DESCRIPTION DU TERRAIN ARCHÉEN
Roches archéennes. — Les minéraux constituants du terrain archéen sont exactement les mêmes que ceux des roches éruptives. Il convient seulement d'y ajouter la chlorite, silicate d'alumine, de fer et de magnésie, qui forme des paillettes d'un vert foncé, flexibles mais dépourvues d'élasticité.
D'une manière générale, on peut dire que chacune des roches éruptives granitoïdes connues est représentée dans le terrain archéen par une variété de même composition, mais
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qui laisse voir un arrangement strati forme, étant à la roche massive correspondante ce que le gneiss est au granité.
La roche fondamentale de l'archéen est le gneiss, qui ne peut être mieux défini que comme un granité à éléments orientés, auquel la disposition des paillettes de mica, en veinules ou en lits sensiblement parallèles, peut donner un aspect tout à fait rubané (fig. 41). Dans le gneiss commun, le mica, en très fines lamelles, forme de minces traînées, séparées les unes des autres par des bandes où le quartz et le feldspath sont associés. Quelquefois le mica est assez abondant et assez régulièrement distribué pour que le gneiss devienne schisteux ou feuilleté, par suite de sa tendance à se débiter suivant les plans d'accumulation du mica.
Après le gneiss, la roche Fig. 41. — Gneiss commun. — 1. Trai-
archéenne la plus impor- "df'mtca'î''*'^ '* ""' ^'^^^'''''' " ""' ^'"^ tante est le micaschiste,
assemblage très schisteux de quartz et de mica. Ensuite vicn nent la leptynite, ou gneiss sans mica, les schistes à amphibole ou amphiboloschistes, ceux à pyroxène ou les pyroxénites, enfin les schistes à chlorite ou chloritoschistes. Quelques micaschistes à grain fin ont leur mica transformé en une substance à éclat soyeux, qu'on a longtemps prise pour du talc (hydrosilicate de magnésie), d'où le nom de talcschistes ou laïcités, mais qui est en réalité une variété de mica, dite sérielle. En général, le gneiss occupe la base de l'archéen et l'orientation du mica devient de moins en moins distincte à mesure qu'on s'éloigne du sommet de la formation, le gneiss graniioïde de la base passant peu à peu au granité. Du reste, beaucoup de gneiss peuvent n'être que des granités laminés, et ce même laminage a pu transformer des roches basiques en schistes amphibôliques. Souvent la série se termine par des schistes riches en minéraux cristallisés, tels que la staurotide, le disihène et Vandalousite, silicates anhydres d'alumine; le
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grenat^ silicate d'alumine et de fer, le glaucophanej espèce bleuâtre d*ainphibole, etc. Ces rpches, qu'on observe à l'Ile de GroiXy à Syra et en divers autres points des massifs archéens, ont été appelées éclogites.
Quelquefois des amandes ou des couches d'un marbre blanc, avec paillettes de mica, dit cipolin, sont subordonnées à la partie supérieure des gneiss. Ceux qui considèrent tous les calcaires comme d'origine organique en tirent un argument en faveur du caractère métamorphique de la série gneissique.
Le terrain archéen, partout où il affleure, donne naissance à des sols très peu fertiles. Le gneiss fournit des moellons et du caillou pour empierrement; le micaschiste, à cause de sa fissilité, est quelquefois employé, à défaut d'ardoises, pour la couverture des maisons.
Principaux massifs de terrain archéen. France. — Le terrain archéen affleure dans un certain nombre de régions, qui paraissent avoir formé les premiers noyaux des masses continentales, ou au cœur de certaines chaînes de montagnes, dans lesquelles la puissance des refoulements a été assez grande pour amener au jour des portions de l'écorce que recouvrait antérieurement une grande épaisseur de sédiments.
En France, la plus importante de ces régions est le Plateau Central, qui comprend l'Auvergne, le Limousin et les Cévennes. Au-dessous des formations volcaniques, qui sont venues tardivement s'épancher à sa surface, ce plateau laisse voir partout, grâce à la profondeur des vallées qui l'entament, une grande épaisseur de gneiss et de micaschistes, dont la partie supérieure est souvent riche en amphiboloschistes, pyroxénites, serpentines et amas de cipolins, tandis qu'à la base, sous les gneiss finement rubanés, on observe du gneiss granitoïde. Dans les Cévennes, cet ensemble paraît avoir 6 000 mètres d'épaisseur, sans compter les schistes à séricite qui le surmontent.
Une succession semblable peut être relevée dans le Morvan . qui est aussi un des anciens îlots du sol français.
