Chapitre VII
ÉPfIQUE QUATERNAIRE >
La fin de l'époque Tertiaire fut marquée, en Europe, par le soulèvement des Alpes. La Manche s'établit entre la France et l'Angleterre. La mer Adriatique et la mer Egée complètent, à l'est, la Méditerranée, qui était déjà délimitée du côté de l'ouest. — L'" Atlantide ", vaste continent qui — suivant une opinion plus ou moins fondée — existait entre l'Amérique du Nord et l'Europe, s'effondre sans retour dans l'océan, non sans amener d'importantes modifications du climat. — Les courants marins et les vents chauds de la zone torride montent vers le nord et y déterminent la formation des glaces et des neiges. Une calotte de glace enveloppe les parties septentrionales de l'Europe et de l'Amérique. Les glaciers du Nord et ceux des hautes montagnes marchent lentement vers le sud, striant les roches où ils glissent, déposant sur leur chemin des boues et des blocs erratiques. Les cours d'eau descendent des hautes cimes couvertes de glace et de neige, transportent dans les plaines les débris arrachés des hauts plateaux, et forment, dans les vallées les terrains d'alluvion. — Ce fut durant l'époque Quaternaire que se forma le sol arable de la province de Québec, grâce aux dépôts de sables, de glaises et de graviers, qui se formèrent sur les terrains archéens et primaires. Comme on le voit, les époques Secondaire et Tertiaire n'ont pas laissé de traces dans nos terrains, et nous n'avons même ici, parmi les étages de l'époque Primaire, que le plus ancien, qui est le silurien. — ^Suivant l'opinion des géologues, trois périodes glaciaires se sont succédé sur la Terre, interrompues par trois périodes interglaciaires^ dont la troisième se poursuit à l'heure actuelle. — Enfin, comme conséquence de tous ces événements géologiques, Icg continents et les mers ont atteint l'état où nous les voyoug aujourd'hui ; la flore et la faune se sont établies tellcg
1) Dite aussi : pleistocène, très récente.
qu'elles sont actuellement. — Et le genre humain accomplit, sur la Terre, la destinée que la Providence lui a assignée.
Division. — On partage l'époque Quaternaire, au moins en ce qui regarde notre pays, en trois périodes ou étages, qui sont : l'étage glaciaire, l'étage Champlain et l'étage des Terrasses.
Etage glaciaire. Dès la période du pliocène, c'est-à-dire avant la fin de l'époque Tertiaire, les glaciers formaient comme une immense calotte sur les régions septentrionales de l'Europe et de l'Amérique, descendant jusqu'au milieu de la Russie et de l'Allemagne. On attribue ce phénomène de refroidissement du climat à un soulèvement qu'auraient subi alors ces régions du nord. La surface de glace qui recouvrit ainsi nos contrées, c'-à-d. le glacier continental, en descendant vers le sud, a transporté, jusqu'à des distances de plus de 200 milles, des masses de matières minérales, sables, argiles, graviers, cailloux, et même ces blocs erratiques que l'on voit encore aujourd'hui isolés dans nos plaines. Ces glissements du glacier ont poli, arrondi, strié la surface des roches sur lesquelles ils se sont produits ; et comme on trouve de ces stries jusque sur les montagnes, à des hauteurs de 4000 ou 5000 pieds, il faut en conclure que ces masses de glace étaient d'une très grande épaisseur. Tous les débris arrachés aux lits traversés par les glaciers, et déposés çà et là, ont formé notre sol arable d'aujourd'hui. Il est à remarquer que les dépôts glaciaires, en notre Province, ne contiennent pas de fossiles marins ; et cela démontre que les débris déposés par le glacier sur nos plaines ne venaient pas d'une distance beaucoup considérable.
Etage Champlain. Cependant, il se produit, dans le sol de nos régions du nord, un affaissement plus ou moins considérable. Par suite, le climat se réchauffe, et le glacier continental se met à fondre. La dépression des terrains fait que l'océan recouvre nos régions, et laisse se déposer, sous forme d'alluvions, les débris minéraux et terreux entraînés par les eaux. Il faut admettre que la province de Québec était alors recouverte par une mer immense dont n'émer-
geaient que nos montagnes laurentiennes et apalachiennes, sur lesquelles existent encore, tels que les ont laissés les glaciers de la période précédente, les amas de bloc s pierreux ou moraines. Et la preuve de cette submersion de la province de Québec, elle est écrite dans notre sol même par les mollusques marins que l'on y trouve, jusqu'à plusieurs centaines de pieds au-dessus du niveau du Saint-Laurent. Ces coquillages marins, témoins de l'étage Champlain, ils existent au Lac Saint-Jean, à Beauport, à la Pointe-aux- Trembles (Portneuf), aux Trois-Pistoles (Témiscouata), à Montréal, etc. Il faut ajouter, comme caractéristique de l'étage Champlain, le développement que prirent, sur les terres non recouvertes par les eaux, les mammifères herbivores, comme le prouvent les débris fossiles que le sol nous en a conservés.
