ANCIENNES MORAINES
Ceux du premier groupe se préseutent aujourd'hui en nappes (d'où le nom de deckenschotter) ou plutôt en lambeaux de nappes, étalés sur des plateaux. On distingue les cailloutis des hauts plateaux ^j et ceux des bas plateaux, entaillés dans les précédents. Par suite d'une longue exposition à l'air, ces deux sortes de dépôts ont perdu, surtout les premiers, la plupart de leurs caractères morainiques originels.
Les cailloutis du second groupe, beaucoup plus facilement reconnaissables, se sont formés à une époque où la topographie de la région en avant des montagnes s'était déjà profondément modifiée, se rapprochant de celle du temps présent. Toujours ils sont localisés aux flancs des vallées actuelles y où ils dessinent des terrasses. Il y a les hautes terrasses, à une centaine de mètres au-dessus du fond des vallées, et les basses terrasses, dominant habituellement ce fond de 30 à 35 mètres.
Moraines internes. Moraines externes. Dépôts interglaciaires. — Tandis que les moraines de la première extension sont très difficilement reconnaissables, on peut reconstituer assez aisément les limites atteintes par la seconde et la troisième, et constater que toutes deux se sont avancées plus loin que la quatrième, dont les moraines sont encore tellement fraîches qu'on les dirait déposées d'hier. Ces dernières, bien que situées fort en avant des glaciers actuels, sont, par rapport aux précédentes, du côté intérieur du massif. Aussi leur donne-t-on le nom de moraines internes, la qualification d'externes s'appliquant aux deux autres. Aux époques où celles-ci se sont formées, la limite des neiges était descendue à 1 200 ou 1 300 mètres plus bas qu'aujourd'hui.
La figure 146 fait connaître la situation réciproque des moraines internes de la Suisse et des moraines externes de l'avant-dernière extension.
Dans l'intervalle des diverses extensions, le massif alpin a été débarrassé de glaces au moins autant qu'aujourd'hui, comme le prouvent la situation et l'altitude de certains
1. Ce sont ceux que nous avons déjà mentionnés à propos du pliocène.
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dépôts interglatiaireSf dont la faune et la flore accusent une température encore plus favorable que celle du temps présent.
Chronologie des dépôts glaciaires. — Il y a grand intérêt à établir la correspondance de ces vicissitudes avec les phases de Tépoque pleistocène, en définissant les rapports des cailloutis morainiques avec les gisements contenant des débris d'animaux ou des restes bien définis d'industrie humaine.
D*après les dernières études, faites dans les Pyrénées par M. Obermaier, le moustérien se montre contemporain de la dernière extension des glaces, à laquelle tous les gisements magdaléniens seraient nettement postérieurs.
Il paraît ainsi raisonnable de rattacher la première apparition caractérisée de l'industrie humaine, c'est-à-dire le chelléen, à la dernière période interglaciaire ^ dont elle caractériserait la phase chaude, suivie par une phase froide, répondant à l'acheuléen. L'accentuation du froid humide, engendrant la dernière extension glaciaire^ aurait coïncidé avec la phase moustérienne. Immédiatement après le départ des glaces, l'établissement d'un froid sec, précédé par une phase solutréenne, favorable aux chevaux, aurait marqué l'époque magdalénienne, dont la transition au néolithique s'accomplirait par les dépôts de la caverne du Mas d'Azil, à galets coloriés, lesquels correspondraient à peu près aux déchets de cuisine ou kjoekkenmôddings des côtes du Danemark.
Les observations faites en Scandinavie et en Amérique, notamment dans la gorge postglaciaire du Niagara, permettent d'évaluer à sept ou huit mille ans le temps qui nous sépare de la fin de la dernière extension glaciaire. Quant à la durée que cette extension a pu embrasser, comme à celle de la phase interglaciaire précédente, on manque absolument de données précises à cet égard.
Le bronze n'a apparu en Scandinavie que dix siècles avant notre ère.