En Bretagne, les sédiments primaires sont encadrés entre deux bandes de terrain archéen : celle du nord, qui forme le pays de Léon, celle du sud, qui constitue la Cornouaille bre-
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tonne et se poursuit en s*é]argissant jusqu'à la Loire. Aux environs de Quimperlé, on peut constater que les gneiss un peu granitoïdes, avec micaschistes subordonnés, supportent d'autres gneiss à grain plus fin, que couronnent les micaschistes et chloritoschistes du Pouldu. Les éclogites, ou schistes à minéraux de Tile de Groix, formeraient la partie supérieure du système.
Le gneiss se retrouve encore au centre des Vosges, dans les Maures ou dans les Pyrénées.
Toutefois, dans ces diverses régions, on n*observe pas de contact bien net entre Tarchéen et le plus ancien des terrains stratifiés. Il pourrait donc se faire qu'une grande partie, sinon la totalité, des gneiss et micaschistes de France, représentent seulement un état métamorphique de ce que nous apprendrons plus tard à connaître sous le nom de terrain précarri' brien.
Pays étrangers. — Il en est autrement pour certains territoires cristallophylliens situés hors de France.
Ainsi le nord de l'Europe paraît avoir possédé autrefois une bande très étendue de terrain archéen, dont la Finlande, la Scandinavie, TÉcosse et le Groenland seraient des fragments aujourd'hui séparés. A cette bande appartient le gneiss fondamental des Hébrides. C'est en Finlande que ce terrain paraît présenter le plus de complication. Reposant sur le gneiss granitique et lui-même pénétré de granité et de diverses roches basiques, l'archéen de Finlande, épais de 6 000 à 7 000 mètres, comprend des schistes dits ladogiens (du lac Ladoga) et bottniens, ces derniers, plus récents, développés aux environs de Tammerfors, et contenant de véritables conglomérats à galets souvent déformés.
Gomme cet ensemble, affecté de plissements énergiques, est séparé du plus ancien des terrains fossilifères par plusieurs milliers de mètres de schistes, grès, conglomérats, etc., qui s'en distinguent nettement dans leur composition et leur allure, on ne peut hésiter, quelque idée qu'on se fasse de son origine, à le regarder comme de l'archéen typique.
Pour la même raison, c'est à l'archéen qu'il convient d'attribuer les gneiss plus ou moins granitoïdes de la région des
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grands lacs de TAmérique du Nord, qui prolongent sur ce continent la bande archéenne de TEurope septentrionale. On en a fait le terrain laurentien (du nom du Saint-Laurent). Seulement ce terrain, tel qu'on le comprenait autrefois, renfermait un ensemble hétérogène de roches dont plusieurs n'y ont été introduites que par dislocation. Tel serait, en particulier, le cas des célèbres calcaires laurentiens où on avait observé certaines apparences prises, à tort du reste, pour le plus ancien des fossiles et qualifiées d'Eozoon ôanadense. En revanche, il n'y aurait pas lieu d'hésiter à mettre dans l'archéen plusieurs milliers de mètres de micaschistes et de gneiss, couronnés, aux abords du lac Huron, par une égale épaisseur de quartzites, de grès, de schistes micacés, de schistes ferrugineux (série huronienne des Américains).
Un terrain semblable affleure par places en Sibérie et en Mongolie.
Quant aux gneiss et aux micaschistes qui se montrent en divers points de l'Afrique, le manque absolu de formations paléozoïques fossilifères à leur contact empêche de dire avec certitude s'ils sont d'âge archéen, ou s'ils ont seulement acquis par métamorphisme le faciès de ce terrain.
Cette prudence s'impose d'autant plus que certains gneiss des Alpes, dans lesquels on n'hésitait pas autrefois à voir de l'archéen typique, sont aujourd'hui reconnus pour des sédiments métamorphiques, appartenant à la partie supérieure de la série paléozoïque. Tel serait, en particulier, le cjis du gneiss œillé du Grand Paradis, ainsi nommé de l'aspect que lui donne le développement, dans sa masse, du feldspath en nodules lenticulaires. Et la même conclusion devrait s'appliquer au gneiss granitoïde d'Antigorio, base du massif du Simplon, où jusqu'ici on le considérait comme le terme le plus inférieur de l'archéen.
D'après ce qui précède, on voit combien il est difficile de se prononcer avec certitude sur l'âge archéen d'un ensemble cristallophyllien donné. Tout ce qu'on peut dire, c'est que, plus un tel ensemble se montre inférieur aux premiers sédiments fossilifères, et plus il est affecté de dislocations ou d'injections graniticfues. Ces deux phénomènes auraient été la
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règle à Tépoque archéenne, tandis que plus tard ils sont devenus l'exception.