BLESSURES DES C À.V1TES CIRCONSCRITES
Nous décrirons sous ce litre les blessures de la poitrine , du ventre , des articulations , des gaines, des tendons et des vaisseaux sanguins.
Quand la poitrine ou le ventre son lésés par une piqûre, il y a lieu de craindre une terminaison fatale : le danger, néanmoins, est proportionné à l’étendue de la blessure , et il est toujours plus grand quand un des organes renfermés dans la poitrine ou dans le ventre est offensé. Cette esp'èce de blessure est fréquente dans le service militaire, et elle est communément occasionnée par line baïonnette ou une balle ; il est à craindre, dans le cas même de blessures légères de ces cavités importantes, que finflammatoon n’affecte les intestins. Il est donc nécessaire de fermer la plaie le plus proprement et le plus promptement possible par la suture, ayant soin, cependant, que l’éguille n’altaque pas les par ties charnues , mais traverse seulement la peau, il convient aussi de pratiquer une saignée proportionnée à la force
et à la Condition de l’animal, et de donner un breuvage purgatif ; s’il y a engorgement et inflammation, faites de fréquentes fomentations avec une décoction de plantes amèîes. ( Voyez Fomentations. ) Si la blessure ne s’unit pas par la première intention, on découvrira bientôt un i pus blanc; on peut appliquer alors un peu de teinture de benjoin. Dans les 'blessures étendues de l’abdomen ou ventre , les intestins sortent souvent par l’ouverture: il y a dans ce cas danger i imminent, quoique les intestins n’aient pas été lésés. S’ils ont été offensés, cousez la blessure proprement avec une petite éguille et de la soie cirée , et replacez-les doucement dans le ventre, ayant soin de les nétoyer de toute espèce d’ordure qui aurait pu s’y attacher. Fermez ensuite soigneusement la plaie, comme nous l’avons cidessus indiqué , et assujétissez la, s’il est possible, avec un bandage : le bout de la soie qui a servi à coudre le boyau doit sortir extéiieurement , ayez soin , surtout, de faire une saignée et de donner un lavement. Le son mouillé avec de fort gruau, ou un peu de bonne avoine concassée mêlée dans chaque ration , est la nourriture la plus convenable. Si les boyaux ont été attaqués , on doit bien se garder de donner au cheval du foin ou de la paille , ou toute autre nourriture dure ; car , comme le procédé digestif est loin de se perfectionner dans l’estomac du cheval, le foin ou la paille pourraient parvenir jusqu’aux parties i lésées dans un état capable de leur Lire beaucoup j de mal. On doit suivre à peu-près le même traitement dans les blessures de la poitrine : on peut donner, cependant, un purgatif dans ce cas, avant
que l'inflammation ne se manifeste; mais quand elle est déclarée, soit par suite de res blessures ou des bi essures du ventre, il faut suivre le traitement indiqué au titre de f inflammation des poumons et des intestins.
Les cavités les plus importantes , après la poitrine er le ventre, sont celles nommées articulations; qui, dans le cheval, sont plus exposées que les a ntres cavités. Lorsque les lésions qu’elles éprouvent sont négligées, elles ont quelquefois des suites fatales, mais elles présentent encore plus d’importance, en ce que, si on n’7 apporte le pins grand soin et le traitement le plus judicieux, il est rare qu’elles n’occasionnent pas une boiterie permanente , et quelquefois si considérable, qu’elle met le cheval, sinon tout-à-fait, du moins presque hors de service.
