EAUX AUX JAMBES
Cette maladie consiste dans une inflammation , un engorgement et un écoulement considérable des talons ; la madère a une odeur paiticulièie et infecte, et le* talons sont quelquefois en état d’ul-
cération ; l’enflure s’étend fréquemment au -dessus de l’articulation du boulet, et quelquefois aussi haut que le genou ou jarret. Quand l’inflammation et l’enflure sont considérables , appliquez un large cataplasme au talon ( voyez Cataplasmes ) , axant soin de le tenir toujours humide, en y ajoutant de temps en temps un peu d’eau chaude* il faut eu même temps faire prend» e une médecine, trois ou quatre jours après que l'inflammation aura diminué. On peut alors discontinuer ie cataplasme elemployer une lotion astringente cinq ou six fois par jour. SI les talons sont ulcérés, appliquez l’onguent astringent pour les ulcères, et si les plaies sont profondes , et qu’elles ne guérissent pas promptement, bassinez les; avec la lotion détergente immédiatement avant chaque pansement. Il est surtout important de faire prendre un exercice régulier au cheval atieint de cette maladie j mais il faut choisir, à cet effet, un endroit propre et sec.
Dans les cas ordinaires , la lotion astringente et quelques bols diurétiques suffisent pour opérer la guérison; mais quand le mal existe depuis longtemps, surtout si le cheval en avait déjà été affecté, il sera plus difficile d’en triompher. On peut donner alors tous les jours avec l’avoine, la poudre al érarue suivante, jusqu’à ce qu’elle produise un effet diurétique très sensible. Dans des cas très opiniâtres , des sétons à la cuisse ont produit uu bon effet La digitale pourprée, ou gants de Notre-Dame , a été recommandée pour les enflures des jambes, qui sont une suite des eaux. Je n’ai pas encore essayé suffisamment son effet, pour donner une opinion à ce sujet. C’est un médicament vio-
lent pour le cheval, très propre à lui faire perdre l’appétit et à déi anger son estomac; on doit, par conséquent , le donner avec précaution : la dose est d'un demi-gros à un gros.
Quoique les eaux soient le plus communément occasionnées , soit par excès de nourriture et defaut d’exercice, suit par la négligence des palfreniers , il y a des cas où elles semblent provenir d’une débilité généiaie Je ne puis croire que celte débilité soit jamais la cause de la maladie ; mais je suis convaincu que le cheval est plus susceptible de la contacter, quand il est dans un état de faiblesse, et qu’elle doit sa prolongation à cette cause. Quand le cheval a beaucoup souffei t et particulièrement s’il paraît faible et hors de condition , une forte ration d’avoine aidera à son rétablissement, si on y ajoute en même temps la lotion astringente, un bon pansage, et surtout un exercice régulier. Quand la maladie provient de débilité , il ne serait pas convenable d’employer une médecine; cependant on a quelquefois obtenu beaucoup de succès de l’altérant suivant , donné tous les matins, jusqu’à ce que le ventre soit suffisamment libre.
Bol altérant .
Aîoès succotiin . 1 once.
Savon de Castille . i once
Gingembre, et mirrhe en poudre, de chaque . \ once.
Sirop, quantité suffisante pour six bols.
Quoique ce médicament ait une propriété relâchante, il augmente les forces du cheval et provoque T absorption.
Poudre altérante.
Résine en poudre et nitre , de chaque. 4 onces.
Mêlez , et divisez en huit doses.
Rien n’est aussi propre à prévenir les eaux et l’enflure des jambes, que de faire de fréquentes frictions sèches et de nétoyer soigneusement les talons aussitôt que le cheval revient de l’exercice. Dans les cas invétérés , où la maladie paraît être devenue en quelque manière habituelle , le seul remède est de mettre le cheval à l’herbe, si Fou peut se procurer un enclos sec, où il puisse être à l’abri dans le mauvais temps, et nourri de loin et d’avoine* ce serait d’autant plus convenable, qu’on pourrait a:nsi F employer à ses travaux ordinaires et en même temps obtenir la guérison de la maladie Dans certains eas opiniâtres, j’ai employé 5 avec succès, Faftérant mercuriel, en donnant un bol tous les matins, jusqu’à ce que le ventre soit libre.
