‹ Abrégé de géologieChapitre 47 sur 175 · SITUATION DES VOLCANS · texte numérisé non relu

SITUATION DES VOLCANS

fîltration a fait pénétrer dans récorce. Incorporées à la masse ignée, ce sont elles qui Tont entraînée au jour, où la diminution de la pression va maintenant les disperser dans l'atmosphère.

De la lave très chaude se dégagent d'abord, par simple évaporation sans bouillonnement^ des fumerolles blanches et sèches, à très haute température, formées surtout de sel marin en vapeurs. Plus tard on voit apparaître, près des parois de la coulée, des émanations de vapeur d'eau à 300 ou 400 degrés, rendues acides par la présence des gaz chlorhydrique et sulfureux. Plus loin encore du foyer principal d'éruption, les fumerolles sont alcalines et chargées de sel ammoniac (sans que la vapeur d'eau cesse de prédominer de beaucoup), avant de devenir /roides et de n'être plus guère composées que de vapeur d'eau au-dessous de cent degrés, mêlée à de l'hydrogène sulfuré. Enfin la série des émanations se termine par des mofettes, ou dégagements d'acide carbonique, qui durent souvent des mois entiers après la fin des éruptions et même, dans certaines contrées autrefois volcaniques, survivent depuis de longs siècles à l'extinction des foyers éruptifs. L'acide carbonique, en raison de sa plus grande densité, s'accumule sur le sol, et c'est ainsi qu'à Naples, dans la célèbre grotte da Chien, les animaux de petite taille sont asphyxiés, tandis que la couche de gaz irrespirable n'est pas assez haute pour incommoder un homme.

Quand les fumerolles froides, au lieu de se dégager d'une fente à l'air libre, sont obligées de traverser d'abord une certaine épaisseur d'eau, on y constate la présence de V hydrogène et. celle des hydrocarbures, ou composés d'hydrogène et de carbone. Il est donc permis de penser que les gaz venant de l'intérieur du foyer incandescent s'oxydent dans les fissures, au contact de l'air, et que, dans leur état primitif, ce sont des vapeurs combustibles, se dégageant d'un milieu où domineraient les influences réductrices, c'est-à-dire contraires à l'oxydation.

Les substances métalliques^ surtout le fer à l'état de chlorure, Vacide borique, les sulfures d'arsenic, doivent aussi être mentionnés parmi les produits gazeux des volcans.

Distribution des volcans. — Les volcans se rencontrent dans toutes les conditions possibles de longitude et de latitude. Il en existe près des pôles comme à Téquateur, et on en peut trouver sous n'importe quel méridien.

Cependant la distribution n'en est aucunement arbitraire. En premier lieu, Tintérieur des continents actuels ne renferme presque aucun volcan actif. En revanche, les rivages de la mer sont souvent marqués par des lignes continues de bouches éruptives. On peut dire que l'océan Pacifique est entouré par un véritable cercle de feu. Ce cercle commence à la Nouvelle-Zélande et se poursuit, par les Nouvelles-Hébrides, les îles Salomon et les îles de la Sonde, jusqu'au Japon. De là, par les Kouriles, il gagne le Kamtchatka, suit les Aléoutiennes, la côte occidentale de l'Amérique, le Mexique, le Guatemala, longe toute la chaîne des Andes et se referme par les îles Shetland et les cratères antarctiques Erebus et Terror. L'axe de l'Atlantique est jalonné par le volcan de Jan Mayen, ceux de l'Islande, des Açores, des Canaries, du Cap-Vert, d'Ascension, de Sainte-Hélène, de Tristan d'Acunha.

D'autre part, une ligne volcanique transversale se suit d'un bout à l'autre du globe, comprenant les Antilles, les Canaries, les volcans méditerranéens, le Caucase, les cratères de l'océan Indien, ceux de la Polynésie, des îles Sandwich et des Galapagos. De plus, c'est un fait digne de remarque que l'activité volcanique est tout particulièrement énergique dans les régions centrales de l'Amérique et aux îles de la Sonde, c'est-à-dire aux points de rencontre de la ligne transversale avec le cercle de feu du Pacifique.

Coïncidence des volcans avec les lignes de dislocation. — Si la situation littorale ou insulaire des volcans est incontestable, ce n'est pas cependant par elle-même et directement que la mer intervient dans le phénomène volcanique. En ejffet, il importe de ne pas oublier que les volcans font défaut sur toutes les côtes plates ainsi qu'au voisinage des mers sans profondeur. On en chercherait vainement sur la Baltique ou sur la mer du Nord. Ils sont absents de toute la côte atlantique des États-Unis, comme de celle des Guyanes et du Brésil, et il n'en existe pas davantage sur les rivages de la Sibérie ni sur ceux de l'Australie.

