SYSTÈME SILURIEN 30 ÉTAGE GOTHLANDIEN
Données générales sur le gothlandien. — La géographie de l'époque gothlandienne ne diffère pas d'une façon très sensible de celle de l'ordovicien. On peut seulement remarquer qu'il s'introduit, dans toute l'Europe occidentale, une plus grande uniformité de caractères, et que les épisodes arénacés y deviennent beaucoup plus rares. Le régime marin qui prévalait alors était favorable au développement des graptolitbes
TYPPS DU GOTHLANDIEM J63
surtout de ceiix du genre Monograptns, qu'on voit prospérer ^ p.eu près partout, leurs restes se trouvant toujours dans de^ sédiments noirs et charbonneux. Les trilobites qui dominent dans les ipers du nord sont ceux du genre Encrinurus et des brachiopodes particuliers, Pentamerus, Strophomena, font cortège à de nombreux orthocères et à divers céphalopodes enroulés, tandis que les polypiers groupés, tels que Favosites^ deviennent fréquents. C'est aussi avec cet étage qu'apparaissent en Europe les restes de poissops ganoldes, accopipagnés de grands crustacés, tels qn'Bar^pierus.
Angleterre. Régions baltiques. — p'esjt l'Angleterre qui a longtemps fourni le type des divisions du gothlandien. Bans le Shropshire, on distinguait de bas en haut trois assises : celle de Llandovery, ayant pour terme principal un calcaire à pentamères; l'assise de Wenlock, marquée par le calcaire de Dudley; enfin, en haut, l'assise schisteuse et gréseuse de Ludlow, terminée par un bone-bed ou couche à ossements, avec de nombreux restes de poissons et des débris de plantes terrestres lycopodiacées. Dans cet ensemble, ce qui attire surtout l'attention, grâce à l'abondance et à la merveilleuse conservation des fossiles, c'est le calcaire de Wenlock ou de Dudley, avec ses beauijt crinoïdes, ses trilobites, ses brachiopodes et ses polypiers.
Les assises du Shropshire trouvent leur exact équivalent dans la série des calcaires marneux de l'île de Gothland. Complètement exempts de métamorphisme, comme ceux de Dudley, dont ils reproduisent la faune, ces calcaires affleurent* aussi en Esthonie et en Livonie, montrant toujours des pentamères à la base et ensuite des Encrinurus. Mais, en quelques points de la Suède, comme dans le sud-est de l'Angleterre, ce sont des schistes à Monograptus, avec acéphales tels que Cardiola interrupta, qui représentent l'étage, annonçant ce qui dominera dans l'Europe occidentale.
^urppe médiane et méridionale. — En effet, on ne voit guère que des schistes à graptolithes, soit sur le bord de rArdçnne, soit au Boulonnais. En Normandie, des schistes noirs tachant les doigts, dits ampéliteSy avec Monograptus, supportent un calcaire noir, souvent noduleux, à orthocères
(Saint-Sauveur-le-Vicomte, Feuguerolles), avec graptolithes et Cardiola interrupta. Une succession analogue caractérise les dépôts gothlandiens de la Bretagne, où les ampélites de la base se transforment parfois en phianites ou silex noirs, tandis qu'au-dessus des nodules à orthocères apparaît dans des schistes un entomostracé, Bolbozoe,
Ce régime graptolithique devait aller fort loin dans la direction de Test; car on en trouve, dans le Kellerwald et le Hartz, des traces qui, par la Thuringe, se relient aux schistes à graptolithes de la Bohême. Seulement, comme l'observation ne montre rien entre la Normandie et le massif rhénan, on pourrait croire que la mer gothlàndienne n'a point passé sur la région des Vosges et de la Forêt Noire, si récemment on n'avait découvert, dans les conglomérats du grès vosgien, des cailloux de phtanite noir à graptolithes. Or ces cailloux proviennent de la destruction d'un massif qui ne devait pas être très éloigné de l'emplacement actuel du Jura. On peut donc se demander si les terrains cristallophylliens des Alpes, sous leur aspect archéen, ne cacheraient pas les restes, devenus méconnaissables, du silurien.
En tout cas, le gothlandien est très net dans la Carniole et les Alpes orientales, reliant les affleurements de la Bohême à ceux du midi de la France (Montagne Noire et Pyrénées), toujours caractérisés par des schistes noirs à graptolithes et nodules, avec orthocères et cardioles. Comme d'ailleurs des schistes à Monograptus ont été reconnus en Espagne, au Portugal et en Sardaigne, on voit quelle devait être l'étendue occupée par cette mer au régime si uniforme, contrastant avec la variété que dénoncent les sédiments ordoviciens.
En Bohême, les schistes à Monograptus sont surmontés par un calcaire noir, fétide et cristallin, dont certains échantillons pourraient être confondus avec les calcaires à graptolithes du midi de la France. La formation se poursuit en Pologne ; mais le rivage oriental devait être proche; car, en Podolie, on trouve des couches littorales à poissons et crustacés.
Asie, Australie, Afrique, Amérique. — Probablement la mer faisait le tour de la Finlande, pour rejoindre l'embouchure de la Petchora et pousser quelques pointes sur la Sibérie
septentrionale, où ses restes ont été reconnus dans les Iles de la Nouvelle-Sibérie ainsi que sur la haute Vilioui.
D'autre part, le gothlandien est signalé en Birmanie, ainsi qu en divers points de TAustralie. Les schistes à graptolithes ont été reconnus dans le Sahara central et au Maroc.
En Amérique, où la jonction était largement établie entre les mers arctiques et celles qui couvraient le bassin du Mississippi, les termes importants du gothlandien sont : le grès à pentamères de Clinton, et le calcaire du Niagara (supportant la célèbre chute de ce nom),- qui renferme la faune de Wenlock. Au sommet, le prochain assèchement se traduit par les dépôts de gypse et de sel (groupe de Salina).
Dans les parages arctiques américains, jusqu*aux plus hautes latitudes atteintes (terre de Grinnell), on retrouve le gothlandien à Encrinurus et Favosites. La présence des grands polypiers constructeurs, jointe à l'uniformité des faunes, atteste qu'un même climat chaud régnait alors sur tout le globe.