NOTION DE CROUTE PRIMITIVE
ordre de densités. La surface était donc occupée par ces produits d'oxydation que nous avons déjà analysés en traitant des roches éruptives, c'est-à-dire par les divers silicates, qui formaient véritablement la scorie du noyau métallique. Mais ces minéraux, plus légers que les métaux sous-jacents, étant en même temps beaucoup plus réfractaires, devaient, avec le progrès du refroidissement, être exposés à prendre les premiers l'état solide. Il est vrai que cette solidification, en accroissant leur densité, pouvait les faire descendre un peu dans la masse fluide, au sein de laquelle ils entraient de nouveau en fusion, mais en refroidissant le bain environnant. De cette manière, au bout d'un certain temps, une croûte continue a dû se prendre en masse, interceptant pour toujours le contact de la sphère fondue avec l'atmosphère extérieure. D'ailleurs cette croûte était certainement composée, en majeure partie, des silicates les plus légers, de ceux qui sont habituels aux roches acides, ce qui permet d'augurer que sa composition était analogue à celle du granité ; à cette différence près que, la solidification ayant eu lieu en présence de l'atmosphère, la croûte primitive ne pouvait présenter ce grain spécial qu'a engendré, dans le granité, une très lente solidification, sous pression, dans un espace clos. En particulier, s'étant formée au sein d'un liquide à surface libre, elle devait offrir, dans l'arrangement de ses matériaux, quelque ordonnance accusant l'intervention de la pesanteur. Réactions initiales de la croûte. — Du reste, à peine cette pellicule était-elle formée qu'elle dut être soumise à de puissantes réactions physiques et chimiques. En effet, l'eau des océans, et avec elle les principes actifs qu'elle renferme, tels que les chlorures alcalins, étaient originairement contenus en vapeurs dans l'atmosphère chaude des premiers âges, où leur présence seule engendrait une pression qu'on ne peut guère évaluer, vu le volume actuel de la masse océanique, h moins de trois cents atmosphères. Le refroidissement qui a fait naître la croûte a dû entraîner la rapide condensation de ces vapeurs, qui sont venues former, à la surface de l'écorce, un bain d'une puissance chimique considérable, suffisante pour déterminer, dans les matériaux de la croûte, une cristallisa-
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tion semblable à celle que produisent les réactions de la voie humide.
Le même bain ne pouvait non plus manquer d'exercer sur l'écorce une action mécanique analogue à celle que la mer exerce sur ses rivages. A peine formées, les roches primitives étaient exposées à une désagrégation, bientôt suivie, sans doute, d'une cristallisation nouvelle des éléments un instant séparés. De plus, les matières fondues sous-jacentes devaient, soit refondre partiellement la base de la croûte, soit s'y injecter fréquemment en veines ou veinules.
On est donc conduit à se représenter le terrain primitif comme une sorte de produit mixte, né du refroidissement, mais où les signes de l'état igné auraient été rapidement effacés par une cristallisation chimique; massif à l'origine, mais soumis, aussi bien à la base qu'au sommet, à des actions qui ont dû lui imprimer quelques-uns des caractères des dépôts stratifiés, notamment un arrangement des éléments en zones plus ou moins parallèles.
Difficultés du sujet. — Maintenant cette croûte primitive, à supposer qu'elle se soit ainsi formée, a-t-elle pu arriver jusqu'à nous? Constamment refondue à sa base, n'a-t-elle pas dû disparaître peu à peu, de telle sorte que ce qui subsisterait aujourd'hui, comme support de tous les terrains, ne serait plus formé que par les restes des premiers sédiments, nés de la destruction de la croûte, et modifiés par une perpétuelle injection de matières internes? Si la chose offre de l'intérêt au point de vue théorique, elle en a peu sous le rapport de la pratique; car il ne saurait y avoir une grande différence entre le résultat des diverses réactions physiques, mécaniques et chimiques, dont nous avons essayé de donner un aperçu, et celui d'une transformation de couches originairement détritiques, par injection de la substance des roches éruptives acides.
Ce qui est certain, c'est que partout où la base des formations sédimentaires peut être observée, elle se présente sous un aspect très uniforme, qui contraste avec la variété des sédiments superposés.
Les roches qui composent cette base sont à la fois cristal-
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lines et stratijormes, souvent même feuilletées , et engendrent un terrain qu'on a justement appelé cristallophyllien. Pendant longtemps, on n'a pas hésité à y voir la croûte primitive du globe, en expliquant sa formation par l'ensemble des actions indiquées plus haut. Seulement il était impossible d'en fournir la preuve irrécusable ; et, en revanche, l'observation a, de nos jours, considérablement multiplié les cas où il est possible de démontrer qu'une roche cristallophyllienne dérive, par métamorphisme, d'un ancien sédiment. Parfois même on constate que cette transformation a affecté des terrains relativement récents, appartenant au groupe secondaire ou même au groupe tertiaire.
Définition de l'archéen. — Dans ces conditions, il est prudent de renoncer à l'emploi du nom de terrain primitif , qui implique une idée préconçue et à la rigueur discutable, pour y substituer le mot de terrain archéen, qui signifie seulement le plus ancien de tous. Encore convient-il de se souvenir que le faciès archéen peut couvrir des terrains qui n'appartiennent pas à la série la plus ancienne ; de sorte que partout où les premiers géologues s'accordaient à reconnaître un massif archéen, c'est-à-dire inférieur à tous les sédiments connus, on est exposé à en retrancher, Tune après l'autre, toutes les parties pour lesquelles il sera possible d'établir avec certitude qu'elles sont dues à la transformation de sédiments d'âge défini.