CHAPITRE III
GÉOGRAPHIE HYDROGRAPHIQUE
Division générale des eaux. — Les eaux qui recouvrent une partie de la surface de la terre s’y trouvent à l’état liquide ou à l’état solide.
Les eaux liquides peuvent se subdiviser en deux groupes, celles qui font partie d’un immense réservoir qui entoure toutes les terres, et celles qui sc trouvent disséminées dans ces dernières.
Les eaux du grand réservoir sont ordinairement appelées mers ou océan. Ce dernier nom est aussi employé, en y ajoutant une épithète, pour désigner de grands espaces d’eau ; tandis que le nom de mer, au singulier, est plus spécialement appliqué à désigner des espaces moins étendus, qui ont ordihairement des espèces de limites tracées par la présence de quelques terres. Lorsque ces terres circonscrivent les eaux de manière que celles-ci ne communiquent avec l’Océan que par des passages rétrécis, on leur donne le nom de mers intérieures. On appelle aussi golfes et baies des parties d’eau d’une plus petite étendue qui s’avancent dans les terres : mais l’application de ces noms est fort arbitraire; et, quoiqu’il soit reçu qu’une mer doive être plus grande qu’un golfe et un golfe plus grand qu’une baie, l’usage consacre quelquefois le contraire. Les marins donnent aussi le nom d’üMse et de crique à de très petites baies. Ils appellent rades les lieux qui leur offrent des abris pour leurs vaisseaux, et ports ceux qui présentent en même temps
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des facilités, soit naturelles, soit artificielles, pour le chargement et le déchargement ; mais ces deux dernières dénominations appartiennent à l’art de la navigation et à la statistique plutôt qu’à la géographie proprement dite. Par le nom de lagune on entend des parties de mer voisines des terres, souvent resserrées par celles-ci, et dans lesquelles l'eau a généralement très peu de profondeur.
Lorsqu’une partie de mer, resserrée entre des terres, établit la communication avec d’autres parties de mers plus larges, on lui donne le nom de détroit , de bran de mer, de canal ou de passage, sans parler d’autres dénominations particulières à quelques-unes de ces communications, comme celles de Pas-de-Calais, phare de Messine.
Les eaux «les terres peuvent se diviser en eaux courantes et en eaux stagnantes, en prenant toutefois la dénomination d’eau stagnante dans un sens relatif plutôt qu’absolu ; car la plupart des amas d’eaux que nous rangeons dans cette division sont traversés par des cours d’eaux dont ils ne sont alors qu’une espèce de renflement, déterminé par l’élargissement et l’approfondissement de la dépression du sol dans laquelle coulent ces cours d’eau.
Lorsque les enux «pie nous appelons stagnnnti-s ont une certaine profondeur, on les nomme lacs ou étangs, selon qu’elles sont retenues par un obstacle naturel ou artificiel; mais ici, comme pour les autres divisions que nous venons de voir, l’usage lie se soumet pas ù des règles fixes, car on donne souvent le nom d’étang à des amas d’eau retenus par des obstacles naturels, et, lorsque ces amas sont très considérables, on leur attribue généralement le nom «le mer, telles sont la mer Caspienne et la mer d’Aral ; on donne même le nom de mer Morte à un petit lac de la Palestine.’
On emploie le nom de marais pour désigner des lieux où l’eau n’est pas assez profonde pour empêcher la végétation, et où elle est pour ainsi «lire mélangée avec la terre. Il y a des marais d’une étendue immense et d’autres extrêmement petits. On appelle ordinairement savanes les grands marais qui se trouvent dans les plaines de l’Amérique méridionale.
Les eaux courantes peuvent se distinguer en permanentes et ncci- 1 \etdelles : les premières se divisent en fleures, rivières et ruisseaux, selon l'importance du cours d’eau ; mais , quoique l’on ait souvent voulu «ippliquer exclusivement le nom de fleuve aux gniiuls cours «l’eau qui se jettent directement dans la mer, on désigne souvent le plus grand des cours d’eau connus par le nom de rivière des Amazones.
