais étroites, tortucuses et très sales ; ce ne sont, pour ainsi dire, que de longues galeries couvertes par des treilles ou de la maçonnerie, ce qui empêche l'air de circuler. Selon M. Caillié, Fez n'offre aucun monument remarquable. On y compte cependant beaucoup de mosquées, toutes surmontées d’un minaret d'environ 100 pieds de haut; celle de mouley- Edrys est la plus belle ; elle offre ce qu’il y a de plus beau dans la ville. Fez possède aussi des bains sulfureux et ferrugineux qui sont très fréquentés. Ali- Bey, qui l’a visitée au commencement de ‘ce siècle, la regarde comme la plus belle ville de la Barbarie, et parle beaucoup de ses écoles renommées dans toute l’Afrique, ainsi que de sa bibliothèque qui est très considérable pour cette contrée.

Quoique M. Caillié n’accorde à Fez que 20,000 habitans, nous croyons qu’on ne se tromperait pas beaucoup en portant à 80,000 sa population actuelle; c’est le

minimum que lui assigne un juge très compétent, M. Gräberg. Les couvertures de laine, les fabriques d’armes blanches et à feu, de maroquin, de poudre à canon et d’autres articles occupent une grande partie des habitans, qui font en outre un commerce très étendu.

MEKNASAH ( Méquinez), à quelques milles au sud-ouest de Fez, dans un vallon fertile entouré de hauteurs et assez bien cultivé. Le palais impérial, vaste bâtiment carré et fortifié est lédifice le plus remarquable de cette ville, à laquelle

œst n’accorde que 10,000 habitans, tandis que M. Jackson lui en assigne 110,000. Nous dirons avec M. Gräberg que leur nombre reste sûrement au-dessous de 40,000.

Voici les autres villes et lieux les plus remarquables de l’empire :

Dans le ROYAUME DE FEZ on trouve : Tr- THOUÂN (Tetouan) remarquable par son port sur la Méditerranée, par sa population et par son commerce. Tancen (Tanger), sur le détroit de Gibraltar, importante par son port et par son commerce très actif; c’est la résidence des consuls européens. LARACHE ou EL-A’nayscu, à l’embouchure du Luccos; c’est la station ordinaire de la floite de l’empereur ; depuis 1780 son commerce a beaucoup diminué. SaLë (Sla), à l'embouchure du Buregreg, autrefois repaire de cor saires très redoutables qui osaient faire même des descentes sur les côtes des pays habités par les chrétiens; depuis quelque temps elie est très déchue , quoique M. Washington lui accorde encore 10,000 âmes. RasÂtx (Rabat) ou Nouveau- SALE, vis-à-vis de Salé; c’est encore une des principales villes de l'empire , malgré l’état de décadence où elle se trouve; elle a un chantier, un petit port et peut-être 25,000 habitans. La {our carrée nommée Sma-Hassan, haute de 150 pieds anglais ; le mausolée d'un sultan et celui d’'4/-ansor, le héros de l'Afrique-Mauresque, sont les objets les plus remarquables, AL-Qassar (4t-Kazarr), ville très déchue, mais qui compte encore 8000 ames.

Dans le ROYAUME DE MAROK on trouve .

MÂzaycan (Mazagan), qui n'offre rien de remarquable , ainsi que Asarvy (Saffi). Ouazvyprau (Voladia), désignée comme le meilleur endroit de cette côte où l’on pourrait former un bon port; Mocanon ou Souevrau, rebâtie régulièrement en 1760, fortifiée et pourvue d'un port qui se comble de sables comme tous ceux de celte côte. C'est la place maritime la plus commercante de l'empire; ell: nous parait être aussi sa meilleure for'teresse. Parmi ses bâlimens la fameuse {our de

Beny-Hhasan se distingue par sa grande éléva-

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AGanir, jadis nommée SaxTa-Cruz par les Por- Lugais qui en étaient les maîtres; elle a un port sur l'Atlantique. Dans l’intérieur nous nomme-

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REGION DU MAGHREB. 887

rons : TanounanrT, capitale de la province de Sous, ville très déchue, quoique encore importante par soa industrie et sa population, que M. Grâberg porte à 20 ou 22,000 àmes.TaGavosr, que te savant géographe dit ètre industrieuse, tres commerçante et la plus grande de cette province.

