DÉTAILS SUR LES DÉPOTS PLEISTOGËNES
Catégories de dépôts quaternaires. — Les dépôts pleistocènes se ressentent nécessairement, dans leur composition, de la cause particulière qui leur a donné naissance. Par suite, il y a lieu de distinguer : 1^ les dépôts formés sous Vinfluence de la grande nappe des contrées septentrionales;
Fig. 147. — Roches calcaires cannelées, recouvertes de drift, k Tîle KoUey, sur le lac Érié.
ce sont ceux qui constituent le drift, till ou terrain erratique^ ou encore le dilavium du nord; 2^ les dépôts résultant de l'action directe des glaciers proprement dits dans les régions montagneuses; ce sont surtout les anciennes moraines^ les blocs erratiques et les callloutis Jluvlo-glaciaires; 3<» enfin les dépôts produits par Faction directe des grands cours d*eau et des pluies, c'est-à-dire les alluvions et les limons.
Terrain erratique du nord. — Le terrain erratique du nord est surtout formé par un limon argileux avec cailloux anguleux ou roulés, qualifié d'argile à blocaux ou boulderclay. C'est la moraine de l'ancienne nappe glaciaire, qui
ÈRE QUARTERNAIRE
a semé sur le Brandebourg, la Poméranie et la Russie, de nombreux blocs de provenance Scandinave ou finlandaise. La grosseur de ces blocs diminue à ^
mesure qu*on s'éloigne des centres de dispersion. Plusieurs ont certainement parcouru 1 000 kilomètres, et il en est en Poméranie qui mesurent plus de 800 mètres cubes.
Les roches sur lesquelles la glace a dû passer ont été striées et polies, comme on le voit bien dans le sud de la Scandinavie et même encore aux environs de Berlin, sur Tilot triasique de Rûdersdorf. La môme chose a lieu en Amérique, où la région des Grands Lac'à montre de beaux exemples de ces roches cannelées et polies (fig. 147).
On distingue deux nappes d'argile à blocaux, séparées dans le Brandebourg par des lentilles de sables fluviatiles interglaciaires.
Tout l'espace occupé par la nappe supérieure se reconnaît à la multitude des cavités lacustres. Cellesci ont disparu de la bande que la nappe supérieure n'a pas recouverte, l'érosion ayant disposé d'un temps suffisant, depuis sa mise à découvert, pour y assurer l'écoulement régulier des eaux. La nappe inférieure se montre seule en Russie au delà d'une ligne allant du lac Ladoga à Arkhangel.
Moraines, blocs erratiques. — Les anciens glaciers ont eu, dans les massifs montagneux, un développement considérable, qui leur a permis de laisser des traces de leur passage en des
Blocs erratiques
points bien éloignés de leur domaine actuel. Cesi ainsi qu'en Suisse les glaciers du Rhône, réunis à ceux du Mont Blanc, formaient une masse assez puissante pour ensevelir toute la plaine helvétique, déborder en quelques points la crête du Jura, et s'avancer jusqu'à Lyon (fig. 148).
De même, de grands glaciers descendaient des Pyrénées, et l'un d'eux, après avoir suivi la vallée d'Argelès, se courbait à Lourdes en polissant les rochers pour prendre la direction du Gave, tout en semant au nord des cailloutis épais.
Les traces des anciens glaciers sont d'abord des moraines,
Fig. 149. — Bloc perché près du Bourget (d'après MM. Faisan et Chantre).
reconnaissables à leur teinte grise, ainsi qu'aux cailloux anguleux, souvent frottés ou rayés, qu'elles renferment. Les glaciers ont aussi semé, à des altitudes diverses et dans des situations parfois étranges, des blocs erratiques (fig. 149), qui permettent de reconstituer leur ancien parcours. Tels sont la Pierre-à'Boty originaire du Valais et échouée sur le flanc du Jura, près de Neuchatel, et le Pflugstein, arrivé des Alpes de Claris jusqu'à Zurich. Le premier bloc a 16 mètres de long sur 5 de large et 13 de haut. Le second a 20 mètres de hauteur. C'est par de tels blocs qu'on a pu s'assurer que les anciens glaciers de la Suisse avaient franchi le Jura vers 1 200 mètres d'altitude et que les Vosges, ainsi que l'Auvergne, avaient eu aussi leurs glaciers.
En outre, une trace incontestable du passage des glaces consiste dans les polis glaciaires, qu'on observe aujourd'hui dans toutes les vallées où les agents atmosphériques ne les ont pas fait disparaître, et qui témoignent, mieux que toute autre chose, de la hauteur primitivement occupée par les glaces, dans ces gorges dont les derniers temps pliocènes avaient vu le creusement.
Alluvions, loess et limons. — Dans les pays où Taction glaciaire ne se faisait pas sentir, les cours d'eau ont laissé à différentes hauteurs, sur les flancs des vallées actuelles, par suite des alternatives de comblement et de déblaiement (dues
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Fig. 150. — Disposition des alluvions pleistocènes en Picardie : 1, craie ; % graviers; 3, sable gras; 4. loess à cailloux anguleux; 5, limon brun.
sans doute à des mouvements contraires du sol), des nappes d'alluvions, formées de cailloux roulés, de graviers, de sables et de limons. En général, la superposition est la suivante (fig, 150) : en bas, un gravier de fond, avec gros cailloux, diminuant de volume vers le haut et mélangés de sables ; puis un sable gras ou alluvion de rive, déposé dans des eaux plus tranquilles; enfin une boue calcarifère jaunâtre, à grain fin, dite loess, devenant à la surface d'un brun rouge foncé.
Sur les plateaux, où l'action fluviale ne s'est certainement pas exercée, par exemple, sur les plaines de la Picardie et de la Normandie, on retrouve le loess jaunâtre, surmonté du limon des plateaux ou terre à briques. Il est aisé de reconnaître dans le loess un produit de ruissellement, dû aux pluies abon-