‹ Abrégé de l'art vétérinaireChapitre 59 sur 78 · PIQURES · texte numérisé non relu

PIQURES

On rencontre souvent des blessures de cette espèce dans la pratique vétérinaire ; les pieds , surtout, y sont ti es- exposés : elles sont presque toujours occasionnées par la négligence ou par l’impatience du palfrenier. Je puis affirmer , avec vérité, que pendant le temps de mon service à l’armée , il y a eu plus de cinquante exemples de blessures musées par les fourches dont on se sert pour fiire la Jilièie, soit par accident, soit par la violence brutale du pallie— nier, il faut avouer cependant qu’un bon soldat sacrifie même son repi s à celui de son cheval, et ne regarde point comme un travail tout ce qui peut contribuer a la santé ou au bien-être de son fidèle compagnon ; mais , dans un si grand nombre d’individus , il s’en! trouve trop souvent d’un autre caiactère. Les piqûres aux pieds sont les plus fréquentes et surviennent loisqu’un cheval marche sur un clou, ou , comme on le dit communément , lorsqu’il attrape un clou, ou par l’impéiilie du maréchal-ferrant. Dans le premier cas, le clou entre dans la fourchette, et pénètre souvent dans l'articulation de l’os du pied. ( Voyez Anatomie du pied. ) La sole est assez dure pour résister au clou, mais la fourchette est plus tendre et plus spongieuse. Quand l’articulation du pied est blessée, il v a danger d’une boiterie incurable, à cause de l'articulation qui

Se roidit ; mais avec un traitement convenable, la blessure se referme souvent en peu de temps, elles os conservent leur 1 i bi e mouvement. (Voyez Blessures des articulations, sous le litre Blessures des cavités. )

Toutes les fois que le pied est bles-é par un clou, il est nécessaire de faire de suite une ou¬

verture dans la corne ; si l’articulation est attaquée, il sortira de la blessure, mais en très petite

quantité , de la synovie ou huile d’articulation. Une personne expérimentée peut aisément «affirmer ce point, mais mieux encore quand elle a sondé la blessure. Le traitement de cette espèce de blessure sera décrit dans le chapitre sur les Blessures des cavités. Mais quand l’articulation n’a pas souffert, après avoir élargi l’ouvertuie faite par le clou dans la corne et enlevé les parties contiguës , jusqu’à ce qu’elle soit très mince , on versera dans la blessure un peu de teinture de benjoin, et son stimulant loin d’ètre nuisible comme dans les blessures avec dilacération , amènera bientôt la sécrétion d’une matière louable ; on appliquera un peu de chanvre ou de charpie trempés dans le goudron ou dans la térébenthine de Venise , et on maintiendra tout le pied en état de fraîcheur , par le moyen d’un cataplasme de son. Le point le plus essentiel du traitement est l’ouverture de l’oriüce dans la corne; car, dans les blessures de cette espèce, il arrive toujours qu’aussitôt après l’extraction du clou , la piqûre se ferme presqu’entièrement dans la corne , mais les parties vives qui ont été blessées s’enflamment et enflent aussitôt par conséquent elles souffrent une pression con-

sidérable , la corne étant trop épaisse et trop inflexible pour permettre le développement de l'inflammation. À la fin, la matière se forme, et se trouvant compiimée par la corne, se répand entre les parties sensib'es et celles insensibles, et s’étend quelquefois au point de rendie nécessaire l’enlèvement d une partie ou même de la totalité d( s dernières.

Cette opération, que les maréchaux pratiquent si souvent sans pitié et sans nécessité , est appelée dessolure. Dans le cas où les parties sont séparées par la matière, l’opération s’accomplit sans beaucoup de douleur pour l’animal } mais ces officieux pratriciens l’enlèvent souvent quand elle est parfaitement saine, dans le dessein de dissiper une boiterie dont iis ignorent entièrement la cause et le siège ; aussi , j’ai vu même les maîtres des chevaux boiteux demander qu’on fît cette opération, dans l’idée que c’était un remède infaillible contre une 1 oile ie opiniâtre, ou contre une blessure désespérée dans l’articulation du pied. (1)

(?) Les maréchaux ont ta??t de confiance <lans cette dangereuse et crueile opération, qu’ils étalent, comme un triomphe , les soles clouées à leurs portes ou à leurs contrevents, comme une espèce de diplôme, comme une sanction irrécusable pour pratiquer l’art de la maréchalierie. Nous avons lieu d’espérer que cette pratique abominable et cruelle ne subsistera pas jong-temps • le sort de ce précieux animal a éprouvé, dans les derniers temps , nue amélioration considérable, et l’on doit croire que les louables eneouragemeus qui sont maintenant donnés a l’art vétérinaire par plusieurs personnages distingués et je puis dire illustres, finiront par l’arracher des mains de ces praticiens cruels et présomptueux. L’individu dont j’ai cité l’ingénuité ci-dessus, si libéral dans l’usage des caustiques, était également fier de son adresse à dessoler les chevaux,

