CHAPITRE m ÈRE PRIMAIRE
aÉKÉRALITËS SUR L'ÈRE PRIMAIRE
Définition de l'ère primaire. — Dans le terrain archéen, tel que nous Tavons décrit, il existe, surtout à la partie supérieure, des sédiments incontestables, schistes, grès et conglomérats. Il y a donc passage insensible entre ce terrain, d'origine plus ou moins énigmatique, et la grande série sédimentaire qu'il supporte. Seulement les injections de nature granitique et les dislocations violentes qui affectent partout Farchéen, et font pour ainsi dire partie de sa constitution, cessent à un certain moment de devenir la règle constante. C'est à ce moment qu'on peut faire commencer Vère primaire, celle où le jeu des actions extérieures s'est pour la première fois exercé, d'une façon normale, aux dépens de noyaux cristallophylliens déjà consolidés, en donnant naissance à des sédiments que le métamorphisme n'a touchés que par occasion, et où l'océan, prenant peu à peu sa composition caractéristique, a dû devenir habitable pour les organismes marins.
Quand cette circonstance s'est réalisée, la vie n'a pas tardé à se répandre en abondance dans les eaux marines, tandis que les continents, dont l'assiette s'affermissait, finissaient par porter, avec une riche végétation, les premiers représentants des êtres terrestres à respiration aérienne.
Phases et conditions générales de l'ère primaire. — Ce
DIVISIONS DE l'Ère primaire 149
progrès s*est accompli par étapes, qui motivent la division des temps primaires ou paléozoïques en cinq périodes :
1^ La période précambrierme, ainsi nommée parce qu'elle a précédé l'étage cambrien, le premier qui soit incontestablement fossilifère, et qui lui-même tire sa désignation de Cambria, nom latin du pays de Galles. Le précambrien a reçu en Amérique le nom d'algonkien. Jusqu'à présent, les traces organiques y sont nulles ou indistinctes.
2<» La période silurienne, qui tire son nom des Silures, anciens habitants de l'Angleterre; les vertébrés n'y sont représentée que tardivement, et seulement par des poissons.
3« La période dévonienne, dont les sédiments sont développés dans le Devonshire. Les poissons y abondent et on constate l'éclosion de la première flore terrestre.
4*> La période carboniférienne, qui a vu se constituer les grands gisements houillers de l'Europe, de la Chine et des États-Unis. La végétation terrestre y prend tout son essor, et les amphibies fréquentent les marécages houillers.
5° La période permienne, composée de formations dont le type a été choisi en Russie dans le gouvernement de Perm. On y assiste à la disparition des crustacés dits trilobites, qui avaient caractérisé les temps primaires, ainsi qu a la première éclosion des reptiles proprement dits.
Les premiers termes de cet ensemble ont souvent des caractères qui les rapprochent plus ou moins de l'archéen, et leur ont fait donner le nom de terrains de transition.
En tout cas, de la base au sommet, toutes les formations paléozoïques ont cela de comjnun que les conditions physiques, telles qu'on peut les déduire de la nature et de. la répartition des organismes fossiles, semblent avoir été les mêmes surtout le globe. Ni l'influence des latitudes, ni celle des saisons ne paraissent s'être fait sentir durant Tère primaire.
152 SYSTEME PRECAMBRIEN
A ce système appartiennent les phyllades de Saint-Léj en couches habituellement verticales, dures et satinées en profondeur, mais altérées sur quelques décimètres à partir de la surface et donnant une terre argileuse propre à rétablissement des herbages, tandis que toute autre culture y serait difficile. La partie supérieure de ce système schisteux, dont répaisseur se compte par milliers de mètres, est constituée par les schistes de Granvilley lesquels s'entremêlent de conglomérats. En Bretagne, le précambrien est représenté par la puissante série des schistes de Rennes, ainsi que par les phyllades de Douarnenez. Des calcaires, siliceux ou magnésiens, y apparaissent par endroits.
Dans le Trégorrôis comme à Jersey, les schistes précambriens sont entremêlés de roches granitiques et porphyriques, qui attestent que, dans cette région, une notable activité éruptive a marqué la fin de la période.
Les phyllades se poursuivent en Vendée, où ils sont très souvent luisants et satinés, par suite de la séricite qui s*y est développée en unes lamelles. Cette transformation est un effet de métamorphisme. Du reste, au contact du granité qui les a percés, beaucoup des phyllades du Cotentin sont devenus maclifères, c'est-à-dire qu'il s'y est formé des nodules ou des cristaux de macle.
