ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU PIED
De toutes les maladies auxquelles les chevaux sont su ets, celles qui affectent le pied sont les plus fréquentes et les plus difficiles à guérir; et quelqu ’improbable que cela puisse paraître , quand on n’a pas été à portée d’y donner une attention soutenue, il est de fait incontestable, que presque toutes ces maladies sont occasionnées par l ignorance et la maladresse des maréchaux.
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Celui qui a euVouvent occasion d’en suivre les progrès , et qui a pris la peine d’en rechercher les causes peut seul apprécier l’importance de cette branche de 1 art vétérinaire : il sera convaincu que la moitié des chevaux mis hors de service , sont atteints de quelques défectuosités dans les pieds, et que ces défectuosités sont très communément occasionnées par une mauvaise méthode de ferrer. Il e t donc assurément trè» important a tout homme qui attache du prix à son cheval , d’acquérir, su. ce sujet, la connaissance necessaire pour pouvoir préserver un animal si utile a un
grand nombre de malad es. ,
Les mauvais effets qui résultent de la méthode ordinaire de ferrer sont très variés, mais comme nous nous sommes appliqués à les reconnaître , nous couvons aisément en rendre compte. Les gradations entre l’état de santé et un boitement absolu sont si nombreuses, qu’il est difficile de remonter à la source des maladies qui assiègent le pied , sans avoir quelque connaissance de sa structure, et des fonctions particulières des diverses parties qui le composent. 11 est nécessaire aussi de bien connaître sa forme naturelle, afin de determiner jusqu’à quel point il a pu être altéré ou
détruit parla ferrure. Par exemple, prenezun cheval
oui a un pied sain , bien fait : quil soit mal pare,, et qu’ôn lui applique de mauvais fers, il est.! probable que la boiterie n’en sera pas la oon-4 séquence immédiate 5 mais , par la repetition de cette pratique, la forme naturelle du pied s altérera graduellement et, quoi qu il arrive, elle: sera asssez déformée pour produire, peut tre.t
Une claudication incurable. 11 rie faut donc pa& adopter une méthode de ferrer par cela seul qu elle n’occasîohhe pas de boiterie immédiate , mais on doit aussi considérer les effets qu’elle prod: it sur la forme et la structure du pied; et l’on peut regarder comme une règle invariable que tout mode de ferrer et de traiter le pied , qui tend à altérer la forme qu’il tient de la nature, est tout- -à-fait absurde et destructif ; tandis que la pratique qui tend à conserver la forme natuielle est fondée sur des piincipes sains et laisonnables.
On a observé , avec raison , que si l’on veut examiner un pied parfait, tel que la nature la formé , il est nécessaire d’en choisir un qui n’ait jamais été ferré; caria manière ordinaire de ferrer est si f équemment destructive, que l’on rencontre rarement un cheval dont les pieds n’aient pas perdu, jusqu’à un certain point, leur première forme , et cette déviation est proportionnée à la durée du temps pendant lequel il a été ferré. De là K s auteurs sur i’bippiatrique ont été conduits à former diverses opinions sur la forme à préférer pour le pied du cheval; mais s’ils eussent consulté la nature, cette variété d’opinions n’aurait pas exis é : ils se seraient convaincus que les pieds de tous les chevaux , dans l’état de nature ou qui n’ont pas été mal ferrés, ont presque tous la même forme ; et , assurément, personne ne contestera que cetne foVme donnée par le créateur ne soit la plus parfaite, et bien plus convenable à tons les usages auxquels le cheval a été destiné , qu’aucune autre que pourrait adopter le maréchal le plus habile.
Celui qui ne connaît pas l’anatomie du pied
suppose naturellement que les parties internes sont simplement renfermées dans le sabot , et que , par sa dureté , il sert à les préserver des fortes percussions et de la compression auxquelles elles seraient, sans cela, continuellement exposées : mais la moindre réflexion lui prouverait l’insuffisance de ce moyen de défense. Qu il se convainque que ces parties internes sont remplies de vaisseaux sanguins et de nerfs , et possèdent un grand degré de sensibilité; qu’il considère aussi le poids immense qu’elles doivent supporter à chaque pas, et quelle secousse douloureuse l’animal ressentirait s’il n’eût que cetie défense contre les lésions extérieures. La nature, toujours prévoyante, a construit cette partie de manière à obvier à ces inconvéniens : quelque partie de l’économie animale que l’on examine, on est étonné de la sagesse infinie dont elle porte l’empreinte. On ne peut trop affirmer aussi que le pied du cheval off e une Leauté et une curiosité frappante : on y trouve une variété de moyens merveilleux pour prévenir tout mouvement douloureux que pourrait occasionner une forte charge ou de violens efforts ; mais telle est la folie ou l’entêtement des maréchaux , qu’ils détruisent ou altèrent tout ce beau mécanisme, et le malheureux animal est condamné a travailler avec peine ou à boiter toute sa vie.
