CAUSES DBS VARIATIONS DE LA GHALEOR * EXTERNE
Principe du phénomène paléothermal. — La conception de la fluidité primitive de notre planète, entraînant comme coEséquence la conservation, jusqu'à nos jours, d'une masse ignée interne, explique d'une manière satisfaisante, avec la forme actuelle du globe, la constitution de l'écorce ainsi que le jeu des phénomènes éruptifs et orogéniques. Mais il est une chose dont cette hypothèse ne sufflt pas à rendre compte, c'est l'uniformité climatérique des premiers âges géologiques.
S'il est un fait que la paléontologie, et spécialement la branche de cette science qui s'occupe du monde végétal, ait bien mis en évidence, c'est assurément la diminution progressive de la chaleur dans les hautes latitudes de notre globe. Nous avons vu que, pendant toute la dur^e des temps pri-
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maires, un climat semblable à celui des tropiques paraissait stvoir régné depuis Féquateur jusqu'aux pôles, et c'est à peine si, vers la moitié de l'ère secondaire, a commencé à se manifester le rétrécissement progressif de la zone tropicale. Au début de l'ère tertiaire, le Groenland nourrissait encore une végétation semblable à celle qui, de nos jours, caractérise la Louisiane, et les mêmes plantes florissaient au Spitzberg, ainsi que dans la presqu'île d'Alaska. L'apparition des glaces polaires a donc été très tardive, et l'on peut presque la considérer comme ayant mis fin aux temps géologiques proprement dits, pour inaugurer l'ère actuelle.
D'autre part, une augmentation de la chaleur solaire dans le passé ne saurait rendre compte du privilège dont les hautes latitudes ont si longtemps joui; car l'équateur en aurait eu sa part et cette exagération de température eût certainement rendu la vie impossible dans son voisinage. Or dans quelques latitudes qu'on descende, la paléontologie nous montre des espèces, fougères et cycadées, qui sont loin d'exiger un degré de chaleur supérieur à celui de la zone torride actuelle. En outre, les plus anciennes, les fougères, sont des plantes qui recherchent l'ombre, et les premiers insectes dont on ait observé les restes appartiennent à des familles qui aujourd'hui vivent de préférence dans les lieux obscurs. Ce n'est donc ni par un excès de chaleur ni par un excès de lumière que se caractérise ce qu'on a justement appelé le phénomène paléothermaL C'est par une répartition uniforme de la chaleur des tropiques, s'étendant, sans variations sensibles, d'une extrémité à l'autre du globe. Trouver la cause de cette uniformité, si contraire à la distribution actuelle des climats, tel est le problème qu'il s'agit de résoudre.
Insuffisance des causes géographiques. — Un tel fait peut-il être expliqué par le changement des conditions géographiques? Nous ne pensons pas qu'il soit possible de le Boutenir. Assurément nous reconnaissons quelle influence exercent, sur les climats, la disposition réciproque des terres et des mers, la situation tropicale ou tempérée des continents, la prédominance, plus ou moins marquée en chaque
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point, de l'élément liquide, enfin la valeur du relief. Si donc il s'agissait d'expliquer des faits locaux, nous admettrions volontiers que la chaleur eût varié, en tel ou tel point, par suite d'une modification survenue dans l'altitude, dans l'exposition ou dans le parcours des courants marins. La suppression du Gulf Stream, par exemple, apparaîtrait comme une cause suffisante pour produire, dans l'Atlantique nord, une notable diminution de la température.
Hais des changements de ce genre n'agiraient pas sur tout le globe terrestre à la fois et, la chaleur totale que verse le soleil restant la même, elle serait seulement répartie d'une façon différente. Jamais des modifications de ceitte nature n'empêcheraient qu'il y eût, sur le globe, une zone torride et une zone glaciale, et, de quelque façon qu'on distribue par la pensée les terres et les mers, il sera toujours impossible de produire, sur la surface de la terre, cette égalité absolue de température, indépendante de la latitude, qu'atteste l'examen de la flore houillère.
Stabilité de l'axe terrestre. — Quant à la ressource, souvent invoquée, qui consisterait dans un déplacement de l'axe terrestre, capable de faire profiter successivement toutes les parties du globe de la chaleur équatoriale. cette conception, admissible en principe, se heurte à d'insurmontables difficultés de fait. En premier lieu, ceux qui ont abordé la question par le calcul ont établi que, pour déplacer l'axe des pôles d'une simple fraction de degré, il faudrait, dans le relief du globe, des modifications incomparablement plus grandes que celles qui ont pu accompagner la production des plus hautes chaînes de montagnes. De plus, aussi loin que nous conduise la botanique fossile, qu'il s'agisse du miocène ou de la période jurassique, les zones de végétation, déjà dessinées ou esquissées, semblent concentriques au pôle actuel, comme si sa position n'avait jamais varié d'une manière sensible.
