‹ Abrégé de l'art vétérinaireChapitre 53 sur 78 · NOURRITURE, EXERCICE ET PANSAGE · texte numérisé non relu

NOURRITURE, EXERCICE ET PANSAGE

Ce sont des sujets d’une importance majeure et qui exigent plus d’attention qu’on a coutume d y

en apporter. En effet , la santé et la condition des chevaux dépendent principalement d’un régime convenable.

Quand un cheval est dans l’état de nature, et qu’il ne prend qu’un exercice volontaire, il n’est pas douteux que les alimens verts, que lui procure la bienfaisance du créateur, sont mieux appropriés qu’aucune autre nourriture à sa constitution et à ses besoins ; mais quand il est soumis à l’état domestique , et employé à des travaux pour lesquels on le trouve si essentiellement utile , il est nécessaire de conformer la quantité et la qualité de sa nourriture à la nature du travail qu’il doit exécuter. Quand donc on en- ! treprend de mettre un cheval en condition , il est nécessaire d’abord de connaître s’il est destiné, ; pour la course, la chasse ou la voiture.

t Un cheval, pourvu qu’il soit en santé, peut ï avoir sa condition et son haleine dans le meilleur ï état de perfection possible par un régime simple, mais bien ordonné, à l’égard de la nourriture, de l’exercice et du pansage ; et nonobstant le mystère et le secret affectés par ceux qui font le métier de dresser les chevaux de course;, j’oserai affirmer que c’est par un très simple procédé, que tout le monde peut aisément exécuter : il suffit,' pour cela, de réfléchir attentivement sur les principes que nous allons exposer, et de ne pas ! se laisser influencer par un palfrenier ignorant. 11 | est un fait, qui n’est peut-être pas suffisamment connu , c’est que la force d’un animal ou de toutes les parties de son corps, peut être portée a un degré ) considérable, parle moyen d’un exercice convenablement réglé - et comme la respiration s’opère <| par la force des muscles, il s’en suit que la force

ou la perfection de cette fonction , ou ce qu’on appelle vulgairement bonne baleine , doit dépendre des muscles destinés à accomplir l’action de la respiration j et si l’on ne perd pas de vue ce seul principe, on paniendia mieux à l’amélioration de l’haleine d’un cheval, que l’on ne pourrait le faire en apprenant tous les mystères que l’on meta les diesser. Pour avoir une idée claire des moyens de mettre les chevaux en bonne condition et en haleine , supposons qu’il vienne d’etre retiré de l’herbe : car , le cheval qui accomplit un travail pénible, durant les autres parties de l’année, doit jouir, en été, d’un repos nécessaire, sans quoi, les pieds ainsi que les nerfs, les articulations et les iigamens etc. des membres seraient sujets à souffiii matéiieiiement , et Ja santé générale du cheval est souvent altérée par cette privation. Mais si l’on ne se trouve pas dans la situation de pouvoir lui procurer ce repos bienfaisant, on s’efforcera d’y suppléer par une ecurie vaste et bien aérée, où l’animal soit en liberté. Si fou ne peut pas lui donner une nourriture de végétaux verts, telle que luzerne, vesce, trèfle, etc., on la remplacera avantageusement par des carottes. Pendant ce temps de repos , on lui offrira souvent à boire , et on le laissera boire à sa volonté, mais cependant avec modération. On lui donnera peu d’avoine, et jamais, en aucun cas , de pois ou autres substances de cette espèce; la meilleure nourriture sèche est peut-être un mélange d’avoine , de foin coupé et de son, donné alternativement avec des alimens verts ; ou si l’on peut se procurer une quantité suffisante d’alimens verts, on en donnera très peu de secs. Ce traitement suppiéra^ en quel-

