‹ Abrégé de géologieChapitre 49 sur 110 · SI · texte numérisé non relu

SI

les matières gélatineuses qui accompagnent toujours le carbonate calcique dans les portions solides des polypiers pierreux ; mais, dans les parties inférieures, ce principe gélatineux diminue ou disparaît, les molécules calcaires se trouvent rapprochées, et la masse ressemble, jusqu’à un certain point, à du calcaire concrétionné, et même à du calcaire compacte. Du reste, on sent que la texture des masses varie selon les espèces d’animaux qui les ont produites, et que les parties solides de ces animaux s’y trouvent ordinairement mélangées avec des restes d’autres êtres vivants, ainsi qu'avec des débris des dépôts inorganiques qui existent dans le voisinage.

Les masses madréporiqnes se trouvent principalement dans les îles de l’Océanie; elles y forment ordinairement, autour des îles, les espèces de ceintures interrompues que l’on appelle r/cifa, et qui sont séparées de la côte par de petits bras de mer dont elles dépassent rarement le niveau. Cependant on voit quelquefois de ces masses sur les parties élevées des îles.

Parmi les autres contrées où ces masses sont abondantes, on peut encore citer les côtes de la mer Rouge, notamment les environs de la ville de Djéda, où, d’après le rapport de Forskal, on eu extrait des pierres d’un volume énorme.

2' Soua-ordre. — Terrain tourbeux.

Le terrain tourbeux est à peu près dans le même cas que le terrain madréporique, c’est à dire que les matières qui lui donnent son caractère principal appartiennent plutôt au règne organique qu’au règne minéral; car, ainsi qu’on l’a vu dans le livre précédent, ce n’est que par tolérance que la tourbe est admise à figurer dans la série des minéraux.

Les dépôts de tourbes présentent trois modifications principales : la première n’est presque qu’un tissu ou espece de feutre spongieux, formé de racines, de fibres et de parties végétales encore très reconnaissables; quelquefois même elle n’est qu’un tas de plantes ou de parties de plantes flétries et serrées les unes contre les autres.

La seconde modification présente une matière d’un brun plus foncé, où l’on ne distingue plus que quelques filaments végétaux.

La troisième n’offre, en général, qu’une substance noire, homogène, habituellement molle, qui a beaucoup de ressemblance, dans son aspect et dans sa manière de brûler, avec les lignites et les bitumes.

TERRAINS MODERNES. 219

Les trois modifications de tourbe que nous venons d'indiquer se trouvent souvent dans une même tourbière, et alors la première occupe la partie supérieure; la seconde, le milieu, et la troisième, le fond. La tourbe forme quelquefois des amas très puissants ; d’autres fois elle s’étend en couches plus ou moins épaisses; elle se trouve de préférence dans des lieux marécageux, quelquefois aussi dans des étangs et dans des lacs : elle n’est ordinairement recouverte que par de l’eau ou par des végétaux croissants. Il y a cependant des contrées où la tourbe se trouve dans des endroits secs et où elle est recouverte , quelquefois môme séparée en assises différentes, par des lits de sable et de limon. Tel est le cas des tourbières nommées hooge teenen dans le royaume des Pays-Bas.

Les tourbières sont souvent situées dans des vallées : telles sont celles des bords de la Somme en Picardie. D’autres fois elles se trouvent sur le sommet des montagnes, pourvu néanmoins qu’il y ait des plateaux ou de légères dépressions dans le sol ; mais les gîtes de tourbe les plu%étendus et les plus abondants sont ceux des plaines basses et sableuses des contrées septentrionales, et notamment celles des plaines de la basse Allemagne et de la Hollande. Ces tourbières forment souvent de vastes marais qui, dans certaines saisons, ressemblent à des prairies, prêtes à engloutir l’imprudent qui voudrait y pénétrer. En général, on remarque que la tourbe ne se trouve que dans des contrées humides et où la température n’est pas fort élevée.

Les tourbes renferment fréquemment des corps étrangers ; on y voit souvent des arbres, et même des forêts entières composées d’arbres analogues à ceux qui existent actuellement, et notamment des sapins et des chênes. On y trouve des débris d’animaux, tels que des coquilles et des ossements de mammifères, qui aussi appartiennent principalement à des especes vivant actuellement sur les lieux. On y rencontre également des monuments de l’industrie humaine, tels que des outils, des armes, des médailles, des fragments de bateaux, etc.

3* Souê-ardre. — Terrain détritique (1).

Caractère* généraux. — Les matières que nous désignons par

(!) Je répéterai encore ici quo Ton doit éviter do donner à ce mot détritique une acception exclusive dans le sens de sa signification ; car on verra, dans le cours de cet ouvrage, quo beaucoup d’autres parties de l'écorce du globe sont formées de débt'is aussi bien que mon terrain détritique.

CÊ0CN0SIE.

le nom de terrain détritique ne sont pas encore de véritables roches, dans le sens que l’on donne ordinairement à ce mot, ni même des dépôts particuliers proprement dits; ce n’est, pour ainsi dire, qu’une manière d’être ou plutôt une modification superficielle de quelques-uns des dépôts que nous examinerons dans les articles suivants.

Ce terrain recouvre la majeure partie de la surface émergée du globe ; mais il n’y forme ordinairement qu’une pellicule meuble, dont la nature participe plus ou moins de celle des dépôts sur lesquels elle s’étend. Cette nature présente en conséquence beaucoup de variations, où l’on peut cependant signaler six modifications principales qui se rapportent à ce que l’on désigne communément par les noms de terre s végétales , terres vierges (L), sables mouvants, sables salifères, éboulis et moraines.

Les terres végétales doivent leur nom à la circonstance que c’est dans ces matières que croissent presque tous les végétaux qui ornent la surface de la terre. Elles forment un dépôt superficiel très mince, qui est principalement composé de limon, d’argile ou de sable plus ou moins mélangé de terreau, c’est à dire de substances végétales ou animales passées à l’état terreux. Dans les pays calcareux, elles contiennent aussi du carbonate calcique. En général, la terre végétale participe toujours de la nature des dépôts sur lesquels elle repose; elle renferme aussi des fragments plus ou moins gros des roches cohéreutes qui l’avoisinent.

Les terres végétales présentent beaucoup de variations. Les meilleures sont celles qui reposent sur le limon , surtout lorsque celui-ci contient du calcaire. Aussi l’art du cultivateur eherche-t-il à donner une composition analogue aux autres dépôts terreux où il établit la culture. On distingue souvent les terres végétales en sablonneuses , argileuses et calcaires, ce qui signifie seulement que le sable, l’argile ou le calcaire influent sensiblement sur leur composition, car, lorsque ces matières sont pures, elles ne sont pas propres à la culture ; et il est bon de remarquer, à cette occasion, que, quoique l’on parle ordinairement de l’aridité des sables et de la fertilité des terres argileuses ou calcaires, le sable pur est

(I) Je conserve ici, à défaut de dénominations moins mauvaises, le nom de terres aux matières terreuses modifiées dans l’époque moderne par des phénomènes autres que les éboulements, l« transport par les glaciers ou par les eaux courantes, et les éruptions volcaniques. Ou étend ordinairement ce nom à des dépôts appartenant à d’autres périodes, et notamment à l'important dépôt de limon dont il sera question à l'article du terrain quaternaire; mais, quoique la majeure partie des matières que je désigne par le nom de terres soient formées aux dépeos du limon dont il s'agit, je crois qu'ou doit les en distinguer par la même raison que l'on range certains dépôts de poudingues on de cailloux roulés dans les terrains de l'époque où ils ont été n unis dans leur association actuelle, et non pas dans les terrains do l'époque où la matière des fragments a été formée.

C'est par la même raison que je fais figurer ici les sables mouvants, quoiqu’il soit souvent facile de reconnaître le dépôt plus ancien auquel ils appartiennent.

TERRAINS MODERNES

2ïl

plus favorable à la végétation que l’argile pure et le calcaire pur. La manière dont on s’exprime à cet égard provient de ce que , la nature présentant abondamment des dépôts de sable pur, et rarement des dépôts terreux d'argile pure ou de calcaire pur, on est dans l’habitude d'appeler terres argileuses ou terres calcaires celles où l’argile et le calcaire sont déjà mélangés avec le sable.

11 y a encore des substances, autres que celles indiquées ci-dessus, qui, par leur nature ou par l’état dans lequel elles se trouvent, favorisent la végétation d’une manière plus ou moins puissante ; et, sans parler ici des cendres et de quelques engrais particuliers que l’expérience ou le raisonnement ont fait connaître aux cultivateurs, les terrains volcaniques contiennent quelquefois des matières terreuses, extrêmement favorables pour la végétation, ce que l’on attribue aux combinaisons alcalines et phosphoriques que contiennent ces matières.

On désigne quelquefois par la dénomination de terre» vierge» (1) les dépôts terreux dans lesquels la végétation ne s’est pas établie , soit parce qu’ils sont naturellement arides, soit plus communément parce qu’ils sont recouverts d’autres matières. Leur composition est aussi très variable et ne diffère ordinairement de celle des terres végétales que par l’absence de débris de végétaux ou d’autres engrais.

Les sables appartiennent, comme on le verra dans la suite, à d’autres terrains que celui qui nous occupe ; mais, lorsque ces dépôts ne sont pas recouverts par d’autres matières , leurs parties superficielles , que l’on appelle ordinairement snblc» mouvant» , parce que les vents les déplacent fréquemment, doivent aussi prendre place à côté des terres; ce sont ces sables qui impriment à la plupart des déserts leurs caractères particuliers.

Les »nblc» superficiels sont quelquefois salifères, c’est à dire imprégnés de selmarin et d’autres substances solubles, telles que du salpêtre ou du natron, qui sont à l’état de dissolution pendant la saison humide et qui pendant les temps secs forment une croûte cohérente à la surface du sol. Cet ordre de choses se remarque notamment sur une grande partie des steppes du milieu de l’Asie. D’un autre côté, il est à remarquer que le salpêtre eflleurit fréquemment sur les dépôts ditritiques lorsqu’ils renferment des matières animales en décomposition.

On désigne par le nom d'ébouli» un genre de dépôts qui, au lieu de

«) J'avais désigné ces matières dans les premières éditions par le nom do terres arides; mais celui de terres vierges , plus usité dans les livres d’agriculture, ino |>aralt préférable, parce qu'il s'associe mieux avec la manière dont je penso maintenant qu'il convient d’outondro l’expression de terres végétales.

ÎÎ2

CfiOCNOSIE.

former des assises superficielles comme ceux dont il vient d’être question, compose souvent des talus de montagnes et quelquefois des filons ou des amas. Du reste, la nature, l’état, la forme et la puissance de ces dépôts dépendent de ln nature des roches qui composent les montagnes auxquelles its sont adossés ou intercalés, ainsi que de la hauteur et de la forme des flancs de ces montagnes. Quelquefois les éboulis ne sont composés que de fragments de roches cohérentes plus ou moins volumineux, souvent anguleux , rarement arrondis. Ailleurs ces fragments sont mélangés avec des matières terreuses, dont la nature rappelle celle des roches altérables qui constituent la montagne. Enfin, lorsque cette dernière est uniquement composée de roches facilement altérables, son talus ne présente ordinairement que des dépôts terreux.

On donne le nom de moraines ù des dépôts qui se trouvent au pied, sur les côtés et sur le dos des glaciers , d’où on les divise en moraines terminales , latérales , et médianes ou superficielles. Les premières sont les plus importantes et forment de petits monticules qui ressemblent à des digues, tandis que les dernières ne consistent que dans de petites traînées. Les moraines se composent, comme les éboulis, de fragments plus ou moins gros de roches analogues à celles qui environnent le glacier.

Nous ne reviendrons ici sur les corps organisés que l’on trouve dans le terrain détritique que pour faire remarquer que l’on doit éviter de confondre ceux qui sont propres à ce terrain, c’est à dire ceux qui appartiennent au groupe des espèces actuelles , avec ceux qui appartiennent aux groupes antérieurs et qui s'y trouvent mélangés tout comme les fragments des roches qui les recélaient.

4» Sous-ordre. — Terrain nlluvien.

Caractères généraux Le terrain alluvien, comme le terrain détritique , est généralement formé de dépôts meubles , composés de fragments dont le volume et la forme sont très variables ; aussi est-il souvent très difficile de le distinguer du terrain détritique. Son principal caractère distinctif est de ne pas s’étendre généralement, comme le terrain détritique, sur les montagnes ni sur les plateaux élevés. Il se trouve ordinairement dans les vallées et dans les plaines placées àl’embouchure des grands fleuves, ainsi que sur les bords et probablement dans le fond de la mer, d’où on peut le diviser en Jluvialile et marin.