Avant d’entrer dans Lexamen du traitement-, il est bon de donner une description suffisante de la struciure de l’articulation, pour en rendr e l’emploi plus intelligible. Une articulation est formée, généralement parlant , par les extrémités ou tètes, de deux ou plusieurs os : ces extrémités sont recouvertes par une couche ou cartilage d’une espèce flexible ou élastique : il existe à la surface de ce car tilage une membrane forte, mais mince , qui suinte continuellement un fluide visqueux appelé synovie ou huile d’articulation ; il possède aussi des vaisseaux absorbais pour empêcher une trop grande accumulation de ce fluide (1). Les extrémités
(t) Quand une articulation devient hydropique, comme dans lVparvin , cela provient , soit d’une perte de faculté dans les vaisseaux absorbans, ou d’un accroissement d’action
des os , aim\ reconverts avec une surface lisse et flexible , et si glissante qu’ils peuvent mouvoir librement les uns sur les auties, sans soufbir du frottement, sont alors fermement unis ensemble par une forte substance non élastique appelée*' ligament, qui entoure entièrement les extrémités des os, autant, au moins, que s’étend le cartilage uni qui les recouvre. Ce ligament , appelé par les anatomistes ligament capsulaire , n’est pas serré au point d’empècber un mouvement étendu des os,, i mais suffisamment pour les tenir fermes dans leur situation naturelle. L’articulation est ainsi complè— j tement fermée comme une espèce de sac, ce que l’on appelle cavité circonscrite, où se forme et se conserve la synovie. Quand une articulation est olfensée ou, en d’autres termes, quand le ligament capsulaire est attaqué, la synovie , qui est uni fluide transparent, d’une couleur jaunâtre oui! brunâtre, s’exhale presque constamment de la blessure, et "surtout dans les mouvemens de l’articulation. Si l’on n’emploie pas des moyens ; convenables pour la fermer , l’inflammation se manifeste dans l’intérieur de l’articulation , occasionne les douleurs les plus aiguës, et une plus grande sécrétion de synovie. Si Ja plaie reste ouverte, l’inflammation et Ja douleur augmentent et occasionnent une fîevre symptomatique, qui est, quelquefois, mortelle. Il arrive souvent, cependant,
des vaisseaux qui sécrètent l’huile d’articulation : ces deux causes coucoureut peut-être à pioduire la maladie dont la cause la plus éloignée est un travail dur , c’est-à-dire , un mouvement trop considérable ou trop prolongé de Parti culation. La maladie appelée molettes , peut s’expliquer de la même manière.
dans cette période de la maladie , que les vaiâ<* seaux du ligament capsulaire, au lieu de former l’huile d’articulation, sécrètent une grande quantité de fluide glutineux et coagulé qui , remplissant la cavité de l’articulation, y acquiert de la solidité et, ainsi, l’efface entièrement pour toujours. L’inflammation , la douleur et la fîevre diminuent alors graduellement, et la blessure se guérit, mais l’articulation ne peut plus se mouvoir , et ure boiterie incurable en est la conséquence. Par cette description, on reconnaîtra l’importance d’appliquer aux blessures les remèdes les plus prompts , et de les fermer le plutôt possible. Ceci, toutefois, ne peut s’effectuer par les moyens que nous avons prescrits pour les autres blessures. Les ligamens sont d’une nature différente de la chair ou de la peau, et quand ils sont lésés, on ne saurait les guérir qu’avec le secours de forts stimulans et même de caustiques (1).
Mais on doit employer ces derniers avec beaucoup de précaution, puisque, s’ils entrent dans
(ï) On a supposé que la douleur violente et l’inflammat tion qui sont produites par la blessure d’une articulation, sont principalement causées par l’admission de l’air dans 1 la cavité, et la perte de la synovie, ce qui expose les deux surfaces au frottement. Il est certain , cependant, qu’il se forme dans ce^ blessures beaucoup plus I de synovie qu’a l’ordinaire; ce que l’on peut reconnaître q par la quantité qui coule de la blessure. Cet accroissement | de synovie ne continue que pendant un certain temps; après \ quoi, la lymphe coagulée est expulsée , devient solide et efface la cavité. Mais dans les grandes, blessures des prin- : cipales articulations , l’animai est souvent emporté par la <i fievre symptomatique qui survient avant le développement I de ces uccidens.
la cavité de Parliculation , ils produiront la plus violente inflammation. Parmi les anciens maréchaux , quelques - uns paraissent avoir reconnu Futilité des caustiques dans ces blessures; mais, se trompant dans le principe d’après lequel ils agissent, ils injectent souvent des caustiques liquides dans l’articulation, et, par là, occasionnent les plus cruels tourmens. (Quelquefois, les chevaux soumis a leur traitement étaient emportés par la flevre qui en résultait; plus fréquemment, cependant, l’articulation se roidissait , devenait immobile, comme nous l’avons remarqué ci-dessus, et la blessure se guérissait.
