LE KIMERIDGIEN EN EUROPE
thiques n'apparaîtront plus désormais que dans le. sud-est, et les influences septentrionales se feront sentir jusqu'en Normandie, où se prépare un nouveau progrès de la terre ferme.
Le Kimeridgien comporte deux divisions : à la base, le sousétage ptérocérien, ou zone à Pictonia Cymodoce; au sommet, le sous-étage virgulien, ou zone à Reineckeia pseudomutabiliSy avec grand développement de VExogyra virgula. Dans le midi, Oppelia tenuilobata continue à habiter la première zone, la seconde voyant surtout se multiplier les ammonites du genre Neumayria, L'apparition, dans le nord, des grands dinosauriens terrestres du genre Iguanodon date du kimeridgien.
Europe nord-occidentale. — Une partie seulement de Vargile de Kimeridge, en Angleterre, appartient à l'étage kimeridgien, celle où les gryphées virgules abondent, ainsi que les restes de grands sauriens, et où se montre encore Belemniies nitidus. A cette assise correspondent, à l'embouchure de la Seine, d'abord le calcaire marneux à ptérocères de la Hève, ensuite les argiles et lumachelles à Exogyra virgula, mélangées de calcaires dans le Pays de Bray. Au contraire, dans le Boulonnais, au voisinage du massif ancien qui limitait le rivage, le kimeridgien offre une succession variée d'assises gréseuses, d'argiles et de bancs calcaires avec lumachelles à gryphées virgules.
Ces lumachelles se retrouvent dans les Ardennes et aussi en Lorraine ; mais là, elles ne forment plus que des intercalations au milieu de marnes et de calcaires lithographiques, ces derniers, en petits bancs, se prononçant surtout dans le Barrois, et reparaissant dans le Berry au sommet de l'étage, dont la base laisse voir quelques lits oolithiques à nérinées; dernier effort septentrional d'un faciès qui se retire vers le sud.
Jura. France méridionale. — Marneux, quelquefois grumeleux, plus souvent compact, le calcaire kimeridgien de la Franche-Comté devient oolithique dans le Jura méridional et prend à Valfm un faciès nettement coralligène, avec Heterodiceras et nérinées. Cette assise est ptérocérienne et surmontée par une oolithe virgulienne, qui se développe bien aux environs de Saint-Claude, mais fait place, à Cerin, Orbagnoux, etc., à des schistes calcaires, souvent bitumineux, avec restes de
poissons et profusion de végétaux terrestres, cycadées et fougères. Ainsi la terre ferme est proche et une émersion ne va pas tarder à se produire.
Dans le syndical dauphinois, notamment à Grenoble, la prépondérance du faciès vaseux engendre les calcaires de la Porte de France {intra-muros), avec Aptychus, ainsi que les calcaires compacts, mais en bancs très réguliers, du château de Crussol et ceux du Ventoux.
On voit donc que, par opposition avec le bassin de Paris, où régnait Tinfluence septentrionale, tout l'étage est calcaire dans le midi. Il Test également sur le revers sud-ouest du Plateau Central, et môme, à la Rochelle, le ptérocérien revêt de nouveau un faciès corailigène, faisant pendant à Valfin, dans le calcaire à polypiers et à oursins {Acrocidaris nobilis) de la Pointe du Ghé. L'entourage de cette assise ne laisse pas de doute sur la persistance, à cette époque, de la communication entre le bassin de Paris et l'Aquitaine par le détroit de Poitiers.
Europe orientale. Pays divers. — Dans le Jura suisse, le ptérocérien se développe au point d'absorber, au moins comme faciès, le virgulien, réduit à quelques mètres. Les deux étages se fondent dans la partie moyenne du malm calcaire de la Suisse centrale, et du jura blanc de la Souabe, mais se différencient de nouveau en Franconie, où non seulement des couches oolithiques, mais de vrais récifs (Nattheim) apparaissent avec des dolomies dans le virgulien. Même des oolithes à ptérocères et à gryphées virgules s'étendent, à la même hauteur, jusqu'au massif du Deister en Hanovre, donnant à penser qu'à cette époque la mer européenne se fermait du côté de la Pologne, limitant les communications boréales à la région de la mer du Nord.
Pendant ce temps, l'influence méditerranéenne, longeant la barrière alpine, se faisait sentir en Silésie, où elle donnait naissance au calcaire massif dit felsenkalk. Ailleurs, c'est toujours le type des calcaires à Aptychus qui prévaut, comme c'est le cas au Frioul et en Italie.
