MOUVEMENT DES GLACIERS
provenant de la fonte superficielle, viennent se geler de nouveau, en faisant du tout, sous l'effort de la compression d'amont, une masse solide. La continuité de la glace, constamment interrompue par la formation des crevasses, est donc aussi constamment rétablie par le regel. L'ensemble de la masse étant d'ailleurs maintenu dans un milieu où règne une température supérieure à zéro, il en résulte pour la glace une tendance à se rapprocher de la forme liquide, et la pression des parties supérieures s'y fait sentir en même temps que l'action de la pesanteur. De plus, les fissures capillaires divisent sa masse en grains qui peuvent se mouvoir les uns relativement aux autres. De cette manière, il est permis de dire qu'un glacier est un fleuve ou plutôt un torrent d'eau glacée, dont l'analogie avec les eaux courantes se prononce d'autant plus nettement que la température ambiante est plus élevée.
Mouvement des glaciers. — Des mesures précises ont en effet permis de constater que les glaciers cheminent avec une vitesse variable, plus sensible à la surface qu'au fond, et atteignant son maximum au milieu de la largeur, tandis que, sur les bords, elle est réduite par le frottement des parois. Avant ces mesures, on savait déjà qu'un glacier restituait en aval les objets tombés à sa surface en amont. Par exemple, l'échelle abandonnée en 1788 par les guides de Saussure, au pied de l'Aiguille Noire, avait été retrouvée en débris cinquante-sept ans plus tard, à 4 kilomètres et demi plus bas. En Suisse, la vitesse moyenne de la glace, à la surface, varie depuis 2 à 5 centimètres jusqu'à 1 m. 25 par vingt-quatre heures. La vitesse des grands fleuves étant habituellement comprise entre m. 50 et 1 m. 50 par seconde, on en peut conclure immédiatement qu'un glacier est un appareil naturel, par lequel le mouvement du produit des précipitations atmosphériques se trouve retardé, au moins dans la proportion de un à cent cinquante mille.
Effets de transports. Moraines. — Mais si la vitesse d'écoulement est ainsi considérablement ralentie, la puissance de transport est, au contraire, accrue. En effet la glace, en descendant, entraîne nécessairement tout ce qui tombe à sa
surface. Un glacier est toujours encaissé entre deux parois abruptes, le long desquelles s'écroulent les blocs détachés des sommets par la gelée ou par les avalanches. Les produits de ces chutes forment, sur les deux bords du courant de glace, deux traînées latérales, connues sous le nom de moraines (fig. 11). On constate aisément que ces moraines se déplacent peu à peu, obéissant au mouvement de la glace qui les porte. Même, lorsque deux glaciers se réunissent en un seul, la moraine de droite de l'un se joint à la moraine de gauche de Tautte, et par là se forme une moraine médiane, qui peut garder longtemps son individualité, apparaissant comme une traînée noire vers le milieu de la largeur du glacier résultant. Et si cet effet se répète plusieurs fois, on distingue, à la surface de ce glacier, autant de traînées, d'inégale largeur, qu'il y a eu d'affluents inégalement puissants (fig. 11).
Pendant le transport, les blocs des moraines, fortement pressés contre les parois de la gorge, les usent, les polissent et souvent y tracent des stries ou rayures. Il en est de même sur le fond, lequel est en outre balayé par des courants sousglaciaires, produits de la fonte partielle de la glace, qui charrient de la boue fine et de petites pierres. Tout cela finit par arriver en un point où V ablation, c'est-à-dire l'intensité de la fonte de la glace, sous l'influence d'une température extérieure qui croît à mesure qu'on descend, devient justement égale à V alimentation. Alors le glacier s'arrête, laissant s'échapper de son extrémité un torrent, dont l'eau est laiteuse à cause des fines particules qu'elle charrie.
Quand un glacier est puissamment alimenté, comme c'est le cas en Savoie pour la Mer de Glace du Mont-Blanc, son extrémité parvient sans peine jusqu'à la zone des cultures, et c'est un contraste remarquable que celui de cette nappe glacée avec les campagnes verdoyantes et les forêts qui arrivent presque à son contact. De même, en Nouvelle-Zélande, des chutes de neige d'une ampleur considérable parviennent à pousser le front de quelques glaciers jusqu'à une faible distance de la mer, au milieu de régions où se développe tout à Tentour une végétation luxuriante.