TERRAINS MODERNES

Le terrain diluvien fliivlalilc, connu sous le nom d’allnviona,

a une composition extrêmement varice et qui participe toujours de celle des autres dépôts qui composent la partie du bassin hydrographique placée au dessus du lieu où il se trouve. Lorsqu’on le considère au point de vue de sa texture et de sa cohérence, on peut y distinguer six modifications principales, savoir : les dépits terreux, les dépôts arénacés, le gracier, les dépôts caillouteux , les gros débris et les roches conglomérées , mais ces modifications se lient et se mêlent si intimement entre elles , qu’il est difficile d’y établir des limites et de les trouver isolées l’une de l’autre.

Les dépôts terreux sont composés soit de limon, soit d’argile, soit, plus souvent, de ces matières mélangées entre elles ou avec du sable, du calcaire et du terreau ; ils forment ordinairement d’excellentes terres végétales et se trouvent principalement dans les plaines et dans les vallées basses.

Les dépôts arénacés portent ordinairement le nom de sables de rivières, mais ce sont rarement de véritables sables, c’est à dire qu’ils sont rarement composés exclusivement de grains de quartz; on y reconnaît, au contraire, beaucoup de grains d'autres substances minérales. Ces dépôts se trouvent principalement, de même que les dépôts terreux, dans les plaines et dans les vallées basses. On remarque que ce3 deux catégories de dépôts forment souvent des couches alternatives, et que quand ils sont situés vers l’embouchure de grands cours d’eau; ils atteignent quelquefois une puissance considérable.

ht gracier ne diffère, en général, des dépôts arénacés que parce que les grains qui le composent sont plus gros; il sc trouve plus rarement dans les plaines et plus souvent dans les vallées.

Les dépôts caillouteux sont très communs dans les lits des rivières, dont ils recouvrent ordinairement le sol; on les trouve aussi dans d’autres parties des vallées, mais ils sont généralement rares dans les plaines; ils ne diffèrent des graviers que parce que les fragments qui les composent sont plus volumineux. Ces fragments ont ordinairement leurs bords arrondis; mais on remarque que ceux qui se trouvent dans le voisinage des montagnes sont souvent moins arrondis que ceux qui en sout plus éloignés.

Les gros débris se trouvent principalement dans les vallées des montagnes. Leur nature dépend, encore plus que celle des autres modifications, de la nature des roches qui existent en masses dans les lieux plus élevés qui les avoisinent, ou qui forment la partie supérieure du bassin hydrographique. Leur volume est aussi subordonné à la nature de ces

roches et souvent à leur éloignement, les fragments de roches tenaces et solides étant généralement plus gros que ceux des roches friables ou altérables, et ceux dont les roches semblables se trouvent dans le voisinage étant ordinairement plus gros et ayant des formes plus anguleuses, tandis que ceux qui ressemblent à des roches éloignées sont moins volumineux et ont des formes plus arrondies. En général, les gros débris alluviens ont beaucoup de rapport avec les éboulis à gros fragments, dont il est difficile de les distinguer; ils sont d’ailleurs peu abondants, passant bientôt aux dépôts caillouteux.

L’existence de grandes masses cohérentes appartenant aux alluvions est un fait qui laisse encore des doutes, quoique l’on ait souvent cité des roches de ce genre comme faisant partie des terrains d’alluvion ou de transport; mais, ces dénominations s'appliquant aussi à des dépôts quaternaires, nous ne pouvons nous arrêter à ees citations. Du reste, on ne peut contester l’existence, comme partie des alluvions, de petites portions de roches conglomérées qui forment des espèces de rognons ou de blocs au milieu des dépôts caillouteux de nos rivières, et qui consistent dans la réunion, au moyen d’un ciment ferrugineux, de quelques-uns des fragments qui composent ces dépôts. Ces matières paraissent se trouver de préférence dans la partie des lits de rivières qui traversent des lieux habités, et on voit ordinairement dans leur intérieur un morceau de fer plus ou moins hydraté, ou la trace de morceaux de fer détruits par la rouille.

On ne peut pas non plus contester l’existence dans les alluvions de roches conglomérées à ciment calcaire, mais celles-ci peuvent être considérées comme appartenant au terrain tufacé plutôt qu’au terrain ail u vieil.

Quant aux roches conglomérées à ciment siliceux que l’on rencontre dans les dépôts alluviens, il n’est pas encore démontré que ce ne. sont pas des fragments détachés des terrains antérieurs.

On cite uussi des allueions métallifères, mais comme on confond souvent les dépôts de transport quaternaires avec les alluvions modernes, et que d’ailleurs la distinction entre ces dépôts est fort difficile, nous n’oserions nous prononcer d’une manière formelle sur leur classement. Toutefois, quoique nous pensions que les plus importants de ces dépôts appartiennent au terrain quaternaire, on ne peut contester qu’il n’y ait des alluvions modernes qui donnent lieu à des recherches de métaux. Mais, comme les substances métalliques ne s’y trouvent qu’en petite quantité, elles ne peuvent couvrir les frais de recherche qu’autant que celles-ci ont pour objet des métaux d’un prix élevé que l’on sépare des

TERRAINS MODERNES

ÎÎ3

autres débris par le lavage. Aussi cette operation n’est-ellc appliquée qu’à l’or, au platine, à l’étain. On exploite aussi des minerais de fer que l’on désigne par l’épithète A'allurion, mais il y a lieu de croire que ces dépôts n’appartiennent pas au terrain alluvicn tel que nous l’entendons ici.

Les alluvions ont deux modes de gisements principaux, selon qu’elles se trouvent dans les vallées ou dans les plaines.

Les alluvions des vallées , et surtout des hautes vallées, sont généralement disposées en amas irréguliers plus ou moins puissants qui remplissent le fond de la vallée, s’étendent le long des cours d’eau et s’appuient quelquefois sous la forme de bourrelets sur les flancs des vallées. Elles composent d’autres fois de petites plaines lorsque la vallée éprouve un renflement, principalement lorsque ce renflement coïncide, ainsi que cela arrive souvent, avec la rencontre de plusieurs vallées.

Les alluvions des plaines forment le sol des deltas ainsi que des queues de lacs ou d’étangs, et s’étendent quelquefois en assises peu épaisses sur les plaines basses traversées par des cours d’eau.

Le lorrain alluvicn marin présente quatre modifications principales connues sous les noms de dunes, de levées, de dépôts des plages et de dépôts du fond de la mer.

Les dune*, ainsi qu’on l’a vu dans la Géographie, sont des collines qui forment de petites chaînes le long de la mer, elles sont composées de sable et forment, ainsi qu’on le verra dans la Géogénie, une espèce d’intermédiaire entre les sables mouvants et les véritables dépôts alluviens.

Les levées sont, comme les dunes, des dépôts placés le long des côtes ; mais au lieu de former des chaînes de collines, elles ne consistent que dans des espèces de bourrelets soit isolés, comme des digues, soit adossés aux autres matières qui forment les côtes lorsque celles-ci sont élevées, de sorte qu’elles se confondent quelquefois avec les éboulis. Leur composition, qui est très variée, participe de celle des plages sur lesquelles elles reposent ou des falaises sur lesquelles elles s’appuient.

On a vu dans la Géographie que les plages sont les parties basses des côtes sur lesquelles les eaux de la mer se répandent plus ou moins régulièrement. Elles sont ordinairement recouvertes de dépôts meubles dont la nature varie, comme dans les levées, selon celle du sol environnant, et qui présentent, selon les circonstances, toutes les modifications de composition et de texture que l’on distingue dans le terrain alluvicn. Lorsque ces dépôts sont caillouteux, on leur donne le nom de

WG

galet». Les dépôts des plages; ainsi que ceux des levées, sont quelquefois composés de débris de coquilles, ou même de coquilles à peu près intactes, qui sont assez abondantes pour qu’on puisse les recueillir pour faire delà chaux.

Quant aux dépôts qui doivent sc former au fond de In mer, ils nous sont tout à fait inconnus.

Les corps organisés qui se trouvent dans le terrain alluvien sont, comme ceux du terrain détritique, de deux catégories; les uns qui, de même que les fragments de roches, proviennent des terrains inférieurs, les autres, qui lui sont propres, appartiennent à des espèces actuellement vivantes. Les débris de végétaux y sont en général mieux conservés que dans le terrain détritique et l’on y rencontre souvent des arbres entiers qui sont quelquefois passés à l’état de lignite, mais qui d’autres fois ont conservé leur tissu ligneux, et leur solidité de manière à pouvoir être employés dans les arts.

5e Sous-ordre. — Terrain tnlacé.

Les dépôts que nous appelons terrain tufacé peuvent, comme le terrain alluvien, se diviser en deux groupes que nous distinguons par les épithètes de terrestre et de marin parce que les débris de corps organisés que l’on rencontre dans l’un appartiennent à des êtres qui vivent sur les terres ou dans les eaux douces, tandis que ceux de l’autre proviennent d’êtres qui vivent dans la mer.

Le terrain tnfacé terrestre ne forme eu général que des dépôts isolés, peu étendus ou de simples incrustations. On peut y distinguer quatre modifications principales caractérisées respectivement par la présence de la chaux, du fer, du soufre et de la silice.

Les dépôts calcareux ou tuf proprement dit sont les plus communs et présentent quelquefois une stratification très prononcée, d’autres fois ils constituent des amas, où l’on ne distingue pas de couches régulières, ils sont principalement composés de calcaire concrétionné, passant parfois au calcaire compacte, et plus souvent aux dépôts nrénacés et terreux des terrains détritique et alluvien. Ces dépôts forment même quelquefois des lits intercalés nu milieu des assises de tuf. En général, le terrain tufacé se lie intimement avec les terrains détritique, alluvien et quaternaire, dont il est souvent difficile de le distinguer.

Le calcaire tufacé est ordinairement rempli de pores et de cavités, et présente une série de passages, depuis des assemblages de petits filets

TERRAINS MODERNES

qui ressemblent à de la mousse pétrifiée, jusqu'au calcaire compacte. Les cavités que l’on y remarque sont de diverses espèces : les unes semblent n’étre que le résultat de l’assemblage de petits systèmes particuliers de concrétions qui se sont seulement unies par une partie de leurs surfaces ; les autres représentent la place de tiges de végétaux qui, après avoir été incrustées par la matière calcaire, ont fini par se détruire ; les troisièmes, qui se trouvent dans les parties compactes ou voisines de l’état compacte, consistent dans dos espèces de tubulures verticales qui donnent l'idée du résultat du passage d’un gaz à travers une masse molle. Ce calcaire donne de bonnes pierres à bâtir; celui qui est celluleux est, à cause de sa légèreté et de la manière dont il prend le mortier, recherché pour certaines constructions, telles que les cheminées et les voûtes, où ces deux qualités sont particulièrement avantageuses; celui qui se rapproche de la texture compacte donne d’excellentes pierres de taille.

Le calcaire tufacé, surtout celui qui est à l’état meuble ou peu cohérent, renferme une grande quantité de corps organisés, principalement des coquilles d’eau douce ou de terre et des plantes aquatiques appartenant à des espèces actuellement vivantes sur les lieux.

Les dépota ferrugineux, quoique plus rares que les dépôts cnlcareux, sont quelquefois assez développés pour être exploités comme minerais et on les désigne alors sous les noms de minerai» des marais, des lacs, des prairies, selon les lieux où ou les trouve. Ils forment ordinairement des amas ou de petites couches de limonite à l’état de concrétions ou de grains, libres ou agglutinés. D’autres fois ils ne forment que des incrustations ordinairement dans le voisinage de sources ferrugineuses, ou Lien ils servent de ciment à des roches conglomérées ainsi que nous l’avons déjà indiqué en parlant du terrain alluvien.

Les dépôt» sulfureux ne consistent que dans des incrustations contenant du soufre qui sc trouvent au voisinage des sources sulfureuses ou dans des concrétions formées de sulfates de diverses natures qui recouvrent des roches contenant des sulfures.

Les dépôt» siliceux sont les plus rares et leur existence n’est bien constatée que dans les environs de certaines sources thermales, notamment des Geysers en Islande, où ils forment des concrétions de la variété d’opale que l’on a nommée geyserite à cause de son gisement. Probablement que les sables qui accompagnent ces concrétions appartiennent au moins en partie aux dépôts qui nous occupent.