Une argile glauconieuse à Reineckeia pseudomutabilis a laissé quelques traces près de Moscou, où sans doute elle s'est déposée dans un golfe d'un bras de mer boréal.
l'étage PORTLANDIEN 287
Connu à Spiti (Himalaya) et à Catch (Hindoustan), le Kimeridgien est dolomitique en Algérie, tandis qu'en Abyssinie on trouve un ptérocérien presque identique avec celui d'Europe, et se reliant par Monbassa avec le Kimeridgien de Madagascar, à Perisphinctes. Comme d'ailleurs un golfe jurassique persistait sur l'emplacement de la Cordillère entre l'Argentine et le Chili, on voit que la géographie kimeridgienne différait peu de celle du séquanien. Seulement c'est tout au plus si la Californie était alors couverte par la mer.
SÉRIE NÉOJURASSIQUE S*» ÉTAGE PORTLANDIEN
Données générales sur le portlandlen. — L'époque portiandienne marque une date importante pour l'histoire géologique, non seulement de l'Europe, mais de l'hémisphère boréal. Au moment où elle se termine, la mer a presque entièrement quitté la région française, qui se couvre çà et là de formations d'eau douce ou d'estuaire, parfois de lagunes d'évaporation. Le régime marin se trouve relégué dans deux domaines bien différents, et sans communication directe l'un avec l'autre; à savoir dans la mer du Nord, où continuent d'agir les influences boréales, demeurées efficaces aussi dans le bassin de la Volga, et dans la Méditerranée, à ce moment franchement pélagique, où se forment les calcaires dits tithoniques.
Pendant ce temps, l'Amérique du Nord est constituée, à peu de chose près, dans son contour actuel; et, sur son territoire, les énormes dinosauriens se multiplient. Du même coup, de nouveaux éléments s'introduisent dans la flore terrestre, par des types qui possèdent déjà les caractères fondamentaux des dicotylédones angiospermes.
La partie inférieure du portlandien, celle où le régime marin s'affirme encore dans le bassin anglo-parisien, forme le sous-étage bononien (de Bononia^ Boulogne -sur-Mer), débutant, en fait d'ammonites, par la zone à Stephanoceras portlan-
dicum, pour finir par celle à Perisphinctes bononiensis. C'est à cette hauteur que se placent, dans le midi, les calcaires à Pygope diphya. Ensuite vient le sous-étage purheckien^ correspondant à répisode d'émersion, et dont l'équivalent marin doit être cherché dans Vaquilonien des géologues russes, comme aussi dans la zone à Hoplites Calisto de la région méditerranéenne.
Angleterre méridionale. Boulonnais. Normandie. — Une partie du Kimeridge-clay doit revenir au bononien, qui comprend en outre Tassise sableuse dite Portland sand et les calcaires marins ou saumâtres du Portland stone, avec Trigonia gibbosa.
Ce même ensemble est de composition très variée aux envii;ons de Boulogne-sur-Mer, où des épisodes d'estuaire s'introduisent à plusieurs reprises, accusant bien la tendance à l'émersion qui allait prévaloir. Tout à fait en haut apparaissent des couchfis contenant une faune d'eau douce semblable à celle du Purbeck anglais, assise célèbre par les mammifères et les souches de végétaux en place (Cycadeoidea) qu'on y a rencontrés. Quant à la formation de sables fins et d'argiles qui vient ensuite et à laquelle on a donné le nom de wealdienne (à cause du Weald), il est possible qu'une partie doive être considérée comme un équivalent de l'aquilonien.
La même conclusion s'appliquerait aux argiles, tombées dans une crevasse du terrain houiller du Hainaut, et qui ont fourni les restes des célèbres iguanodons du Musée de Bruxelles. L'émersion de ces contrées du nord a coïncidé avec la formation de quelques grands fleuves, qui débouchaient dans une zone comprise entre l'estuaire de la Tamise et le Hanovre, et où les mêmes conditions de dépôt se répètent, parfois avec couches intercalées de combustible fossile.
Le portlandien se revoit dans le pays de Bray. Là, comme dans le Boulonnais, la présence, dans ses sédiments, de galets empruntés à des roches primaires, et mieux encore l'existence, vers le sommet du bononien, de lits entiers de cailloux de même origine, trahissent le voisinage d'un district en voie d'émersion.
Barrois, Jura, Aquitaine. — Les circonstances sont diffé-