L'HOMME PRÉHISTORIQUE— LE TRANSFORMISME
Art. 1. — L'histoire primitive du genre humain
Age du genre humain. — L'autorité infaillible de l'Église n'a rien défini au sujet de la date où Dieu créa l'homme, où par conséquent l'homme commença d'exister sur le globe terrestre. — Il y a une chronologie dans les Livres saints écrits sous l'inspiration de Dieu. Mais, outre qu'il est admis que, à travers les âges et dans le travail des copistes anciens, des chiffres de cette chronologie biblique ont été accidentellement altérés, on croit aussi que l'écrivain sacré n'a pas prétendu dresser au complet la généalogie des patriarches. Donc, du côté de la Révélation, il n'y a pas de précision certaine, relativement à la durée de l'existence de l'homme sur la terre ; question, d'ailleurs, qui n'intéresse ni le dogme, ni la morale.
Tout ce que l'histoire profane nous apprend sur l'antiquité du genre humain, c'est que, quatre ou cinq mille ans avant l'ère chrétienne, il y avait déjà des peuples, les Chaldéens, par exemple, qui étaient en pleine civilisation.
Il reste à appeler en témoignage la science de la Géologie, qui ''devine" l'histoire d'après les couches de l'écorce terrestre.— D'abord, la Géologie démontre que l'homme n'existait pas encore à l'époque Tertiaire ; il n'y a absolument aucun indice permettant de croire qu'il ait vécu avant l'époque Quaternaire. Or, durant cette époque, qui est celle d'aujourd'hui, on ne trouve dans les couches terrestres aucune trace certaine de l'industrie humaine avant la dernière phase interglaciaire, celle que l'on place après la troisième des grandes phases glaciaires qui ont marqué la plus ancienne période de l'époque Quaternaire. Il est donc permis de penser que la création de l'homme remonte à la fin de la première période du Quaternaire. On peut ajouter qu'il y a aujourd'hui une tendance à croire que le genre humain existe depuis neuf ou dix mille années : mais cela n'est qu'une opinion plus ou moins probable, que chacun est libre d'accepter ou de rejeter.
Histoire primitive du genre humain. — Il n'y a qu'une fraction du genre humain dont l'histoire soit authentique depuis le commencement : c'est le peuple choisi de Dieu pour donner naissance au Rédempteur du monde. L'histoire de ce peuple est consignée, au moins dans ses grandes lignes, dans la Bible. Et encore, la chronologie n'y a pas été conservée fidèlement, par suite des accidents de la transcription, et l'on ne sait pas non plus si tous les événements y ont été inscrits, l'objet principal des écrivains sacrés n'ayant pas été plus d'écrire des annales historiques que des chroniques scientifiques. En tout cas, le récit des événements qui ont marqué l'existence du peuple de Dieu est de l'histoire proprement dite, et donc n'entre aucunement dans le domaine de la Géologie.
Il en est autrement de l'histoire primitive des autres habitants de la terre, dont les ancêtres — plus d'une fois, probablement, et notamment à l'occasion de Tévénement biblique de la ''confusion des langues" — s'éloignèrent du Peuple de Dieu pour aller se fixer, à la longue, sur les divers continents du globe. Ici, il n'y a pas de documents écrits qui puissent nous renseigner sur leur histoire ; et parfois,
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même, le nom et la langue de ces premières populations se sont perdus, comme c'est le cas pour les anciens habitants des plaines de l'Ouest de l'Amérique du Nord. Il y a seulement, pour nous donner quelques connaissances de ces peuples des âges reculés, les produits de leur travail et de leur industrie que les dépôts quaternaires ont pu nous conserver : des os façonnés de diverses façons, des silex taillés, des dessins tracés sur des os de rennes ou de cerfs et sur les parois des cavernes. Et, à ce point de vue, l'existence de ces peuples, que Ton peut conjecturer jusqu'à un certain point, à l'aide de ces témoins d'une industrie primitive, rentre tout à fait dans le champ de la Géologie.
Homme préhistorique. — On désigne, par cette appellation, les hommes qui se répandirent peu à peu dans les diverses contrées du globe, longtemps avant que l'histoire s'écrivît, et dont par conséquent nous ne connaissons, par les traces de leur art et de leur industrie conservées dans le sol, que l'existence et le séjour en telle ou telle contrée du globe.
De l'étude de ces traces du travail des anciens habitants des continents divers, il est permis de conclure que ces populations perdirent, presque totalement, la mémoire des grandes vérités qu'elles pouvaient posséder à l'époque de la Confusion des langues, et le souvenir des arts, encore peu avancés sans doute, qui devaient être communs auparavant à tous les hommes. En un mot : ces hommes dégénérèrent progressivement, au milieu des migrations qu'ils devaient subir, des embarras du soutien de la vie, des luttes mêmes qui durent parfois s'élever entre eux. — Toutefois, l'homme, étant perfectible de sa nature, a fait effort, dès qu'il a été fixé à demeure en quelque région et à l'abri des grandes difficultés, pour sortir de la barbarie où il était tombé. Et les vestiges qu'il a laissés dans le sol, et qu'on a retrouvés en certains pays, permettent de retracer en une certaine mesure les étapes qu'il a parcourues dans son retour vers la civilisation, à laquelle toutefois il ne devait complètement arriver que lorsqu'il aurait pu bénéficier, ou plus tôt
OU plus tard, du grand événement de l'Incarnation du Fils de Dieu qui s'est passé il y a deux mille ans au sein du Peuple de Dieu, lequel seul avait conservé à travers les âges le dépôt de la vérité que ses ancêtres avaient reçu du Ciel.
Classification archéologique. — Les principales étapes parcourues par l'homme préhistorique pour s'acheminer, de l'état de barbarie où il était tombé, vers la civilisation, sont désignées sous le nom d"'âges", et sont au nombre de trois : Vâge de la pierre, Vâge du bronze^ Vâge du fer. Mais il importe de remarquer que ces âges divers ne se sont pas nécessairement succédé dans le même temps dans toutes les régions. C'est ainsi que, à l'arrivée des Européens dans la Nouvelle-France, nos sauvages en étaient encore à l'âge de la pierre, — comme le sont, aujourd'hui encore, les indigènes de la Terre de Feu, de la Nouvelle-Guinée, du Kamtchatka, de la Nouvelle-Calédonie.
Fig. 73. — Couteau en silex taillé.
Vâge de la pierre. — Deux périodes marquent cet âge de la pierre : celle de la " pierre taillée " (dite paléolithique), et celle de la " pierre polie " (dite néolithique). Durant la première, contemporaine du mammouth, les silex sont taillés grossièrement ; plus tard, les silex sont plus petits, mieux taillés, et sont fixés au bout de bâtons pour former des couteaux, des massues, des lances, des flèches. Dans la période de la pierre polie, les armes ou les outils prennent une forme plus soignée. On a trouvé dans le sol de la Province, notamment dans la région du Saguenay, des spéci-