LIGNES DE PARTAGE
ligne côtoie le bord oriental du plateau espagnol, jusqu'à ce qu'elle ait réussi à atteindre les Pyrénées, dont elle épouse la crête jusqu'à TAriège. Mais alors il faut que, à côté des Corbières, elle vienne errer, en quelque sorte, dans la dépression par laquelle le bassin atlantique se relie sans difficulté avec celui de la Méditerranée. Quand elle a franchi le col, elle voit la masse des Cévennes se dresser au-devant d'elle ; mais c'est moins une chaîne proprement dite que le bord extrême et culminant du plateau central de la France, grand massif haut de 600 mètres en moyenne et se relevant de plus en plus vers le sud-est. La ligne de partage en suit le bord et continue de là jusqu'en Lorraine, non pour atteindre la crête des Vosges, mais pour passer, au pied de ces montagnes, dans un col qui la conduit enfin au Jura. Mais à peine a-t-elle suivi quelque temps le faîte de cette chaîne qu'elle descend brusquement dans l'insignifiante dépression qui sépare le lac de Genève de celui de Neuchâtel, c'est-à-dire le bassin de la Méditerranée de celui de la mer du Nord.
Alors seulement la ligne de partage pénètre dans les grandes Alpes, mais pour les abandonner bien vite et chercher, comme à l'aventure, un chemin mal défini entre le lac de Constance et le Danube ; après quoi son parcours continue, capricieux et compliqué, au sud de la Franconie et de la Bohême, et trouve tout juste un passage entre la source de l'Oder et les affluents du Danube. Puis, ayant longé les Carpathes, elle vient définitivement s'évanouir dans le grand plateau russe, au milieu de ces marécages où, suivant l'abondance ou la direction des pluies, l'eau pourrait s'écouler tantôt dans la Baltique, tantôt dans la mer Noire. Pendant ce temps, le grand arc formé par les Alpes, les monts de Bohême et les Carpathes enferme, en quelque sorte, les eaux danubiennes dans le bassin plat de la Hongiie, où elles pénètrent en forçant un véritable défilé, pour s'échapper à l'autre bout par une coupure plus étroite encore, celle des Portes de Fer.
Ainsi, au lieu d'un relief central nettement défini, envoyant à droite et à gauche des contreforts, comme des membres qui se détachent d'un tronc commun, nous voyons partout des massifs largement étalés, ou des bassins plats qu'entourent
de hautes cÏMÎnes, souvent rompues par les cours d'eau aux points où il semble qu'il ait dû être le plus difficile, de les franchir. En résumé, le continent européen s'offre à nous comme un ensemble compliqué, morcelé, portant la trace évidente de mille actions successives, et l'on devine que ses traits particuliers, souvent contradictoires, ne peuvent se justifier que par la connaissance de la série des événements antérieurs; absolument comme l'histoire de la formation d'un peuple peut seule donner la clef de ses particularités physiques et morales, dont chacune est un héritage du passé.
Situation de» lignes d6 relief; sa signification. — Il faut ajouter que rarement on observe un passage graduel entre les plaines et les montagnes. Gomme les Pyrénées au-devant de la pkine aquitanienne, comme le Jura en face de la plaine suisse, les Alpes en face de la plaine lombarde, les monts Scandinaves devant la mer du Nord, l'Himalaya au nord du plateau indien, etc., les montagnes surgissent d'ordinaire brusquement, sous la forme de chaînes alignées dont un versant est en général plus raide que l'autre. De plus, au lieu de se trouver au milieu des continents, elles en occupent plus souvent les bords, faisant directement face, soit à l'océan, soit à une dépression marquée.
Ainsi la Sierra Nevada, la chaîne la plus élevée de l'Espagne, est en quelque sorte collée contre le rivage méditerranéen. Les Pyrénées, si progressivement préparées du côté espagnol, se dressent comme une muraille abrupte en face de la dépression aquitanienne. Le Jura est formé d'une série de chaînons parallèles d'altitude croissante, dont le plus élevé domine comme une falaise la plaine suisse. Le plateau central de la France, si doucement incliné vers l'ouest, se relève constamment, comme nous l'avons déjà dit, au sud-est, où son bord forme la chaîne des Cévennes, surgissant brusquement audessus de la dépression qu'arrose le Rhône.
La même loi gouverne le relief du fond des mers. Les îles, qui ne sont autre chose que les sommets de montagnes en partie submergées, forment aussi des chaînes, aux versants assez abrupts, limitant des portions particulièrement déprimées du lit de l'océan. Telles sont les Antilles, les Aléou-