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EMBOUCHURES OBSTRUÉES. NAPPES D'EAU

Il convient de répéter, au sujet des deltas, ce que nous avons déjà dit à propos du régime des rivières. Le phénomène ne saurait être permanent et la vitesse d'accroissement des atterrissements doit aller sans cesse en diminuant, à mesure que le fleuve se rapproche de la stabilité définitive. Si quelques deltas progressent, de nos jours, plus vite qu'aux siècles précédents, c'est parce que les défrichements opérés par l'homme ont, en dénudant le sol, augmenté momentanément la puissance du ruissellement et, par suite, la quantité de matières solides charriées à la mer. Mais toutes les fois que des sondages ont été pratiqués dans les deltas des grands fleuves, on a pu reconnaître par la série des dépôts que leur formation avait été, au début, plus active et plus violente qu'aujourd'hui.

D'une manière générale et à moins d'un changement de conditions extérieures, un moment doit venir pour chaque fleuve où non seulement la formation du delta s'arrête, mais encore le courant peut n'avoir plus la force d'entraîner les troubles jusqu'au bout. Alors l'embouchure doit s'obstruer et se transformer en marécages, comme c'est le cas pour ces fleuves de l'Asie centrale, où l'activité humaine n'a pas suffisamment veillé à assurer le libre écoulement des eaux par une lutte incessante contre i'alluvionnement.

Bassins perméables. Nappes d^eau. — Le ruissellement ne se produit pas, lorsque la pente du sol est faible, dans les pays où le terrain est perméable. Il y a deux sortes de formations perméables : les terrains meubles, c'est-à-dire les sables et graviers, où toute la masse peut être imbibée d'eau, à cause des innombrables interstices que laissent entre eux les éléments ; et les terrains fissurés, tels que les calcaires solides et les grès, où l'eau pénètre par des fentes et va se rassembler dans un réseau de canaux souterrains.

Dans les terrains meubles, l'infiltration fait naître, par imbibition progressive, des nappes d'eau continues, dont le niveau s'approche d'autant plus de la surface du sol, que la pluie a été plus abondante et l'évaporation moins active. Ces nappes trouvent leur écoulement par des sources dans le fond des vallées qui les entament, et sur les deux versants desquelles elles se relèvent progressivement, étant mieux protégées sous les

lignes de faîte contre Taction du soleil, grâce à Tépaisseur plus grande du terrain qui les recouvre.

Quand une couche meuble repose sur un lit d'argile, l'eau qui s'y est infiltrée, arrêtée par l'imperméabilité de ce dernier, va chercher son écoulement sur les flancs des vallées, aux points où affleure la couche argileuse, en déterminant un niveau d'eau, toujours indiqué par la végétation, habituellement par des peupliers. Si l'affleurement subit des ondulations, de petites sources en marquent les points les plus bas.

Nappes jaillissantes. — Lorsque la couche absorbante plonge, dans les profondeurs du sol, au-dessous d'une couche impennéable, cette dernière retient les eaux sous pression et

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Fig. ]0. — Nappo jaillissante. — AB, couche imperméable ; CD, coache aquif'cre ; EF, puits artésien.

les oblige à descendre en formant une nappe souterraine sans écoulement. Il suffit que, par un sondage ou un puits, on perce la couverture argileuse, pour que les eaux, obéissant à la pression hydrostatique, s'élèvent dans le puits et quelquefois jai7/issewi à la surface du sol (fig. 10). Dans ce cas, le sondage est dit artésien.

Les puits artésiens de Paris (Grenelle, Passy, etc.) recueillent, entre 500 et 600 mètres de profondeur, les eaux tombées dans les Ardennes, la Champagne et la Bourgogne sur l'affleurement d'une couche de sables verts. Malgré la perte de charge que l'eau subit dans son long parcours souterrain, elle garde encore assez de force ascensionnelle pour s'élever à 40 mètres au-dessus de la plaine d'alluvions de la Seine.

Terrains fissurés. Grottes. — Lorsqu'un bassin hydrographique est formé surtout de terrains fissurés, les eaux d'infiltration circulent à travers les fentes, les élargissent peu à peu,

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y créent des cavités ou grottes, où elles s'accumulent et vont parfois, après un très long parcours, déboucher dans quelque vallée en donnant naissance à des sources abondantes (dhuys de la Bourgogne), remarquables à la fois par leur limpidité et leur constance. Telles sont, par exemple, les sources de la haule vallée de la Seine.