Ce que l’on connaît du terrain tufacé marin, ne consistant que dans des lambeaux déposés sur les côtes , a beaucoup de ressemblance

avec le terrain alluvien marin, le terrain madréporique et le tuf terrestre. M. Moreau de Jonnès dit que ces dépôts sont assez communs dans les Antilles, où ils forment des espèces de glacis ou de plages qui s’élèvent quelquefois au dessus du niveau ordinaire des eaux. Ils y consistent en une roche que les nègres connaissent sous le nom de maçonne-bon-Dieu, et qui est un calcaire grenu passant quelquefois nu compacte, de couleur jaune grisâtre ou gris jaunâtre, avec quelques nuances de rougeâtre. Lorsque l’on examine cette roche à la loupe, on reconnaît qu’elle est principalement composée de débris de coquilles et de madrépores semblables à ceux qui vivent dans les environs et qui sont réduits en grains très menus. On trouve quelquefois, dans cette roche, des traces de l’industrie humaine, telles que des débris de vases, des haches, etc. ; mais ce qui l’a rendue célèbre, c’est que l’on a trouvé, au port du Moule à la Guadeloupe , des ossements humains qui y étaient incrustés. L’analyse de ces os a fait connaître qu’ils n’étaient pas pétrifiés, mais qu’ils contenaient encore des parties animales et tout leur phosphate de chaux.

M. Cocehicite(l) comme exemple du tuf marin la patichina (2) de populonia sur la côte de Toscane.

Nous croyons pouvoir aussi y rapporter une roche trouvée par Boblaye sur les côtes de Morée et celle que Saussure dit (3) se former au bord de la mer dans le phare de Messine près du gouffre de Charybde. Celle-ci est composée de grains de sables unis par un ciment calcaire et devient assez consistante pour servir de meules, l’autre est une roche conglomérée, très cohérente, dont le ciment est un calcaire cristallin qui renferme entre autres de nombreux débris de poteries.

2* OIIDRE. - TERRAINS QUATERNAIRES (»).

C'araelères généraux. — Les dépôts que l’on désigne maintenant par l’épithète de quaternaires se distinguent difficilement des terrains

(1) But. de la Soc. Géol. do Franco, 1856, t. XIII, p. 287.

(2) On donne en Toscane le nom de Panchina à tin calcaire qni forme des dépôts irréguliers tels que couches, blocs, rognons et liions, ordinairement peu puissants, qui ont souvent beaucoup de ressemblance avec les calcaires d’eau douce, mais qui sont d’origine marine. Cetto roche, dont la nature et la texture sont fort variables, se trouve en Toscane depuis le terrain cocèn® jusque dans le terrain moderne. On en citera encore d’antres exemples ci-aprds.

(3) Voyage dan* les Alpes, § 3U5.

(4) Ces dépôts ont été compris dans mes publications antérieures à 1853, partie dans les terrains tertiaires et partie dans les terrains modernes: mais l'importance qu’on leur a donnée dans ces derniers temps m'a porté à me conformer à l'usage le plus communément admis maintenant, c’est à dire de les réunir dans one division particulière, laquelle toutefois me paraît laisser encore beaucoup à désirer.

TERRAINS QUATERNAIRES

ÎÏ9

modernes et des terrains tertiaires. Ils consistent principalement en matières meubles et fragmentaires répandues sur des plaines basses ou accumulées dans des vallées, et ne présentent pas de puissantes masses régulièrement stratifiées comme les terrains qui leur sont inférieurs.

Nous avons indiqué ci-dessus (p. 203) les principaux caractères des fossiles que renferment ces dépôts.

Division. — Les terrains quaternaires se confondent tellement entre eux, et ils sont encore si imparfaitement connus qu’il est impossible d’en faire une bonne classification ; nous les indiquerons ici comme formant huit systèmes particuliers sous les noms de plages émergée), A' anciennes moraines, de llors erratiques, de dépôts de limon, de dilution, de brèches osseuses. A’ ossements des cavernes et de travertin ; mais on doit éviter de voir dans ces groupes des divisions de la même valeur que les sous-ordres et les étages que nous distinguons dans les autres ordres.

l«r Système. — Plages émergées

On trouve sur les côtes ou dans l’intérieur des terres, à des hauteurs plus ou moins considérables au dessus du niveau de la mer, des dépôts analogues à ceux des plages et des levées (p. 226). Cette analogie consiste non seulement dans la nature et l’arrangement des matières qui les composent , mais aussi dans les débris de corps vivants qu’ils renferment ; débris qui sont en général les mêmes que ceux des êtres qui vivent actuellement dans les mers les plus voisines. On a prétendu cependant que dans quelques localités, notamment dans les îles Britanniques, ces débris annonçaient une faune plus septentrionale que celles des mers voisines; mais, quoique l’on y ait effectivement trouvé des coquilles, telles que la Cyprina islandica, qui sont plus communes dans le nord que sur les côtes britanniques, il n’est pas démontré que l’ensemble de la faune annonce un autre climat.

L’un des dépôts les plus remarquables par l’élévation qu’il atteint, est celui que M. Trimmer a observé sur le mont Trifane, près de Caernarvou, dans le pays de Galles, qui se trouve à plus de 400 mètres d’altitude; mais le plus communément, ces dépôts sont peu élevés au dessus de la mer.

Nous croyons pouvoir rapporter à ce groupe la panchina de T Anlignano près de Livourne, roche qui forme quelquefois des couches assez puissantes pour donner de bonnes pierres d’appareil, mais qui se trouve le plus souvent en blocs ou en rognons mamelonnés enfouis dans une

ABRÈGfc DE cfcoLoan. 15

CÉOGNOSIE.

argile sableuse; sn texture est très variable étant tantôt celluleuse, tantôt grossière, conglomérée, compacte ou meuble. Sa nature est egalement très variable passant du calcaire au grès calcarifère et au gompholile.

2' Système. — Ancienne* moraines.

Nous avons parlé ci-dessus (p. 222) des mornincs, c’est à dire des dépôts qui se trouvent au pied, sur les côtés et sur le dos des glaciers ; or dans beaucoup de localités où il n’existe maintenant point de glaciers, on voit des dépôts plus ou moins analogues à ccs moraines, mais souvent beaucoup plus développés. Ce sont notamment des espèces de digues transversales qui barrent des vallées et dont la forme ainsi que la composition donnent tout à fait l’idée de moraines terminales. D’autres fois, ce sont des bourrelets disposés longitudinalement dans ccs vallées et où l’on croit voir des restes de moraines latérales ou médianes. Ailleurs ce sont d’énormes blocs qui se trouvent placés sur des montagnes d’une nature différente et que l’on reconnaît avoir été détachés d’autres montagnes, d’où il parait impossible qu’ils aient été amenés d’une autre manière que sur le dos de glaciers qui auraient rempli l’espace intermédiaire.

Nous ne donnerons pas d’autres détails à ce sujet, parce que nous ne pourrions, en quelque manière, citer aucun cas particulier sans devoir entrer dans des discussions, attendu que les idées sur l’ancienne extension des glaciers, qui n’ont été émises que depuis quelques années, étant encore contestées par beaucoup de géologues, ainsi que nous le dirons dans la Géogénie, il y a peu de ces dépôts dont le classement ne donne encore lieu à des discussions.

3« Système. — Illors erratique*.

Nous nous servons ici des mots blocs erratiques, pour ne pas créer une nouvelle dénomination dans l’état imparfait de nos connaissances à ce sujet, mais nous ne comprenons dans ce groupe qu’une partie des dépôts que l’on appelait blocs erratiques lorsque l’on appliquait ces mots à tous les blocs qui se trouvent éloignés des masses dont ils ont été détachés, et notamment à ceux des anciennes moraines et à ceux du diluvion que nous croyons avoir des origines différentes de celle des véritables blocs erratiques, ainsi qu’on le verra dans la Géogénie.

TERRAINS QUATERNAIRES

Nous citerons comme type de ce que nous entendons par blocs erratiques, ceux qui sont déposés dans la vaste plaine d'Europe qui s’étend de la mer du Nord aux monts Ourals. Ces blocs sont principalement formés de roches cristallines semblables à celles qui se trouvent en place dans les montagnes de la Scandinavie, de la Finlande et des environs d’Olonetz. Ils s’étendent depuis ces montagnes jusque vers Kostroma, Moscou, Lublin, Breslau, Leipsick, Groningue. Ils ne sont pas uniformément répandus dans tout cet espace, mais ils y forment comme des traînées et sont souvent accumulées dans les lieux où le sol est le plus élevé. Lorsqu’ils se trouvent sur une colline, ils occupent le versant septentrional et ne se rencontrent pas sur le versant méridional, du moins dans la plaine, car, vers le pied des montagnes, ces blocs, accompagnés de matières arénacées, de graviers et d’autres fragments pierreux, forment des collines longues et étroites, dirigées vers le sud, et que les Suédois nomment (Esar. Non seulement on reconnaît dans ces blocs les roches en place des contrées septentrionales, mais Durocher rapporte (1) que, quand il y a dans ces contrées une roche particulière à certaine localité, on remarque que les blocs de cette roche s’étendent en éventail vers le midi, de manière à former un tiers ou même une moitié de cercle dont le gîte de la roche serait le centre. Il paraît que l’éloignement de ce centre n’influe pas sensiblement sur le volume des blocs, car il en existe de très volumineux au midi de la Baltique. Tel est le bloc de granité qui reposait sur le sable a Furstenwald, et dont on a fait une coupe pour le musée de Berlin; sa circonférence était de 21 mètres et son poids de 200 000 kilogrammes; mais ces blocs deviennent en général très rares lorsque l’on approche de la ligne qui vient d'être indiquée comme faisant leur limite méridionale, excepté cependant dans le voisinage des monts Hercyniens, où cette limite est comme repoussée vers le nord par la présence des montagnes.

F Système. — DépéU de limon.

Considération générale. — En employant ici le nom minéralogique de limon, à défaut d’une dénomination plus convenable, nous ne voulons pas dire que nous rangeons dans ce groupe tout le limon qui se trouve dans la nature, car nous avons déjà fait voir que cette roche existe dans le terrain alluvien, et elle peut aussi se rencontrer dans

(i) Comptes rendus de l* Académie (tes sciences de Paris, 1843.

±7>t CÉ0GN0S1E.

d’autres groupes; mais nous avons voulu désigner les grands dépôts de limon qui s’étendent sur des contrées entières et qui nous paraissent appartenir à la période quaternaire.

Nous citerons comme type le vaste dépôt de limon jiumùtrc qui recouvre la Picardie en s’étendent d’un côté jusqu’au delà delà Seine, de l'autre jusqu’au delà du Rhin, et que les géologues désignent souvent par les noms allemands de lehm et de lœss. Ce limon est ordinairement calcarifère ; d’autres fois, mais rarement, il devient argileux, sableux ou ferrugineux; quelquefois, mais plus rarement encore, il renferme de petites veines ou de petits rognons de calcaire ou de limonite. Il est très favorable pour la culture et donne naissance aux meilleures terres végétales, d’où on l’appelle souvent ferre franche, terre à blé; il est aussi employé à la fabrication des briques, à faire des murs dits de pisé et à fixer le chaume sur les toits. 11 forme de vastes nappes, quelquefois très épaisses, dans lesquelles on ne distingue pas de stratification, et qui donnent aux contrées qu’elles recouvrent un caractère particulier. Ces nappes sont ordinairement séparées des autres dépôts par une assise de diluvion.

Nous n’oserions dire que le limon ait des fossiles propres ; à la vérité on cite beaucoup de débris de mammifères, notamment d’éléphants, et des coquilles terrestres semblables à celles qui vivent actuellement dans la contrée ; mais quant aux premiers, nous sommes porté à croire qu’ils appartiennent plus particulièrement au diluvion , que la plupart des géologues confondent avec le limon, et qui d’ailleurs se lie avec lui ; et quant aux secondes, la facilité avec laquelle les coquilles qui reposent à la surface d’un dépôt meuble peuvent s’introduire dans des crevasses qui se referment ensuite, permet d’élever des doutes à ce sujet ; ce qu’il y a de certain, c’est que, ces fossiles sont excessivement rares dans les parties de limon que l’on peut considérer comme n’ayant pu être atteintes par les causes de mélange.

