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STRATIFICATION. DÉBRIS ORGANIQUES

Stratification des dépôts détritiques. — Tous les dépôts ainsi formés sont des sédiments, c'est-à-dire constitués par la chute de matières solides au sein de l'eau. De plus ils sont détritiques, c'est-à-dire qu'ils consistent en débris empruntés à des roches préexistantes. Gomme la pesanteur est l'agent de leur chute, ils doivent se disposer conformément aux lois de la gravité; ce qui exige que les débris tombent à plat et s'accumulent de telle sorte, que la surface du sédiment soit toujours horizontale, sauf dans la zone des graviers, où la vitesse de l'eau permet la disposition en couches inclinées. De plus, l'activité de la destruction des côtes étant inégale, puisque la puissance de la vague dépend de l'heure de la marée et qu'en outre une seule tempête peut faire incomparablement plus de travail que toute une série de jours calmes; d'autre part, l'apport des troubles par les fleuves étant essentiellement variable suivant les saisons et le régime des eaux, le dépôt n'est pas continu. Les éléments n'y sont pas h tout instant de la même grosseur ni de la même nature. C'est pourquoi le sédiment doit tendre à se diviser, suivant les surfaces qui correspondent aux plus grandes variations du phénomène, en couches ou strates distinctes, ce qui légitime l'appellation de dépôts stratifiés, appliquée aux formations sédimentaires. Remarquons seulement que, s'il s'agit de boues extrêmement fines, déposées à la façon d'un précipité nuageux dans une liqueur tranquille, la stratification pourra demeurer indistincte, à moins qu'elle ne soit accusée de temps en temps par un brusque arrêt de la sédimentation.

Débris organiques. — Les animaux qui vivent dans la mer doivent nécessairement, après leur mort, laisser leurs dépouilles sur le fond. Parmi les coquilles, les unes sont ramenées à la surface et flottent jusqu'à ce qu'elles aient été rejetées, entières ou en fragments, au milieu des graviers littoraux; les autres, celles dont les animaux vivaient enfouis dans la vase, ne laissant passer que l'extrémité de leur tube, demeurent dans le sédiment, avec la position qu'elles occupaient à l'état vivant. Quant aux vertébrés, après que leurs corps ont flotté quelque temps, les dents et les ossements se dispersent plus ou moins et, sous l'action combinée des cou-

rants et de la pesanteur, vont se disséminer, partie dans les graviers littoraux, où ils sont rapidement enfouis, partie dans les boues profondes. De toutes manières, les dépôts marins littoraux, qui ne correspondent pas à des eaux trop violemment agitées, renferment les débris des animaux contemporains de leur formation.

Il n'en est plus ainsi pour les parties du fond des mers, très éloignées des rivages, où ne parvient aucun dépôt détritique. La drague rapporte de ces profondeurs, parfois en surprenante abondance, des depts de requins et des caisses tympaniques de baleines, à surface tantôt fraîche, tantôt recouverte de plusieurs centimètres d'un enduit à couches concentriques d'oxyde de fer et de manganèse. Non seulement l'épaisseur de cet enduit, d'origine chimique, atteste que les ossements ont séjourné sur le fond-pendapt un temps considérable ; mais il eu est, parmi ces débris, qui n'appartiennent certainement pas à l'époque actuelle, et qui, d'après leur espèce, doivent être là depuis les temps tertiaires, rien n'étant venu les recouvrir après leur chute.

Variété des dépôts aynchromc[ue8. — Les sédiments doivent se ressentir, dans leur composition, de la nature dea roches qui leur ont donné naissance. En outre, leur puissance, pour un intervalle de temps déterminé, dépend de l'activité de l'érosion, laquelle est essentiellement variable suivant les points. Une même époque verra donc le fond de la mer, au voisinage des côtes, se tapisser de dépôts très différents quant à la nature et à l'épaisseur, et aussi quant à la faune, cette dernière pouvant être littorale ou pélagique (c'està-dire de haute mer). Dans le premier cas, la faune pourra correspondre à des profondeurs d'eau très différentes, ce qu'on devra reconnaître à l'espèce des coquilles enfouies. Dans le second, les espèces varieront aussi, selon qu'il s'agira de fonds rocheux ou de fonds vaseux, de mers chaudes ou de mers froides, etc. En un mot, la diversité des dépôts traduira la variété des conditions physiques.

Parages dépourvus de dépôts. — Nous avons dit que les vases détritiques s'étendaient rarement à plus de 300 kilomètres en avant des côtes. Par suite, dan9 les océans qui offrent

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des espaces libres d'une grande largeur, ces espaces ne peuvent recevoir sur le fond aucun dépôt mécanique, à moins que des courants ayant pris naissance près des rivages n'y entraînent, soit directement, soit à Taide des glaces flottantes, quelques fragments de roches, ou que de menues esquilles de pierre ponce n'y parviennent après avoir flotté à l'aventure, comme c'est le cas dans le Pacifique. Dans ces régions, il ne peut se former que des dépôts chimiques ou organiques; mais ce sujet appartient à un autre chapitre de la dynamique externe et il en sera question plus loin.

Il y a, dans le voisinage des côtes, «des parages où les dépôts mécaniques font défaut, parce que les courants sont assez puissants pour balayer le fond de la mer. Seulement cela n'arrive en général que dans des détroits de faible profondeur, la vitesse des courants diminuant assez vite au-dessous de la surface.

Intensité variable de l'érosion marine. — Telles sont les conditions normales de Taction dynamique de la mer. Mais une question se pose, celle de savoir si cette action peut s'exercer indéfiniment avec la même intensité moyenne. Les faits ne permettent pas de le croire. A moins qu'il n'intervienne un changement, dans les relations de niveau de la terre ferme et de l'océan, une côte, à force de se dégrader, doit finir par acquérir un profil qui la rende de moins en moins accessible à l'attaque des vagues. Déjà nous avons indiqué le rôle protecteur que jouent les cordons littoraux de dunes. Les galets et limons sont souvent tout aussi efficaces. Ils régularisent le contour des côtes, par suite de leur tendance à former des cordons rectilignes, laissant en arrière des anses ou des lagunes destinées à se combler peu à peu. La végétation, lors-^ qu'elle parvient à s'installer dans l'intervalle de deux grandes marées, produit, sur les vases littorales de récente formation, un excellent effet de consolidation. Même les côtes découpées en falaises finiraient par n'être plus entamées, si la gelée et les infiltrations ne venaient en aide aux vagues, en préparant la division des roches. Ainsi l'intensité de l'érosion marine, à supposer qu'elle ne reçoive pas de secours du dehors, doit aller en décroissant en chaque point, et ses pro-

grès mêmes imposent une limite à son efficacité. Sa valeur se montre d'ailleurs très variable, comme on en peut juger quand on compare la stabilité presque absolue des côtes de la Bretagne avec Térosion des falaises de la Hève, progressant à raison de 25 ou 30 centimètres par an, et mieux encore avec Tattaque de certains points des côtes de l'Angleterre et de la mer du Nord, où V ablation annuelle n'est pas inférieure à un mètre.

Cette diversité trouve sa raison d'être, non seulement dans l'inégalité de puissance des vagues ou de résistance des roches, mais encore dans ce fait que probablement le travail de la mer n'a pas commencé sur toutes les côtes à la même époque, de telle sorte qu'il peut être, suivant les localités, très inégalement avancé.

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