11 n’entre pas dans le plan de ce chapitre de donner une description élaborée de la si^ucture anatomique du pied ; mais il est essentiellement utile de présenter un exposé propre à faciliter au lecteur les moyens de comprendre les principes de la ferrure et la méthode de préserver
les pieds de beaucoup de maladies douloureuses i et incurables.
Le pied est composé d’une grande variété de parties, dont quelques-unes possèdent des vaisj seaux sanguins et des nerfs comme les autres parties du corps, et sont éminemment sensibles} et les autres sont composées d’une subsiance i cornée entièrement privée de sensibilité. Toutes les parties extérieures , qui , prises ensemble ,
; sont appelées le pied ou sabot , sont composées de cette substance cornée , qui est non-seulement i très dure, mais très compacte et élastique, ce I qui la rend durable et bien propre à garantir les parties sensibles qu’elle renferme.
Le sabot se compose de la muraille ou paroi , de la sole, delà fourchette et des arcs-boutans. l a partie supérieure de la paroi , h l’endroit où elle est unie à la peau, est nommée coûronne , la parue inférieure du devant, ongle ; les côtés de la paroi , quartiers ; les quartiers se terminent aux talons; et les talons sont joints à la fourchette. La paroi prend naissance à la couronne , et au lieu de suivre une direction perpendiculaire, elle décrit , en descendant, une ligne oblique, ce qui lui donne une forme conique, étant beaucoup plus large à sa base qu’à la couronne. Cette description du sabot ne s’applique qu’à un pied sain qui n’a pas été déformé : car, quand les aics-boutans ont été détachés , et la fourchette mutilée de manière à ne plus recevoir la pression , les talons se contractent ou se rapprochent l’un de l'autre, et la forme du pied s’altère.
Quand on examine un sabot récemment détaché du pied , on découvre un nombre immense
de petits orîfîces~ou pores dans îa rainure que l’on aperçoit en dedans delà couronne. Les extrémités des vaisseaux qui sécrètent la corne sont insérées dans ces orifices, et toutes les parties de îa corne paraissent imbibées d’un fluide pénétrant qui sert à en prévenir la fragilité et h conserver au sabot un degré convenable de flexibilité.
Toute îa surface interne de la paroi, excepté la rainure que nous venons de mentionner, est recouverte d’une belle substance membraneuse ou laminée, qui ressemble beaucoup à la surface du dessous d’un champignon. Cette substance est formée ou p’utôt entrelacée par de semblables lames ou membranes qui couvrent tou es les surfaces antérieures ou latérales du pied sensible, et assure la jonction de la paroi avec les parties internes. Ces membranes 'ne sont pas seulement d’une grande force, elles possèdent aussi un degré considérable de flexibilité , e; constituent un de ers ressorts merveilleux dont îa nature a pourvu cette partie pour prévenir toutes percussions, quand l’animal est en mouvement. On a prouvé d’une manière incontestable, en enlevant l’intérieur du sabot d’un cheval vivant, c’est-à dire la sole et la fourchette, que ces laine*, forment une union entre la paroi et le pied sen ible, d’"ne for ce suffisante pour supporter le poids de l’animal. D;ins ce cas, si les lames n’é aîent capables de supporter le poids du cheval , le pied interne aurait été obligé de glisser au travers du sabot , de manière à poser par terre; mais cela n’arriva pas, et la sole, en se reproduisant, reprit sa forme concave.
Comme ces lames serv nt à unir fortement h paroi et le pied interne , il est évident que le
pied est en grande ’partie supporté par la paroi qui , par cette raison , doit avoir une' force considérable ; car , si elle était trop faible et trop flexible , elle ne serait pas proportionnée au fardeau qu’elle a à soutenir, et payerait conséquemment sous lui. Dans ce cas, le sabot prendrait ceUe forme oblique qu’il avait originairement et approcherait de la ligne horisontale; la sole pet di ait, en même temps, sa forme concave, en îeccvantun degré de pression plus qu’ordinaire, deviend ait plaie, et à la fin convexe ou saillante. Mais, quand la paroi est suffisamment forte, le pied interne, et par conséquent tout l’animal , est suspendu par ces memlranes élastiques , comme une voiture sur ses ressorts* et quoique la partie plantaire du pied interne soit en contraste avec la sole, elle n’opère néanmoins sur lui aucune pression considérable, excepté quand le cheval est en mouvement : alors la partie postérieure de la sole descend un peu , étant douée d’une certaine flexibilité, permet l’écartement des lames jusqu’à un certain point, de manière à prévenir toutes secousses douloureuses. La face plantaire du sabot est îoimée par la sole , la fourchette et les arcsboula ns.