Le limon que l’on trouve dans les vallées traversées par de grands cours d’eau, se distingue souvent de celui des plaines par sa disposition et par plus de variations dans ses caractères minéralogiques. Les géologues se sont notamment beaucoup occupé du limon d' thace, qui forme de longues traînées ou collines basses dans le milieu de la vallée et qui s’adossent aussi 9urle pied des montagnes qui la bordent, M. Kœchlin-Schlumberger (1) y distingne trois modifications qu’il désigne par les épithètes de brun, de gris et de jaune, mais il attribue ces

(() Bulletin de la Soc. Gèol. de France, 185), 1. XVI, p. 326.

TERRAINS QUATERNAIRES

différences à des altérations qui ont agi sur les parties supérieures et inférieures. Le limon gris qui est le plus abondant occupe ordinairement la partie moyenne et renferme des concrétions ou rognons cvlindroïdes de calcaire argileux ainsi que des coquille sanalogues à celles qui vivent actuellement dans la contrée, telles que des hélices, des maillots, des Ivmnées, des paludines.

Nous ne rechercherons pas toutes les contrées où il existe du limon quaternaire; mais nous citerons un dépôt qui, tout en présentant des caractères particuliers, paraît devoir être rapporté à ce groupe; c’est le limon noir de l'I Lrainc ou tehornouen, qui s’étend sur une portion delà vaste plaine située entre les Karpathes et l’Oural qu’il rend extrêmement fertile, propriété qui provient probablement de la présence dans ce limon d’environ sept pour eent d’une matière combustible nitrogénéc. Ce dépôt, remarquable aussi par son uniformité, n’est pas très épais, car on cite 5 à G mètres comme maximum de son épaisseur, laquelle d’ailleurs est assez variable. Il repose indistinctement sur tous les terrains qui constituent ces contrées, mais du côté de sa limite septentrionale, on trouve toujours le diluvion en dessous. On n’y rencontre pas de fossiles.

Le regur ou terre noire à eoton, qui recouvre une grande partie du plateau du llécan, a les plus grands rapports avec le tchornoïzen; il est tellement favorable à la végétation, que l’on prétend qu’il y a des localités que l’on cultive depuis deux mille ans sans avoir besoin d’y mettre de l’engrais.

Nous citerons encore ici un dépôt très remarquable que nous ne voulons point passer sous silence à cause de son importance, mais que l’on a peut-être rapporté à tort au groupe qui nous occupe ; c’est le limon rougeâtre des Pompas ou argile pampfenne d’Alcide d’Orbigny, qui non seulement recouvre les immenses plaines aboutissant au Rio de la Plata, mais qui s’étend aussi sur le plateau de la Bolivie, à l’altitude de plus de 4 000 mètres. Ce limon renferme des rognons ou même de petits bancs d’un calcaire argileux, souvent concrétionné, ainsi qu’une grande quantité d’ossements de mammifères qui représentent une faune extrêmement intéressante, dans laquelle on remarque surtout d’énormes édentés, tels que le Mégathérium Cucieri, le Mrgalongx maquinensis, le Glyplodon cia ripes, le Mylodon Danoinii , ainsi que des pachydermes, des rongeurs et des carnassiers. On trouve aussi dans les Pampas des coquilles analogues à celles qui vivent actuellement dans les eaux voisines, mais d’Orbigny considère ces coquilles comme appartenant à des dépôts particuliers ou plages émergées supérieures au limon.

UÉOÜNOSIE.

Soi

5e Système. — IMIuvion.

La connaissance des dépôts que l’on désigne par les noms de diluvion, diluvium ou terrain diluvien proprement dit laisse encore plus à désirer que celle des groupes précédents et les géologues sont loin d’être d’accord sur les limites, ainsi que sur les subdivisions que l’on peut y établir. Sans entrer dans ces discussions, nous dirons que nous entendons par diluvion des dépôts de matières diverses à l’état aréuacé, graveleux, ou caillouteux, plus ou moins mélangées et stratifiées d’une manière irrégulière. 11 y a quelquefois de ces matières unies par de l’hydrate ferrique, du carbonate calcique ou de la silice, de manière à former des masses poudingiformes ou grésiformes (1). Ces dépôts ont des gisements fort irréguliers ; ceux que l’on observe dans les plaines ou sur les plateaux ne forment souvent qu’une couche d’épaisseur inégale, fréquemment interrompue, fort variable dans sa composition, ainsi que dans sa texture, et qui n’est recouverte que par du limon ou par du terrain moderne. Les dépôts des vallées sont ordinairement plus épais et irrégulièrement stratifiés. Ils s’enfoncent quelquefois à des profondeurs que l’on n'a pas encore dépassées et forment des collines, des terrasses ou des masses adossées aux autres roches qui constituent les flancs des vallées. C’est surtout vers les débouchés des hautes montagnes que ces dépôts sont puissants. Ils y renferment ordinairement peu de corps organisés, mais ceux des plaines et des vallées inférieures, surtout ceux qui forment de petits bassins, en contiennent beaucoup. Ces corps consistent principalement en dents et en ossements rapportés aux genres éléphant, rhinocéros, hippopotame, cheval, cerf, bœuf, ours, hyène, chat, chien, etc., mais qui présentent en général quelques différences avec les parties correspondantes des espèces actuelles, de sorte qu’on les considère comme annonçant des espèces différentes. On a aussi trouvé dans les parties de la Sibérie où le sol est à peu près constamment à l’état de congélation des cadavres de ces animaux conservés avec leurs chairs et leurs peaux; tels sont le mammouth ( Elephas primigenius) et le rhinocéros (R. tivhorinus) trouvés, l’un sur des bords de la Lena, l’autre sur ceux du Viloui.àla suite d’éboulements accidentels. Il serait trop long d’indiquer les lieux où l’on a reconnu la présence de ces

(t) M. Villa rapporte aussi on terrain diluvien de nombreux dépôts de Gypso <|ui se trouvent dans le Sahara algérien. (Cul. de U Soc. Géol., 1856 l. Mil, p. 10*. j

TERRAINS QUATERNAIRES. S53

débris de l’ancien monde; il n’y a pas très longtemps encore que l’on ne citait que quelques contrées où, comme les plaines de Sibérie ils se trouvent dans une abondance qui avait, pour ainsi dire, forcé l’attention des personnes les moins curieuses d’observer les phénomènes de la nature; mais actuellement, que les recherches se sont généralement [lortées vers cette étude, il n’y a presque pas de pays où l’on n’ait découvert de ces ossements.

Ou s’est peu occupé des coquilles de ces dépôts par la double raison qu’elles sont rares et qu’il est difficile de distinguer celles qui leur sont propres de celles qui appartiennent aux dépôts inférieurs et supérieurs. Toutefois M. C. d’Orbigny a signalé l’existence de couches de sables marneux intercalés entre un diluvion rougeâtre et un diluvion grisâtre des environs de Paris (1) et qui contiennent des coquilles fluviatilea et terrestres telles que lymnées, planorbes, paludines, bulimes, maillots, clausilies, hélices, cyclades, très bien conservées.

Les débris de végétaux paraissent être plus communs dans le diluvion : les uns ont encore conservé leurs formes; les autres les ont tout à fait perdues. Parmi les premiers, la plupart sont seulement altérés ou bituminisés. Il paraît qu’il y en a aussi de pétrifiés. Quant aux seconds, ils forment des lignitcs, de la tourbe et du terreau; mais la flore diluvienne n'est pas bien connue, d’autant plus qu’il y a encore beaucoup de doutes sur la question de savoir si les principaux dépôts de végétaux fossiles et de lignite que l’on rapporte au terrain diluvien n’appartiennent pas plutôt aux terrains modernes ou tertiaires.

Les dépôts diluviens les plus importants au point de vue de l’industrie humaine sont ceux que l’on désigne communément, ainsi que certains dépôts modernes dout nous avons déjà parlé, par la dénomination iTaüucwiis aurifères. Ces gîtes sont quelquefois excessivement riches, et i* sont eux qui ont fourni la plus grande partie de l'or qui a été employé par les hommes. Ils se trouvent ordinairement dans les vallées ou dans les plaines situées nu voisinage des montagnes, sont en général disposés comme les autres parties du diluvion et sont de même composés de matières terreuses, arénacées et fragmentaires, dans lesquelles on reconnaît souvent, de même que dans les autres dépôts diluviens, la plupart des roches qui composent les montagnes voisines, surtout du quartz et du diorite. Mais une particularité remarquable des dépôts aurifères, c’est que l’or est presque toujours accompagné de quelques autres minéraux, plus ou moins rares, tels que du platine, des corindons, des spinelles,

11) Bulletin de h Soc. Céul., Iffi, t. XII, |>. ISK et I8C0, t. XVU, p. 49.

GÉOGtiOSiE.

des zircons, des topazes, de la cymophane, de l’améthyste, de la cassitérite, de l’anatase, du rutile, de la ménakanite, de l’aimant, etc. ; l’or y est ordinairement en paillettes ou en petits grains, mais il forme quelquefois des pépites assez considérables. Les contrées qui fournissent maintenant le plus d’or sont la Nouvelle-Hollande, la Sierra Nevada de Californie, l’Altaï, l’Oural.

Il y a une autre catégorie de dépôts métallifères que l’on a aussi rangés dans le diluvion : ce sont ceux que l’on désigne habituellement sous le nom de minerai de fer d'allurion, et effectivement il existe des dépôts de limonite en fragments inégaux, arrondis, renfermant des ossements de mammifères qui appartiennent décidément au diluvion; mais beaucoup d’autres dépôts qu’on leur a souvent assimilés, notamment le fer pisiforme, ou fer en grain proprement dit, ou bohners des Allemands, ainsi que les filons et les amas où la limonite se présente sous les formes de concrétions, de nodules, de blocaux, etc., appartiennent généralement à des terrains inférieurs.

6e Sgslème. — Brèche» osseuses.

On donne le nom de brèches osseuses à des filons qui ont été principalement observés sur les côtes de la Méditerranée, notamment à Gibraltar, à Cette, à Antibes, en Corse, en Sardaigne, en Sicile, à Cérigo, en üalmatie, en Algérie, etc. Ces filons se trouvent dans des massifs calcaires, et consistent en un ciment souvent rougeâtre, composé de calcaire, de sable et de limonite, renfermant des fragments ordinairement anguleux de diverses roches, surtout de celles traversées par le filon, et des restes .de corps organisés, principalement des ossements de ruminants et de rongeurs, tels que des cerfs, des antilopes, des lapins, des lagomys, des campagnols. On y trouve aussi des restes de chevaux, de chiens, de tortues, de lézards, et plusieurs espèces de coquilles terrestres et fluviatiles. Quelquefois ces débris sont semblables à ceux des espèces actuelles, mais le plus ordinairement ils annoncent des espèces différentes et souvent semblables à celles du diluvion, sauf que les petits animaux y sont très fréquents, tandis qu’ils sont rares dans le diluvion. On dit que l’on a aussi trouvé dans ces brèches des débris des animaux qui caractérisent les terrains tertiaires, notamment des paléothères et des chéropotames ; mais il n’est pas bien démontré que ces restes ne s’y rencontrent pas accidentellement.

Ou trouve très fréquemment dans les fentes des rochers calcareux de

TERRAINS QUATERNAIRES

petits dépôts qui, sons être aussi bien prononcés que ceux des côtes de la Méditerranée que nous venons de citer, peuvent être assimilés aux brèches osseuses, et sont de même composés d’une espece de pâte ordinairement rougeâtre, quelquefois cohérente, d’autres fois meuble, qui renferme souvent des fragments pierreux et des restes de mammifères, dans lesquels on reconnaît des espèces qui n’existent plus maintenant sur les lieux. C’est ainsi que M. Dcsnoyer3 (1) a reconnu dans les fentes des gypses des environs de Paris des restes de renne, de lagoinys et de hamster.

7' Système. — Ossements des cavernes .