Lans le ROYAUME DE TAFILËLT (Tañilet) sur le versant septentrional de l'Atlas, on voit le palais impérial DAnon«'yoan. Suivant M. Caillié,

Guounacann serait le lieu le plus important de cette contrée, et Ressanr serait la résidence du gouvernement. Ce royaume est généralement appelé, par les sujets ue l'empire, Ze/dd-él-Scherfà (le pays des schérifs), parce que c'est des ruis de Tafléit que la dynastie impériale des schérifs régnans tire son origine.

Dans le PAYS DE DARA’H, M. Caillié nous fait connaitre la petite ville de Mimzina.

Etat de Sydy-Hescham.

Fondé en 1810 par Hescham, fils du schérif Ahhmed-ebn-Mousay. li se compose d’une partie du Pays de Sous, et il s'étend quelque peu à l’est et au sud de ceite contrée. Habité par une population industrieuse, agricole, guerrière et marchande, cet état paraît être actuellement considéré comme l’entrepôt du commerce

entre Ten-Boktoue (Tombouctou) et Marok. Les marchands de cette dernière ville aiment mieux s’y arrêter que de traverser d’affreuses soliltudes pour se rendre à Ten-Boktoue. TALENT en est la capitale ; on y voit en outre ILEGK , où se trouve le tombeau vénéré du schérif Ahhmed père de Hescham.

Béläd-el-Djéryd et Ssahhré (Biledulgerid et Sahara).

Le Bélàäd-é1-Djéryd et surtout le Ssahhrà, dans la partie qui n’est pas comprise dans les états que nous venons de décrire, offrent dans leurs vallons, leurs oasis et leurs affreux déserts, un grand nombre de pays qu'on peut et que l’on doit même regarder comme des états entièrement indépendans; ils sont presque tous habités par des nomades plus ou moins féroces. Nous avons déjà nommé les trois nations principales auxquelles ils appartiennent. Nous nous bornerons ici à citer, d’après la lumineuse classification de M. d’Avezac, les tribus les plus connues et les plus remarquables de chacune de ces grandes divisions de l’ouest à l’est, eten commençant par celles que l’on connaît sous le nom de Maures.

Les MAURES occupent la côte de l'Atlantique , entre l'état de Sydy-Hescham et le Sénégal, et s'étendent dans l'intérieur jusqu'aux solitudes parcourues par les Touàryq (Touariks). Ces nomades sont subdivisés en un graud nombre de tribus, dont la plupart se distinguent par leur extrème férocité et leur passion pour le brigandage. Rien n’est plus difficile que de se reconnaitre au milieu des indications diverses données par les voyageurs et les géographes sur la dénomination de ces tribus et leur distribution dans le Sàhhel : ce point de géographie était resté dans une déplorable incertitude, jusqu’à ce que les travaux de M. d'Avezac eussent porté la lumière dans l’ethnographie de cette contrée. Ses recherches ont établi que cette portion du Désert est habitée à-la-fois par des Maures de pure race arabe, soit Qahhthâänyte, soit Isma'ylyte, venus d'Orient aux premiers siècles de l'hégire ; et par

d’autres Maures de race mélangée, issus destribus arabes les plus anciennement émigrées de l'Yémen en Afrique et entées sur les populations Berbères indigènes,

