CLASSIFICATIONS DU GENRE HUMAIN
laquelle tout le genre humain est partagé en peuples civilisés, peuples e et peuples sauvages , esttrèsinexacte , lorsqu'on examine avec impartialité le rang qui est assigné à cha-
que peuple. Cela vient en grande partie de la ma-
nière différente d'envisager la civilisation, et de l'acception que l'on donne à ce mot, employé si souvent dansun sens positif, malgré tout le vague qu'offre sa véritable signification. Plusieurs savous distingués: ont déjà réclamé contre l'iujustice d'une classification si évidemment erronée; mais aucun d'eux ne nous parait jusqu'à présent avoir rempli ce vide immense qu'offre la géograpile politique. Les faits que nous avons eu occasion de recueñlir et de rapprocher entre eux dans nos recherches géographiques et ethnographiques, en parcourant une foule d'ouvrages, nous ont amené aux résultats suivans : 1° que la civilisation prise dans le sens qu'on donne généralement à ce mot conduit à des jugemens erronés ; 2 que, pour les éviter autant que possible, le mot civilisation doit embrasser : religion, lois, coutumes, mœurs, gouvernement, genre de vie, organisation sociale, arts, sciences, littérature, langage ; toutes choses susceplibles de variations, de degrés; et qui, suivant les combinaisons qu'elles produisent, doivent modifier à l'infini le caractere qu'on assigne à chaque peuple; 3° qu'il y a bien des degrés de civilisation et mème bien des sortes différentes de civilisation ; 4° qu'il est presque impossible, ou qu'il est au moins très difficile de déterminer d'une manière précise le point qui sépare la barbarie de la civilisation; 5° que plusieurs peuples qu’on doit regarder comme européens, et qui ont l'avantage de participer aux lumières qui accompagnent le christianisme, sont inférieurs sous le rapport de la civilisation à plusieurs nations civilisées de VAsie, que l'usage et imposantes autorités classent encore parmi les peuples barbares; 6° que de grandes masses, et quelquefois même des nations tout entières, placées depuis long-temps à la tête de la civilisation, sont aussi,.sous ce rapport, inférieures aux Chinois, aux Japonais, aux Birmans, aux Hindous, chez lesquels presque tout individu mâle sait lire, écrire, compter, connaît la législation deson pays, et reçoit une éducation qui le rend apte à la profession des arts et des métiers qui, dans cette partie de l'Asie, ont attcintune grande perfection; 7° que les nations asiatiques que nous venons de nommer, ainsi que les Arabes sédentaires, les Persans, les Tibetains ,les Coréens et plusieurs autres nations, qui possèdent quelquesuns des traits caractéristiques des peuples regardés généralement comme policés, doivent être incontestablement classés parmi les peuples civilisés ; 8° que l’on doit classer parmi eux les Malais, les Bugis, les Bissajos, les Kalmouks, les Mongols et autres peuples, quoique la civilisation chez ces derniers soit caractérisée d'une manière moins remarquable ; 9° qu'on pourrait regarder comme des peuples barbares, les peuples qui n'ont ni écriture ni littérature, ce qui leur est commun avec les peuples sauvages. Tels étaient les ha- Litans des iles de la Société et de Sandwich avant d'avoir adopté le christianisme, et tels sont en-
core les Araucans, les Carolins, les Tengas, les Vitis, les Nouveaux-Zélandais, ete., etc. ; 10° qu'on pourrait enfin regarder comme peuples sauvages les tribus chez lesquelles l'intelligence a gcquis le moins de dévesoppement, dont lesindividus ne tiennent les uns aux autres que par des rap-
rtstrès peu fréquens,rt ven lesquelles les arts
plus nécessaires à la vie, ou n'existent pas du tout, ou se trouvent dans un état extreme d'imperfection. Tels sont les naturcis de la Nouvelle- Hollande, ceux de la Tasmanie (ile de Van-Diémen), de la Nouvelle-Calédonie, les sauvages abrutis de la Nouvelle-Californie, etc., etc., qui u'ont aucune idée de l'agriculture, et chez qui la pêche ou la chasse ne se font qu'avec les moyens les plus imparfaits. Chacune de ces trois grandes divisions du genre human peut étre subdiviséo à l'infini, selon les nuances différentes de l'état social qu'elles représentent.