que sorte, au pâturage , pourvu que l’écurie soit grande et Lien aérée; il faut aussi que la lumière y pénètre librement : et si l’écurie ouvre dans une cour commode , on peut laisser le cheval entrer et sortir a volonté ; mais s’il n’a que l’écurie pour se retourner , il sera bon de le sortir au pas matin et soil*, et de le laisser boire à volonté à un ruisseau O u à une rivière. Il faut entretenir en même temps ses pieds en état de fraîcheur et de souplesse: on y parviendra en le faisant séjourner tous les jours dans l’argile claire et dans la boue. S'il sort de l’herbe, ou de la situation et du traitement que nous venons de décrire, à l’effet d’être mis en co ndition pour la course, la cliasse ou la voilure, le premier objet digne d’attention est d’opérer graduellement et avec le moins d’inconvénient possible pour 1 animal , le changement de sa nourriture et de ses autres habitudes. S’il revient de l’herbe , il faut le placer dans une écurie vaste et aéiée, et l’y laisser en liberté. On le fera boire fréquemment, et , au beu de le priver tout-à-coup du vert, on lui donnera d’abord quelques carottes avec du son et une quantité modérée d’avoine ; on le sortira, pour le promener, au moins une fois par jour , ou augmentera graduellement sa ration d’avoine, et on diminuera, en égale quantité, celle de son et de carottes, jusqu’à ce qu’on cesse totalement ces dernières. S’il boit beaucoup, on lui donnera peu d’eau à-la fois ; mais en tout temps et dans presque toutes les circonstances, il convient de faire boire un cheval quatre fois par jour , et ceci , au lieu d’oppresser son estomac ou de nuire à son haleine, facilitera la digestion, conduira matériellement à la conservation de la santé

et aux progrès de la condition. Je n’ignore pas le préjugé qui existe contre cet usage, on suppose, qu’il donne du ventre à un cheval , et le rend ainsi impropre àgalopper long-temps sans exposer son haleine. Je suis convaincu, néanmoins, nonseulement par ma propre expérience , mais aussi par celle de chasseurs expérimentés, que, loin d’occasionner aucune espèce "d’inconvénient, il en résulte un grand bien. Quand on laisse boire un cheval quatre ou cinq fois par jour, il n’a pas, de disposition à boire beaucoup , et , souvent , il ne boira pas autant en vingt-quatre heures, qu’un autre qui boit à sa volonté deux fois par jour. A mesure qu’on augmentera la ration d’avoine , on lui fera faire progressivement plus d’exemce, et, si ce régime est bien suivi , il ne sera pas absolument nécessaire d’avoir recours à une saignée ou i à une médecine. 11 faut, cependant, le surveiller soigneusement pendant le temps qu’on augmente sa ration d’avoine et qu’on diminué celle de carottes et de son j et s’il paraît abattu , ou s’il éprouve de la toux , quelque faible qu’elle soit, cet état annonce une disposition inflammatoire du corps , et démontre l’utilité d’une saignée modérée ou d’un J laxatif. Mais avec un régime convenable, je ne $ crois pas que ces symptômes puissent jamais se « manifester, quoiqu’ilsse déclarent presque toujours quand un cheval retiré de l’herbe est trop subi— U tement placé dans une écurie non aérée, et nourri d’alimens secs. Dans ces cas, la saignée et une pur- légation sont indispensablement requises pour prévenir des maladies très sérieuses. C’est peut-être cette circonstance qui a donné lieu à l’usage absurde de faire prendre régulièrement trois fui tes méde- ||

cines comme un préparatif nécessaire.' Une semaine environ après qu’un cheval est retiré de l’herbe, je crois qu’il est très à-propos de lui donner un purgatif très doux , tel que le n°. 1 ( voyez Médecine ); non pas que je sois convaincu qu’il soit absolument nécessaire , mais parce qu’il ne peut avoir aucun inconvénient, et si le cheval a été trop nourri ou n’a pas pris assez d’exercice, ou si l’estomac et les intestins ne sont pas en état de santé ou contiennent des vers, un purgatif doux produira beaucoup de bien. C’est par ce motif que j’ai toujours recommandé deux ou trois médecines douces pendant le temps qu’on prépare un cheval à entrer en condition ; mais j’ai vu tant d’exemples des effets de fortes médecines prescrites dans plusieurs ouvrages de maréchallerie , et communément employées par les palfieniers, que je crois nécessaire d’avertir le lecteur de ne laisser jamais à son palfrenier ou à son maréchal le soin de préparer ou de prescrire aucun médicament purgatif. Ces fortes doses ne produisent pas toujours un mauvais effet immédiat , mais ce n’est pas une preuve de leur innocence et encore moins de leur utilité. Je puis, avec vérité, affirmer avoir vu périr plusieurs chevaux par l’effet de fortes médecines, et un plus grand nombre qui 71e se sont jamais parfaitement rétablis de la débilité qu’elles avaient occasionnée (1).

