ACTION DS LA B|ER
Érosion du rivage. Sédiments. — Nous venons de voir quelle masse considérable de matières solides était apportée, chaque année, dans Tocéan. Une partie de cette masse se dépose dans les estuaires et les deltas ; mais le reste en franchit les limites et vient se mélanger à tous les débris que les vagues de la mer ont arrachés aux rivages.
Au premier abord, à ne considérer que le bruit habituel des flots, on serait tenté de croire que Térosion marine doit être supérieure en importance à Tactivité beaucoup plus silencieuse des cours d*eau. Il n'en est rien, comme on peut aisément s'en assurer. Mais auparavant définissons le mode d'action de la mer sur ses rivages.
Poussées par le jeu périodique de la marée et plus encore par les vents dominants, qui viennent du large, les vagues vont assaillir la côte, où déjà Tinfiltration des eaux pluviales et les alternatives de la température ont préparé la désagrégation des roches. Ces dernières s'écroulent par morceaux, que le choc des lames continue à débiter, et ainsi la côte recule peu à peu, sous l'effort de l'érosion. Tandis que les matériaux plus durs demeurent sur le rivage, constamment ballottés dans un espace restreint, où ils se contentent d'arrondir leurs angles par frottement mutuel, en devenant des galets, disposés en terrasses, d'autres, également durs, mais moins cohérents, se réduisent en fragments plus menus qui, emportés par le flot de retour, viennent former, en avant des galets, une plage de graviers d'abord, de sables fins ensuite.
Quant aux matières assez fines pour demeurer en suspension dans les eaux agitées, comme les boues qui proviennent de la trituration des argiles, elles vont se déposer plus loin du rivage, aux endroits où la vitesse des lames est moindre et où, par une s/arte de filtrage, ces boues peuvent arriver peu à peu dans les couches d'eau inférieures, soustraites aux agitations de la surface. Ainsi prennent naissance des dépôts
de boues ou vases^ plus ou moins mêlés de menus débris de nature sableuse.
On sait aujourd'hui, par les sondages en eau profonde, que ces vases forment, en avant des côtes, une ceinture, dont la largeur se tient entre 250 et 300 kilomètres, de boues tantôt vertes, tantôt bleuâtres. Bien loin de s'étendre sur le lit entier des océans, ces dépôts, qu'on a appelés ierrigènes, parce qu'ils proviennent de la dégradation de la terre ferme, sont localisés sur cette bande relativement étroite, dont on évalue l'importance à environ 70 millions de kilomètres carrés, soit seulement un cinquième de la superficie océanique. Le reste ne reçoit aucun apport mécanique.
Activité de l'érosion marine. — Les vases détritiques ne renferment pas seulement les matières fines produites par l'attaque des vagues contre le rivage. Elles contiennent, en proportion dominante, les troubles apportés par les fleuves et non déposés dans les deltas. Nous disons en proportion dominante. En effet, l'observation prouve qu'il serait excessif d'admettre que l'érosion marine fît reculer l'ensemble de toutes les côtes, en moyenne, de plus de trois mètres par siècle. A ce taux, en supposant que les rivages aient une hauteur moyenne de 40 mètres, l'étendue totale des côtes étant voisine de 260000 kilomètres, il en résulterait une perte annuelle d'environ trois dixièmes de kilomètre cube, c'est-à-dire hors de proportion avec le chiffre qui représente l'ablation par les eaux courantes.
On peut encore prendre le calcul d'une autre façon; car* une ablation séculaire de 3 mètres fait perdre à la superficie continentale 780 kilomètres carrés par siècle, ce qui exigerait, pour la disparition totale, un chiffre de plus de 18 millions et demi d'années, soit près de quatre fois plus de temps que ce que réclamerait la seule érosion par les eaux courantes.
La supériorité de l'œuvre accomplie par celles-ci est d'ailleurs mise en évidence par ce fait, que la bande formée le long des côtes, par les dépôts détritiques, subit un élargissement notable partout où débouche un grand fleuve. Cet effet est particulièrement marqué au-devant de l'embouchure du Gange, comme de celle du fleuve des Amazones.