Parmiles MAURES MÉLANGÉS on doit classer les nombreuses tribus confondues sous le patronyme commun de Ssanui ::n (Zanaga, Zénagues) et formant plusieurs groupes de l'ouest à l'est, sous les noms principaux de Teràrzah (Trarzas, Trazarts, Tarassa), Beräknah (Bracknas, Ebraguena , Brancnarts), Douysch (Doviches, Douiches), etc. Dans le groupe de Terârzah sont compris les Aouléd-él-Hhdaggr Darma’ko (Darmancourts), les 4oulâd-Ahhmed Dahmän (Ouladahmeds et Ouladamins), riverains du Sénégal; les #’ädjounah (Azounas), brigands qui infestent la côle voisine ; les 4oulàd- Mobärek (Oulad-Mbarrik), jui habitent l'intérieur, et nombre d'autres qabyles ou tribus. Dans le groupe de Berâknah se trouvent les 4oulàd-Æ'mar(l.udamar), dont Mungo-Park éprouva la brutale rapacité ;. les &égébah (Dhiedhiebe), parmi lesquels a vécu M. Caillié; les Tékant (Tagantes) et beaucoup d’autres. Dans le groupe des Douysch sont compris les 4oulâd Ghayÿsi (Oulad-Kroïsi), plus connus sous le nom de 4oulàäd-Abou-Seyf (Houlas de Bouséif, Valades Bousséiles); les Kountah(Kounts, Kontats, Oulad-sydi-Moktar) et peut-être aussi les Zaoudl qui habitent vers Araouân. Dans la même caté. gorie est LauTman, souche des 4Aouldd-Nour (Oulet de Nun, Woled-Nun), qui habitent la vallée de Nouu (Ouädy-Noun); des Masoufah, qui exploitaient jadis les mines de sel de Taghäsay aujourd’hui abandonnées, et peut-être des Our” qalän (Varéclan, Querquelen), qui occupa.ent le Désert au voisinage du Bélàd-él-Djéryd , et qui paraissent les mêmes que ceux qu’on appelle aujourd'hui Touût (Tawats, Tuath, Tsuats), du uom de la principale oasis qu'ils possèdent,

Quant aux TRIBUS ARABES DE RACE PURE,

elles peuvent être classées en deux groupes prin-

cipaux : l’un d’origine Isma’ylyte et portant le

nom de HézÂL (Hilel, Héléil), l’autre d'origine

Qahhthänyte et auquel appartient le nom de Ma-

GuyLau (Mahchil, Maguilla). Parmi les tribus qui

forment le groupe de Héläl, les plus connues

sont celles des Bény-4'mer (Bénihémir) et des

Moslémyn(Muslim, Monselmiues, Monslémines),

qui demeurent vers le cap Bojador ; et celle d’E/-

Hharils, qui est probablement la même dont

M. Caillié prononce le nom El-Harib, dans le

voisinage du Pays de Dara'h.. Peut-être faut-il

annexer à ce groupe lestribus de Tiknah (Dikna), de Modjät (Mjot, Emjot, Mujatts, Mougearts), de Moghäferah (Mograffra), de Tadakänt(Tajacantes) et quelques autres. Parmi celles qui sontcomprises dans la descendance de MacuyLau, les plus célèbres sont : celle des Sébäyn ou Aoudâd-A4by-Séba (Oulad-Besba , Villa de Bousbach,

Ulled-Missebah, Ladbessebas, Ressebes et peutêtre Labôs), et celle des Delemyn ou Aoulüd- Deleym(Wadelims, Oulets de Lite , Oulad-Elim, Oulad-Lème , Ulled-Dleim), qui toutes deux habitent dans les environs du Cap-Blanc, et sont des monstres de cruauté. Dans le même lignage sont : la tribu d'E/- Ouodäyah (Ludaya, Ludayes), maitresse des oasis de Ouàdan et de Oualâtah, etcelle de Barbousch ou des Berädbysch, à laquelle appartient Tyschyt, À ce groupe on peut annexer les tribus d'E/-4’rousyah (Larousie, El-Arosiem), d’#rkybät (Orghébet) ct plusieurs autres.

Les oasis les plus remarquables de cette partie du Désert, sont : en pretnier lieu celle de Toul, qui est fort étendue ; la capitale est 4ghàblr; on y trouve encore la ville de #’yn-él-Ssdlah , naguère visitée par le major Laing. Ouadan (Hoden), Tyrschyt, Taoudyny, Taghäzay (Tagaza), sont célèbres par leurs mines de sel gemme. 4raouûn offre une petite ville d'environ 3000 âmes. Enfin les deux Oualätah (Gualata, Oualet), souvent confondues, sont deux stations distincles, l’une sur la route du Sénégal à Marok, appartenant aux Ouodàyn, l’autre sur la route de Ten-Boktoue et paraissant occupée par les Berâbysch ; c’est de celle-ci que l'on a fait un prétendu royaume de Byrou (Becroo), à cause des puils (en ârabe byrou) qui s’y trouvent,