(i) Un poulain de race et de prix fut attaqué d’une colique, qui parut d’une espèce venteuse , et non dangereuse quoique violente; on employa les remèdes ordinaires sans succès , et Ton trouva , en essayaut.de donner un lavement, que la tnembranrc interne du rectum était si relâchée «t si étendue, qu’ür ne fut pas possible de Tinjectcr. Le

Pendant la première semaine de la rentrée d’un elle val à l’écurie , il est très important de le promener au pas 5 mais ensuite on peut, par degrés, le mettre an tiot ou au petit galop , et si cet exer cice excite la transpiration, on aura soin de le né loyer et, en général, de le pâmer dès qu’il sera rentré à l’écurie.

Ainsi, eri habituant peu-a-peu un cheval qui sort d’un état naturel ( et par là , j’entends qu’il était en plein air et à l’herbe ) à une écurie commode et aux grains secs, il sera peu exposé a ces maladies funestes qui sont souvent la suite des ckangemens subits dans la situation et daus le régime. En proportionnant ses exercices à sa nourriture , et en portant peu-à-peu le système musculaire au degré de force dont l’animal a besoin, il n’est pas douteux que son haleine, sa force, son activité et sa condition générale seront portées au plus haut point de perfection possible. En décrivant le régime général des chevaux à i’é-

poulain mourut environ seize heures après l’attaque- En examinant le corps après la mort , on trouva les intestins à-peu-près sains, excepté le rectum , à son extrémité , dont la membrane interne était si relâchée et si grande, que la cavité était presque détruite, et il restait à peine un passage pour les excrémens ; la tunique sensible interne de l’estomac paraissait aussi affecté ; elle était très faible et se déchirait aisément . mais elle n’était pas enflammée. Environ huit jours après je fus informé , par hazard , que l’homme qui soignait ce poulain, qu’il préparait pour la course , lui avait donné trois médecines; et que la dernière « avait si bien opéré , qu’il croyait que la purgation ne finirait pas. » Telles étaient, à-peu-près , les expressions dont s’était servi cet homme dans une conversation qu’il eut avec un palfreniw , avant que ie poulain fût attaqué dç maladie.

curie , nous pensons qu'il est nécessaire de riê négliger aucune particularité , parce que beaucoup de circonstancrs qui semblent indifférentes et auxquelles on fait peu «d’attention , ont une grande influence sur la santé du cheval.

Les chevaux qui servent pour la chasse , pour la poste ou pour les voitures publiques ; enfin 9 tons ceux qui sont obligés d’entreprendre un travail dur et rapide à de certaines périodes, exigent un antre traitement que ceux qui sont employés à lin travail plus modéré. Les premiers ont besoin de se coucher le plus possible, afin que les muscles puissent plus promptement recouvrer leur forcej mais il n’est pas nécessaire aux derniers , pour se reposer , de se coucher autant. Ils ne souffrent aucun inconvénient de se tenir debout durant le jour; on doit donc enlever leur litière tous les matins et la secouer en plein air : on en retire de bien grands avantages , malgré la répugnance des paif’reniers à prendre cette peine, qu’ils regardent comme inutile ; car les pieds se tiennent plus frais et le sabot perd sa disposition h se contracter et à se resserrer. En eff-t, la paille qui est un mauvais conducteur du calorique, procure trop de chaleur aux pieds, et, dans cet état, la corne a toujours delà disposition à se contracter ; de là proviennent les crevasses , la pourriture de la fourchette , etc. A moins que le cheval n’ait les soles minces et plates, il est toujours convenable d’arrêter, comme on dit , les pieds avec un mélange de bouse de vache délayée avec line boue claire et une petite quantité de potasse. On doit examiner , tous les jours , les pieds ; et si les soles paraissent trop amollies , c’est-à-dire si la corne fléchit, et pour

peu même qu’elle cède sous le pouce a la plus iorte pression , on doit discontinuer de les arrêter.

Les chevaux qui ont été habitués à rester sur la litière pendant le jour, éprouvent quelquefois delà difficulté ou de la répugnance à pisser quand ils en sont privés. Dans ce cas, on doit leur étaler un peu de paille sous le ventre, pour empêcher l’urine d’éclabousser sur leurs jambes.