On trouve également dans les cavernes des ossements qui sont aussi enfouis dans un dépôt terreux ou pierreux, principalement composé de carbonate calcique, quelquefois imprégné de matières animales ou mélangé d’oxyde ferrique. Ce dépôt forme sur le sol des cavernes une ou plusieurs couches, peu épaisses, où les ossements sont presque toujours séparés, dispersés et plus ou moins fracturés; quelques-uns semblent même avoir été brisés ou entamés par les dents d’un animal carnassier ; ils sont quelquefois usés et accompagués de cailloux roulés La majeure partie appartient à des carnassiers ; dans les cavernes d’Allemagne et de Belgique, ce sont les ours qui dominent, surtout une grande espèce qui n’existe plus, et que l’on a nommée U nus spaleus; en Angleterre ce sont les ossements d’hyène ( ITyena sptrtèa) qui sont les plus abondants. On reconnaît également dans ces dépôts des restes de chats, de chiens, de putois, de belettes, de gloutons, d’éléphants, de rhinocéros, d’hippopotames, de cochons, de chevaux, de cerfs, de rennes, de breufs, de lièvres, de rats, de campagnols, de lagomys, de musaraignes, etc., ainsi que quelques débris d’oiseaux, de reptiles, d'insectes, de mollusques et des excréments ou coprolithcs. Indépendamment des dépôts qui présentent des espèces perdues, on en voit quelquefois qui ne contiennent que des espèces actuelles, mais lorsque ces deux catégories se trouvent dans une même caverne, ou remarque que la seconde est au dessus de la première.

Les cavernes du Brésil renferment une grande quantité d’ossements qui présentent une faune très différente de celle des tavernes d’Europe, et plus abondante en espèces, puisque M. Lund y cite cent quinze espèces de mammifères. Cette faune, qui a beaucoup de rapport avec

(!) Bull, (le laSoc.G6ol.de France, 1842, t. XIII, p. iW.

CÊOÜ.NOSIE.

celle (lu limon des Pampas (p. 233), est de même caractérisée par d’énormes édentés d’espèces perdues. Cet ordre présente à lui seul les genres mégathère, mégalonyx, platyouyx, spliénodon, tatou, xénure, eurvodon, hétérodon, clilamydothère, hoplophore, pachythère, fourmilier, de sorte que, quoique la plupart des espèces soient très différentes de celles actuelles, surtout pur leur taille, cette faune, comme la faune actuelle du Brésil, se distingue de celles de l’ancien continent par l'abondance des édentés. M. Lund y a aussi trouvé des restes d’homme* offrant les caractères des Indiens qui habitent encore la contrée, et qu’il considère comme contemporains des espèces perdues ; mais nous avons déjà dit que cette comteinporauéité était contestée.

8e Système. — Travertin.

On donne à Rome le nom de traeertiii à une roche qui a puissamment contribué à la beauté des monuments de cette ancienne capitale. C’est uu calcaire eoncrélionné, présentant des parties presque compactes que l'on extrait des carrières de Ponte-Lucano, entre Rome et Tivoli. Cette roche, qui forme un intermédiaire entre le calcaire tertiaire d’eau douce et celui du terrain tufacé, a les plus grands rapports avec ce dernier; mais il paraît, dès que l’on admet un terrain quaternaire, que c’est plutôt à cette division qu'à celle du terrain moderne qu’on doit la rapporter.

Nous croyons pouvoir rapporter au travertin le kunkur ou kouker de l'Iiindoustan, qui est aussi un calcaire concrétionné, souvent un peu siliceux, et qui se trouve à des altitudes considérables aussi bien que dans les vallées. On l’exploite pour faire de la chaux.

? ORDRE. - TERRAINS TERTIAIRES

Caractères généraux et division. — Les terrains tertiaires forment des dépôts plus puissants, plus régulièrement stratifiés, plus fréquemment cohérents que les terrains modernes et quaternaires. Ils sont en général composés de roches calcureuses, argileuses et quartzeuses; ils recouvrent une partie considérable du globe, principalement dans les pays de plaines peu élevées, mais ils se trouvent aussi sur les montagnes et plutôt sur les très hautes que sur celles d’élévation moyenne. Nous avons indiqué ci-dessus (204) les caractères principaux de leurs fossiles.

On divise habituellement les terrains tertiaires en trois groupes que

TERRAINS TERTIAIRES

l’on ilcsigne par les noms de pliocène ou » upêrieur, de Miocène ou Moyen et d 'éoàne ou inférieur, divisions qui correspondent aux trois groupes de fossiles que nous avons indiques sous ces dénominations (1).

Mais s’il est assez facile de reconnaître des distinctions entre les divers systèmes qui composent un massif tertiaire, il est très difficile d'établir le parallélisme des systèmes qui existent dans des contrées plus ou moins éloignées, de sorte que les géologues ne sont pas toujours d’accord à ce sujet. Dans cet état des choses, pour éviter des discussions et mieux présenter l’ensemble des massifs que nous citerous comme exemples de terrains tertiaires, nous ne distribuerons pas les groupes qui composent ces massifs dans des articles séparés, et nous nous bornerons à ajouter à ce que nous avons déjà dit sur les trois groupes de fossiles tertiaires :

Que le terrain pliocène, ressemble beaucoup aux terrains quaternaires, mais qu’il est plus puissant, et qu’il renferme plus de roches cohérentes ;

Que le terrain miocène est encore plus développé et que, quoiqu’il présente aussi beaucoup de dépôts meubles et friables, les masses cohérentes y sont fréquentes, surtout avec la texture grésiforme;

Qu’eniin le terrain éoeène est encore plus puissant et présente plus de roches cohérentes que les groupes supérieurs.

Nous citerons, comme premier exemple, le massif tertiaire du bassin de IViris (2), qui est remarquable par sa puissance, par la variété des systèmes dont il se compose, par la bonté des matériaux qu’il fournit à l’industrie humaine et par le soin avec lequel il a été décrit, mais dans lequel il paraît que l’on ne rencontre que les groupes miocène et éoeène, dans chacun desquels on peut distinguer trois étages. Ces étages ont une certaine tendance à se dégager l’un de dessous l’autre comme les tuiles d’un toit, mais d’un toit qui serait construit à l’inverse des toits ordinaires, c’est à dire où la dernière tuile occuperait le bas et

(1) Dans les éditions antérieures à 1853, je donnais, ainsi qu’on l’a déjà vu ci-dessus, plus d'extension aux terrains tertiaires, et je les divisais, d'après leur mode de formation, en terrain diluvien pour les dépôts qui ont été formés dans des eaux fortement agitée», en terrain nym phéen pour ceux qui ont été formés dans des eaux douces stagnantes ou peu agitées, et en terrai n tritonienpour ceux qui ont été formés dans les eaux marines. Chacun de ces groupes se subdivisait en étages supérieur, moyen et inférieur, ce qui donnait la faculté de ramener cette classification à telle que je viens d’indiquer. Mai» une fois que je me suis décidé à admettre l'ordre des terrains quaternaires, il m'a paru préférable d'adopter aussi pour les terrain* tertiaires la classiGcalion la plus généralement suivie.

(i) La contrée géognostique que je désigne ici par la dénomination de bassin de Paris est plus étendue que le bassin hydrographique de la Seine, cl comprend notamment une portiou du bassin hydrographique de la Loire. C’est, ainsi que je l’ai déjà dit page 33, une espèce de golfe terrestre, limité en partie par les terrains plus anciens et plus élevés qui se rattachent à la Bretagne, an plateau central de la France, aux Vosges et à l'Ardenne.

non le sommet. C’est en effet dans une des parties les plus basses du bassin, c’est à dire en Touraine, que se trouve l’ctage le pins supérieur dans l’ordre géognostique, tandis que l’étage inférieur se trouve à un niveau beaucoup plus élevé dans les collines du Laonnais que n’atteignent pas les étages supérieurs. Ce massif repose sur le terrain crétacé, à l’exception de quelques ramifications et de quelques lambeaux qui se trouvent en dehors du massif principal et qui reposent indistinctement sur les divers teirains qui entourent le massif crétacé.

L’étage supérieur du terrain mlucéne dn bassin de Paris est célèbre par des amas de débris de coquilles à l’état meuble que l’on exploite pour l’amendement des terres sous le nom de faliin en Tooraine. Ces coquilles sont généralement marines, mais on y trouve aussi quelques espèces d’eau douce et de terre, ainsi que des ossements de mammifères, notamment de rhinocéros.

I if. U, Torrilrlla nniilript«*'j, BafUrul.

fiq, 3'i. Irc« laruiu, Dujardin.

TERRAINS TERTIAIRES

Le falun est souvent remplacé par des sables plus ou moins mélangés d’argile, lesquels donnent, entre autres, à la Sologne son caractère d’aridité.

L’étage moyen est composé de dépôts lacustres qui sont respectivement caractérisés par la présence du calcaire et par celle des meulières.

Le calcaire s’étend notamment sur la plaine de In Beauce, contrée remarquable par sa fertilité pour la production des céréales; il est ordinairement blanc passant au jaunâtre et au grisâtre; sa texture est tantôt compacte, tantôt bréchiforme, celluleuse ou pulvérulente. Les variétés celluleuses sont quelquefois criblées de petites cavités semblables à des pointes d’aiguilles et par des tubulures perpendiculaires aux joints de stratification. Les variétés compactes donnent de bonnes pierres de construction et de bonne chaux. Celles friables ou pulvérulentes sont employées à l’amendement des terres. Ce calcaire est souvent accompagné de marnes quelquefois blanches, d’autres fois grisâtres, mais qui deviennent blanches par l’action de la chaleur; il renferme des silex en rognons et eu petits lits minces qui appartiennent communément à la variété cornée, passant à la meulière, au jaspe, au pyromaque et au résinite. Les fossiles les plus communs dans ce dépôt sont des lyinuées, des planoibes, des hélices, des bulimes et d’autres coquilles terrestres ou d’eau douce, ainsi que quelques végétaux. Les hélices caractérisent la partie supérieure et paraissent ne se trouver que dans la portion méridionale du bassin.

fifcor.Nosin.

Itj. K. I'miif.1 funtfa. t‘.n/t

Fi). :i'J. l'hnnrbu rotnriat». firijl

Les meulières, que l’on exploite entre autres à tien don, près de Paris, recouvrent une grande partie de la zone médiane du bassin, mais elles n’y forment que des dépôts interrompus et à peu près superficiels. Ces dépôts sont rarement en contact avec le calcaire de la Bcauce, cependant on les voit quelquefois au dessus et d’autres fois au dessous , ce qui porte à croire qu’ils correspondent à la partie moyenne de ce calcaire. Les meulières se trouvent ordinairement en fragments anguleux de diverses grosseurs, en amas, rarement en bancs, enfouis dans des argiles ferrugineuses, quelquefois mélangées de marnes et de grains quartzeux. On les employé comme pierre de constructions, elles sont surtout recherchées pour les canaux et l’on en fait aussi des meules, notamment aux Molicres près de Rambouillet. Lorsque les meulières sont bien caractérisées et qu’elles forment des masses ou de gros fragments, on n’y voit pas de corps organisés; mais dans les lieux oùcllessont peu abondantes et où elles se présentent eu fragments peu volumineux, elles renferment des fossiles analogues à ceux du calcaire de la Beauce.

En dessous de cet étage lacustre se retrouve un étage marin principalement composé de sables et de grès qui sont notamment très déve-

TERRAINS TERTIAIRES

loppés aux environs de Fonlntneblcan (1). Le grès forme, dans la partie supérieure des sables, des bancs, des amas ou des blocs dont la surface présente souvent des cspèies de circonvolutions ou larges mamelons à peu près semblables à ce qui se forme à la surface d’une pâte sur laquelle on projette d’une certaine élévation d’autres parties de la même pâte. Dans les lieux où le sol est inégal, on voit beaucoup de ces blocs entassés sur les pentes. Ces gré-set ces sables sont souvent de couleur blanche : les premiers sont très estimés pour faire des pavés, et les seconds sont recherchés dans plusieurs fabriques à cause de leur pureté. D’autres fois, les sables sont mélangés d’argile, de calcaire, de mica et de limouite; cette dernière leur donne une couleur jaunâtre. Us passent quelquefois au calcaire et surtout à des marnes ordinairement jaunâtres, dont les couches inférieures sont souvent caractérisées parla présence d’une grande quantité d'huîtres. En général les fossiles sont assez nombreux dans les parties inférieures et supérieures de ce système, mais on n’en voit pas dans la partie moyenne, surtout lorsque le dépflt est puissant et formé de sable et de grès purs.

Fi). 10. OsIfM Ibbfllsla. Imh.

fl) Quelques géologue ont rangé cet étage dan» le terrain éocéne,je continue i le laisser dans le miocène avec cous des géologues français qui ont le» premiers établi des division» dans les terrain» tertiaire». Du reste, s’il est important de connaître la véritable position d'un dépôt, 'il n*en est pas de mémo de savoir si l’on doit allonger ou raccourcir l’accolade qui le range dans la division supérieure ou dans la division inférieure, car, lorsque des dépôts »e suivent dans la série sans interruption, il y a toujours des liaisons entre eux et presque 'autant de raisons pour classer une assise intermédiaire avec la division supérieure qu’avec la division inférieure.

