MOUVEMENTS DE L'ÊGORCE TERRESTRE
Conséquences de la chaleur interne. — Si Técorce terrestre n'est qu'une enveloppe, entourant une masse ignée qui, de temps en temps, s'épanche au dehors, il est impossible que la position de la croûte soit stable. Des affaissements doivent se produire, formant la contre-partie de la sortie des laves. De plus le noyau doit se refroidir et se contracter peu à peu, faisant naître, dans Técorce devenue trop large, une tendance au ridement qui se manifestera, sur certains points, par la formation de bourrelets et de fissures, sur d'autres par des effondrements.
Toutefois, si la structure du globe atteste, comme nous le verrons plus tard, que des mouvements de ce genre se sont souvent répétés à travers les âges, nous ne devons pas nous attendre d'une manière absolue à trouver, parmi les phénomènes actuels, la vérification de ces inductions. En effet, la déperdition de la chaleur interne, au point où elle est aujourd'hui parvenue, marche avec assez de lenteur pour ne produire des effets appréciables qu'au bout d'un temps très long. De plus, la terre ayant 510 millions de kilomètres carrés de surface, un affaissement général de un millimètre, totalement insensible par lui-même, suffirait à contre-balancer la sortie de 510 kilomètres cubes de laves, quantité comparable à tout ce qui a pu être rejeté par les volcans depuis les temps historiques.
Dès lors il est logique d'admettre que nous traversons une de ces périodes d'équilibre, où l'écorce ne peut être affectée que de mouvements insignifiants. Sous cette réserve, nous allons passer en revue les phénomènes de ce genre qui peu^ vent s'offrir à l'observation.
Tremblements de terre. — En divers points du globe, la croûte solide se montre plus ou moins fréquemment agitée de frémissements, en général très courts, caractérisés par l'état de trépidation du sol et que, pour ce motif, on nomme trem*
blements de terre ou sismes {séismes). Ces mouvements se traduisent, à la surface, quelquefois par des ondulations, plus souvent par des secousses, parfois assez fortes, pour entraîner la ruine des édifices et le crevassement du sol, bien que leur durée puisse ne pas dépasser quelques secondes.
Les plus grandes catastrophes de ce genre que l'histoire de l'Europe ait enregistrées sont celles de 526, où 120 000 personnes au moins périrent sur le littoral méditerranéen, et de 1693, où un tremblement de terre, survenu en Sicile, coûta la
vie à 60 000 habitants. Les secousses qui détruisirent Lisbonne en 1753 firent 30 000 victimes. A Casamicciola, dans l'île d'Ischia, le 28 juillet 1 883, dix secondes suffirent pour amener la destruction de 1 200 maisons et causer la mort de plus de 2 300 personnes.
Dislocations du sol causées par les phénomènes volcaniques. — Assez souvent, notamment en Calabre, des crevasses béantes se forment dans le sol à la suite de ces ébranlements; quelquefois aussi, dans les pays affectés par de tels mouvements, une portion de terrain se soulève ou s'abaisse d'une manière durable. C'est ainsi qu'en Italie, près de Pouzzoles, le sol du temple de Sérapis, construit par Marc-Aurèle, a subi, sans doute lors de l'éruption de 1198, un affaissement local, par suite duquel les colonnes se sont trouvées immergées au moins sur 6 m. 50. Pendant plus de 300 ans cette immersion a persisté, peut-être avec quelques oscillations, sii bien que les mollusques lithophages, ceux qui vivent à la surface de l'eau, en pratiquant des logements dans les roches du rivage, ont pu cribler le fût des colonnes, sur 3 mètres de hauteur, de leurs incisions caractéristiques (fig. 23). Puis le sol s'est relevé et aujourd'hui le pavé du temple est seul baigné par Teau. Plusieurs faits du même genre, mais toujours localisés,
Fig. 23. — Les colonnes du temple de Sérapis.