Du même âge sont les schistes sériciteux de Saint-Léon (Allier), les phyllades des environs de Brive, l'enfermant les ardoises d'Alassac et de Travassac, les schistes luisants ou talcites des Ce venues, qui forment au-dessus des gneiss une assise épaisse de 4 000 mètres, les schistes de Barr et d*Andlau, en Alsace, devenus métamorphiques au contact du granité, les schistes et grès schisteux à grain fin de Przibram en Bohême, avec traces attribuées à des vers arénicoles.
OlÊNÉnAUTéS SDR LE SILURIEN 153
8T8TËMB SILURIEN l"* ÉTAGE GAMBRIEN
Données générales aur le système silurien. — En général, dans l'Europe occidentale, le dépôt des assises siluriennes a été séparé de celui des sédiments précambriens par une période de dislocations, qui a introduit entre les deux systèmes une discordance caractérisée, si bien qu'il y a nombre de points où les couches presque horizontales du silurien inférieur reposent sur les tranches des phyllades précambrien^, redressés jusqu'à la verticale. La série des sédiments siluriens est d'ailleurs très variée et contraste par ce caractère comme par l'abondance des faunes marines avec la monotonie et la pauvreté organique des déptôs précambriens.
Deux grands faits caractérisent la période silurienne : D'abord, pour la première fois, l'écorce a acquis assez de stabilité en certains points pour que des sédiments du début de celte période aient pu arriver jusqu'à nos jours sans que leur horizontalité ait été sensiblement dérangée. Il en est ainsi en Scandinavie, au Canada et en Sibérie.
Ensuite on voit apparaître au milieu de formations très nettement stratifiées, schisteuses, calcaires ou gréseuses, et souvent exemptes de toute espèce de métamorphisme, une faune marine remarquable par son éclosion en quelque sorte immédiate; c'est la faune cambrienne, celle que Barrande avait appelée faune primordiale, et où dominent les restes de crustacés appartenant à la famille des trilobites, spécialement au genre Paradoxides (fig. 43), ainsi que les brachiopodes du genre lingule (fig. 44) destiné à traverser, presque sans altération, toute la durée des temps géologiques, tandis que l'existence des trilobites ne sera qu'éphémère. On y voit aussi des empreintes problématiques qualifiées d'Oldhamia (fig. 42).
Après ces préliminaires, des îlots de terrain primitif, noyaux des futurs continents, se dessinent, servant d'appui aux sédi-
un poudingue, où les éléments du système inférieur se retrouvent en galets, accusant la proximité d'un rivage. A ce poudingue succède la puissante assise des schistes verts et lie-de-vin, qui fournissent les ardoises violettes, si largement exploitées à Penrhyn et à Llanberis, et que couronnent des schistes à paradoxides. Ensuite, après quelques intercalatious gréseuses, indice du retour de conditions littorales, la série schisteuse reparaît sous forme de roches noires ou grises, se débitant de préférence en dalles, et qu'on a nommées dalles à lingules (Lingulajlags), Cette dernière a3sise est du cambrien supérieur et contient, dans ses couches les plus élevées, un hydrozoaire particulier, Dictyonema sociale.
Très différente, et surtout beaucoup moins puissante, est la série des couches cambriennes en Suède. Elle débute par un grès, directement superposé au gneiss, et abondant en traces d'origine problématique, où d'abord on avait cru voir des tiges de végétaux (Eophyton), mais qui sont plutôt des pistes d'animaux ou des traces d'objets mécaniquement traînés sur un rivage. Le cambrien moyen est à l'état de schistes noirs dits alunifères, à cause de leurs efflorescences de sulfate d'alumine et de fer. Ces schistes, qui contiennent de petits lits de calcaire noir, sont riches en Paradoxides et en Olenus, et couronnés par d'autres schistes alunifères à Dictyonema, On retrouve ces derniers en Russie, où ils sont séparés par un grès d'une argile bleue à Olenellus, qui repose sur le granité. Ces diverses couches sont horizontales et n'offrent pas là moindre trace de métamorphisme. Leur nature minéralogique ne les distingue en rien des sédiments qu'on peut rencontrer dans les groupes secondaire et tertiaire; tant il est vrai que le temps, à lui tout seul, est incapable de déterminer une modification dans l'état d'un dépôt, si des influences spécialement actives n'entrent pas en jeu.
Europe centrale, Ardenne. — La nature des dépôts cambriens sur la Baltique laisse présumer que le rivage ne devait pas être loin de là. Respectant presque toute la Russie, la mer passait en Pologne, et s'étendait sur l'Europe centrale, où elle a laissé, en Bohême, les célèbres schistes à paradoxides de Ginetz et de Skrey. La faune abondante de trilo-