GÉNÉRALITÉS SUR LA PÉRIODE CRÉTACIQU-£ SÉRIE ÉOCRÉTACIQUE
Traits généraux de la période crétacique. — L'émersion qui avait marqué la fin des temps portlandiens n'était, pour l'Europe occidentale, qu'un premier essai vers la conquête de son ; relief. A peine cette émersion était-elle accomplie que la mer, j revenant par le sud est, se préparait à envahir de nouveau cette
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partie de la terre ferme, pour arriver, par une série d'étapes, à reconquérir un espace au moins aussi grand que celui qu'elle avait occupé lors du callovien.
Les premières phases de cette invasion, chacune en progrès sur la précédente, ont laissé presque partout des sédiments détritiques, le régime calcaire demeurant cantonné dans les pays méditerranéens. Ces sédiments, qui commencent par des sables, pour finir par un épisode assez généralement argileux, forment par leur ensemble la série éoerétacique (ancien infracrétacé).
Durant ces premières phases, la terre ferme, très réduite en étendue dans Touest de l'Europe, perdait progressivement son relief. Aussi, pendant le dépôt de la série supérieure ou néocrétaciquej les mers de Tarchipel européen, ne recevant en général que très peu d'apports terrigènes, se sont-elles peu à, peu clarifiées, et leur fond s'est garni de dépôts organiques, dont le plus caractéristique et le plus récent est la craie blanche (d'où le nom du système). Enfin, à la suite de ce comblement, un plissement s'est produit, et la mer a été re jetée hors du territoire, perdant encore plus de terrain qu'elle n'en avait abandonné à la fin des temps jurassiques.
La place où devaient un jour surgir les Alpes continuait à être indiquée, sur le côté externe (c'est-à-dire convexe) de la future chaîne, par un synclinal, marquant une zone faible de Técorce, où s'accumulaient des dépôts détritiques. Mais tandis qu'à l'époque jurassique la sédimentation vaseuse avait dominé dans cette dépression, pendant les temps crétaciques ce mode de dépôt ne s'est maintenu qu'au début et seulement dans les Alpes occidentales. Plus à Test, le synclinal s'est rempli d'un mélange de marnes et de dépôts arénacés, engendrant un type spécial de terrains, qui devait atteindre le maximum de son développement à l'époque tertiaire, sous l'aspect de ce que les géologues suisses ont appelé \e/lysch. Le grès carpathique est la forme crétacique de ce mode de sédimentation, qui semble indiquer que le bourrelet alpin se préparait de plus en plus à apparaître à la surface, fournissant, par sa destruction graduelle, des débris de moins en moins fins.
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Une histoire analogue s'est déroulée en Amérique. Là aussi une invasion par étapes a fini par atteindre un maximum d'extension qui n'avait pas encore été réalisé depuis le permien, et qui s'est aussi terminé par un assèchement encore plus définitif que celui de l'Europe.
Généralités sur la série éocrétacique. — La série éocrétacique est celle qui, en Europe comme en Amérique, a préparé l'avènement du régime crayeux. C'est encore le règne des reptiles, surtout des dinosauriens, et ce qu'on connaît des mammifères ne marque aucun progrès.
Les ammonites subissent une véritable révolution. Peri-
Fig. 109. — Ammonites {Bopli- Fig. 110. — Ammonites {Acanthoceras) tes) interrupt\is. mamillaris.
sphinctes et Holcostephanus s'éteignent bientôt, cédant la place k Hoplites (fîg. 109), Acanthoceras (fig. 110), PukheUia, Desmoceras, etc.
En même temps se produit une remarquable expansion des ammoniti dés atours disjoints ou en hélice, Ancyloceras (fig. 111), Crioceras, Hamites (fig. 112), Macroscaphites,
Les bélemnites, surtout dans les régions méditerranéennes, tendent à s'aplatir et à devenir irrégulières, comme dans Duvalia (fig. 113).
Les Diceras ont terminé leur carrière, mais sont remplacés par Requienia (fig. 114), Monopleura^ Toucasm, ainsi que parles précurseurs des caprotines du néocrétacique. Ces chamidés, précédant les vrais rudistes, vont devenir la caractéristique des dépôts coralligènes de l'époque.
FAUNE EOCaiETACIQUE
Fig. 111. — Ancycloras {Crioceras) Matheroni.
Fig. 112. — Hamites attenuatus.
Fig. 113.-^e/emnites Emerici.
Fig. 114. — jRequienia {Chaîna, Caprotina) ammonia.
Fig. lift. ^Toxaster complatanus {Spatangus retusus).
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Près des côtes abondent des oursins spatangoïdes, tels que ToxasUr (flg. 415).
La flore éocrétacée, où dominent les cycadées et les conifères, est encore une flore jurassique, excepté en Amérique, où se montrent les angiospermes. Les mêmes associations de types tropicaux avec des sapins et des cèdres se retrouvent à la fois dans l'Europe centrale et, près du pôle, au Groenland. Cependant les peupliers apparaissent dans cette dernière contrée, comme indice d'une différenciation des climats, déjà prononcée dans la zone arctique.
La série éocrétacique peut se diviser en quatre étages, qui sont, de bas en haut : le néocomien (de Neuchatel en Suisse ; le bàrrémien (de Barrême aux Basses-Alpes) ; Vaptien (d'Apt en Vau cluse); enfin Yalhien (du département de TAube). Le bàrrémien correspond à Tancien étage urgonien de d'Orbigny.
SÉRIE ÉOCRÉTACIQUE 1« ÉTAGE NÉOCOMIEN
Données générales sur le néocomien. — Tandis que, dans la partie orientale du bassin de Paris, le néocomien repose en transgression manifeste sur le jurassique, dans le bassin méditerranéen comme dans les régions boréales, il succède au porttandien sans aucune discontinuité. La transition s'établit par une zone de passage, le berriasien (de Berrias en Ardèche), à Hoplites Boissieri et Pygope diphyoides. Le néocomien proprement dit comporte deux sous-étages : le premier ou valanginien (de Valangin près Neuchatel) est encore susceptible d'accidents coralligènes, sous forme de couches avec dicérates du genre Valletia, qui établissent le passage des dicératidés jurassiques à ceux du crétacique. Son ammonite caractéristique est Hoplites neocomiensis, accompagné de quelques Oxynoticeras, Le sous-étage supérieur ou Hauterivien (d'Hauterive), plutôt marneux, est l'horizon d'Hoplites radialus et celui où commencent les ammonitidés à tours déroulés [Crioceraa Duvali).