GÉOGNOSIB.

L’étage supérieur du terrain éocene sc compose de trois systèmes principaux, respectiTement caractérisés par la présence du calcaire siliceux, de marnes renfermant du gypse et d’un cnleairc inférieur.

Le calcaire siliceux s’étend, entre autres, sur presque tout le plateau «le In (trie; il ressemble au calcaire de la Beaucc, mais il a souvent plus de dureté, propriété qu’il doit à la silice dont il est pénétré et qui non seulement s’y trouve unie intimement avec le carbonate calcique, mais qui forme très souvent dans le calcaire des veines, des rognons et des blocs de silex cornés, de meulières et quelquefois, dans l’intérieur des géodes, des mamelons de calcédoine. Les meulière a se trouvent de préférence dans la partie supérieure du calcaire, mais d’autres fois elles composent tout le système. Elles sont notamment très développées à la FerU-aottx-Jouarre, dont les carrières sont en possession de fournir des meules à une grande partie de l’Europe et de l’Amérique. Ces meulières ressemblent à celles de Meudon (p. 242), et lorsqu’elles ne sont pas enfermées dans le calcaire, elles sont enfouies dans de l’argile qui, en s’étendant sur le plateau, retient les eaux à la surface et détermine l’existence de nombreux étangs. Le calcaire donne de l’excellente chaux et fournit quelquefois des pierres d'appareil très recherchées pour les monuments exposés à des dégradations : tel est celui de Ohâteau-Landon. Il se présente aussi en couches friables, et il est quelquefois accompagné de petits bancs de magnésite. Les fossiles sont très rares dans ce système, on n’en connaît même pas dans le véritable calcaire siliceux, ni dans les gros blocs de meulières ; mais on trouve des coquilles d’eau douce dans le calcaire non siliceux, dans les marnes, ainsi que dans les meulières superficielles et dans les silex cornés enfouis dans les marnes.

On voit sortir de dessous le calcaire de la Bric un système composé de marnes, de gypse et d’autres roches moins abondantes qui alternent entre elles. Le gypse sc trouve principalement dans une série de petites collines allongées, plus ou moins détachées, qui sc dirigent en général dans le sens de l’est à l’ouest et dont l’une des plus connues est celle «le Monliunrtre, à Paris. Ses couches sont quelquefois divisées en gros prismes irréguliers par des fissures perpendiculaires aux joints de stratification. Ce gypse est généralement d’un blanc jaunâtre; sa texture est un intermédiaire entre le grossier et le lamellaire, il renferme beaucoup de cristaux et contient presque toujours du calcaire; il devient blanc par la calcination et il est très recherché dans les arts comme plâtre. Les marnes qui accompagnent le gypse sont plus ou moins argileuses et plus ou moins calcaires ; leur couleur est souvent verdâtre, d’autres fois grisâtre, jaunâtre, blanchâtre, ou composée d’un mélange de ces couleurs ;

TERRAINS TERTIAIRES

il y eu a que l’on emploie à faire des poteries, d’autres qui servent à dégraisser les étoffes. Elles passent nu ealeairc compacte, ainsi qu’au klebschiefer ou schiste happant, et renferment quelquefois des blocs ou des noyaux, souvent géodiques, de célestine d'un gris verdâtre. On trouve fréquemment dans le klebschiefer des rognons de mélinite. Ces manies s’étendent plus que le gypse qu’elles accompagnent, et il y a beaucoup de localités où tout le système n’est représenté que par elles.

Le gypse de Montmartre est célèbre dans l’histoire de la science par les ossements de mammifères, de reptiles et de poissons qui ont fait le sujet des recherches de l’illustre Cuvier, mais on n’y a pas trouvéd’autres coquilles que quelques Cyctoatoma mnniia. Quant aux marnes, il y en a, notamment celles de couleur verte, qui paraissent ne point renfermer de fossiles ; d’autres contiennent des coquilles d’eau douce telles que des lymnées et des planorbes, et il y a quelques couches dans la partie inférieure qui contiennent beaucoup de coquilles marines, principalement des huîtres. Il existe aussi dans la partie supérieure une couche caractérisée par une grande abondance de coquilles que Bronguiart rapportait au genre Cythéréc, et M. Deshayes au genre glauconome.

Fi). H. CjcMom numii, Lmk.

Fi) ü. CxtlurM? plana, lier;/

On trouve en dessous des marnes du gypse un calcaire blanchâtre accompagné de marne et de sable. Ce calcaire, qui ressemble sous plusieurs rapports à ceux de la Brie et de la Beaucc, est généralement plus compacte et moins celluleux; il renferme aussi des rognons de silex, parmi lesquels on distingue la variété dite nectique, que l’on rencontre principalement à Salnt-©ucn, près de Saint-Denis. Ce système renferme beaucoup de coquilles d’eau douce, parmi lesquelles on remarque

ABftiafc DE GfcOLOGIB.

GÊOGNOSIE.

principalement la Lymtiea loiigisrata. Il est probable que dans les lieux où manquent le gypse et ses marnes ce calcaire se confond avec celui de la Brie.

Fiy. U. Lhhdm Lsagiusla, Brgt.

L’étage moyen est formé de trois systèmes de puissance très inégale.

Le plus élevé ressemble beaucoup à celui du grès de Fontainebleau et fournit de même d’excellents pavés; on le désigne souvent par le nom de grés île Bcaiichamp, tiré d’une localité au nord-ouest de Paris, où la partie supérieure de ce système présente des alternatives de coquilles de mer et d’eau douce.

Ces alternatives se montrent aussi dans le système suivant, qui est peu important, et principalement composé d’un calcaire blanc fragile, que les ouvriers nomment caillasse, qui passe souvent à la marne et qui renferme des silex et des cristaux de gypse.

On trouve ensuite un ensemble de couches très importantes par leur puissance et par leur utilité économique, puisque ce sont elles qui fournissent les belles pierres de calcaire grossier qui ont servi à bâtir les monuments de Paris. Ce calcaire forme des couches quelquefois très puissantes, dont la cohérence est fort variable. Sa couleur est ordinairement jaunâtre, sa composition très mélangée, et il passe au sable dans ses parties supérieure et inférieure. 11 renferme quelquefois des lits ou des nids de marne, d’argile, de lignite, et les assises inférieures contiennent beaucoup de grains de chlorite (1). Il renferme une immense quantité de fossiles, généralement marins, et c’est dans ce système que se trouvent les gîtes de Grignon, près de Versailles, et de Courtagnon,

(1) Le nom de chlorilc est pris ici dans le sens larve indi'iué à la page 172.

TERRAINS TERTIAIRES

MT

près de Reims, qui ont été si célèbres dans l’histoire de la paléontologie, par l’abondance et la belle conservation des coquilles que l’on y recueillait. Les cérites sont, entre autres, extrêmement abondantes dans la partie supérieure et les nummulites dans le bas.

Fig. (7. Cissii uvelbta. Lmh.

fj|»plrïa tfDfhifaroi?

TERRAINS TERTIAIRES

Fij. 06. r.ardium porolo^ani, J.mh.

Fig. 55. Lnrina gihbowila. Lmk.

Fig. 57. t.hama laraellosa, Chem.

Fig. 59. Hnmmulilrs lïtigala, Lmk.

Fig. 58. Turbiaolia sulfata, Lmk.

L’étage inférieur contient beaucoup de sables, d’où M. d’Archiac le désigne sous le nom de sables inférieurs, par opposition à ceux de sables moyens et de sables supérieurs qu’il donne au grés de Fontainebleau et an grès de Beauchamp. Cet étage est très développé, et l’on y rapporte beaucoup de lambeaux de sables et de grès, qui reposent sur la craie en dehors du massif tertiaire dans la basse Picardie et l’Artois. Il renferme d’autres matières notamment de l’argile, de la chlorite, du calcaire, du lignite, des poudingues, qui non seulement se mêlent plus ou moins avec les sables, mais qui forment aussi des dépôts particuliers, ce qui permet d’y distinguer divers systèmes.

Le plus élevé consiste dans un puissant dépôt de gables, qui est, entre autres, très bien prononcé à Cuise près de Compïègne. Ces sables renferment quelquefois beaucoup de coquilles marines, aussi M. d’Archiac y a-t-il distingué un système particulier sous le nom de lits roquillier*. On y remarque notamment la Nnmmuliles planulata , le Cerithium acutum, VOslrea multicostata.

On trouve en dessous des sables de Cuise un système caractérisé par la présence des Munîtes, et qui est, entre autres, très développé dans les vallées du Solssonnals, où on l’exploite pour faire de la couperose et de l'alun, ainsi que pour l’amendement des terres, usage auquel il est employé sous le nom de cendres noires, quand il est dans son état naturel, et sous le nom de cendres rouges, quand il a été brûlé. Ce lignite présente beaucoup de variétés, depuis l’état terreux jusqu’à la texture compacte du jayet ou celle fibreuse du bois. Il est presque toujours accompagné de pyrites et d’argile, quelquefois de succin, de gypse, de websterite, d’apatite, de célestine, etc. Les fossiles sont assez abondants dans ce système ; le plus gTand nombre sont des êtres d'eau douce ou de terre, tels que des cyrènes (C. Cuneiformis), des paludines, des palmiers, des ossements de mammifères ; mais il y a aussi des coquilles marines, telles que des buccins, des fuseaux, des huîtres (O. bellovacina), des lucines, etc.

fiS M. Cjrtia caiciftmii, Sow.

TERRAINS TERTIAIRES. 2St

U lie autre système, formant une série d’amas plutôt que des couches régulières est composé d’uuc argile nommée plnstlque à cause de sou aptitude à conserver les formes qu’on lui imprime. Cette argile est exploitée aux environs do Paris, de Montereau, etc., pour faire des poteries. — Elle est ordinairement grise, d’autres fois blanche jaune, rouge, violette, noire ou bigarrée de ces diverses couleurs ; elle ne contient par de fossiles lorsquellc est bien prononcée, mais on en trouve dans sa partie inférieure ou elle se mélange avec d’autres matières et où l’on rencontre quelquefois une roche conglomérée contenant des ossements de reptiles et de mammifères, d’où on l’a appelée conglomérat ouifère de Meudon.

M. Hébert (Il considère comme inférieur à l’argile plastique un dépôt de sable* très développé dans le nord du bassin de Paris notamment à Rraelieiix près de Beauvais.

Ces sables recèlent des fossiles marins, parmi lesquels nous citerons la Cyprina scutellaria, la Citcnllea crasmlina, la Cardita pectuncularû ; ils renferment des blocs, des amas ou des bancs de grès; et ils sont souvent mélangés de matières étrangères, notamment de chlorite, d’où M. d’Archiac a désigné une assise de ce système sous le nom de glauconie inférieure.

Quelquefois ces dépôts passent à de véritables poudingue*, notamment aux environs de .liemours, où iis forment des amas assez puissants, mais peu étendus.

Enfin un petit système composé de calcaire et de sable qui, d’après M. Hébert (2), sont plus anciens et tout à fait indépendants des autres dépôts tertiaires du bassin de Paris, se remarque sur les confins de la Champagne, notamment à Killy près de Reims. Ce calcaire est jaunâtre, passe à la marne, recèle des coquilles d’eau douce, principalement la Physa gigantea , et est séparé du terrain crétacé par une assise de sable blanc, que son extrême pureté fait rechercher pour les verreries. M. Hébert croit avoir retrouvé (3) des lambeaux de ce système de l’autre côté du massif tertiaire, c’est à dire dans le Noyounais.

Il y a encore dans le bassin de Paris un dépôt particulier dont nous n’avons point parlé dans l’énumération qui précède, à cause de la divergence, d’opinions qui règne sur son classement : ce sont des argile* rougeâtres mélangées de sable et de silex qui s’étendent sur

(t) Compte rendu do l'Aead. des Sciences, 1837, p. 36.

(3) Bull, de U Soc. Géol. de Franco, 1848 , t. V, p. 388; 1850, 1. VI, p. 710.

i,3) ld., 1831, t. XI, p. Gfc7.