La meilleure nourriture pour les chevaux employés à un travail dur , est l’avoine et le foin avee une petite quantité de féveroies. On ne doit donner les dernières, cependant, que lorsque le cheval est employé à un travail considérable, parce qu’avec un exercice modéré , elles disposent le système aux maladies inflammatoires, telles que toux, inflammation d’yeux , etc. Je suis convaincu que les chevaux employés à un travail pénible, souffrent beaucoup quand ils ne boivent pas assez, et surtout, quand on leur donne beaucoup à manger. Un usage connu parmi les voituriers, quand leurs chevaux reviennent d’un voyage long et fatigant, et que leurs forces sont presqu’épuisées par la fatigue et la transpiration, est de leur offrir une grande quantité d’alimens, et très peu d’eau, ou point du tout. De cette manière, l’estomac n’est point propre à digérer la nourriture qu’il a prise ; et je crois fermement que le vertigo est souvent la suite d’un pareil régime. Quand un cheval revient d’un long voyage, on doit toujours lui offrir un peu d’eau avant de lui donner à matiger, et si on lui en présente ensuite immédiatement après avoir mangé, , elle est plus propre à aider la digestion qu’à nuire à l’animal. C’est une très bonne méthode de donner aux chevaux une quantité modérée d’eau, quelque

temps avant d’avoir terminé leur route, et j’ai la

conviction qu’en les faisant boire peu , mais plusieurs fois , pendant un long voyage , et surtout dans uri temps chaud, on les radiait hit et on leur redonne die la vigueur, sans qu’ils en soient jamais incommodés. Quand on donne des féveroles, elles doivent toujours être broyées : et il est probable que l’avoine, ainsi broyée , serait plus nutritive. Lin cheval qui travaille modérément, n’exige pas plus d’un picotin de bonne avoine et environ douze à quatorze livres do£oin dans vingt-quatre heures ; mais les forts chevaux de trait ont besoin d’une plus grande quantité de foin et d’avoine.

On doit apporter le plus grand soin à la nourriture et au pansage des chevaux de chasse, et en général, de ceux dont on se sert pour des voyages accélérés. Leur ration de foin ne doit pas excéder douze livres, dans vingt-quatre heures , savoir : quatre livres dans la matinée, deux livres à midi; et le reste le soir : on peut leur distribuer, dans cet intervalle , un picotin d’avoine eu trois fois; mais il faut toujours leur offrir de l’eau aupara-

voine , ou on y mêlera une certaine quantité de féveroles, mais on s’en tiendra à la quotité de foin que nous venons d’indiquer. Si ces chevaux employés à un travail dur, ont, plus que lesautres* besoin d’avoine et de féveroles, il est bon aussi de ne leur en donner qu’en plusieurs reprises , de manière à ne point charger leur estomac, et nuire: à leur digestion. Si l’on ajoute à l’avoine et aux féveroles quelqu’autre aliment , ce qui , pourtant , parait superflu , ce doit être de la luzerne, coupée comme la balle ou menue paille, et une légère quart-

titédeson frais : la première, si elle n’est pas coupée très court, lui fera mâcher ses alitnens plus complètement, et les lui fera digérer plus aisément. Mais cjuand un cheval a de la toux, et est défectueux dans son haleine, on ne doit lui donner ni foin coupé , ni menue paille, ni son , pour ne pas irriter sa gorge et exciter la toux ; il est nécessaire , dans ce cas de cribler l’avoine et de secouer le foin , pour en extraire la poussière , parce qu’elle occasionne souvent une toux violente, momentanée, et aggrave la maladie primitive. Le foin et l’avoine seront encore plus efficaces, s’ils sont légèrement mouillés. Les chevaux de cette espèce , étant généralement plus avides d’eau, et si voraces qu’ils dévorent leur litière s’ils manquent de foin, il faut les emmuseler immédiatement après qu’ils ont mangé. Il est bon de leur donner aussi , mais avec modération , des carottes , et surtout quand leur travail vient à diminuer , ce végétal étant nutritif et facile à digérer.

Les auteurs sur la maréchallerie se sont fort étendus snr l’eau la plus saine aux chevaux ; le plus grand nombre semble préférer l’eau d’étang, qui repose sur l’argile et la marne. Je ne partage pas cette opinion ; la meilleure est celle qui plait le mieux aux chevaux, pourvu qu’elle ne soit pas trop froide. Il est très probable que les accidens que l’on attribue aux matières hétérogènes ou impures de certaines eaux , ne sont dus qu à leur froi- , deur. L’expérience m’a démontré que i’on devait i préférer l’eau claire de rivière en été, et l’eau de puits, en hiver ; celle-ci étant plus chaude en hiver que Feau exposée à l’air, et plus froide eu été.