Lotion astringente.
Alun en poudre. . i once.
Acide sulphurique . i gros.
Eau pure . . . i ch opine.
Mêlez.
Alun en poudre . 4 onces.
Vitriol de cuivre . | once.
Eau pure . i ehopine a.
Mêlez.
Sucre de plomb . 4 onces.
Vinaigre . 6 onces.
Eau pure . i chopine £
Mêlez.
La force de ces lotions a souvent besoin d’être modifiée lorsque l’inflammation et l’irritation de la partie sont considérables. Elles peuvent être étendues avec une égale quantité d’eau ; mais si l’inflammation est détruite et que l’engorgement et l’ulcération continuent d’exister, on ne doit pas craindre d’employer une trop forte solution d’alun.
Onguent astringent.
Saindoux . 4 onces.
Huile volatile de térébenthine 2 gros.
Extrait de Saturne . ï once.
Mêlez.
Térébenthine de Venise. . . t once.
Saindoux . 4 onces.
Alun réduit en poudre fine . î once.
Mêlez.
Altérant Mercuriel .
Calomelas . f gros.
Aloès . i gros.
Savon de Castille . 2 gros.
Huile volatile de genièvre . . 5o gouttes.
Convertis en bol, avec suffisante quantité de sirop pour une dose.
Poudre astringente.
Alun en poudre . 4 onces.
Bol d’Arménie . î once.
Mêlez.
Zinc vitriolé et bol d’Arménie en poudre , de chaque. . . . • 2 onces.
Mêlez.
Céruse . 2 onces.
Bol d’Armenie . î once.
Mêlez.
malandres et solandre*.
Quand une éruption galeuse se manifeste sur la partie postérieure du pli du genou, elle est appelée malandre, et quand la même espèce de maladie se déclare sur la partie antérieure du pli du jarret , on la nomme solandre. Si elles occasionnent la boiterie, il conviendra de commencer par donner une médecine. Le poil doit être soigneusement coupé sur la partie malade , et toute la matière galeuse nétoyée avec le savon et l’eau chaude. On peutalors obtenir une prompte guérison, en appliquant, deux fois par jour, l’onguent suivant.
Onguent .
Onguent de cire ou blanc de baleine. 2 onces.
Huile d’olive . i once.
Camphre et huile volatile de romarin, de chaque . 1 gros.
Extrait de Saturne. ....... 2 gros.
Mêlez.
Onguent de mercure nitrite et Huile d’olive , de chaque . 1 once.
Mêlez.
Huile de térébenthine . % once.
Acide sulfurique . 1 gros.
Mêlez avec précaution en versant l’eau peu-à-peu , et ajoutez huile de laurier . 3 onces.
Mêlez.
La lotion suivante a souvent réussi.
Vitriol bleu . . 2 onces.
Alun. . . 3 onces.
Eau . 1 pinte.
Acide nitieux . 1 gros.
Mêlez et appliquez tous les jours sur la partie malade , api es l’avoir bien néioyée ( Quant au -moyen de prévenir la maladie, voyez Pansage ).
morve.
Celle maladie est contagieuse , et je crois que , jusqu’à présent , ebe a été considérée comme incurab’e. On doit donc s’attacher particuliérement à rechercher les moyens d’en garantir les chevaux sains, et à reconnaitre les apparences qui peuvent
la faire distinguer avec certitude des autres maladies , ses symptômes sont un écoulement de Fuit ou des deux naseaux, et une tuméfaction des glandes de i’auge. Si un naseau seulement est affecté , il arrive communément que la glande enflée se trouve du même côté de la gorge. Quelquefois la maladie se maintient très long-temps dans cet état, d’autres fois l’écoulement augmente , prend une couleur verdâtre et une odeur très fétide. Il survient une ulcéiation dans l'intérieur du nez, la glande enflée durcit et semble étroitement attachée à la ganache.