GftOGXOSIE.

les plaines du Thimerul* et du pays d’Ouche. Ces argiles, qui ne contiennent pas de fossiles, reposant ordinairement sans intermédiaire sur la craie et remplissant les cavités creusées dans celle-ci, ont été quelquefois considérées comme un des premiers termes des terrains tertiaire, d’autres fois on les a rapporté au grés de Fontainebleau et dernièrement M. Laugel (1), qui en a observé à Bonneval, au dessus du calcaire de la Bcauce, les a envisagées comme purallèles aux meulières de Meudon. Ces divergences d’opinions ne pourraient-elles pas porter à croire que ces argiles représentent l’ensemble des autres dépôts tertiaires du bassin de Paris?

Les terrains tertiaires forment aussi un miisslf important dans les environs de Londres. Ce massif repose sur le terrain crétacé comme celui de Paris, mais il diffère de ce dernier, parce que l’argile y est beaucoup plus abondante, qu’il n’y a presque pas de calcaire, que l’on y trouve le groupe pliocène et que le groupe miocène y manque.

Le terrain pliocène y est représenté par des dépôts peu puissants qui se trouvent dans le voisinage de la mer du Nord. Ces dépôts, que l’on désigne par le nom de crajç, sont, en général, formés de roches meubles ou conglomérées, composées , pour la plupart, d’un mélunge de sable, d’argile, de calcaire, de limonite ainsi que d’une grande quantité de coquilles. On peut y distinguer deux étages.

Le rrag supérieur sc trouve principalement dans les environs «le üiorvt irh ; il renferme des débris d’éléphants, de rhinocéros , de chevaux, de cochons et d’autres mammifères, ainsi qu’un grand nombre de coquilles dont la plus grande partie appartient à des espèces qui vivent encore dans la mer du Nord.

Le crag inférieur existe principalement dans le SiiflTolL*hlre et sc compose de deux systèmes que l’on a désignés par les épithètes de rouge et de corallin. Le crag rouge est coloré par de la limonite, on cite parmi ses coquilles les plus caractéristiques le Fmitn contraria», le Murex alreolalus, la Cyprea coccinrlloide». Le crag corallin est ainsi nommé parce qu’il contient une grande quantité de polypiers appartenant, pour la plupart, à des espèces qui n’existent plus. Il est principalement composé de marnes verdâtres qui passent quelquefois à des pierres susceptibles d'être employées dans les constructions.

(I) Bull. île la Société Gcol„ I960, 1. XVII.

TERRONS TERTIAIRES.

Fif. <il. lorti al'fditns, Suie. Fij. lii. Fiuus nalririi*. Suw. FigliT. Ejprra ctKnvrlIaidpi, s<nc.

Le terrain éooène du massif de Londres se compose de deux systèmes sableux et de deux systèmes argileux.

Le plus élevé, ordinairement désigné sous le uoiu de Rajgsliol snnd, est principalement composé de sable rougeâtre accompagné de sable verdâtre et de marnes feuilletées tachetées de blauc et de jaune. Il renferme beaucoup de grains de chlorite. Les fossiles n’y sont pas très abondants, on cite parmi les plus communs la cardila planico&la, la Turritella sulci/era et la Nummulites Lœvigata.

On trouve ensuite un puissant dépôt argileux qui donne au massif son caractère le plus remarquable, et qui est eonuu sous le nom de Eiondon clny ou argile de Landren. Ce dépôt est principalement composé d'une marne argileuse, quelquefois sableuse, ordinairement de couleur bleuâtre ou noirâtre, renfermunt des rognons que l’on a nommés teptaria, et qui sont composés d’un calcaire argileux, traversé par des veines de calcaire cristallin, et présentant quelquefois des géodes tapissées de cristaux de barytinc. On rencontre aussi dans ce dépôt des pyrites et du gypse cristallisé. Ses fossiles ont beaucoup de rapports avec ceux du calcaire grossier de Paris, et plus encore avec ceux des lits eoquilliers des sables de Cuise, mais ils présentent aussi un grand nombre d’espèces particulières.

Fig. (i. laoltirij ubiUli.

On trouve en dessous de l'argile de Londres de l'argile plastique qui est notamment exploitée a IVooIwieh pour faire des poteries. Cette argile qui est quelquefois panachée de brun et de rouge est accompagnée de sable et de cailloux de silex.

D’autres sables séparent quelquefois , notamment dans 111e de Thanrl, les dépôts dont nous venons de parler des terrains crétacés, ces sables renferment entre autres fossiles la Pholadomya cuneata, la Cyprina Morrixii, la Corbnhi longirmlri* .

Les terrains tertiaires de la .Suisse sont très différents deceuxdont nous venons de parler. Les dépôts qui les composent se divisent en deux parties très distinctes, que l’on désigne souvent par les noms de terrain de molaeie pour la partie supérieure, et de terrain nummiditique pour la partie inférieure.

Le terrain de molasse, ainsi appelé du nom que l’on donne dans le pays à une variété de macigno, fait partie d’un vaste massif qui s’étend à peu près sur toutes les contrées basses qui longent le versant septentrional des Alpes.

Il paraît que l’on peut distinguer dans ce massif une puissante assise marine, placée entre deux assises d’eau douce.

L’assise supérieure ne consiste qu’en petits bassins isolés. L’un de ces petits baxsim, celui <T Œninyen, qui toutefois n’est pas sur le territoire suisse, étant situé sur la rive droite du llhin, près de Constance, en Souabe, est célèbre dans l'histoire de la paléontologie, à cause de la grande quantité de fossiles qu’il recèle, et notamment par le Cryplobranehus primiyeniu », espèce voisine des salamandres, qui a été longtemps connue dans lu science sous le nom de Homo diliwii testU.

On est assez généralement d’accord pour ranger ces petits bassins dans le terrain pliocène, mais il n’en est pas ainsi pour les deux assises suivantes, où plusieurs géologues voient encore le même terrain, tandis que d’autres les rapportent au terrain miocène.

L’assise moyenne, qui est très développée, s’étend du Jura aux Alpes, mais dans la première de res chaînes elle n'occupe que le fond des vallées, et ne s’y compose en général que de dépôts meubles ou friables en couches horizontales. Ces dépôts deviennent plus puissants et plus cohérents dans le milieu de la Suisse, et présentent sur le versant septentrional des Alpes des roches tenaces dont les couches, fortement inclinées, atteignent des altitudes très considérables. La roche dominante de cette assise est, comme nou3 l’avons déjà indiqué, la variété de macigno nommée molasse à cause de sa friabilité, ce qui ne l’empêche pas de donner de bounes pierres à bâtir, qui sont généralement employées dans

TERRAINS TERTIAIRES

toute la partie basse de la Suisse. Ce macigno est communément d’un gris passant au verdâtre, quelquefois au jaunâtre; il est presque toujours micacé, mais ses éléments minéralogiques étant fort sujets à varier, il passe à beaucoup d’autres roches. C’est ainsi que, quand le calcaire manque, on a du psammite; si c’est l’argile qui se perd, on a du grès ou du sable calcarifères ; si c’est le sable, on a de la marne ou du calsehiste; si c’est le sable et le calcaire, on a de l’argile ou du schiste; si c’est le sable et l'argile, on a du calcaire ; s’il s’introduit dans la pâte des cailloux ou fragments divers, on a du gompholite passant quelquefois au poudingue, et ces diverses roches alternent plus ou moins entre elles. Le gompholite, que les Suisses appellent uageljiuh , paraît se trouver de préférence dans la partie supérieure, et compose presque tout le mont Rigi, où il s’élève à l’altitude de 1 900 mètres, en paraissant plonger sous des calcaires plus anciens, apparence due, soit à une faille, soit à un renversement. Les fragments qui entrent dans la composition de la roche du Rigi sont principalement de calcaire, mais il y en aussi de macigno, de psammite, de quartz et de beaucoup d’autres roches. On a cru notamment y rencontrer du granité et du porphyre, analogue à ceux que l’on voit en place dans les Vosges et dans le Schwarzuald. Ces fragments sont quelquefois si considérables qu’ils formeut des blocs de plusieurs mètres cubes. La pâte qui les unit est souvent friable, mais d’autres fois le tout forme des masses assez cohérentes pour que les noyaux se fendent plutôt que de se détacher.

Les fossiles sont en général très rares dans lieux où la molasse proprement dite est bien prononcée ; mais il y a des couches friables, que M. Studer appelle mKschel satuistein , qui renferment beaucoup de coquilles marines, ainsi que des débris de mammifères, de reptiles et de poissons.

Ces couches se lient avec celles de l’assise inférieure qui renferment des coquilles d’eau douce et quelquefois du lignite. Ce combustible est notamment exploité à Kcepfuach près d’Horgen, canton de Zurich, où l’on a trouvé des restes de rhinocéros, de mastodonte, de castor, etc.

Le terrain niiinmuliliqiic de la Suisse appartient à un immense dépôt, qui forme une bande presque continue depuis les côtes occidentales de l’Espagne jusqu’aux frontières de l’Indochine. La classification de ce dépôt a donné lieu à beaucoup de discussions, et si la plupart des géologues, guidés par les rapports paléoutologiques, y voient maintenant le terrain éocène, d’autres continuent à le rapporter au terrain crétacé, et on le considérait au commencement de ce siècle comme étant encore plus ancien. Ces variations n’auront rien d’étonnant pour ceux qui

CÉOGXOSIE.

prendront en considération, d’un côté, l’opinion théorique qui a longtemps régné, que les dépôts des montagnes devaient être plus anciens que ceux des plaines, et, d’un autre côté, les renversements qui ont souvent lieu dans les hautes montagnes, ainsi que les grandes différences qui existent entre les caractères stratigraphiques et minéralogiques du terrain à nummulites des Alpes et des Pyrénées, comparé à celui qui renferme des fossiles analogues dans les plaines du nord-ouest de la France. Mais actuellement que l’étude de la molasse suisse nous a fait voir qu’une même assise peut se présenter en couches horizontales meubles au pied du Jura et en couches verticales et cohérentes sur les croupes des Alpes, on est plus disposé à accueillir les résultats donnés par la paléontologie, lorsqu’elle vient nous dire que sur 1G7 7 espèces de fossiles, observées dans la grande bande nummulitique, il y en a seulement cinq reconnues comme analogues à des fossiles du terrain crétacé, tandis qu’il y en a 270 qui se retrouvent dans les bassins éocènes du nord-ouest, et qui appartiennent aux espèces que l’on y considère comme les plus caractéristiques (1).

On distingue dans ce dépôt deux systèmes : l’un, qui est connu dans le pays sous le nom de Jlyxch (2), et qui a souvent été décrit sous celui de schistes et de grès a fucoïdes, atteint, entre autres, une altitude de près de 3 000 mètres au Feuerstein, Rentre les lacs de Lucerne et de Thun ; il est composé de calschiste gris ou noir et de maciguo tenace, souvent schistoïde, quelquefois presque compacte, ordinairement d’un gris foncé, et dont les couches ont une surface un peu ondulée, inégale et enduite de marne. Ces roches passent continuellement de l’une à l’autre, et passent aussi au calcaire, au schiste, au quartzite, au gompholite, etc. Les seuls fossiles dont l’existence soit bien constatée dans ce système sont les Fuco'ides ( Choudrites ) intricatus, cequalis, Targionii.

Le système suivant, que M. Studer a nommé calcaire et grès à nummuliles, est notamment très prononcé au mont Pilate, au sud de Lucerne; il contient plus de calcaire, et présente moins de texture schistoïde que le flysch, mais il est surtout caractérisé par l’abondance de fossiles, notamment par les Nummulites planulala, nummularia , perforala, Ramondi, spira; le Conoclypus couoïdeus, la Melania costellata, la Tur-

(1) Voirà ce sujet le beau travail que M.d'Archiac a inséré dans le tome III de son Histoire des progris tie Ui géologie.

(2> Ce nom de flysch étant pour les Suisses une dénomination minéralogique plutôt que géognostique, on doit éviter de le considérer conque s'appliquant exclusivement au système qui nous occupe en ce moment, car il parait qu'il y a aussi des flysch crétacés et des flysch jurassiques.

TERRAINS TERTIAIRES

rilella imbricalaria, etc. Ce système repose immédiatement et en stratification concordante sur le terrain crétacé, avec lequel on l’a longtemps confondu, et qui le recouvre dans les cas de renversement qui se voient fréquemment dans les Alpes.

Nous terminerons ces exemples par les terrains tertiaires de la Toscane, qui présentent aussi des caractères particuliers.

Le terrain pliocène y est plus connu sous le nom de terrain subapenniu, parce qu’il fait partie d’un vaste dépôt qui forme des collines et des bassins au pied des deux versants de la chaîne principale des Apennins. On peut y distinguer trois systèmes ou étages caractérisés respectivement par la prédominance du calcaire, du sable et de la marne.