Quand on a jugé nécessaire d’enlever quelques parties de la sole de corne , pour laisser écouler le pus qu’elle couvre, on appliquera une compresse d’étoupe trempée dans l’onguent digestif, ou une mixtion de térébenthine de Venise et de saindoux. On trouve quelquefois l’os du pied attaqué, la partie malade se détache ordinairement dans ce cas, et une nouvelle soie de corne se forme par degrés. Si le maréchal, en ferrant un cheval, vient à attaquer le sabot, on donne à cet accident le nom dé piqûre : le clou au lieu d’etre dirigé dans la seule partie insensible , entre ou dans les parties vives, ou si près d’elles, que, par la première pression , il cause à l’animal une douleur qui le fait boiter. L’inflammation , en conséquence , se manifeste par degrés, et à la fin le pus se forme, et si on ne lui donne pas une libre issue, en détachant le fer , et abattant de la corue avec un petit rogne-pied, il se répand sous le sabot, et quelques jours apt ès il perce à la couronne. ( Voyez Anatomie du -pied. ’) Dans ce cas , on ne découvre pas toujours le mal immédiatement après la ferrure. La pression, sur les parties sensibles, est quelquefois trop légère d’abord pour occasionner une boiterie; en sorte que , lorsque la boiterie se manifeste , le maréchal prononce que le mal est dans l’épaule , et le pauvre animal est tourmenté par des huiles fortes et même des vésicatoires appliqués à cette partie, tandis qu’il souffre d’une autre cause.

et j1 ai su qu’il se vantait souvent ,v dans les cabarets, de son adresse dans cette opération, et, plus particulièrement, de ses connaissances profondes en ottomie ( pour dire anatomie

C’est ainai qu’on laisse la maladie parvenir au degré de gravité que nous avons décrit. Quand le clou eat broché de manière à offenser de suite les parties sensibles, le cheval boite aussitôt; et comme on en soupçonne la cause , on enlève le 1er , on élargit l’ouverture dans la corne avec un boutoir, et l’on fait une application légère de teinture de benjoin. La boiterie disparaît ainsi promptement: on replace le fer, en prenant garde que le clou ou le fer ne portent sur la partie malade, et le cheval se retrouve en état de travailler (i).

Quand les blessures de cette espèce ont été négligées et que le pus perce à la couronne, il est encore nécessaire d’agrandir l ouverture dans la corne de dessous , et si elle s’est refermée ( ce qui arrive ordinairement ) , la corne doit être enlevée, pour faciliter le libre écoulement de la matière ; la blessure supérieure (dans la couronne) guérira alors de suite, par l applicaiion de la teinture de benjoin.

Dans les autres parties , les piqûres les plus communes sont produites , soit accidentellement, soit voîontaiiement , par la fourche; les articulations sont nnème souvent lésées. ( Dans ce dernier cas, voyez Blessures d( s cavités. ) Quand la chair seule est attaquée , il faut tenir Porihee de la p;aie ouvert pour opérer la guérison delà partie la plus intérieure , et si les côtés deviennent calleux , et n’annoncent point de dbpo-

(i) Les maréchaux emploient le plus communément dans ce cas L’huile tie térébenthine , qu’ils versent sur la blessure, et y niellent ensuitejle feu. Ceux qui se croient les plus instruits préfèrent l’huile de vitriol, peut-être parce qu’elle rend inutile l’emploi du feu,

sîtion h guérir, on peut injecter un caustique doux, tel qu’une solution de vitiiol bleu. Dans les piqûres des parties charnues, il est important de procurer une libre sortie à la matière : on lait souvent, à cet effet, des contre-ouvertures avec une lancette, ou l’on passe un séton dans la blessure. Dans les piqûres récentes, cependant, ces applications irritantes ne sont poiut convenables. Les blessures de cette espèce sont souvent suivies d’une douleur et d’une inflammation considérables. Il est donc nécessaire de maintenir f orifice ouvert, et s’il est étroit de l’élargir lorsque la douleur et rinflammation auront diminué. Si la blessure ne paraît pas disposée à guérir, et qu’on la trouve, après l’avoir sondée, aussi profonde qu’au commencement, il y a tout lieu de supposer que les côtés sont calleux : on appliquera alors un caustique dans toute son étendue , un jour ou deux après , ou quand on remarque un pus blanc ; on mettra , toutes les fois que cela sera p:aticabie, les bords de la plaie en contact, au moyen de la pression, et l’on continuera jusqu’à ce qu’ils soient unis. Quand les piqûres sont situées de manière que la matière puisse librement s’écouler, elles sont beaucoup moins difficiles à guérir que dans tout autre cas ; ou quand l’orifice , au lieu d’etre dans la partie inférieure de la blessure , se trouve dans la partie supérieure. On obvie quelquefois néanmoins a cet inconvénient, en faisant une nouvelle ouverture avec un bistouri ou une lancette , ou en passant un séton ; mais il y a certains cas où cette opération n’est pas praticable ; très souvent il est impossible de faire une pression suffisante pour amener la réunion des bords. La blessure

