LE NÉOCOMIEN EN EUROPE
Jura, France, Angleterre méridionale. — Dans la région typique du néocomien, autour de Neuchatel en Suisse, il y a contraste marqué entre les masses blanches calcaires du valanginien, bien développées aussi au Salève, et les marnes, entremêlées de calcaire jaune, de l'hauterivien, annonçant la fin, dans ces régions, des formations engendrées par l'activité corallienne. C'est dans l'hauterivien que commencent à se montrer les grains de glauconie ou silicate hydraté de fer et de potasse, qui inaugurent le régime des grès verts.
La mer néocomienne, arrivant du Jura et contournant le Morvan, s'est étendue jusqu'au Sancerrois, respectant toute la France occidentale. Cette invasion, qui a été progressive, s'est produite dans l'Yonne à la fin du valanginien, dont la place est occupée dans la Haute-Marne par une argile à ossements de tortues, qui accuse une émerslon d'une certaine durée, et que recouvrent des sables à minerai de fer. L'hauterivien de ces contrées est un calcaire jaune en petits bancs marneux, le calcaire à spatangaes, ainsi nommé d'un oursin (Spatangus retasus ou Toxasier complanatus), qu'accompagne Ostrea CoulorU; ces deux fossiles étant communs dans l'hauterivien de Neuchatel.
Le calcaire à spatangues n'atteint pas les Ardennes et quand, dans le Pays de Bray, on revoit des formations supérieures au jurassique, c'est un tout autre faciès qui s'introduit : celui des sables , avec argiles réfractaires (Forges-les-Eaux), dont le type le plus complet existe dans le wealdien anglais. Ce sont des dépôts d'estuaires, et s'il est difficile d'y indiquer avec certitude où finit le jurassique, la part du néocomien y est affirmée, dans le Bray, par quelques incursions marines, comme celle que trahit un grès ferrugineux à Astarte numismalis, fossile du calcaire à spatangues de la Haute-Marne.
En Angleterre, les sables et argiles bariolés du wealdien atteignent 600 mètres de puissance et renferment des dinosauriens, des coquilles d'eau douce, quelques-unes d'eau saumâtre, des cycadées et des conifères.
Province boréale. — Il en est tout autrement dans le Yorkshire, où la falaise de Speeton montre la superposition à l'aquilonien d'une argile à Belemniles regalis^ avec les ammo-
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nites Polyptychites et Hoplites, supportant une autre argile à Belemnites jaculum avec Hoplites noricus et ammonites de Thanterivien. C'est le faciès boréal franc, qui s^étend sur le Hanovre, bien caractérisé dans Yargile du HUs, mais en laissant au sud se poursuivre contre le rivage une bande wealdienne, accusée dans les grès du Deister, avec lits charbonneux.
La mer boréale formait-elle un golfe au Hanovre, ou bien se reliait-elle, par un bras dont aucun vestige n'aurait subsisté, avec la Russie orientale? Toujours esMl que, de Mi$cou à la Petchora il y avait, le long de TOural et de la^Tolga, au moins un golfe profond, ouvert au nord. Il s'y est'déposé les argiles sableuses et glauconieuses, à nodules phosphatés, du petchorien, où se rencontrent les ammonites et les belemnites de Speeton, ainsi que des aucelles (Aucella volgensis);. Ce type boréal, également signalé sur la Terre du Roi-Charles, près du Spitzberg, se retrouve au nord de la Sibérie, dans l'Alaska, dans la Californie (couches de Knoxville) et jusqu'au Mexique; ce qui semble bien indiquer que le développement de la formation à aucelles était dû, moins à la température des mers^ qu'à un certain ensemble de conditions géographiques.
Zone alpine. Région méditerranéenne. — Le synclinal subalpin continuait, à l'époque néocomienne, à se remplir de dépôts vaseux, qui ont engendré les couches à ciment et à Pygope diphyoides des environs de Grenoble, supportant des marnes à ammonites pyriteuses et des calcaires marneux à criocères et belemnites plates. Ce faciès s'étendait sur le Languedoc oriental; mais tout le bassin de la Garonne et de ses affluents était alors émergé.
Dans la direction opposée, en Suisse, la mer néocomienne amenait les mêmes fossiles et les mêmes sédiments qu'au Jura. Mais, à partir des Alpes bavaroises, s'introduisait le faciès carpathique, marneux et schisteux, avec belemnites plates et Aptychus.
La région méditerranéenne a vu prédominer'^un type spécial et très uniforme de sédimentation, représenté par un calcaire compact blanc-grisâtre, le hiancone des Alpes vénitiennes. Ce faciès embrasse plus d'un étage ; mais les fossiles,