Un auteur ancien ( et c’est, je crois, le docteur Bracken ) a suppose que la nudité de l’eau des puits pourrait occasionner la pierre ou la glabelle. C’est une maladie, cependant, que les chevaux ne contracte presque jamais, quoiqu’on rencontre quelquefois dans les intestins de fortes pie» res , formées graduellement par la terre qu’ils prennent avec la nouiriture; et quand môme ils seraient sujets aux maladies graveleuses , comme les hommes, il serait presque impossible que la très petite quantité de matière contenue dans l’eau crue pût avoir aucune parta sa formation, parce qu’elle est d’une espèce entièreme nt différente de celle qvii se trouve dans la ve-sie de l’homme. Il paraît que l’on attribue, en général, à l’eau saumâtre (c’est-à-dire, l’eau imprégnée d’une matière saline , que l’on rencontre communément proche la mer) de mauvais effets, en ce qu’elle occasionne une peau sèche et rude , et la perte de la condition. Ces résultats ne sont peut-être pas occasionnés par aucun effet direct de la matière saline que cette eau contient, niais iis peuvent provenir de ce que le cheval rebuté par son mauvais goût n'en boit pas suffisamment pour aider la digestion.

On ne doit certainement pas habituer les chevaux à l’eau chaude en hiver, ni déposer l’eau plusieurs heures dans une écurie chaude , afin qu’elle acquiert presque le degré de chaleur de l’écurie , parce qu’elle rend le cheval sujet à la colique venteuse, ou tranchées , toutes les lois qu’il vient à boire de l’eau froide.

En maladie, et pendant l’effet d’une médecine ^

quand il est absolument nécessite de donner d®

Tenu chaude, on ne doit pas interrompre tout-àcoup cet usage, et l’on doit, autant que possib'e , n’opérer ce changement que graduellement. C’est une mauvaise pratique d’y mêler du nitre, ou autres médicamens, parce qu’on ne peut pas, de celte manière, en calculer aisément la dose, et l’ean , au lieu d’activer la digestion, a souvent un effet contraire, psodnit les nausées et la faiblesse de l’estomae. Il me semble qu’il vaut mieux abreuver les chevaux, pendant leurs exercices, à un étang ou a une eau courante, qu’à l’écurie, excepté en hiver; et même , alors, ce serait mieux, s’ils ne souffraient pas d’être dans l’eau en buvant: l’usage ordinaire de les galopper immédiatement après, est très mauvais.

Quelques personnes ont prétendu que les chevaux travaillaient mieux, et conservaient plus aisément leur haleine et leur condition, quand on ne leur donnait qu’une très petite quantité d’eau ; ou , comme elles disent , « quelque peu )) qu’ils boivent, cela est peu important, pourvu » qu’ils mangent de bon appétit. » Cette opinion , ainsi que beaucoup d’autres , est fondée sur l’usage ridicule et dangereux d’établir des règles générales sur nu petit nombre de faits ou sur une expérience très bornée : elle est encore appuyée sur l’habitude de n’examiner les laits qu’au travers des préjugés.

Il y a des chevaux qui éprouvent du relâ— i| cbemeut dans leurs intestins , qui perdent leur i condition , transpirent beaucoup, et parussent fatigués d’un exercice modéré, si on leur donne à boire, même deux seaux d’eau, ( vingt-cinq pintes ) en vingt-quatre heures 3 cela arrive sur-*

