HISTOIRE DES ALPES
a été plissé longtemps auparavant et se trouve logé au sein de schistes anciens, ceux-ci en plis aigus et fortement redressés par un mouvement de date encore plus lointaine.
Parfois, dans de tels accidents, le désordre de la stratification est tel, que la tâche du stratigraphe devient aussi ardue que le serait celle d'un architecte, chargé de définir la situation originelle des matériaux d'un édifice effondré, et cela après qu'on en aurait déjà enlevé la plus grande partie.
Phases du soulèyement des Alpes. — Nous avons dit que
Fig. 161. — Coupe aes dents de Mordes, d'après MM. Reaevior et lioUie». Echelle du 100000«. — 1, schistes micacés; 2, schistes verts (cornes); 3,capboniférien; 4, trias; 5, lias et mésojurassique; 6, néojnrassique; 7, néocomien ; 8, barrémien ; 9, nummulitique ; flysch.
les nappes avaient cheminé dans le flysch, sans que la mollasse, déposée plus tard, ait participé à leur mise en place. U en résulte que le phénomène des plis couchés a dû s'accomplir vers la fin de l'époque oligocène. Pendant de longues périodes, la sédimentation s'était exercée dans une grande fosse synclinale, marquant à peu près le parcours des Alpes actuelles, et s'approfondissant à mesure qu'elle se comblait, sans doute parce qu'elle représentait une partie faible de l'écorce terrestre.
Après l'oligocène, la faiblesse de ce sillon s'est accentuée de telle sorte, que son bord méridional a été refoulé contre l'autre. Si les sédiments ainsi poussés n'avaient eu qu'un faible poids à supporter, ils se seraient courbés en larges
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iroûtes; mais subissant cette pression aune profondeur qui suffisait à les rendre plastiques, et comprimés par tout le poids des couches superposées, y compris de flysch, ils ont dû se tordre en plis couchés vers le nord.
Plus tard, la mollasse est revenue occuper la fosse préalpine, en avant d'un premier relief déjà dessiné, aux dépens duquel les grès et poudingues miocènes se sont formés. Alors s'est produite, à l'époque tortonienne, la surrection en bloc du massif disloqué, à plusieurs milliers de mètres au-^lessus de son niveau primitif. En même temps que cette surrection rejetait la mollasse à l'extérieur en la plissant violemment, elle exposait les nappes, mises à découvert, à l'action des agents atmosphériques, laquelle, guidée par la résistance et l'orientation des roches ainsi mises à nu, y a découpé les crêtes et les gorges des Alpes actuelles. Mais ces crêtes et ces gorges n'étaient pas dessinées dès l'origine du plissement, qui n'a dû se traduire au dehors que par une surface à larges ondulations.
Ainsi, au lieu de s'être produit d'un seul coup à l'époque tortonienne, comme on l'a longtemps cru, le soulèvement alpin est au moins l'œuvre de deux mouvements successifs : l'un, de date oligocène ou post-oligocène, qui a engendré en, profondeur les grands plis couchés, en les charriant dans la masse du flysch; l'autre, de date tortonienne, qui a consisté surtout dans un soulèvement en bloc d'un massif antérieurement disloqué. Il est d'ailleurs certain que ces deux mouvements ont dû être précédés de beaucoup d'autres, à travers les périodes qui se sont écoulées depuis le carboniférîen jusqu'au tertiaire.
Anciennes dislocations de type alpin. — L'histoire de la chaîne alpine, avec son prolongement carpathique, paraît avoir été aussi celte de toutes les dislocations qui jalonnent la grande dépression intercontinentale. Serrée entre l'Eurasie, d'un côté, rindo-Afrique de l'autre, comme entre les deux mâchoires d'un étau, cette dépression a toujours abrité des synclinaux qui, après s'être remplis de dépôts, ont surgi sous la forme de chaînes plissées.
C'est notamment ce qui avait eu lieu, à la lin de Tépoque