PHENOMENES THERMAUX 81

Les lignes de côtes ou d'îles jalonnées par les volcans sont celles qui bordent de hautes chaînes, formant, comme les Andes, une brusque saillie, ou celles qui marquent le contour rectiligne d'une dépression océanique au flanc abrupt. Telles sont la côte asiatique du nord-est, au large de laquelle la sonde enregistre, à peu de distance, les plus grandes profondeurs du Pacifique septentrional, et là ligne des Antilles, crête en partie émergée d'un bourrelet, au delà duquel le fond de l'Atlantique descend plus vite et plus bas que partout ailleurs. De même, la grande ligne volcanique transversale que nous avons mentionnée coïncide avec cette dépression méditerranéenne, qui nous a paru constituer l'un des traits fondamentaux de la géographie actuelle, et dont la direction concorde avec celle du système de plissements qui comprend la chaîne alpine, l'Himalaya et les Antilles.

On peut donc dire que les volcans sont établis snr les grandes lignes de dislocation de l'écorce terrestre, absolument comme les cônes .adventifs jalonnent le parcours des fentes à chaque éruption de l'Etna. Ils caractérisent les plus saillants parmi les bourrelets par lesquels sont limités les compartiments affaissés de la croûte solide, et il est naturel de penser que chaque bouche volcanique principale doit marquer un élargissement ou un croisement de fentes, ouvrant une voie plus facile à la sortie des fluides qui bouillonnent sous l'écorce.

Quant à la source de ces fluides et aux causes qui en déterminent la sortie, il convient d'attendre, pour émettre une hypothèse à cet égard, que nous ayons achevé la revue des manifestations de la Dynamique interne.

§2 PHÉNOMÈNES THERMAUX

Définitioii des phénomènes thermaux. — L'activité interne est loin d'avoir dit son dernier mot avec la projection des débris, la sortie des laves et l'émission des fumerolles. Longtemps après que tout paroxysme a cessé dans une contrée, il s'y produit en divers points des dégagements de

vapeurs et de liquides à haute température, qu'on peut grouper sous la commune dénomination de phénomènes thermaux. Leur caractère essentiel est d'être localisés dans le voisinage immédiat des anciens centres volcaniques et de former la suite naturelle, sans cesse atténuée en intensité, des manifestations paroxysmales ; absolument comme la succession ordonnée des fumerolles, depuis celles qui sont sèches et très chaudes jusqu'aux mofettes, marque la décroissance progressive de chaque éruption.

Solfatares. — De tous les phénomènes thermaux, ceux qui se rapprochent le plus de l'activité volcanique normale consistent en dégagements violents de vapeur d'eau, accompagnés de gaz dont l'odeur suffocante, jointe aux dépôts jaunâtres qui garnissent les oriûces de sortie, trahit les composés du soufre. Aussi les désigne-t-on sous le nom générique de solfatares ou soufrières.

La solfatare la plus connue est celle de Pouzzoles, près de Naples, qui occupe un cratère dont la dernière éruption a eu lieu en 1198. Les gaz sulfureux, se transformant en acide sulfurique par l'action de l'air et de l'eau, attaquent les roches, décomposent les silicates et font naître de Yalunite, ou pierre d'alun, ainsi que des efflorescences de sulfates divers. La décomposition de l'hydrogène sulfuré donne lieu aussi à des dépôts de soufre natif.

Les soufflards ou soffioni de la Toscame, qui forment des jets de 10 à 20 mètres de hauteur, alignés sur des fentes, et dont les bassins renferment de Vacide borique, sont aussi des solfatares. Il en est de même des jets de vapeur, dits Steamboat Springs ou sources du bateau à vapeur, de Californie. Seulement les gaz sulfurés y sont moins abondants que dans les solfatares typiques.

Un ancien volcan peut passer définitivement à l'état de solfatare, en attendant qu'une nouvelle diminution locale de l'activité interne le réduise à n'être plus qu'une mofette ; mais il peut aussi, après s'être maintenu quelque temps dans cett<s condition, entrer de nouveau en éruption. Le mode solfatarien caractérise donc, dans le volcanisme, une phase de décroissance, mais qui n'exclut pas absolument tout retour au passé.

Page 1