ae peut se guérir alors que par la régénération des parlies qui remplissent la cavité; pour l’opérer, on injecte des stimulans, tels que l’eau-de- vie preuve de Hollande , la teinture de benjoin ou une solution de vitriol bieu , ayant soin de tenir l’orifice ouvert , pour obtenir la guérison des parties les plus profondes. Les piqûres les plus dangereuse, sont celles qui arrivent aux chevaux de chasse , lorsqu’ils sautent des barrières ou des haies : plus ces blessures sont profondes et di lacérées , plus on doit apporter de soin à éviter les applications irritantes et les tentes, que l’on remplacera par le traitement que nous avons indiqué ci - dessus pour les blessures dilacérées étendues.

Il y a une autre espèce de piqûre, que l’on peut rencontrer au service militaire , et il est étonnant que, dans nne charge de cavalerie contre une ligne d’infanterie , comme cela arrive ordinairement , un grand nomhie de chevaux échappent aux baïonnettes. Ces blessures sont , en général , profondes et accompagnées d’une perte de sang considérable. Quand la baïonnette pénètre dans le ventre ou dans la poitrine , 3a blessas e peut être mortelle, et surtout quand un des grands vaisseaux sanguins est insulté; quand les parties charnues sont seules attaquées et qu’aucun vaisseau sanguiu important n’est lésé, il y a peu de danger : on adoptera, pour ces blessures, le traitement que nous avons déjà indiqué ; mais plus souvent encore il faut agrandir l’orifice de la plaie , et quelquefois il se présente une opération plus compliquée et plus diûcile, celle ci’ attacher î 'artère ? pour arrêter l’hémorragie; car, lorsqu’une

grande artère est attaquée , le sang coule si abondamment qu’il faut employer les moyens les plus expéditifs pour l’arrêter. Cette opération est difficile pour quiconque ne connaît pas l’anatomie. Ainsi , lorsqu’il n’y a point une personne de l’art présente lors d’un semblable accident, il est nécessaire d’arrêter l’hémorragie par la pression,, sans chercher à faire la ligature de l’artère, et sans* compter sur les préparations appelées styptiques.

( \o yez Matières médicales. )

Le meilleur moyen d’y parvenir , est d'employer* des morceaux d’éponge ou de filasse assujétis avec un bandage ; si l’artère blessée est d’une grandeur considérable , ce que l’on peut reconnaître par la quantité du sang et la force avec laquelle il s’écoule, on ne lèvera l’appareil que le second ou let troisième jour (i

ïl est également nécessaire d’éviter, dans ces blessures, les applications et les tentes stimulantes, communément employées par les maréc haux ; mais i quand l’inflammation a disparu et que la blessure i ne paraît pas disposée à guérir, ou peut les employer avec succès. Il est important de procurers une issue à la matière, et l’on pent, à cet effet , ; pratiquer une contre-ouverture, quand la situation de la blessure le permet.

Toutes les piqûres sont su elles a devenir fs» j tuleuses , c’est-à-dire, que lorsque les côtés ne r peuvent par aucuns moyens être mis en contact, J

(i) Il est facile de distinguer si la lésion intéresse une 1 artère ou une veine: si c’est une veine, le sang est d'un rouge plus foncé, coule uniformément et lentement; et si i c’est une artère, le sang est d’une couleur vive d'écarlate, ! «t sort par secousses et avec une force considérable.

ils deviennent souvent calleux ; il est nécessaire de répéter que, dans ces cas, on doit appliquer les caustiques pour détruire la callosité, et injecter ensuite de faibles stimuîans , pour activer la régénération de la chair. 11 y a plus de difficulté à guérir les blessures des tendons ou ligamens que les blessures de la chair ; et, dans ce cas, après que la première inflammation a cédé, il est souvent utile d’employer de plus forts stimuîans, et même les caustiques. ( Voyez Matière médicale vétérinaire de fauteur.)

Page 1