Chapitre VI
ÉPOqUE TERTIAIRE
Tout indique que, durant l'époque Secondaire, la croûte terrestre est restée dans un calme assez grand. Au contraire, à l'époque Tertiaire, l'activité du noyau central liquide s'est comme réveillée, et a causé sur tout le globe des modifications considérables. Alors, pour ce qui est de l"'ancien
Fig. 63. — La mappemonde au commencement de l'époque Tertiaire.
monde", se produisirent d'énormes plissements, auxquels doivent leur existence : les Pyrénées, les Alpes, les Apennins, l'Himalaya. En Amérique, les montagnes Rocheuses se forment et prennent leur configuration actuelle. Les côtés sud et ouest de l'Amérique du Nord se développent, et notre continent acquiert l'aspect qu'il a aujourd'hui.
Ces modifications de la croûte terrestre eurent un effet considérable sur la climatologie du globe. Auparavant, il y avait peu de différences dans le climat des différentes parties de la Terre. Au milieu de l'époque Tertiaire, ainsi qu'en témoignent les fossiles, la végétation des zones tempérées
1) Dite aussi : cénozoïque.
régnait jusqu'au pôle. En Islande et au Spitzberg, poussaient des platanes, des noyers, des hêtres, des pruniers, etc, et jusqu'à la vigne. Mais de profonds changements se produisirent durant la seconde moitié des temps tertiaires ; avant même la fin de l'époque, les glaciers s'étaient formés
Fig. 74. — L'Amérique du Nord à l'époque Tertiaire.
sur les sommets élevés de l'Angleterre et de l'Ecosse, de la Scandinavie, de la France et de l'Allemagne. Ces glaciers étaient comme les signes avant-coureurs de la période '' glaciaire " de notre époque Quaternaire.
Sous l'influence de ces changements climatologiques du globe, la faune et la flore ne purent manquer de subir aussi des modifications importantes. L'une et l'autre se rapprochent de plus en plus de celles d'aujourd'hui. En outre, elles peuvent varier en des points assez peu éloignés, sur la surface terrestre, et cela fait voir que les climats diffèrent de plus en plus sur le globe terrestre.
Divisions. — ^Les géologues partagent l'époque Tertiaire en quatre étages ou périodes. Ce sont, en commençant, comme toujours, par les terrains profonds : Véocène, Voligocène, le miocène et le pliocène.
Aucune de ces formations n'existe dans nos terrains de la province de Québec. Seul, sur l'étendue du Canada, apparaît, et avec une grande puissance, le miocène dans le système montagneux de la Colombie-Britannique (montagnes Rocheuses et '' Coast Range ").
SÉDIMENTS TERTIAIRES. — Lcs dépôts qui sc sout formés à l'époque Tertiaire se composaient, ordinairement, de roches peu résistantes. Ce sont des calcaires, des argiles, des marnes, des sables, du grès, du gypse, du sel gemme, etc. A ces substances, il faut ajouter le lignite, combustible d'origine végétale et qui, ne contenant qu'environ 80% de charbon, est comme intermédiaire entre la houille et la tourbe.
La FLORE TERTIAIRE. — Ce qui Caractérise principalement le règne végétal de l'époque Tertiaire, c'est le développement qu'y prennent les plantes pharénogames à feuilles caduques.— L'étude de la flore, aux différentes périodes tertiaires, est particulièrement intéressante, parce qu'elle nous permet de suivre les variations climatologiques de l'époque Tertiaire. Dans l'éocène, par exemple, on trouve en une même région un mélange de palmiers, et autres plantes tropicales, avec des plantes des pays tempérés, peupliers,
*Fig. 65. — Le Palseotherium.
bouleaux, aunes, etc. Dans les étages suivants, on voit ;que la zone des plantes tropicales se restreint de plus en p4us vers Téquateur. En résumé, plus Ton avance dans les
périodes tertiaires, plus la distribution des végétaux s'éloigne de runiformité qu'elle avait, sur le globe, dans les âges précédents ; plus, en une même période, les diverses régions possèdent des flores qui leur sont spéciales. Tout cela est dû aux climats particuliers qui se sont établis dans les diverses parties de la surface du globe.
La faune tertiaire. — Comme c'est le cas pour la flore tertiaire, la faune de cette époque se rapproche de plus en plus de la faune actuelle. — Dès l'éocène, et comme l'indique ce nom même (1), il y a comme une aurore de temps nou-
Fig. 66. — Le Dinotherium.
veaux. Les monstrueux sauriens sont disparus de la scène. — Des mammifères, aussi parfaits d'organisation que ceux d'aujourd'hui, abondent partout. Les pachydermes y dominent, au commencement. C'est, par exemple, le palœotherium, herbivore dont les plus grands avaient la taille du
(1) ** Aurore des espèces récentes
cheval ; c'est, dans le miocène, le dinotherium, étrange animal, le plus grand mammifère terrestre (18 pieds) qui ait jamais existé; c'est, dans le miocène encore, le mastodonte, grand éléphant qui ressemblait à ceux d'aujourd'hui. A la fin de l'époque, au pliocène, le rhinocéros, l'hippopotame, les ruminants, les rongeurs, les ours, les hyènes, les chiens, etc., sont apparus à leur tour. Quant aux singes, le premier date de l'éocène même. — Durant les temps tertiaires, les oiseaux (dépourvus de dents), les reptiles, les batraciens, les poissons, deviennent de plus en plus semblables aux groupes ac- I tuellement en existence. Dans les océans, il y a des baleines, des dauphins et autres cétacés.— Les mollusques, marins, aquatiques et terrestres, pullulent partout, se Fig. 67. Nummu- rapprochant des espèces actuelles. Comme
lite (ouverte dans . i>i • i <• • .pv
sa moitié supérieu- ^u]^urd nui, les lorammiieres microscopire). ques peuplaient les mers ; mais il y en
avait aussi de grande taille, comme les nummulites, dont la présence caractérise les dépôts tertiaires.
Après des temps si prolongés, témoins de bouleversements formidables sur notre planète ; après des créations et des extinctions successives de tant d'espèces animales et végétales ; après que le règne minéral s'est, à la longue, constitué en tant de matériaux utiles pour tous les usages ; lorsque la terre et les eaux sont peuplées d'animaux et de plantes, qui offrent les ressources les plus variées ; lorsque, dans l'immense univers, les corps sidéraux se meuvent en des courses régulièrement établies, distribuant avec profusion la lumière et la chaleur. . . la création est préparée, selon les desseins providentiels, à recevoir son roi. Dès le commencement de l'époque géologique qui va suivre, et qui est l'époque actuelle. Dieu va créer l'homme, " pour le connaître, l'aimer et le servir ". L'univers matériel aura désormais une voix intelligente pour louer son Auteur.