Etage des Terrasses, Un dernier mouvement d'oscillation soulève avec lenteur le sol de nos régions, et lui donne l'aspect qu'il a aujourd'hui. C'est la période dite des Terrasses, celle où nous vivons, et qui est ainsi nommée parce que les fleuves et rivières en creusant leur lit dans les alluvions déposés durant la période précédente, ont laissé sur leurs bords des sortes de terrasses plus ou moins régulièrement disposées. Ces terrasses existent, par exemple, dans les environs de Québec et de Montréal, et les fossiles y abondent.
La flore quaternaire. — D'après les fossiles végétaux que l'on a trouvés dans les dépôts quaternaires, il n'y a eu de variations, durant l'époque actuelle, que pour la distribution des plantes dans les diverses régions du globe terrestre. Et les causes de ces changements dans les flores régionales sont : l'extension des glaciers qui s'est produite, comme il a été dit précédemment, et les oscillations du sol qui ont modifié les conditions climatologiques. Par exemple, des plantes qui ne vivaient que sur les hauts sommets, c'est-à-dire sous des températures assez basses, sont pour ainsi dire descendues dans les plaines ; des végétaux, adaptés à des climats chauds, ont cessé de croître dans les pays du nord, et ne se trouvent plus actuellement que dans les régions chaudes du midi.
La faune quaternaire. — Les fossiles de Tépoque quaternaire représentent des espèces qui existent encore aujourd'hui partout (cheval, chien, etc.), des espèces qui n'ont subsisté qu'en des régions plus froides (renne) ou plus chaudes (hippopotame) que ne sont devenues nos contrées, et enfin des espèces aujourd'hui éteintes (mammouth, ours des cavernes, etc.) — Toutefois, l'existence de ces animaux n'a pas été simultanée, mais successive, et, l'homme ayant été leur contemporain, on a partagé la durée de l'humanité primitive en quatre âges successifs, nommés d'après l'animal le plus remarquable qui a caractérisé chacune de ces divisions. Ces quatre âges, en partant du plus ancien, sont les suivants : âge de Vours des cavernes^ âge du mammouth et du rhinocéros, âge du renne, âge de V aurochs. Ce qui démontre la contemporanéité de l'homme et de ceux de ces animaux qui sont aujourd'hui disparus, ce sont les dessins de ces animaux que l'on a trouvés, incrustés sur des os ou sur les parois de grottes ou de cavernes. Ces dessins plus ou moins grossiers représentent des mammouths, des bovidés, des rennes, etc.
Voici quelques détails sur ces animaux dont on a attaché le nom aux âges quaternaires :
IJours des cavernes, carnassier autrement redoutable que
les ours actuels, avait 6 pieds de hauteur et 9 de longueur.
Le mammouth, grand [éléphant, haut de 15 à 18 pieds, et dont les défenses, longues de 12 pieds, pèsent jusqu'à 480 livres chacune, abondait sur toute la surface de l'Europe, et dans le ^^^^^'^Yr'ni^T^^^^^ iiord de l'Asie et de l'Ame-
sin sur ardoise, trace par 1 nom- .
me quaternaire). rique. On trouve ses dé-
pouilles surtout dans les régions arctiques, notamment dans la Sibérie. L'animal a même parfois été si bien conservé dans la glace, qu'on le
retrouve avec sa chair, sa peau et son poil. Un squelette
Fig. 69. — Le mammouth.
complet de mammouth, trouvé à l'embouchure de la Lena, se voit dans un musée de Saint-Pétersbourg.
Fig. 70. — Mammouth. (Dessin préhistorique tracé sur la paroi d'une grotte de la Dordogne, France.)
Le rhinocéros laineux, couvert d'une toison grossière, portant au museau deux fortes cornes, vivait aussi dans les régions du nord et jusqu'à la mer glaciale. On trouve ses
GEOLOGIE
restes, avec toison, peau et chair, dans les alluvions de la Sibérie.
Le renne existait d'abord en Europe jusqu'au midi de la
Fig. 71. — Le renne.
France. Il]vivait encore en Allemagne au temps de César, et en Ecosse au Xlle siècle. Aujourd'hui, il se trouvx sur-
Fig. 72. — Le renne courant. (Dessin préhistorique tracé sur la paroi d'une grotte de la Dordogne, France.)
l'homme préhistoriquk 143
tout en Laponie. En ces derniers temps, il a été importé dans l'Alaska et dans le bas-Labrador. — En même temps que le renne, vivait aussi Vélan, grand cerf représenté chez nous par l'orignal.
\j' aurochs était un bœuf sauvage, qui semble avoir vécu en Pologne jusqu'au 18e siècle. Cet animal, de forte taille, a existé en Allemagne et en Angleterre.
L'homme a été le contemporain de tous ces animaux de l'époque quaternaire — où, depuis la dernière période glaciaire, n'ont plus beaucoup varié ni le climat, ni la configuration géographique, ni la flore, ni la faune.