Les TOUARYQ (Touariks).Les tribus indé»endantes de ce peuple nombreux et guerrier occupent toute la partie moyenne du Ssahhrà depuis les confins des pays habilés par les Berbers de Marok, d'Alger et de Tunis, et les Arabes de Tripoli, jusqu’au sud de Ten-Boktoue (Tombouctou) et au nord de Djénny et du Bornou, et depuis les confins des pays parcourus par les Maures ou Arabes occidentaux du Désert jusqu'à ceux des Tybou (Tibhos). Partagés en un grand nombre de tribus jusqu'à présent peu connues, Îles Touàryq sont encore, depuis les Carthaginois et les Romains, les conducteurs des caravanes, les courtiers et en partie mème les marchands qui font le commerce actif et régulier, qui de temps inmémorial existe entre le nord et le centre de l'Afrique. Leurs tribus les plus puissantes sout

les suivantes : celles des Ælagarà (Haugars, Agarys) qui habitent entre Touat, et Araouûn ; Ahyr ou Hayr leur appartient, et Ouallen parait être leur capitale ; ils sont renommés par leur perfidie et leur cruauté: Laing courut le risque de la vie au milieu d'eux. Celle des Sourgà {Soorkas, Sorgous) qui s'étendent depuis Mabrouk jusque vers Djénny, soumettant tous les peuples nègres voisins à leursinsolentes exactions Au nord de Haoussah sont les Taghäma et au nord de ceux-ci les Ao/louvi, auxquels appartiennent les oasis d’Azben et de Ghàt, et tout le Ssahhrà jusqu'au Fezzan. On cite encore les Matkara, les Mahinga etplusieurs autres tribus, Parmi toutes ces tribus , celles de Hhagarà et Matkara sont les moins mélangées; elles ont le teint seulement basané ; les autres offrent des nuances plus foncées à raison de leur voisinage des races nègres et des croisemens qui en sont résultés. Les principales oasis appartenant aux Touàryq sont : Ghät, espèce de république oligarchique ; dans sa capitale, qui porte le mème nom, on tient tous les ans une foire fréquentée par un grand nombre de tribus du Ssahhrà.

Ahir, grande et fertile, mais peu connue; Mabrouk , peu importante ; 4Asben. une des plus grandes; on dit que sa capitale 4ghades est aussi considérable que Tripoli; c'est un des plus grands entrepôts du commerce du Ssahhrà.

Les TYBUU, TIBBOU ou TIBBOS ne possèdent pointexclusivement la partie orientale du Ssahhrà à laquelle le nom spécial de Désert de Lybie a été imposé par les géographes. Au nord, le pays de Barqàh, que nous avons compris dans la régence de Tripoli, est occupé par des Arabes dont les plus connus sont les Æharäbyn et les Aoulaäd-A’ly ; et la série d’oasis qui en est voisine est habitée par des peuplades berbères.

Au sud errent des tribus arabes, dont les principales sont celles des Beny-él-Hhasän, de Doghanakh, d'El-Assala, de Salèämat. A l'est sontles repaires des races mêlées arabes-berbères de ZLaoudlah et de Berdaouah. La région moyenne seule appartient aux Tybou, partagés en grandes tribus dont voici les principales : les Tibbou de Bilma, entre le Fezzan et la petite oasis d’Aghaden; leur chef ou cheïkh réside à Bilma, petite ville, mais importante par les deux lacs salés de son voisinage, d’où l’on lire tous les ans une immense quantité de sel, qu'on transporte dans la Nigrilie, Les Tibbou de Gonda, qui possèdent le point d'4ghaden, rendez-vous de brigands de toute espèce ; ils attaquent les caravanes qui vont du Fezzan au Bornou; ces Tibbou, dont le chef se nomme Mina- Thar, possèdent plusieurs milliers de chameaux ; depuis quelques années ils sont devenus commerçans et industrieux , changement qu’ils doivent à leurs communications avec les marchands de Tripsli ; ils paraissent être les plus nombreux de tous. Les Tibbou de Traïla, vivent au sud des précédens. Viennent ensuite les Tibbou de Borgou vu Bürgou, dont le chef-lieu semble être Fen. Les Tibbou de Reschadeh où des rochers, ainsi nommés parce que plusieurs de leurs

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