Chapitre II
C'est I'eau qui constitue l'élément liquide de la surface du globe. Dans les trois états (solide, liquide, vaporeux) qu'elle peut afifecter, elle joue un rôle considérable dans les phénomènes de la nature : nous l'étudierons à ce point de vue dans une autre partie de cet ouvrage. Dans le présent chapitre, nous n'avons à nous occuper oue de son existence sur les divers points de la surface terrestre où elle se trouve à l'état liquide, oui est son état naturel.
Si le globe terrestre était uni de surface, toute la masse des eaux le recouvrirait d'une enveloppe d'épaisseur faible, à la vérité, mais uniforme. Etant donné, au contraire, que le noyau central en fusion a diminué de volume en perdant de sa chaleur, et que la croûte terrestre a dû subir des plissements pour rester appuyée sur le noyau central qui la supporte, la surface solide de la Terre est devenue très inégale, et comme couverte de plis, ou de rides, ou de dépressions ; et les eaux se sont écoulées et amassées dans ces sortes de tranchées ou de creux que présente aujourd'hui la surface extérieure du globe. Suivant leur étendue, suivant la forme que leur font prendre les diverses conditions de terrain, ces amas d'eau sont des océans, des lacs, des fleuves ou des rivières. Nous dirons ici quelques mots de chacune de ces divisions de la masse des eaux qui existent à la surface de la Terre.
Océans. — La mer (ou les océans) occupe environ la moitié de la surface du globe ; son étendue est beaucoup plus considérable dans l'hémisphère sud (ou austral) que dans l'hémisphère nord (ou boréal), où les continents sont plus développés. Comme chacun l'a appris en étudiant la géographie, la mer se partage en quatre grands océans, qui sont : le Pacifique, V Atlantique, V Arctique, et V Antarctique.
La profondeur moyenne des océans est de 15,000 pieds environ. D'un océan à l'autre, et même d'un endroit à l'autre dans un même océan, la profondeur est très diverse. Elle est, par exemple, généralement moindre que 600 pieds entre l'Angleterre et l'Islande, et varie de 6,000 à 15,000 entre l'Angleterre et Terre-Neuve ; elle est de 12,000 pieds dans l'Atlantique nord, et de 16,000 dans le Pacifique nord. Les plus grandes profondeurs que l'on ait constatées dans la mer sont de 25,000 pieds, environ, au nord des Bermudes (Atlantique) et au large des îles Kouriles (Pacifique), et de 32,078 pieds à quelque distance au nord de l'île Mindanao (Philippines).
Comme on le voit, il y a une proportion entre les grandes élévations montagneuses et les grandes profondeurs marines. D'autre part, en observant ces inégalités si frappantes, qui se trouvent à la surface de l'écorce terrestre, on est porté à s'étonner devant ces énormes différences de niveau. Et pourtant, si on Tes considère par rapport au volume du globe terrestre, il faut reconnaître que, proportionnellement, elles sont de beaucoup plus faibles que celles des rugosités de la surface d'une orange.
Lacs. — On donne le nom de lac à une étendue d'eau relativement peu considérable, par comparaison avec l'étendue des océans. Un lac prend, du reste, le nom de mer lorsque ses dimensions sont très grandes. (Ex., mer Caspienne, mer d'Azof, en Europe.) — Ordinairement, les lacs ont pour origine l'accumulation des eaux dans les dépressions de la croûte terrestre, qui deviennent ainsi comme des réservoirs alimentés par les régions voisines
qui y déversent leurs eaux. D'autres fois, ils ne sont que des élargissements d'un fleuve ou d'une rivière, comme c'est le cas pour le lac Saint-Louis et le lac des Deux- Montagnes, dans le Saint-Laurent.
Les plus grands lacs du globe sont : en Asie, la mer Caspienne (120,000 milles carrés ); au Canada : le lac Supérieur (32,000), le lac Huron (23,000), le lac du Grand-Ours (12,000), le lac des Esclaves (11,000), les lacs Winnipeg (10,000) et Ontario (7,000) ; aux États-Unis, le lac Michigan (23,000), le Grand Lac Salé (6,000); en iVfrique, le lac Victoria-Nyanza (26,500), le lac Tanganyika (15,000), le lac Nyassa (12,000), Dans la province de Québec, nos lacs les plus importants sont : le Mistassini (1000 milles carrés), l'Abitibi (356) et le Saint- Jean (350).