Les eaux accidentelles sont quelquefois appelées eaux sauvages; et, lorsqu’elles forment des masses considérables «pii coulent avec violence
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et qui exercent des ravages sur leur passage, on leur donne le nom de torrent». f
Les points où l’on voit sortir de l’eau hors de l'écorce solide du globe s’appellent fontaine» ou source»; la réunion de deux cours d’eau est nommée confinent; et celui des deux cours d’eau qui perd son nom pour prendre celui de l’autre, est un affinent de ce dernier. On considère de même comme affluent d'un cours d’eau, tout cours d’eau désigné par un nom différent qui verse ses eaux dans le cours d’eau ou portion de cours d’eau dont on s’occupe; car il arrive quelquefois que les parties d’un même cours d’eau portent des noms différents. Le point où un coure d’eau se jette dans une mer, dans un lac ou dans un étang, se nomme embouchure, et lorsque le cours d’eau se divise en plusieurs bru» vers son embouchure, celle-ci prend le nom de bouche».
Lorsqu’un cours d’eau est dans le cas de franchir brusquement une différence de niveau un peu considérable, on donne à ses chutes les noms de cataractes, de saut, de rapide» et de cascade». Les trois premiers ne s’appliquent qu’aux grands cours d’eau ; celui de cataractes indique ordinairement que le fleuve éprouve plusieurs chutes consécutives , tandis que celui de saut annonce une chute unique. Quant au nom de rapide, on l’emploie lorsque la chute n’est pas assez forte pour produire ce spectacle imposant qui attire l’attention sur les cataractes et les sauts, mais suffit pour intercepter la navigation, ou du moins pour la rendre dangereuse. On se sert du nom de cascades pour désigner les chutes des cours d’eau peu importants.
Les ennx Kolidesi peuvent être considérées comme temporaire» ou permanente», selon que leur état de solidité résiste ou ne résiste pas à la température de l’été. Celles de la première catégorie se composent des neiges qui tombent de l’atmosphère et des glaces qui se forment à la surface de la terre pendant les moments froids et qui se fondent lorsque la température devient plus chaude. Les autres forment les amas connus sous les noms de neige» perpétuelles, de glaciers et de glaces fixe».
Les neiges perpétuelles ne se remarquent que dans les lieux où la température moyenne est de trois à quatre degrés au dessous du zéro du thermomètre, de sorte que dans la zone torride elles ne peuvent exister qu’à une grande altitude, et que cette altitude tend en général à s’abaisser à mesure que l’on s’avance vers les pôles ; mais la température étant modifiée par un grand nombre d’autres circonstances que la latitude et l’altitude, il y a beaucoup d’irrégularités dans la limite inférieure des neiges perpétuelles : ainsi , taudis que l’on estime qu’elle descend à 1 SOO mètres d’altitude dans les Andes de Quito sous l’équa-
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leur, clic n’atteindrait que 5 000 mètres dans certaines parties de l’Himalava sous 30" de latitude nord. C’est également ainsi que dans l’Islande sous le 65" degré, la limite serait à 936 mètres, tandis qu’elle serait à 1 266 en Norvège, sous le 67e degré. Ces neiges se composent ordinairement d’un amas à peu près incohérent de petits grains analogues à ceux de grésil , et forment ainsi une espèce d’intermédiaire entre la neige ordinaire et la glace. On leur donne alors le nom de «étés.
Les glucler* sont des amas de glace qui ont leur origine dans la région des neiges perpétuelles, mais qui, dans les vallées, se prolongent beaucoup plus bas , de sorte qu’ils présentent quelquefois des murs de glace qui sont , pour ainsi dire, ombragés par une brillante végétation. On désigne ces prolongements par les noms de glacier s proprement dits, glaciers inférieurs ou glaciers d'écoulement, tandis que les parties élevées sont distinguées par les dénominations de glaciers supérieurs, mers de glace ou glaciers-réservoirs ; ces derniers , qui sont souvent plus généralement composés de névés que de glaces, ont quelquefois une étendue très considérable. Tel est celui du Mont-Blanc, qui a plus de 2 myriamètres de long. Les parties de glaciers qui reposent sur un sol à peu près horizontal présentent, en général, une surface unie ; mais les parties qui reposent sur un sol inégal ou fortement incliné sont traversées par d’immenses crevasses et hérissées d’aspérités qui ressemblent à des pyramides ou qui prennent une foule d’autres formes plus ou moins bizarres. Les parties inférieures des glaciers sont composées d'une glace compacte plus ou moins fendillée, selon l’état de la température, mais les parties supérieures sont, comme les neiges perpétuelles, à l'état de névé.
