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TREMBLEMENTS DE TERRE

De telles crevasses ne pourraient d'ailleurs pas se produire sans ouvrir quelquefois une voie facile aux produits volcaniques sous-jacents. Ainsi s'expliqueraient la liaison possible des tremblements de terre avec les éruptions, et le fait que les secousses présentent souvent dans leur allure une grande analogie avec les ébranlements qui caractérisent les explosions des volcans.

Résultats des observations récentes. — ' Dans ces dernières années, les observations simultanément poursuivies, sur toute la surface terrestre, à l'aide de sismographes appropriés, ont révélé des faits extrêmement curieux, dont la synthèse a été faite par M. J. Milne.

Un sisme suffisamment important (il s'en produit annuellement une centaine de ce genre), peut affecter un sismographe situé aux antipodes du point ébranlé, en y faisant naître trois séries de vibrations, dont les deux premières se propagent àtra* vers le globe avec des vitesses respectives de 10 et'de 5 kilomètres à la seconde, tandis que la troisième parcourt TScorce terrestre avec une vitesse moyenne constante de 3 kilomètres. L'étude des deux premières séries permet de reconnaître à quelle distance de l'appareil un sisme de ce genre a pu se produire.

On peut alors s'assurer que tous les grands ébranlements ont leur centre placé ordinairement en pleine mer, au-dessus de fosses maritimes profondes, et que ces centres se groupent par séries, chacune d'elles correspondant à une chute relativement brusque de niveau entre la terre ferme et l'océan. Il n'est donc plus possible de contester que le phénomène sismique ne soit de nature orogénique, et qu'il n'apporte la preuve des mouvements différentiels qui s'accomplissent entre les divers compartiments de la marqueterie terrestre.

Déplacement des lignes de rivage. — Existe-t-il, en dehors des mouvements brusques dont nous venons de parler, de lentes oscillations de l'écorce? Il est certain que, sur plus d'un pomt, les rivages maritimes subissent des changements, que ces variations ont un caractère local, qu'elles se produisent sans régularité et que les symptômes d'émersion semblent quelquefois alterner, sur une même côte, avec ceux de submersion. Dès lors, au lieu de faire intervenir des changements

de niveau de la nappe océanique, qui paraîtraient devoir se produire partout dans le même sens, n'est-il pas naturel d'y voir la preuve de mouvements partiels de l'écorce, se traduisant, grâce à Tinvariabilité du niveau de Tocéan, par des déplacements en sens contraires dans les lignes des rivages?

Ainsi l'on admet assez généralement que le sol des Pays- Bas s'affaisse et qu'en Scandinavie une sorte de mouvement de bascule se produit, par suite duquel le fond du golfe de Bothnie se relève, tandis que la partie méridionale de la Suède tendrait à se laisser envahir par les eaux.

Interprétation des faits observés. — Toutefois la signification des faits observés n'est pas toujours aussi nette qu'on pourrait le croire après un premier examen. Dans les contrées comme la Hollande, que de grands fleuves ont anciennement conquises sur la mer, le tassement naturel du sol pourrait suffire à expliquer l'afTaissement qu'on y remarque. Le régime des courants marins peut d'ailleurs changer ainsi que la violence des vagues, pour des causes encore mal connues, et rendre périlleuse la situation de côtes auparavant moins exposées aux assauts de l'océan. De cette manière, l'invasion relativement récente de la mer dans la baie du mont Saint-Michel, par exemple, pourrait se justifier par un progrès constant de la force des grandes marées, sans que le sol se fût réellement afl'aissé. D'autre part, certaines conquêtes de la terre ferme, comme celles qui ont eu lieu depuis quelques siècles sur le littoral charentais, sont simplement le résultat du progrès des alluvions apportées par les fleuves.