tout quand on îcs emploie a la chasse , ou à tout autre exercice violent ; mais on n’en doit attribuer la cause qu'à une faiblesse de constitution qui n’est pas commune. Celte circonstance néanmoins doit éveiller l’attention des personnes qui commencent à donner leurs soins à un cheval , a b Ti de s’assurer de la quantité d’eau nécessaire à la conservation de sa santé et de sa condition ; si l’on s’aperçoit qu’un cheval frissonne , et que son poil s’hérisse immédiatement après avoir bu, il ne faut pas en conclure qu’on né doit lui donner tous les jours qu’une petite quantité d’eau. Il faut seul; ment , dans ce cas, lui en donner très peu à- la-fois, et lui faire prendre de l’exercice immédiatement après ; de cette manière , il sera bientôt amené au point de boire suffisamment dans le cours de la journée , sans inconvénients Le meilleur temps pour l’exercice des chevaux est le matin de bonne heure , à l’ouverture de l’écurie, et, pendant ce temps, il faut laisser les portes ouvertes et retirer le fumier. Comme les chevaux qui travaillent modérément n’ont pas besoin de se coucher dans le courant du jour, il sera bon d’enlever de la stalle toute la litière et dè l’exposer à l’air, on en conservera seulement un peu sous les pieds de derrière pour que le cheval ne puisse pas s’éclabousser en pissant. On croira peut-être inutile de donner de l’exercice «aux chevaux qui travaillent , et surtout à ceux dont on se sert pour la chasse ou pour les voyages accélérés. Je pense, néanmoins, qu’ils s’en trouveront toujours mieux , pourvu qu’on agisse avec prudence. Il u’esl certainement pas convenable de sortir un

cheval pour lui faire faire de l’exercice , lorsqu’il est destiné pour la chasse le même jour; mais il ne faut pas négliger de le faire dans les jours " d’intervalle; et, si la course du cheval est modérée, tel que dix ou douze milles ( quatre lieues de poste ) par jour , un peu d’exercice le matin l’y disposera mieux. Les chevaux, surtout ceux cpii sont sujets aux humeurs (voyez Humeurs), se trouvent très Lien de l’exercice qui, dans ce cas, peut être prolongé jusqu’à exciter la transpiration ; mais il faut alors les promener pendant quelque temps au pas, afin qu’ils se refroidissent I par degrés , les bouchonner et leur frotter les jambes dès qu’ils sont rentrés à l’écurie. On préviendra ainsi l’enflure des jambes , la bleime , l’inflammation des yeux et autres maladies fâcheuses , avec beaucoup plus de succès que par des saignées répétées de temps en temps qui , [ quoiqu'elles prouvent un soulagement passager, augmentent par degrés la disposition à la maladie. L’exercice que prend un cheval quand on le laisse libre dans une grande stalle, est très bon à sa santé, et on doit toujours le lui procurer quand l'écurie est assez grande pour le permettre, plutôt que de le tenir constamment dans la même position , la tête attachée à la mangeoire , et les jambes de devant ordinairement plus hautes que celles de derrière : il peut se tourner à sa volonté, et jouit comparativement de sa liberté.

En été , ou toutes les fois que le temps est doux, les chevaux doivent être pansés en plein air , quand ils reviennent en sueur , du travail ou de l’exercice; car si on les place aussitôt

dans une écurie chaude, ils continuent souvent à transpirer long-temps, de manière à en être incommodes. On doit hien se mettre en garde contre l’usage assez généralement suivi de laver les jambes avec l’eau froide, à moins qu’on ne fasse piendre au cheval de l’exercice, ou qu’on ne lui frotte les iambes immédiatement après. 11 doit etre superflu de parler de l’inconvénient et même du danger de plonger tm cheval dans la rivière lorsqu’il sue par suite d’un exercice violent, usage communément adopté par les maîtres de poste ou de voitures publiques : il est vrai que cela se fait souvent sans inconvénient; mais il est, probable que beaucoup de chevaux en souffrent , quoique les mauvais effets n’en soient pas de suite remarqués. (1)

Après 1 exercice ou le travail d’un cheval , ses pieds doivent être soigneusement nétoyés et lavés . et si le sabot est sec , fragile , et échauffé ,

(i) Il paraît, d’après les expériences du docteur Currie, q-ue, quand la chaleur de la peau est au-dessus du de^ré naturel , 1 application de l’eau froide est extrêmement rafraîchissante et fortifiante ; mais quand la chaleur du système a été, en quelque sorte, épuisée par un exercice et une transpiration continuels , elle produira ordinairement une débilité considerable; et, dans le corps humain, les conséquences les plus dangereuses en ont été la suite! La même observation s’applique à l’eau froide prise dans l’estomac , qui, dans ce cas, a occasionné une mort subite. H est donc probable que beaucoup de maladies de ces malheui eux animaux proviennent de loulébiliféquecetraitement occasionne; et Le mal serait peut-être plus grand encore: mais la rivière ou l’étang sont, en général, à une certaine distance de l’écuri-e , de manière que les clievaux preunent quelqu’exercice immédiatement après leur immersion, et rentrent dans une écurie ordinairement très chaude.

s’il paraît contracté , il faut y appliquer sur les soles un mélange de bouse de vache et d’argile claire.