On ne voit de glaciers dans les zones tempérées qu’à une altitude considérable; mais dans les régions polaires, ils s’avancent jusque dans la mer. Léopold de Bucli estime que les glaciers n’atteignent la mer en Norvège que sous le 67e degré de latitude , tandis que M. Darwin en a observé dans le golfe de Louas au Chili , sous 46» 40’ de latitude australe.
On donne, dans la Sibérie orientale, le nom de tarinnes ou jattes de glace à des amas de glace qui se forment dans des vallées ou même dans des plaines et qui se conservent également pendant l’été, quoique tout le sol environnant soit couvert de végétation. Ces amas , qui se forment dans le voisinage d’une source, diffèrent des véritables glaciers parce qu’ils ne sc rattachent pas à des amas de neiges perpétuelles.
Les glaces qui couvrent les parties de mer qui ne dégèlent point en été portent le nom de glaces llxes, par opposition aux glaces flottantes, qui sont des amas de glaces qui flottent dans la mer , et rendent très
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dangereuse la navigation dans les hautes latitudes. Les limites des glaces fixes sont très variables et ne sont , d’ailleurs , pas encore bien déterminées, d’autant plus que des glaces que l’on considère comme fixes, parce qu’elles ont traversé plusieurs étés, peuvent se rompre pendant une année plus chaude. Eu général , on rencontre peu de glaces fixes dans l’hémisphère boréal avant le S0C degré de latitude, mais elles s’avancent davantage dans l’hémisphère austral, où la rnn igatiou est déjà gêuée dès le C>UP degré par les glaces flottantes, et où le seul capitaine lloss a pu s’approcher du 79r degré. Les limites où s’étendent les glaces flottantes s’approchent aussi davantage de l’équateur dans l’hémisphère austral que dans l’hémisphère boréal , car il ne paraît pas que dans ce dernier elles dépassent le 40p degré, tandis que dans l’autre, on en a vu dans le voisinage du 3tip degré.
de position» entre le» terre» et le» eaux. — Les
differentes positions que les eaux prennent par rapport aux terres s’expriment par diverses dénominations données à ces dernières.
Ainsi, lorsqu’une vaste étendue de terre est contiguë sans être séparée par des bras de mer, on la nomme continent ; si l’espace entouré par les eaux a une surface moins considérable , on l’appelle île, et, s’il est réduit à une très petite surface, on le désigne par le nom d '(lot. La réunion de plusieurs îles groupées à peu de distance les unes des autres forme un archipel.
Lorsqu’une partie de terre un peu considérable s’avance dans les eaux sans en être tout à fait entourée, on l’appelle presqu'île ou péninsule ; si cette avance ne forme qu’une légère snillie , on la nomme cap , promontoire ou pointe. Lorsqu’une presqu’île ne tient à d’autres terres que par une bande resserrée, celte bande s’appelle isthme.
Les parties de terre qui avoisinent la mer sont nommées côtes : lorsqu’une côte se termine par une pente douce, on lui donne le nom de plage; tandis que l’on appelle falaises les escar]>emcnls qui forment la séparation des terres et des mers.
Si des parties solides qui s’élèvent dans les eaux ne sont pas constamment découvertes tout en s’approchant assez de la surface pour gêner la navigation, les marins leur donnent le nom de bancs , si elles sont formées de matières meubles , sur lesquelles les vaisseaux pourraient s’échouer (1), et ceux d’écueils ou de récifs, si elles sont formées de
(I) D'après relie définition, les tmnr» soraient A pou près la mémo chose quo 1rs lagvncs. Opondant l’usa^o établit ontro res doux choses dos différences qu’il est difficile d 'exprimer. En Kônéral, le mol Italie s'applique plus parliruliéromont aux élévation» qui se trouvent au miliou dos eaux, tandis quo los lagunes touchent toujours aux terres, ol y forment soin ont de*
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matières cohérentes 6ur lesquelles les vaisseaux pourraient se briser, avec cette différence que les écueils sont plus particulièrement des rochers isolés au milieu de la mer, et les récifs, des espèces de bandes ou de ceintures qui se trouvent le long des terres et n’en sont séparées que par de petits bras de mer.
Les bancs qui se trouvent à l'embouchure des cours d’eau ont ordinairement une forme allongée, et sont placés en travers de manière à barrer le passage, d’où on les appelle barre».
