DELTAS
digue mobile de vase qui se forme, au-devant de Tembouchure, à quelque distance au-dessous de la surface, et dont la crête s'élève ou s'abaisse suivant les circonstances, en même temps qu'elle se déplace en avant ou en arrière.
Il n'en est plus ainsi quand l'embouchure est large, peu profonde, et que la mer où se verse le fleuve est dépourvue de marées sensibles ainsi que de courants littoraux rapides. Dans ce cas, si le cours d'eau est suffisamment chargé de matières en suspension, celles-ci se déposent dans l'estuaire et en opèrent peu à peu le comblement, sous la protection du cordon littoral de vase et de sable, que la vague ne manque pas d'élever en travers de l'embouchure ; après quoi le fleuve franchit ce cordon et pousse ses alluvions jusque dans la mer, formant, au-devant de son ancien débouché, des atterrissemcnls qui augmentent de proche en proche le domaine continental. Ces atterrisse ments se produisent, surtout lors des crues, sur les rives mêmes de la branche principale du fleuve ; mais celle-ci est instable et se déplace fréquemment; de telle sorte que le dépôt flnit par couvrir une assez vaste surface triangulaire, qui tourne sa pointe vers le fleuve, tandis que sa base eftt courbe et convexe du côté de la mer. De là le nom de Delta, Chaque fleuve traverse son delta par plusieurs branches d'inégale importance, susceptibles de se déplacer, parfois de s'oblitérer à la longue, et d'où se détachent de nombreux canaux secondaires.
Exemples de deltas. — Les deltas les plus célèbres sont : celui du Nil, aujourd'hui presque entièrement fixé et ne faisant plus aucun progrès appréciable ; le delta du Rhône, qui progresse de nos jours à raison de 57 mètres par an devant la branche principale et qui a conquis, depuis l'époque galloromaine, près de 300 kilomètres carrés; le delta du Pô, où, par suite d'un apport annuel de troubles évalué entre 40 et 100 millions de mètres cubes (mais dont une grande partie est dispersée dans la mer Adriatique), le progrès des alluvions est de 70 mètres par an ; le delta du Danube, correspondant à un apport de 60 millions de mètres cubes; enfin et surtout celui du Mississipi, où l'excès des troubles charriés sur ceux que l'érosion et la mer dispersent suffit pour former, chaque
PHENOMENES ACTTELS
année, une somme d atterrissements de 28 millions de mètres cubes.
La force de ce fleuve est telle qu'il pousse son delta bien avant dans le golfe du Mexicjue, sous la forme d'une patte d'oie (fig. 9), dont le progrès annuel est de 80 ou 100 mètres.
Le Hoang-ho ou Fleuve Jaune, en Chine, le plus limoneux de tous les cours d'eau, a formé un delta qui s'étend au moins
sur 250000 kilomètres carrés. La Hollande tout entière n'est que la réunion des deltas de T Escaut, de la Meuse et du Rhin, conquis sur la mer du Nord à la faveur des cordons littoraux de vase et de sable.
Quant au delta du Gange, il se forme, malgré l'obstacle opposé par les marées du golfe de Bengale, grâce à la supériorité du courant du fleuve en période de crues, courant capable de refouler la mer, et aussi grâce à la grande masse des troubles charriés ; mais ce delta est très instable et fréquemment remanié par les tempêtes. Le sol y manque d'assiette et plus d'un reptile nageur s'y engloutit en croyant aborder sur un terrain solide.
Caractères généraux des deltas. Fleuves sans embouchure. -- Les atterrissements d'un delta se formant dans un milieu où les eaux salées ont accès, on y trouve, en fait de faune, un mélange de formes d'eau douce et d'autres spécialement caractéristiques des estuaires. En outre, comme il y a souvent lutte entre le courant du fleuve et la vague, la stratification des dépôts peut être tourmentée, parfois entre-croisée.
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Fig. 9. — Delta da Mis*;issippi. — 1, fourche des passes; 2, Pilotsville; 3, passe du snd-oaest: 4. passe du sud; 5, Balise; 6, passe du sud-est; 7, passe du nord-est; 8, passe à loutre.