Ce que nous venons de dire suffit pour donner une idée des difficultés qui accompagnent cette seconde mani“ re de classer les habitans de la terre. el pour indiquer à combien de faux jugemens on s'expose en admettant la classification donnée par les géographes et par certains naturalistes. Nos observations pourront en outre guider le lecteur lorsqu'il voudra assigner à chaque peuple la place bi mérite d'occuper dans l'échelle de la civilisation.
Quant aux autres classifications qui ont pour base la nourriture, la position topographique et les occupations, il nous semble qu'elles sont inutiles, ou pour le moins très vagues. La plupart de ces prétendues classifications principales du genre humain.se reacontrent dans tous les grands états et même dans quelques-uns d'une médiocre étendue; les autres ne sont que des subdivisions de la grande classification qui a pour base les diverses nuances de fetal social. Ainsi noustrouvons sur les vastes territoires de la Colombie et de l’inde anglaise, les peuples montagnards et les habilans des plaines, les peuples nomades , les chasseurs, les agricoles, les frugivores, les ichthyophages et les carnivores. Nous voyons le ci-devant petit royaume des Pays-Bas nous présenter dans les plaines de la Beigique tous les prodiges d'une agriculture perfectionnée, dans les villes maritimes tout le mouvement qu'on observe chez les peuples navigateurs, et dans les villes les plus industrieuses toute l'activité qui distingue les peuples considérés comme essentiellement manufacturiers. Ne voyons-nous pas l'empire d'Autriche, qu'on regarde comme un état purement agricole, produire dans plusieurs cantons de la Bohème, dela haute et basse Autriche, de la Moravie et du royaume Lombard - Venitien, toutes les merveilles de l'industrie qui ont donné tant de célébrité aux cantons les plus manuſacturiers de PAngleterre et de la France, et nous offrir dans le port de Trieste un commerce qui, par l'étendue de ses relations et la valeur de ses importations et exportations, rivalise avec les principaux ports des monarchies Anglaise et Française, et avec ceux de la confédération Anglo-Américaine? Ne trouvons-nous pas aussi dans la Suisse, malgré sa
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petite éteudue , des peuples pasteurs et pre nomades , dans les besux montagnards qui hs bitent les hautes vallées de Berne, Lucerne, Schwitz, de l'Unterwald, d Url, de Claris, d'Appensell, de Vaud. des Grisons et du Valais; des peuples entièrement agricules , dans les plaibes fertiles de Zurich, Soleure, Schaffouse et Bâle j ei une population essentiellement adonnée au commerce, aux fabriques et aux manufactures , dans les villes et dans les des cantons de Zurich, de Glaris, de Saint-Gall, del'Appenzell-Extérieur, de Genève, de Neufchàtel et de Bâle 7 Enfin l'Angleterre, qu'on persiste toujours à regarder comme un pays uniquement manufacturier et commerçant, ne nous offre-telle pas, dans ses grandes exploitations agricoles, la partie du globe où l'agriculture est peut-être arrivée à un degré de perfection qu'elle n'a encore atteint nulle part, sans excepter même les pays qui passent pour être les plus essentiellement les? Nous pourrions multiplier ces exemples presque à l'infini; mais nous pensons que ce que aous venons de dire suffit pour faire sentir toute l'inutilité et tout le vague de ces prétendues classifications générales, qui sont démenties par un nombre presque égal d’exceptions. Après avoir réfléchi long-temps sur ce sujet, nous croyons que, dans l'état actuel de la géographie, on devrait se borner aux quatre divisions suivantes du