Il y a aussi le long de certaines côtes, surtout dans le voisinage des lagunes et des grands cours d'eau , des langues de terre longues et étroites, formant des presqu’îles et des îles disposées sur une ligne ordinairement courbe qui tend à se rattacher à la côte par ses deux extrémités. Ces parties de terre sont désignées par diverses dénominations selon les localités , telles que Nehrungeii sur les côtes de la Prusse, Lidi sur celles de \ énétie. Nous les appelons barre» diluvienne» pour des motifs qui seront exposés dans la géogénie.
Les parties de terre qui bordent les cours d’eau sont appelées rite» et se distinguent en rire droite et rire gauche , en assimilant , pour l’application de ces deux mots , le cours d’eau à une personne qui marcherait dans la direction que suit l’eau. L’espace recouvert par le cours d’eau s’appelle lit , et ses bords berge. Les plaines qui se trouvent à l’embouchure d’un grand fleuve dans la mer et qui ne sont presque pas élevées au dessus de celle-ci se nomment ordinairement delta. Il y a aussi des plaines de ce genre à l’embouchure des cours d’eau qui se jettent dans des lacs ou des étangs, et on les désigne quelquefois par le* noms de queue» de lac » ou d 'étang».
On considère comme formant la r allée d’un cours d’eau l’enfoncement par lequel s’écoule ce cours d’eau, soit que cet enfoncement se compose d’une seule vallée proprement dite ou d’une série de vallées, de bassins, de cirques, de défilés, de gorges, de vallons ou même de dépressions si peu prononcées qu’elles ne mériteraient pas le nom de vallons et qu’elles seraient, pour aiusi dire, inaperçues s’il ne s’y trouvait pas un cours d’eau. Le fond d’une semblable vallée présente naturellement un plan continuellement descendant, à moins qu’il n’y ait une perle, c’est à dire que le cours d’eau entre dans une cavité souterraine pour reparaître plus loin ; mais il ne s’ensuit pas que la direction des cours d’eau exprime la
espèces de golfe*. Do sorte que les bancs sont, eu quelque manière, des lagunes de |»leinc mer, el les lagunes des bancs sur les eûtes; mais il est à remarquer que l’on donne aussi le nom «le banc, el pas celui de lagune, aux élévations isolées qui se forment sous l’eau À rentrée d’un port ou d’un golfe, et qui gênent le passage des navires.
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pente générale (lu sol. L’observation a prouvé, au contraire, que les cours d’eau traversent quelquefois des contrées dont le sol est généralement plus élevé que celui des lieux où ees cours d’eau ont pris naissance ; il suffit qu’il y ait dans ce sol des vallées dont le fond soit plus bas que la source de ces cours d’eau. Parmi les nombreux exemples de cette circonstance, nous citerons la rivière d’ Allen en Laponie, qui prend sa source à une altitude d’environ quatre cents mètres dans les régions basses qui s'étendent entre la chaîne des Dofrines et le golfe de Botnie, et qui, au lieu de suivre la pente générale du sol vers ce golfe, se dirige vers le nord et traverse la chaîne des Dofrines dans une partie où elle a une altitude moyenne de plus de 600 mètres.
L’ensemble des terres dont les eaux s’écoulent à la mer par un même fleuve forme le bassin hydrographique de cc fleuve. L’étendue de ces bassins est tout aussi irrégulière que celle des continents et des îles, car, tandis que certains cours d’eau, dont la source est près de la mer, ont un bassin hydrographique presque imperceptible, celui du fleuve des Amazones formerait un continent à lui seul. On nomme arêtes les lignes qui séparent les bassins hydrographiques entre eux, et, d’après ce qui vient d’être dit des rivières qui parcourent des contrées plus élevées que celles où elles ont pris naissance, on sent que ces arêtes sont loin de passer constamment par les points les plus élevés des bassins; on peut même dire qu’il est des lieux où elles n’existent que théoriquement et ne concordent avec aucune inégalité dans le sol ; car il y a des plaines , des marais et même des lacs qui versent leurs eaux à des bassins hydrographiques différents. Cette circonstance se voit notamment en Pologne, au point de partage des eaux qui s’écoulent dans la mer Baltique d’un côté et dans la mer Noire de l’autre.