‹ Abrégé de géologieChapitre 38 sur 175 · ACTIONS CHIMIQUES DE L'EAU DE MER · texte numérisé non relu

ACTIONS CHIMIQUES DE L'EAU DE MER

le dépôt du iuljate de chaux ou gypse, quelquefois précédé par une précipitation de carbonate de chaux, substance encore moins soluble. Si la concentration s'accentue encore, le sel marin se dépose à son tour en petits cristaux blancs (réaction que Thomme régularise par la création des marais salants); après quoi peut venir le tour des chlorures et sulfates de potassium et de magnésium.

Dans les mers très chaudes, Tévaporation sur les rivages suffît pour déposer, sur les grains de sable de la plage, une incrustation de carbonate de chaux, qui en fait de véritables pierres. Le même carbonate peut aussi agglomérer les galets des plages en poudingues. D'autres fois, comme au bord des dunes, c'est une eau chargée de sels végétaux qui, s'infiltrant dans les sables et arrêtée à une profondeur déterminée, en fait un grès d'un brun noirâtre, connu sous le nom d'alios.

Dans les mers profondes, où aucun sédiment détritique ne parvient, Jes dragages ont montré qu'il se formait une argile rougeâtre, par décomposition des éléments volcaniques du fond. S'il y a sur ce fond des corps étrangers, tels que des dents de requins ou des os de baleines, il se dépose à leur surface un enduit brun d'oxyde de fer et de manganèse. Cet enduit s'accroît avec une extrême lenteur, par couches concentriques successives et finit, à la longue, par donner naissance à des concrétions arrondies ou nodules manganésifères, abondants sur le lit du Pacifique par des profondeurs voisines de 5 000 mètres.

Mais toutes ces réactions laissent encore subsister, dans les eaux de la mer, un notable excès de substances dissoutes, provenant de l'apport des fleuves. Cet excédent demande à être fixé par un procédé différent des actions mécaniques et physiques. C'est à quoi répond l'activité des organismes marins, dont il sera question un peu plus loin.

Bésumé. — En résumé, comme toutes les autres manifestations de la dynamique externe que nous avons déjà examinées, l'action chimique est double et comporte un phénomène de destruction, suivi d'un phénomène de reconstitution. Le premier s'exerce aux dépens de la terre ferme, s'attaquant à des portions que ni l'air, ni la mer, ni l'action mécanique des

e««x couruit^^ ii<^ p^^umi^at aitteindre, pour leur enlever quelques-uns de leurst éléments constituants. Ces derniers accomplissant Alors ua oeriain paunfouis de liaul en bas, jusqu'au jour où une nouvfI> act2v^n« phx^que ou chimique, les tixe« p^^ur quelque tem;^ au moms^ dans une meilleure situation d'equi::bre. en les incorporant de noureau^ mais à une moindre dîsuace du centre commun d^attraction, à la partie s^^tde de IVcor^re,

ACTION DSS ^rmSS TITAHTS

CaiacièjrM steévaux de r^ticMi des ètras ^ivasls. — En

andily>ant lu mauière d N^tre des a^nts extérieurs* nous les avv»iî> constatuiueat vus teiidn*. comme dVux-mémes^ Ters un eut dV-juilibre reUtit* daus lequel, si les cinrooslances crtéri«c»ure» dt-meuraient les unîmes* leur puissance mécanique serait, ïùuou aanihilt^e, du moi os consid^érablement réduite. iKiD:^ les régions ou cet équilibre est établi, le jeu de la dvMAmKjuc externe uVst pas pour cteia suspendu. Mais il reTèt uiitf iViiue nouvelle, caractérisée par I intervention des Hres liian'.s. Non seulement les orîjauismesv animaux ou Téâ:étaux, preîmeul possession des sols ou des rivai^es devenus assez stables pour que leur éditice délicat puisse y subsister; ■aisîl est un bon nombre d'entre eux qui s'appliquent a accroître l'écorce solide du ijlobe, en la faisant profiter» soit des substances que l'action chimique avait entraînées dans les eaux duuces ou salées, au risque d'en altérer la composition^ soit même d'une partie des éléments de Tatmosphère» désormais lix'';s dans le sol sous uue forme diirable. Ainsi se constituent, par !a simple accumulation des dépouilles d'une partie du ffjofj.ie vivant, de véritables terrains, dont le mode de formation «îst d'autant plus instructif, que nous y trouvons la clef dt'.^ phénomènes qui ont présidé au dépôt des calcaires et des cffmhnëtibles minéraux; les calcaires, avec lesquels Thomme c^Mihtruit la plupart de ses édillces: les combustibles minéraux, qui seuls ont rendu possible le développement de i'in-

rokMATION DÉ LA TOUflBE 89

dustrie moderne. Gomme s'il était entré dans les vues de la Providence d'employer, pour la préparation de ces matériaux, si caractéristiques de Tétat de civilisation, quelque chose de plus relevé que la simple intervention des forces physiques et mécaniques!