D autres maréchaux prélèrent les caustiques solides, et ne réussissant pas dans leurs tentatives pour les introduire dans la cavité du joint, ne les appliquent pas plus avant que Foiifîçe dans le ligament capsulaire, et, par cette heureuse ignorance, ils ont effectué la guérison sans causer la< perte de l’articulation. Cette méthode, néanmoins, i. ne peut être adoptée que dans les blessures peur! étendues, ou dans les piqûres produites par une 1 1 fourche: heureusement, celles des articulations îi sont plus communément de celle espèce. Mais om i rencontre quelquefois des cas où la blessure est; i d’une grandeur considérable et très di lacérée : ils i n’est presque pas possible alors de conserver l’articulation ; et si le i.arret et le grand muscle sonttï lésés, il y a beaucoup de danger pour la vie de: i*. l’animal. Les caustiques ne conviennent point d’ans ù ces cas; on doit les traiter comme les blessures | profondes avec déchirement. Mais dans les petites i piqûres d’une articulation, on a reconnu que le i cautère actuel ( fer chaud ), appliqué avec précau—jii
ticm , était le remède le plus expéditif et le plus efficace. J’ai aussi réussi avec le caustique de lune (nitrate d’argent fondu ). Les maréchaux emploient quelquefois le beurre d’antimoine { muiiale d antimoine) et le vitriol blanc ( sulfate de zinc), (i) Ils infectent souvent avec une seringue quelque caustique liquide dans la blessure , tel qu’uias solution de vitriol bleu. Plutôt on appliquera le cautère actuel, plutôt la blessure guériia; et il est surtout à désirer qu’il soit appliqué avant que l’inflammation ne se déclare dans l'articulation. La pointe du fer doit être ronde et l’application faite à une chaleur rouge amortie ; il faut cautéiiser la plaie pour arrêter l’écoulement de l’huile d’articulation. 11 se manifeste souvent, quelque temps après, un écoulement de synovie ; dans ce cas, le fer doit être appliqué cle nouveau et répété plusieurs fois , s’il est nécessaire : j’ai quelquefois obtenu du succès de la troisième ou
(i) J’ai entendu un maréchal se vanter de posséder une recette pour V humeur des articulations , ou, suivant son expression, pour faire mourir l’humeur des articulations. Dans les petites blessures des articulations inférieures, cet homme a quelquefois réussi A l’exaraen du remède , je reconnus qu’il consistait principalement dans le vitriol blanc, qui était , à la vérité, le seul ingrédient actif. Il le plaçait dans la blessure, réduit en poudre grossière; mais cet homme supposant qu’il devait entrer dans la cavité de l’articulation pour faire son effet et réduire cette humeur dangereuse, prenait beaucoup de peine pour l’introduire avec la sonde. Dans les grandes blessures, il réussissait ordinairement dans son entreprise , et détruisait l’articulation ou l’animal ; mais dans les petites blessures des articu- ! lationë inférieures, il les mettait simplement en contact ; avec le ligament lésé, et, par là, opérait souvent la j guérison. ' >
quatrième application, lorsque le fer avait été infructueusement employé deux ou trois fois. Quand l’inflammation se déclare dans l’ariieulation , il faut promptement employer les remèdes ies plus actifs pour la détruire , tels qu’une saignée et une purgation. Les fomentations et ies cataplasmes ne sont pas, dans ce cas, aussi utiles que les vésicatoires , qui doivent être placés sur l’articulation d’une manière étendue $ mais tant que la blessure de l’articulation reste ouverte, l’inflammation subsistera : notre principal objet doit donc être de la fermer. Il n’y a point de maladie extérieure qui occasionne des douleurs aussi cruelles à l’animal que l’inflammation d’une articulation , et surtout quand les progrès se sont étendus jusqu’à l’ulcération des os. J’ai eu connaissance de plusieurs exemples semblables.