Fleuves et Rivières. — Les cours d'eau qui traversent les terres se nomment '' fleuves " s'ils se jettent dans l'océan, et " rivières " quand ils débouchent dans les fleuves ou dans les lacs. On donne le nom de lits aux sortes de canaux dans lesquels ils coulent. Ces lits des fleuves et rivières ont pour origine : tantôt l'érosion produite par l'écoulement plus ou moins accidenté des eaux superficielles ; tantôt le déversement et l'écoulement des eaux dans les crevasses ou fentes, d'une étendue plus ou moins considérable, qui se sont formées par la contraction (due au refroidissement) de la croûte terrestre, ou par suite de quelque bouleversement causé par des éruptions volcaniques ou par des secousses sismiques. — Les ruisseaux et les rivières alimentent les fleuves, et par suite les océans, en leur apportant les eaux des régions qu'ils traversent, et qui proviennent elles-mêmes des neiges et des pluies résultant de la condensation des vapeurs qui s'élèvent sans cesse de la mer et des autres grandes masses d'eau.
Les fleuves les plus grands ou les plus importants sont : en l'Amérique du Nord, le Missouri-Mississipi (4500 milles), le Mackenzie-Athabaska (2600 m.), le Saint- Laurent (2200 m.) ; en l'Amérique du Sud, l'Amazone (4200 m.) ; en iVsie, le Yang-tsé-Kiang (3200 m.), l'Iénisséi
(3300 m.), rOb (3000 m.) ; en Afrique, le Nil (4000 m.), le Congo (3000m.) ; en Europe, le Danube (1900 m.), le Volga (2200m.), le Rhin (850 m.).
Outre le fleuve Saint-Laurent, qui la traverse de part en part, notre Province compte encore, entre autres rivières considérables, l'Ottawa (800 milles), le Saint-Maurice (350 m.), et surtout le célèbre Saguenay (250 m.), véritable fiord creusé par les glaciers comme un canal gigantesque, et qui atteint, entre ses parois élevées de 500, de 1000, de 1500 pieds, des profondeurs de plus de 3000 p.
Rapides, Cascades, Chutes et Cataractes, — Des interruptions brusques dans le niveau du lit des fleuves et des rivières produisent des rapides, des cascades, des chutes ou des cataractes, suivant l'importance de la masse des eaux ou de la hauteur d'où elles se précipitent.
Les cataractes du Nil, quoique célèbres, ne sont que de petites chutes de faible hauteur, qui n'interrompent même pas tout à fait la navigation sur ce fleuve.
Les chutes ou cataractes les plus importantes de l'univers, sont : la chute Victoria (moins remarquable par sa hauteur d'une centaine de pieds, que par la masse de ses eaux, et par sa colonne de vapeurs qui s'élève à près de 400 pieds, formée par le Zambèze, fleuve de l'Afrique méridionale, et qui, large d'environ 2800 pieds, se précipite dans une fissure de 75 à 80 pieds d'ouverture) ; et le Niagara (situé entre les lacs Erié et Ontario, au Canada, divisé par un îlot en deux cataractes très larges, hautes de 167 pieds). Dans la province de Québec, il y a deux chutes remarquables : la chute, haute de 302 pieds et d'un développement possible de 10 millions de ch.-v. (la puissance hydraulique possible du Niagara étant de 8 millions de chevaux- vapeur), du grand fleuve Hamilton, qui borne, au sud, le territoire d'Ungava (cette chute se trouve visà-vis l'extrémité ouest de l'île d'Anticosti, à 300 milles au nord), et la chute Montmorency, près de Québec, dont la hauteur est de 250 pieds. — Il convient de faire remarquer ici que la province de Québec, par le grand nombre
de ses rivières considérables à cascades et à rapides, l'emporte sur tous les pays, ou peu s'en faut, par l'énorme force hydraulique qu'elle peut développer pour les fins industrielles. Si d'autres contrées ont leur '' houille noire '^ comme réserve puissante de force motrice, nous avons ici en abondance ce que l'on nomme pittoresquement la '' houille blanche ", source inépuisable, et facile à mettre en œuvre, de pouvoir hydraulique. Il est donc aisé de prédire un avenir industriel de très grande importance à la province de Québec.