Enfin le niveau de la mer est sujet lui-même à des variations d'une certaine amplitude. Tantôt les glaces polaires, en fondant, diminuent la salure et, par suite, la densité de l'eau marine avoisinante, et celle-ci, pour continuer à faire équilibre aux eaux plus salées des latitudes inférieures, est forcée d'élever son niveau d'une quantité correspondante. Tantôt les glaces continentales, par Fexcès de masse qu'elles apportent sur les régions où elles viennent s'accumuler, peuvent augmenter, en vertu des lois de la gravité, raltraction locale de ces glaces sur les océans voisins, dont elles relèveraient les bords d'une manière appréciable, et dans une proportion qui varie

DÉPLACEMENT DES RIVAGES l6l

avec répaisseur des neiges et des glaces. Tantôt enûn une mer intérieure, comme la Caspienne, ou une mer en communication difficile avec l'océan, comme la Baltique, reçoit, suivant les années, par les fleuves affluents, un tribut inégal en raison des variations survenues dans le régime des pluies; et de là peuvent résulter des oscillations de niveau qu'on aurait tort d'imputer à un mouvement propre du sol.

Ces considérations exigent qu'on apporte une grande prudepce dans l'interprétation des mouvements relatifs de la terre et de l'océan. Néanmoins les observations faites en Scandinavie, dans ces dernières années, semblent bien établir que le littoral oriental de cette contrée se relève vers l'axe du pays, et dans une mesure d'autant plus forte qu'on se rapproche davantage de cet axe. A Stockholm, le taux du relèvement serait de 47 centimètres par siècle. De même, le territoire des grands lacs de l'Amérique du Nord paraît se relever dans la direction du nord-est, en basculant autour d'une ligne qui passerait au sud-ouest de ce territoire. De cette façon, une ligne horizontale tirée de Chicago dans la direction du nord-est, et longue de 100 kilomètres, aurait, au, bout d'un siècle, son extrémité nord-est plus élevée de huit centimètres que l'autre.

Les faits observés sur ce qu'on appelle la plaine maritime de la Belgique ne semblent pas moins significatifs. Sur cette bande littorale, où aucun nom, aucun souvenir archéologique ne se rapporte à l'occupation romaine, on constate l'existence d'un dépôt d'alluvions franchement marines, surmontant une couche de tourbe. Or tandis que, à une certaine distance de sa surface supérieure, cette tourbe renferme des instrumeijts de l'âge de la pierre polie, tout en haut, sous les couches marines, elle contient des poteries et des monnaies galloromaines, dont les plus récentes datent de la fin du troisième siècle de notre ère.

Il est donc évident qu'ici une invasion marine a brusquement chassé les hommes d'un territoire qu'ils avaient occupé pendant de longs siècles; et on s'explique ainsi comment il a toujours paru si difficile de déterminer le point d'où César s'était embarqué pour la conquête de la Grande-Bretagne,

puisque le littoral du Pas-de-Calais a entièrement changé à cette occasion.

Vers le septième siècle, la couche d'alluvions marines était devenue assez épaisse, et le rivage était assez stable, pour que la tourbe recommençât à se former par-dessus. L'homme reprit possession du territoire, comme on peut le vérifier par les noms du pays et les traditions. Cependant, cinq cents ans plus tard, il dut fuir encore devant une nouvelle invasion marine, qui jeta deux mètres de sable sur le sol provisoirement reconquis. Il est douteux qu'un simple changement dans le régime des marées ou des courants puisse rendre compte de tels phénomènes, et il paraît plus plausible de les attribuer à un mouvement propre du sol.

Aussi admettrons-nous volontiers que, sous nos yeux, et en divers points, les différents compartiments de Técorce terrestre subissent des mouvements relatifs. En réalité, partout où il nous est donné d'observer la structure intime de cette écorce, nous la trouvons fissurée et même disloquée, parfois à un degré extraordinaire. Il n'est donc pas surprenant que des phénomènes de tassement, tout au moins, se produisent dans cet ensemble hétérogène, et que de tels mouvements, très faibles en apparence, puissent, en s'additionnant pendant une longue suite de siècles, en venir à modifier notablement le relief de l'écorce.

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