La sole est presque concave ou creuse à la surface extérieure , et consiste en une espèce de corne, difiéiente de celle qui forme la paroi; elle est d’un tissu écailleux , et quelquefois tendre et susceptible de s’en aller en poussière. Son usage est de pro.éger la sole sensible, au-dessus de laquelle elle est immédiatement placée ; sa forme concave donne au cheval la facilité de marcher plus fermement sur la terre, et les parties sensi-
blés sont moms exposées aux percussions ou k la compres-ion , qu’elles ne le seraient si elle fût plate on convexe; par son élasticité et sa flexibilité aux talons, elle aide l’action de ces iessorts merveilleux que nous venons de décrire.
La fourchette est une partie très importante, et exige un examen particulier. Elle e»t intimement unie à la sole, maL elle est composée d une espèce de corne plus compacte et plus élastique. Elle ressemble à un coin pour la forme ; mais, vers le ta!on , où elle se développe et s’élargit, il existe une échancrure dans le milieu , qui se prolonge jusqu’au talon. Quand elle reçoit ia pression du poids du cheval , la séparation augmente , et conséquemment la fourchette s’élargit, cl comme elle est unie aux talons de la paroi, iis éprouvent le même effet.
Gomme une grande partie de la fourchette est placée denièie l’os du pied, et que l’espace qui existe entre cet os et le nerf postérieur est rempli par une sub tance onctueuse et élastique, elle foime encore un de ces ressorts merveilleux dont la nature a pourvu l’animal pour prévenir les secousses
Quand la fourchette est en contact avec la terre, il est évident qu’elle doit tendre à élargir ou étendre les talons, à cause de sa connexion avec eux, comme nous l’avons ci-dessus observé, et avec deux eartillages ou corps élastiques , qui sont couverts, en grande partie, par les talons et les quartiers de la paroi, et appartiennent au pied interne Quelle que soit la disposition des talons k se contracter, lorsqu’on a soin de tenir le pied chaud et scc y celle contraction ne peut pas avoir lieu
lorsque la fourchette pose à terre, parce qu’alors une grande partie du poids de ranimai lui est opposée.
Quelques auteuis ont supposé que l’usage principal de la fourchette est de servir comme de coussin et de point d’appui au nerf postérieur $ quand on considère cependant la structure et la situation relative de ces parties, cette pi étention ne paraît pas très probable . D’après ce qui a été dit de la fourchette, le lecteur peut juger deson importance, et combien il est nécessaire de veiller à sa conservation; mais telle est la pratique destructive des maréchaux, qui semblent avoir prisa tache, dans ces occasions, d agir en opposition avec la nature , que cette partie est la première mutilée ou mise hors de set \ ire.
Les arcs beu tans forment un sillon de chaque côté de la f turebeite , qui s’étend du talon de la paroi vers l’ongle de la fourchette. Ils semblent être une continuation de la paroi , étant , comme elle , composées de fortes libres longitudinales à leur point de jonction avec la paroi ; ils présentent un ferme appui au talon du fer. L’usage des arcs-boutans est de s’opposer à toute disposition de contractilité dans le sabot , en servant d appui aux talons ; mais , dans la pratique ordinaire de ferrer, ils sont généralement détruits : car les maréchaux supposent qu’ils attachent les talons, et les empêchent de se développer ; c’est pourquoi ils les appèlent les liens ou bridons, et les coupent, afin, disent-ils, d’ouvrir les talons. Cet usage n’est pas néanmoins si frequent qu’il l’était autrefois,,
Après avoir terminé la description du sabot %
nous allons presenter celle du pied interne ou sensible .
Toutes les parties dont le pied interne se compose sont , comme nous l’avons ci-dessus observé , douées d’une grande sensibilité et adaptées si exactement à ia cavité du sabot , qu’elles le remplissant complètement sans éprouver aucune incommodité de la pression.
IVîa>s quand le pie l a été déformé par les maréchaux , quand ils ont privé la fourchette de sa stiiface dure, pour lui donner ce qu’ils appèïent une tournure élégante, (comme si la nature avait été assez grossière dans cette partie de son ouvrage, pour avoir besoin d’etre rectifiée par des mains aussi habiles) ; quand la fourchette a été ainsi mutilée , les arcs-boutans détruits , et les fers ( (jui sont ou relevés ou très épais aux talons) appliqués; et quand, pour épargner leur peine , ce fer a été posé presque ronge sur le pied, le sabot, dans ce cas, doit nécessairement se contracter; ce qui diminuera sa cavité , de mauière que les neifs et les vaisseaux sanguins seront comprimés, la circulation du sang arrêtée, et une inflammation et le boitement en seront probablement la conséquence.