On a quelquefois confondu le rhume avec là morve^ mais on peut très facilement l’en distinguer: les rhumes sont accompagnés d’un certain degré de fîevre et presque toujours ordinairement de toux; les yeux semblent appésantis et larmoyans, et l’appétit diminue. Si les glandes de l’auge viennent à s’enfler, elles ne ^’attachent pas aussi étroitement à la ganache que dans la morve , mais elles paraissent molles et mobiles sous la peau , elles sont aussi ordinairement dans, un état d’inflammation active , chaudes et plus souples que dans la morve. Dans les rhumes, les deux naseaux sont presque toujours affectés} dans la morve, il arrive fréquemment qu’il n’existe d’écoulement que par un seul. Dans les rhumes , je n’ai jamais vu les naseaux ulcérés 5 mais ils le sont toujours dans la morve , quoiqu’à di Kerens périodes de la maladie : quelquefois l'ulcération se déclare dès le principe, d’autres fois , il s’écoule un mois ou deux avant qu’on puisse la découvrir.
On a aussi pris la morve pour la gourme; mais dans cette dernière maladie les glandes enflammées ne tardent pas à suppurer et à créver, ce qui
détruit, le plus souvent, tous les autres symptômes ; tandis que dans la morve les glandes ne suppurent que rarement , ou même jamais. Afin , cependant, d’évner tout danger, il est prudent, aussitôt qu’on aperçoit un cheval jeter par le nez, de le placer dans une écurie où il ne puisse avoir i de communication avec auc un autre. Si les glandes de l’auge sont gonflées et enflammées; appliquezy un large cataplasme , exposez , ti ois ou quatre rois par jour, la tète du cheval à Faction desîf! vapeurs , en ayant soin de bien le couvrir, surtout autour de la tète, et faites-] ni prendre la poudre fébrifuge n°. 2 , chaque jour, ou une fois de douze heures en douze heures. Si l’écoulement est produit par un rhume, ces moyens le feront promptement disparaître. Quand on découvre une ulcé- i radon considérable dans le nez avec les autres symptômes concomitans de la morve , le cheval doit sur- le-champ être détruit.
Le moyen le plus efficace de désinfecter les écuiies où les chevaux morveux ont séjourné, est i j d’enlever ou de laver soigneusement tous les > objets sur lesquels le cheval a pu déposer de la ni matière, et de blanebir ensuite toute décurie auij luit de chaux.
Quoique toutes les expériences faites jusqu’ici pour découvrir un remède à cette maladie destructive semblent avoir clé infructueuses, je ne suis? jj nullement de l’avis de ceux qui pensent que le sujet est épuisé , et que tout essai ultérieur seraiul inutile. Cette opinion est excusable chez ces prati-fl ciens qui n’ont aucune connais ance de l’anatomie i et de la physiologie du cheval, ou des propriétés des médicamens , et, conséquemment , n’ont au-
€.un principe pour diriger leurs expériences ; mais depuis que Fart a acquis plus de considération , et que la pratique a fait de si grands progrès, qui sont dus aux. recherches et à la science des professeurs de nos jours, nous pouvons espérer que Fou fera de nouveaux essais qui obtiendront un succès plus heureux, et que nous poncions voir enfin cet animal, vraiment précieux, délivré d’une maladie si destructive. :
Quand la maladie vénérienne fit sa première apparition en Europe , on en ressentit cruellement les ravages, et des milliers d’individus en furent les victimes. On essaya presque tous les remèdes des matières médicales sans succès, et elle fut généralement considérée comme une maladie incurable. Si les médecins eussent été alors découragés par l’insuccès de tant d’expériences, et les eussent abandonnées comme une entreprise sans espoir , c’eût été un malheur réel pour les adorateurs de la déesse de Cypris ; mais par la persévérance toutes les difficultés furent vaincues, et Fantidote fut à-la- fin découvert. Ainsi , quoique nos essais pour guérir la morve aient, jusqu’ici, été sans succès , on ne doit nullement les abandonner comme une recherche infructueuse , ce doit plutôt être, au contraire, une source d’émulation pour le vétérinaire qui voudra exercer ses taléns et son génie : car, plus elle présente de difficultés, plus il y a de mérite et d’intérêt attachés à la découverte. 11 peut y avoir bien des pas «à faire avant que nous arrivions à ce but désirable , et celui qui fait quelques progrès p'our y parvenir rend service à la soc iété. On ne découvrira peut-être pas tout- àcoup le mode de guérison, mais on pourra y
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parvenir par des découvertes graduelles et successives.