On doit aussi porter son attention sur les . talons, et si l’on y remarque des ulcères, ou , comme on dit, des crevases , s’ils sont tend: es, ou enflés, s’ils donnent mauvaise odeur , il faut sur-le-champ faire usage des remèdes convenables ; ce cas, cependant, arrive t! ès-rarementt quand le palfrenier rempli son devoir. On doit: se rappeler que quand le cheval change de poil , c’est-à-dire, dans les derniers jours de septembre: etau commencement d’octobre, il est plus sujet aux rhumes qu’en tout autre temps, et comme led poil tombe alors très facilement , ou doit cesser de faire usage de l’étrille, et exposer le cheval le moins possible au froid ou à la pluie. Une couverture légère et de fréquentes frictions sèches aux jambes produiront alors un très grand bien.,! Quand on néglige ces précautions, les chevaux deviennent souvent faibles et hors d’état de beaucoup travailler; un exercice modéré provoquer une sueur abondante et quelquefois le dévoiement,, une toux fréquente et une peau plissée accompagnent ces symptômes. Les remèdes que l’on <i donne ordinairement dans ces cas , sont une saignée ou de forts purgatifs, qui augmentent la débilité; les antimoniaux ou diaphoniques ne conviennent pas davantage. Les toniques et lesï stimulans doux sont les meilleurs médicamensp à employer. ( Voyez la Matière médicale vété-^ rinaire de l’auteur. ) Et, quand les intestins*, sont relâchés , usez modérément de l’opium; mais i pour obtenir quelque résultat heuieux, il faut ï

surtout apporter les plus grands soins dans îft pansage.

Quoique nous ayons insisté sur la nécessité de Lien aérer les écuries , il ne faut pas en conclure que les chevaux prospèrent dans les écuries froides; ils se portent mieux en général dans des écuries modérément chaudes, j’en ai vu des exemples avec de vieux chevaux qui , dans le premier cas, dépérissaient, quoiqu’il s y fussent bien nourris, et qui reprenaient de l’embonpoint aussitôt qu’ils étaient tiansférés dans une écurie plus chaude : ceci néanmoins est l’effet de l’habitude ; et il est probable qu’un cheval accoutumé à une écurie froide n1 aurait jamais besoin d’ètre placé dans une écurie chaude, mais quand dès sa jeunesse il a été dans des écuries chaudes , son cotps toujours couvert et son estomac souvent excité par des cordiaux , on ne peut pas supposer qu’il soit capable de supporter le froid. 11 est d jnc nécessaire lorsqu’on achète un cheval , de conn ître de quelle manié» e il a été gouverné, et s’il a été habitué à un traitement particulier ; par exemple, l’usage de donner des cordiaux aux chevaux après une longue chasse devient souvent même nécessaire par l’habitude que l’on a de les laisser sans boire ni manger, le matin du jour que l’on s’en sert. Dans la description des particularités qui existent dans la structure et l’économie de l’estomac du cheval , nous avons observé que cet organe est singulièrement petit, et qu'il a besoin de recevoir fréquemment la nomiiluie; lors donc qu’un cheval de chasse se met en marche à jeun et qu’on s’en sert quelquefois huit eu dix heures sans le faire mang< r , galoppnnt la plus grande

partie du temps , son estomac est si épuisé à son retour, qu’il a à peine appétit et refuse les alimens jusqu’à ce qu’il soit excité par un cordial fortifiant: ainsi se contracte l’habitude, et les cordiaux, avec Je temps, deviennent aussi nécessaires au cheval qui y est accoutumé, que la liqueur à un buveur.

Il ne peut certainement pointy avoir de danger à donner «à un clieval un peu d’avoine et d’ean de grand matin, avant de partir pour la chasse. S il a trois ou quatre milles à faire dans un jour, son estomac ne peut en être surchargé quand il arrivera , et il n’est pas douteux qu’il ne marche mieux qu’il ne l’aurait fait sans cela.

Page 1