Toutes les surfaces antérieures et latérales du pied sensible, sont couvertes de cette membrane ou substance laminée que nous avons ci-dessus décrite; mais elle diffère des lames que l’on trouve dans la surface interne de la paroi, en ce qu’elle possède de nombieux vaisseaux sanguins, ce que l’on peut aisément démontrer en infectant de la cire colorée dans le tronc des artères ; mais on ne peut donner une apparence vasculaire aux lames
de la paioi quelque légère que soit l’injection , ce qui les fait supposer insensibles. On peut observer un corps saillant et presque rond sur toute la partie supéiieure du pied sensible où se lerminent les lames , lequel s’étend tout autour de la couronne jusqu’à la partie postérieure de la fourchette. On le nomme anneau coron dre -la surface est recouverte* par les extrémités des vaisseaux, qui sont très aoparens quand les artères ont été injectés de cire colorée. C’est à partir de ce point que le sabot commence.
La fourchette et la sole sensible forment la partie inférieure du pied interne; la première ressemble parfaitement dans sa forme à la fourchette de corne , à la concavité de laquelle ses parties convexes sont exactement adaptées. En déciivant la fourchette de corne , nous avons eu occasion de mentionner sa connexion avec deux corps élastiques ou cartilages qui sont en grande partie couverts par les talons et les quartiers du sabot ; mais celte connexion s’opère par le milieu de la fourchette sensible qui est |>1 ? s immédiatement unie à ces cartilages. Quand la première se trouve en contact avec la terre et reçoit la pression du poids du cheval , la dernière se relève et s’élaigjt, et les cartilages en meme temps se resserrent, s’écartent et facilitent ainsi l’expansion des talons et des quai tiers, elles aident à prévenir l’effet des percussions. La fourchette et la sole sensiMe sécrètent la Corne qui forme la fourchette et la sole exténeures. A cet effet , elles sont pourvues de nombreux vaisseaux sanguins, dont ou peut apercevoir les extrémités sur leur surface , qui deviennent très apparentes quand les artères,
ont été injectées avec de la cire rouge. Delà nous pouvons rendre compte des fies et de la pourriture de la fourchette qui accompagne ordinairement cette maladie ; car quand la fourchette sensible est comprimée et enflammée par une contraction des talons, elle devient incapable d’accomplir sa fonction principale, qui est la sécrétion de la corne, et le sang qui était destiné à cet objet est principalement employé à fournir la matière infecte qui forme les fies ; on peut aussi parla apprendre la cause pour laquelle les soles des chevaux qui ont les pieds plats sont plus minces qu’à l’ordinaire. Quand la paroi cède à la pression du poids du cheval , et laisse le pied interne porter ain.-i sur la so'e , de manière à la rendre p^ate ou convexe , la pression extraordinaire que la sole sensible reçoit, l’enflamme et epipêche plus ou moins la reproduction de la corne.
La sole sensible est immédiatement située sous la sole de corne, qui la préserve de percussions ou de compression. Quand la sole de corne perd sa forme concave, s’amincit et devient incapable de remplir ses fonctions, si l’on appliquait des fers plats, ou si on laissait porter la sole sur la terre 9 il s’en suivrait un boitement, et c’est pour ' préserver la sole de compression que l’on emploie dans ces cas le fer concave ou creux. Quand ces parties que nous avons décrites sont séparées du pied sensible , on aperçoit les tendons , les îigamens et les os.
Il ne sera peut être pas inutile d’indiquer les os seaamoides et l’os naviculaire ou os de la noix : les premiers sont unis par derrière ayec l’extré-
: mité inférieure du canon ou os de la jambe. Ils consistent eu deux petits os fermement unis par le moyen de très forts ligamens; iis forment une partie du boulet ayant une articulation mobile avec les os du canon. Leurs parties extérieures présentent i une surface lisse et polie sur laquelle glissent les j nerfs postérieurs, et le même ligament qui compose i cette surface environne les nerfs postérieurs de ; manière à leur servir de gaine et les maintenir J dans leur situation. Il se forme dans cette gaine un fluide semblable a la synovie ou huile d’articulation, pour le rendre doux et glissant et donner au tendon la facilité de mouvoir aisément sur lui. Comme ces os se projectent un peu, ils servent f comme de poulies aux tendons sur lesquels ils glissent, et procurent une force mécanique considérable aux muscles fléchisseurs du membre. L’os naviculaire sert comme d’une autre poulie au tendon ou nerf postérieur • il est joint par derrière a l’os du pied et au petit paturon , et présente au tendon la même surface polie et la gaine que nous venons de décrire.