Le débit de ces sources étant régularisé par le long parcours des eaux qui les alimentent et surtout par les réservoirs souterrains qu'elles ont traversés, les rivières issues de ces sources sont généralement exemptes de crues violentes et ne charrient qu'exceptionnellement du limon et des sables. Aussi leur régime est-il très stable et leur action mécanique à peu près négligeable. En revanche, la longue circulation des eaux souterraines à travers les canaux sinueux des grès et surtout des calcaires dérange souvent Tassiette du terrain et provoque des effondrements de la surface, lorsque les cavités, produites par l'élargissement progressif des fentes, sont devenues trop larges pour pouvoir continuer à se soutenir.

C'est surtout dans les terrains de cette nature que s'observent les canyons ou gorges profondes, l'eau ayant profité des fissures qui s'offraient à elle pour atteindre le plus rapidement possible son niveau de base.

Éboulements. — C'est aussi à la lente infiltration des eaux que sont dus certains éboulements qui, dans les pays de montagnes, prennent les proportions de véritables catastrophes. Ces phénomènes se produisent quand des pluies excessives ou la fonte des neiges ont délayé certaines couches de terrain. Les assises que ces couches supportent, après s'être progressivement fissurées, finissent par glisser en masse et s'8d[)attent en quelques minutes dans la vallée voisine.

Parmi les éboulements les plus fameux, on peut citer celui du Rossberg, survenu en Suisse en 1806 et dont l'importance a été évaluée à 15 millions de mètres cubes; celui de Salazie (île Bourbon), qui, en 1875, a couvert 120 hectares d'un manteau d'éboulis de 40 à 60 mètres de hauteur; enfin celui de 1881 à Elm, en Suisse, représentant 10 millions de mètres cubes.

En même temps que ces éboulements produisent des dépôts

confus, qui rentrent avec les matériaux entraînés par les avalanches dans la catégorie des dépôts meubles sur les pentes, il leur arrive parfois de barrer les rivières et d'en changer le cours. Ce changement peut n'être que momentané, si la rivière parvient à emporter l'obstacle après avoir formé en arrière un lac provisoire. Dans ce cas, la débâcle qui résulte de la rupture du barrage exerce des effets destructeurs encore plus puissants que ceux des torrents ordinaires.

Mesure de l'activité des eaux courantes. — Par suite du travail des eaux courantes, les vallées s'approfondissent, leurs versants s*aplatissent; ainsi, d'un mouvement lent mais continu, la terre ferme perd de son volume, et son relief s*atténue peu à peu. Il est possible de se rendre compte, jusqu'à un certain point, de la vitesse avec laquelle s'accomplit ce travail de dégradation.

Les principaux fleuves du globe emportent à la mer une proportion de matières solides qui paraît atteindre, en moyenne, 38 cent-millièmes du volume de l'eau débitée. D'autre part, le volume total annuel de l'eau des fleuves à leur embouchure peut être évalué à environ 27 000 ou 28 000 kilomètres cubes. D'après cela, on calcule que les sédiments amenés dans l'océan par les eaux courantes représentent, chaque année, un peu plus de dix kilomètres cubes (c'està-dire dix milliards de mètres cubes). D'ailleurs les mêmes eaux courantes enlèvent annuellement aux continents, par simple dissolution, près de cinq kilomètres cubes. En tenant compte de l'ascension que le niveau marin subirait par le seul fait de l'arrivée des sédiments dans la mer, on peut déduire de ces données que, si l'activité des agents extérieurs demeurait toujours ce qu'elle est aujourd'huiy cinq millions d'années leur suffiraient pour amener la disparition totale de la terre ferme, dont l'altitude moyenne diminuerait ainsi de 14 centièmes de millimètre par an. Encore ne tient-on pas compte dans cette évaluation du travail d'érosion qui s'accomplit dans les bassins privés d'écoulement vers la mer, lesquels représentent plus d'un cinquième de la superficie continentale, non plus que de l'action des eaux marines, qui va maintenant nous occuper.

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