Le système calcareux est peu important et formé de couches peu étendues, de blocs et des rognons d’un calcaire qui varie beaucoup par sa texture et même par sa composition, présentant des variétés concrétionnée, celluleuse, grossière, grenue, compacte, lumachelle, sableuse, argileuse, etc. Il est communément marin et il est alors connu sous le nom de Ponchina (1); d’autres fois il est d’eau douce et se confond avec le travertin. Il est parfois occompagné de gypse.

Le système sableux ou sables subapeunins, se compose de sables ordinairement jaunâtres, souvent mélangés d’argile, ainsi que de carbonate calcique et passant quelquefois au macigno, a la marne, au calcaire et au grès.

Le système marneux ou marnes siibapennines , mattaione des Toscans, est très développé et se compose principalement de marnes, communément d’un gris bleuâtre, plus ou moins foncé scion le degré de dessication. Ces marnes ont une grande tendance à s’ébouler lorsqu’elles sont humectées, ce qui donne un aspect tout particulier aux collines qui en sont composées parce que la végétation ne peut s’y établir. Elles contiennent souvent du mica, quelquefois du sable, ainsi que des bancs et des rognons de calcaire argileux et de macigno ; on y trouve aussi du gypse et du sel marin.

Ces dépôts renferment une immense quantité de fossiles : les coquilles y sont tellement abondantes qu’elles forment des lits entiers. Quelquesunes de leurs espèces se retrouvent encore vivantes dans la Méditerranée; et il y a des individus si bien conservés que l’on y voit des bivalves dont le ligament existe encore, et d’autres même qui n’ont point perdu leurs couleurs. On y trouve aussi des ossements de mammifères, notamment d’éléphants, de mastodontes, de rhinocéros, d’hippopotames, de

(1) Voir la aole de la page 228.

Gf.OGNOSIK.

tapirs, de physeters, etc. ; mais, quoiqu'il y ait quelquefois de ces ossements dans les marnes, ils appartiennent plus particulièrement, comme dans le val d’Arno supérieur, à des dépôts caillouteux que l’on a souvent rapportés au diluvion, mais que les géologues toscans considèrent maintenant comme pliocènes (1).

Le terrain miocène (2) de la Toscane a une composition fort variée et très irrégulière; scs couches sont communément disloquées et inclinées, elles consistent en maciguos plus ou moins friables, en calcaires plus ou moins argileux, en marnes, en sables, en roches poudingiformes ou abondent, entre autres, des fragments d’ophiolites. 11 renferme aussi des amas de gypse, notamment dans les environs de Volterre, où on l’exploite pour faire des ouvrages de sculpture, connus dans le commerce sous le nom d 'albâtre. On y trouve quelquefois des matières charbonneuses; on a même extrait de la véritable houille à Monte-Bamboli dans les Maremmes. Ou y exploite aussi des veines ou petits liions de calcédoine.

Les dépôts de la Toscane, que l’on considère maintenant comme lerrnin éocène (3), forment la majeure partie de la chaîne des Apennins et se composent d’un grand système où domine le maciguo et qui sépare deux systèmes où domine le calcaire.

Le calcaire supérieur, connu en Toscane sous le nom d 'alberese (4), est ordinairement compacte, souvent argileux et se lie avec le macigno. Celui-ci est souvent assez tenace pour donner d’excellentes pierres de taille, telles sont celles des belles cnrrièrcs de Fiésole, près de Florence; sa couleur est souvent bigarrée de gris-jaunâtre, de gris-verdàtre et de gris-bleuâtre; il contient presque toujours du mica et passe au calschistc, au calcaire, au schiste, au psammite, au jaspe, au stcaschiste et à d’autres modifications , notamment à une matière que les Toscans nomment gabhro rosso, parce qu’elle a quelques rapports avec les roches du terrain ophiolitique, qu’ils désignent quelquefois par le nom gêné-

(I) Cocchi, Bull, de la Soc. Gèol. de France, l. XIII, p. 181.

(!) Un a beaucoup discuté, dans ces derniers temps, sur le classement des terrain» miocène» d'Italie, dans lesquels plusieurs géologues ont vu pendant longtemps du terrain éocéne. Il est vraisemblable que le» nouvelles recherches sur le terrain nurumulitique qui ont été citée* ci-dessus rail eront toutes les opinions à celle que M. Savi avait déjà énoncée à une époque où l'on considérait encore le macigno de Fiésole comme crétacé.

(3. Le macigno de Fiésole, d»' même que le flysch du Feuor*tcin,a été longtemps range dans le terrain crétacé et même dans des groupes plus anciens. Pilla en avait fait, dans ces derniers temps, un groupe particulier sous le nom de terrain hélmrien. Le travail de M. d’Archiac cité ci-dessus parait l'avoir filé dans le terrain cocène.

(() On doit éviter de donner au nom d 'alberese une acception géognostique qui l'appliquerait exclusivement au système qui nous occupe. 11 a au contraire un seus minéralogique et s'applique aussi à d’autres systèmes, notamment à du calcaire crétacé.

TERRAINS TERTIAIRES

rique <1 egabbro, mais qui eu diffère beaucoup par sa composition, laquelle a de l’aualogie avec celle des schistes. Ou trouve aussi quelquefois dans la partie supérieure de petits dépôts de lignite. Les fossiles sont rares dans le macigno : les plus caractéristiques sont les Fnçoides ( ChondrUt» ), intricatae, furcatus et Targionii ainsi que le Chiton antiquua.

Le calcaire inférieur présente beaucoup de variations et il est surtout caractérisé par la présence des uummulites.

Tous les dépôts tertiaires de la Toscane sont traversés dans certaines localités par des roches plutoniennes dont nous n’avons pas à nous occuper en ce moment.

v oiidre. - terrains secondaires.

Caractères généraux. — Les terrains secondaires se distinguent par leurs fossiles dont nous avons déjà indiqué les caractères principaux, p. 205.

Ces terrains sont très abondants à la surface du globe; ils ont ordinairement une épaisseur plus considérable que les terrains supérieurs; ils sont communément moins circonscrits sous la forme de bassins, et les mêmes étages présentent en général moins de différences paléontologiques locales.

Division en soiis-o mires. — ün est assez généralement d’accord pour distinguer dans les terrains secondaires trois subdivisions que nous désignons par les épithètes de crétacée, jura»sit/ne et permienne.

1" soue-ordre. — Terrain crétacé.

Caractère* généraux. — Le terrain crétacé se distingue par ses caractères paléontologiques, ainsi que par sa position immédiatement en dessous des terrains tertiaires. Quant à scs caractères minéralogiques, ils présentent beaucoup de variations, et l’on y voit dominer, selon les lieux et les étages, la craie, le tuffeau, le calcaire compacte, la marne, l’argile, le calschiste, le sable, le grès, le macigno, le poudingue, etc.

Ce terrain paraît ue point exister dans les régions polaires, car le point le plus septentrional où on l’a observé cstThisted en Jutland, vers le 57r degré de latitude, et, d’après L. de fiuch, ses limites fléchissent vers le sud à partir de ce point.

Division en étages. — Nous divisons ce terrain crétacé en trois

CÊOGNOSIE.

étages que l’on peut considérer, jusqu’à un certain point, comme caractérisés par les fossiles suivants, savoir :

Étage supérieur. Nautilns daniens , Barnlites Faujasii, Brlemnites mucronatus , Hippurites radiosus, Iladiolites Bournoni, Ostrea resicnlaris, Cranta parisiensis, Ananehytes ouata.

Étage moyen. Ammonites rothomagensis, A. varions, A. Beudanti, A. mantelli, Scaphites tequalis, Inocernmus prohlematicus Pecten asper, Ostrea aurirnlaris, O. columla, O. aquila.

Étageinférieur. Belemnitesditalatus, Ammonites radiatus, Chaîna atnmonia,Radiolites neocotniensis, Ostrea Couloni, Ech iuospatag us cord if ont î.» ( 1 ).

Le terrain crétacé occupe, dans le nord-ouest de la France, presque toute la grande dépression qui a été indiquée ci-dessus (p. 239) sous le nom de btiMsin de l*uris ; mais il y est le plus ordinairement recouvert, surtout dans la partie centrale, par des dépôts tertiaires et quaternaires et il est percé, dans le nord-ouest par le relèvement des terrains inférieurs qui forment comme deux petites îles connues sous les noms de Boulonnis et de Pays de Bray. Le sol n’y atteint pas une grande altitude et ne présente pas de fortes inégalités ; il a même beaucoup de tendance à former des plaines, surtout dans les parties où les dépôts tertiaires perdent l’épaisseur qui les caractérise dans le centre. Cependant le terrain crétacé s’élève, et présente même des inégalités assez prononcées, lorsqu’il approche des dépôts jurassiques, qui forment autour du massif crétacé une espèce de demi-ccinture qui s’appuie sur les terrains primordiaux de la Bretagne, du plateau central de la France et des monts Hercyniens. Enfin le massif crétacé qui nous

(1) Le lorrain crétacé est le groupe dans lequel on a établi le plus d'étages désignés par des noms spéciaux adjectifs, voici ceux admis par A. d'Ürbigny ot par M. Coquand, mis en rapport avec mes trois étages.

Supérieur.

^ Danien ( Sènonicn

Dordnnien.

Campanien.

Sio Ionien.

Couiacien.

Moyen

; Turonien. .

Cénomanien

Albien . .

Aptien . .

iProvencien.

Angoumien.

Carantnnien.

v Gardonier.

( Rothomagien.

Albien.

Aptien.

( ürgonien.

Inférieur Néocoin ton ï Néocomien.

( Valangien.

Dumont avait de son côté créé les dénominations de Heersien, Marstrichtien, Ncrvien, Hcrvicn et Aachenien; M. Renevier celle de Rhodanien, etc.

On a aussi compris dans le terrain crétacé un étage Veldien qui a Gguré dans mes éditions précédentes, mais il résulte d’observations plus récentes qu’il convient de ranger une partie des dépôts dont on formait cet étage dans le terrain jurassique et que l’autre doit être considérée comme une division d’eau douce de l’étage crétacé inférieur ou terrain néocomien.

TERRAINS SECONDAIRES

SCI

occupe est coupé le long de la Manche par des falaises escarpées. La profondeur de 5 -10 mètres que l’on a atteint nu puits de Grenelle, à Paris, sans sortir du terrain crétacé, et la présence au jour du terrain jurassique, dans le pays de Bray, annoncent que la surface interne du massif crétacé est plus inégale que sa surface externe.

Ce dépôt présente la stratification que l’on appelle horizontale, parce que l’on n’y voit pas ces grands relèvements des dépôts dits en couches inclinées; mais scs couches sont loin d'être parfaitement horizontales, puisque l’on a reconnu que celles qui s’enfoncent, à Paris, à plus de 500 mètres au dessous du niveau de la mer, se relèvent, vers la bordure jurassique, à une altitude de plus de 300 mètres.

L’étage supérieur peut y être considéré comme composé de trois systèmes très inégaux.

L’un ne consiste que dans quelques petits lambeaux d’un calcaire ordinairement blanchâtre, compacte et dur, que M. Charles d’Orbigny a nommé pUoliliijue, parce que, à Meudon près de Paris, lieu où il u été observé pour la première fois, il se présento quelquefois sous la forme de grains et de noyaux agglutinés. Ce calcaire est exploité comme pierre à bâtir duns beaucoup de localités, notamment à Lavcrsine près de Beauvais, ainsi que près de Vertus et près île Montereau. Il renferme souvent du silex qui se lie avec le calcaire, de manière que l’on est conduit de l’une à l’autre de ces substances par une série de nuances insensibles. Les lambeaux formés par ce calcaire son très peu étendus , mais ils atteignent quelquefois une épaisseur de près de 30 mètres; ils reposent sur la craie blanche en stratification transgressive. Leurs fossiles forment une faune tellement différente que A. d’Orbigny rapporte que sur 55 espèces de mollusques et de polypiers que l’on y a observées, il y en a 51 qui n’on point encore été rencontrées ailleurs, deux qui se trouvent dans la craie blanche, et deux autres qui se trouvent à Faxoe eu Danemark, où il existe un autre dépôt de calcaire qui a beaucoup de ressemblance avec celui qui nous occupe.

Fig. 05. Nautilus Daaicos, Schlol.

mtsi DE CtOLOOIE. 17

Page 1