11 résulte des observations que fai été à portée i de faire sur la morve, qu’elle provient ordinairement de la contagion , quoiqu’elle puisse survenir spontanément ou par la respiration d’un air vicié. Un exemple remarquable de ce cas arriva il y a quelques années. Des chevaux furent em- ■ barques pour le continent* durant le voyage , on j fut obligé de fermer l’écoutille, ce qui empêcha la libre circulation de l’air ; par suite de cette mesure plusieurs chevaux furent suffoqués, et ceux t qui survécurent furent immédiatement attaqués de 3a morve. I! est prouvé, par une expérience presque journalière, qu’elle se communique par contagion. Combien donc est il important, toutes les fois que cette eff rayante maladie se manifeste, d’avoir toujours cette idée présente à la mémoire, et d’employer les moyens les plus énergiques pour en ï arrêter les progrès; et combien de chevaux de prix auraient été sauvés, si les palfreniers , et les personnes employées à soigner les chevaux morveux eussent pris les précautions convenables.
En considérant l’origine, les progrès, elles symptômes de la morve, on apercevra uneanalo -ieViappante entr’elle et la maladie vénérienne. Quand le virus vénérien touche une partie qui sécrète un fluide muqueux, tel que l’urètre ou autre conduit urinaire, ou la surface interne du nez, il produit une espèce particulière d’inflammation, et forme la matière contagieuse quia le pouvoir de communiquer la maladie a d’autres individus. Si le virus de la morve vient à toucher le nez du cheval , il s’établira une inflammation et un écoulement de matière, et cette
matière possède la même propriété contagieuse que celle quil a produite. Quand le virus vénérien touche la peau à un endroit où l'épiderme est très mince, ou a été enlevé, il produira un chancre ou ulcère, et les glandes contiguës s’enflammeront et se tuméfieront par l’absorption du virus , qui finira par s’insinuer dans la circulation et infecter tout le système. Quand le virus de la morve touche de la même manière un cheval, il produit un chancre, ou, comme on l’appelle communément, un ulcère farcineux , les glandes voisines sont enflammées et tuméfiées j le virus, après quelque temps, se mêle dans le sang, et le cheval contracte complètement la morve, et en meme temps la maladie appelée farcin. Quand le virus vénérien touche une partie saine du sujet même qui l’a produite, on dit qu’il est sans ejffet; il en est de meme de l’humeur morveuse. Mais on doit observer ici, que quand cette humeur touche la peau d’un cheval déjà atteint delà maladie, quoiqu’elle provienne d’nn autre cheval, elle ne produit pas de chancre. Les médicamens qui admettent dans leur combinaison une grande quantité d’oxigène, et qui ont, en même temps, si peu d’attiactinn pour ce principe, qu’il s’en dégage facilement , sont les remettes eujpt^jc® contre les maladies vénériennes. Parmi ces médicamens , on distingue sut i out les préparations mer cuiielles, quoiqu'on prétende aussi que l’acide nitreux et la muiiate sur oxigène de potasse soient des antidotes contre le virus vénérien.
J’ai vu l’écoulement et les autres symptômes de la morve diminuer considérablement par l’usage des acides, et j’ai su que l’emploi des préparations mercurielles l’avait fait disparaître momentané*
ment. On a souvent opéré la guérison du farcin , par l’usage du mercure $ mais je crois qu’on n’a jamais eu d’exemples qu'il ait produit la cure radicale de la morve, quoique j'aie la certitude qu’il a été très scrupuleusement essayé.
La connaissance que nous possédons de la morve, peut certainement nous encourager a poursuivre nos recherches, toutes les fois qu’il est possible de le faire avec sûreté ; et quoique 110s expériences ne nous aient conduits à aucun remède infaillible contre cette maladie, elles peuvent nous laire découvrir Un mode plus certain de la prévenir qu’aucun de ceux qui sont connus, et même , peut-être , nous donner les moyens de la guérir, dans ses premières périodes. On a prétendu que l’inoculation du vaccin préservait le cheval de la contagion de la morve ; mais ceci, je crois, n’est plus regardé maintenant que comme une simple conjecture, quoique certainement l’idée en soit plausible et qu’on doive en faire l’expérience.
(Voyez Morve. Appendix.)