Mode de formation de la tourbe. — Ce qu'on peut appeler Faction géologique des organismes terrestres se traduit de diverses manières : mais nous n'envisagerons ici que le travail des végétaux, parce qu'il est le seul qui s'exerce sur une échelle considérable, en donnant naissance au combustible minéral connu sous le nom de tourbe.

La tourbe est le produit de la décomposition sous l'eau de certains végétaux, parmi lesquels dominent, avec les cypéracées du genre Carex ou laiches, les mousses et spécialement les sphaignes. Les mousses tourbeuses exigent pour se développer une eau limpide et une atmosphère humide, avec une température moyenne qui ne dépasse pas 8 degrés centigrades. Quand ces conditions sont remplies, les sphaignes poussent avec une grande vigueur, en absorbant une quantité d'eau considérable, et meurent du pied pendant que leur tête continue à croître. Mais la décomposition de la partie inférieure s'accomplissant à l'abri de l'air, une partie seulement de la matière végétale se consume. Le reste forme un produit combustible de couleur brune, contenant de 58 à 60 pour 100 de carbone, et où la structure organique devient de moins en moins reconnaissable, à mesure que la transformation est plus avancée. En même temps la compacité augmente pro~ gressivement.

La rapidité d'accroissement de la tourbe est très variable. Dans le Jura, elle oscille entre m. 60 et 3 mètres par siècle. Mais cet accroissement n'est pas indéfini, et quand le bassin tourbeux jurassien, qui a débuté par des laiches, pour continuer par. des mousses bryacées et des sphaignes, est suffisamment exhaussé, les bruyères s'y installent et la tourbe cesse de se former.

Répartition des tourbières. — Pourvu que l'atmosphère soit humide, la température peu élevée et l'eau toujours limpide, la nature et la pente du sol importent peu à la forma-

tion des tourbières. On en trouve sur le fond plat diss vallées à versants perméables, dans les dépressions des hautes vallées jurassiennes, mais aussi sur des pentes assez raides, sur des amoncellements de blocs granitiques, parfois même sur des escarpements où la tourbe est suspendue et aérienne. En revanche, Farrivée d'eaux limoneuses dans un bassin tourbeux suffît pour arrêter immédiatement la végétation des mousses.

Les tourbières atteignent leur principal développement dans les régions tempérées froides. Tandis que, dans le Jura et les Vosges, on n'en voit guère au-dessous de 800 mètres d'altitude, elles occupent d'immenses espaces presque au niveau de la mer en Irlande, en Ecosse, dans l'Allemagne du Nord et dans l'ouest de la Russie. C'est là que, sous l'influence d'un climat humide mais moyennement rigoureux, sur un sol dépourvu de pentes caractérisées, se forment ces grands marais tourbeux, dont le centre finit par être plus élevé que les bords, parce que la croissance des mousses y est plus active, et où les grandes pluies provoquent le gonflement et le débordement du marais.

Les vallées crayeuses du nord de la France ont leur fond garni de tourbe, parce que les rivières qui les arrosent, uniquement alimentées par des sources, n'ont pu combler leur ancien lit majeur ni avec du sable, ni avec du limon. Les versants, qui sont essentiellement perméables, laissent partout suinter des eaux limpides qui, cheminant sans vitesse appréciable sur le fond plat de la vallée, sont dans les conditions voulues pour l'établissement d'une végétation tourbeuse:

Modes divers de formation de combustibles minéraux. — Ce n'est pas en raison de leur composition chimique que les mousses sont le principal agent de la formation de la tourbe ; car cette composition diffère très peu de celle de la fibre ou de l'écorce du bois. C'est parce que les mousses sont des plantes qui s'accommodent le mieux des conditions physiques sous l'empire desquelles s'opère de préférence la transformation en combustible de la matière végétale. Mais cette transformation peut avoir lieu dans d'autres circonstances, notamment lorsqu'une forêt a été détruite par un ouragan et que ses débris enchevêtrés, tombés en travers des cours d'eau, ont été noyés

Page 1