D'ailleurs, un déplacement du pôle ne ferait que transporter à de nouvelles régions le bénéfice des conditions climatériques de la zone tropicale, et ne pourrait jamais produire l'uniformité que nous avons signalée comme la caractéristique des premiers âges.
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Insufflsaiice de la ohaleur interne. — Laissant donc de côté Taxe terrestre, il faut chercher dans une cause agissant partout h la fois le principe de Tuniformité signalée. Cette cause, plusieurs ont cru la trouver dans le rayonnement de la chaleur interne, à laquelle une moindre épaisseur de l'écorce eût permis, dans les temps paléozoïques, de contribuer efficacement à la température de l'atmosphère. Mais cette hypothèse ne résiste pas à l'examen. Partout où le terrain de gneiss et de micaschistes se montre au jour, c'est par milliers de mètres que se compte son épaisseur, et dès lors il est évident qu'aux époques paléozoïques, une écorce de plusieurs kilomètres protégeait déjà la chaleur centrale contre la déperdition. Or pour qui connaît la mauvaise conductibilité des roches, c'est plus qu'il n'en faut pour réduire à presque rien l'apport extérieur du foyer interne.
Pour produire une température corallienne, c'est-à-dire une moyenne de + 20* au moins, dans des parages où règne aujourd'hui une moyenne de — 45^ à — 20®, il faudrait, à travers l'écorce, un flux de chaleur capable d'augmenter de 40* la température extérieure. Or une telle addition, qui devrait avoir lieu aussi dans les régions tropicales, suflirait pour y mettre à néant toute activité physiologique, et la mer deviendrait inhabitable pour tout organisme tant soit peu élevé. Enfin ce n'est pas seulement de chaleur, c'est aussi de lumière que les végétaux tertiaires du Groenland avaient besoin, et l'hypothèse que nous examinons n'y pourvoit à aucun degré.
Causes astronomiques. — Si les causes propres au globe terrestre se montrent impuissantes à produire le résultat cherché, c'est qu'alors il en faut chercher le principe en dehors de la terre, dans quelque facteur astronomique. Le premier auquel on ait songé est la variation de l'excentricité de l'écHptique, combinée avec celle qu'entraîne la précession des équinoxes.
Mais la seule vertu d'une influence de ce genre serait de produire des saisons extrêmes, en même temps qu'une différence considérable entre les deux hémisphères, et, plus que toute autre encore, une telle disposition serait impropre à
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réaliser Tuniformité thermique des temps paléozoîqves.
Hypothèse de U concentntloB du soleil. — Bien différente est, à nos yeux, la valeur d*une conception, introdnitr dans la science par M. Blandet, et qui a pour base la diminution du diamètre apparent du soleil. Nous avons pris soin dfaire remarquer que la distribution actuelle des climats aTai: pour principe essentiel, avec l'inclinaison de Taxe terrestre. le parallélisme des rayons solaires. En raison de la grande dis- tance qui nous sépare de Fastre et de la faible amplitude angulaire sous laqueUe son disque s'offre à nous, malgré se< énormes dimensions, les rayons du soleil forment un faisceau cylindrique, qui touche la terre suivant un grand cercle. MaL^ il en serait tout autrement si le soleil était plus dilaté, car ses rayons seraient plongeants et enveloppants, supprimant la nuit totale des régions polaires. Sans doute un soleil ainsi dilaté serait plus ou moins nébuleux et donnerait, par chaque unité de sa surface, une chaleur et une lumière moins intenses; mais la terre, étant bien plus rapprochée de la périphérie de cette nébuleuse et se trouvant comme baignée dans son atmosphère, en pourrait profiter dans la même mesure qu^aujoord'hui et ainsi, pour une valeur convenable du diamètre apparent de Tastre principal, le globe jouirait d'une complète uniformité de climats.
Entretien de Ténergie solaire par U concentration. — Or cette conception, qui a pu, lors de son apparition, déconcerter les esprits accoutumés au principe de la stabilité des éléments astronomiques de notre système planétaire, nous semble en accord formel avec l'idée qu'on doit se faire de la genèse de ce système. Dans l'hypothèse si plausible de la nébuleuse primitive, la terre est un fragment infiniment petit, détaché de l'astre central à l'une des époques de sa condensation progressive, et pour lequel, en raison de ses faibles dimensions, la phase stellaire a dû être extrêmement courte. Au contraire, l'énorme masse du soleil et, mieux encore, le rétrécissement graduel de ses dimensions, lui ont permis de garder, malgré le rayonnement, une provision d*énergie considérable, qui, après tant de siècles écoulés, suffit encore aux besoins extérieurs de notre globe. £n dehors de cette concep-