‹ Abrégé de l'art vétérinaireChapitre 62 sur 78 · MALADIES DES YEUX · texte numérisé non relu

MALADIES DES YEUX

Parmi les diverses maladies qui peuvent affecter le cheval , dans l’état de domesticité, et par suite d’un mauvais traitement, celles des yeux sont les plus fréquentes, et souvent plus opiniâtres qu’aucune autre ; et ce qui rend ce sujet plus intéressant et plus important, c’est qu’à moins que l’ail du cheval ne soit absolument parfait, il est sujet aux écarts et à broncher; et il est reconnu qu’un cheval dont les organes visuels sont imparfaits, est souvent moins sûr que celui qui est entièrement aveugle. Une autre considération noua porte à faire quelques additions à ce su et : c’est qu’on parvient rarement à guérir ces maladies quand on laisse écouler quelque temps sans les combattre, ou quand elles ne sont pas bien traitées ; et quelquefois elles produisent la cécité, lorsqu’on a supposé qu’elles étaient guéries, et que par l’application à temps des remèdes convenables, les yeux étaient parfaitement rétablis. A la première apparition de la maladie, nous devons, en quelque sorie , baser notre traitement sur l’état de la condition , de la force et de l’àge des chevaux. Quand ils sont jeunes et en bon état , il faut d’abord les saigner et les purger. Mais les vieux

chevaux, et surtout ceux qui sont en mauvaise condition , ne peuvent supporter la perte de beaucoup de sang ou Faction d’une forte purgation ; cependant, il est convenable de faire une saignée locale, et de leur donner une médecine. La saignée locale consiste à ouvrir la veine qui semble provenir de l’angle intérieure de l’oeil, ou à scarifier la surface interne de la paupière. Cette opération est bonne dans toutes les circonstances.

Les chevaux de la première espèce ont souvent besoin que la saignée et la purgation soient répétées ; il faut y ajouter une nourriture rafraîchissante et un exercice fréquent. Le remède local le plus essentiel est un vésicatoire à la joue et à la tempe, de manière à établir un fort écoulement; et si la première application n’a pas un effet suffisant, on lavera la partie avec du savon et de l’eau , et on y placera un nouveau vésicatoire. J’ai trouvé ce remède beaucoup plus efficace que le sétons et les cautères , et ’y ai maintenant plus de confiance que dans aucun autre topique (1). Quand la surface interne de la paupière paraît plus rouge qu’à l’ordinaire , c’est alors particulièrement qu'ii faut la scarifier, dans la première période de la maladie, durant laquelle l’œil est extrêmement irritable , et l’inflammation considérable.

(t) En plaçant un vésicatoire à la joue, il est nécessaire de prendre des mesures pour empêcher le cheval de le détacher en se frottant à la mangeoire ou ailleurs , parce | tju’alors il s’en introduirait une partie dans l’œil , ce qui j augmenterait ainsi considérablement rinflammation ; les paupières sont souvent si enflées par cette cause , qu’il en résulte une cécité complète pendant plusieur s jours C’est pourquoi on préfère souvent le setou.

On pent appliquer souvent la lotion suivante, avec une éponge douce; mais il ne faut faire aucun effort pour l’introduire sous les paupières.

Collyre.

Teinture d’opium . 2 gros.

Extrait de saturne . 1 gros.

Eau pure . 8 onces.

Mêlez.

Extrait de jusquiame . ] gros.

Eau pure . 8 onces.

Délayez dans un mortier , en versant l’eau peu-à-peu , et quand ils sont parfaitement mêlés, ajoutez,

Extrait de saturne . 1 gros.

Quand l'inflammation diminue, et que le cheval commence à ouvrir plus facilement la paupière , on aperçoit souvent une opacité sur sa surface , quelquefois si considérable, qu’elle intercepte la lumière et empêche la vision. On doit aussitôt y remédier, en introduisant dans l’œil une poudre stimulante , en le bassinant avec une solution de vitriol blanc, 2 ou 3 gros pour 8 onces d’eau. Quand, par ces moyens, on a triomphé de la maladie , on doit soigneusement en prévenir le retour, en exerçant le cheval régulièrement, et évitant tout ce qui pourrait arrêter subitement la transpiration. Il est nécessaire aussi de ne laisser manger le cheval que modéiément, et de bien le panser. En continuant ce genre de traitement,

Tail recouvrera sa force par degrés , mais si om néglige ces précautions, la maladie réparait ; car, quoique l’oeil paraisse tout-à-fait -rétabli , on ne peut pas supposer qu’un organe si délicat puisse reprendre tout -à-coup sa première force, après une pareille lésion. Gomme les chevaux sont trop souvent mal soignés, il ne faut pas s’étonner que cettemaîadie reparaisse si fréquemment après avo r été, en apparence, guérie; et on ne doit l’attribuer à aucune particularité dans la constitution du cheval, ou dans la structure de son œil. La maladie que nous venons de décrire est celle qui pro\ient de quelque cause interne, soit une plénitude générale du système, ou une détermination partielle du sang a l’œil, par suite d’une transpiration supprimée ou diminuée. Quand l’inflammation de l’œil est occasionnée par un coup , une morsure i ou une lésion extérieure, on parvient promptement, quelquefois, à la dissiper en bassinant simplement:! P œil avec la lotion ci -dessus^ mais quand la lésion est grave, il faut encore faire usage d’une saignée et d’un purgatif, et, particulièrement, d’une saignée locale.

Quand la substance même de l’oeil est blessée, de manière qu’il en découle ce qu’on «appelle des ! humeurs , la cécité doit en être la conséquence. : Mais si la su i face de la partie transparente n’est > que légèrement entamée , et qu’il en résulte l’o- ■ pacité de toute ou partie de la suiface, on remédie jj lacilement à cet accident, en introduisant sous la J paupière de la poudre stimulante , telle que le sel. I Si cela ne réussit pas, un peu de verre réduit en i poudre fine, mêlé avec du miel , peut être placé »! sous la paupière, il se répandra bientôt sur la e

suiface de l’oeil. Dans ce cas, on n’use de ces ap^ plications qu’après que l’inflammation violente, occasionnée par l’accident , a diminué. Parmi les diverses maladies décrites par les auteurs sur la maréchalierie , il en est qu’ils appellent fluxion lunatique, ainsi nommée parce qu’on suppose qu’elle revient périodiquement. Cette maladie est, peut-être avec raison, regardée comme incurable; mais je ne serais pas loin de penser qu’on peut* sinon la guérir, du moins la prévenir. Quand l’inflammation de l’œil est produite par une cause interne, et qu’on la laisse subsister pendant quelque temps , il en résulte une faiblesse de la partie , qui continuera d’exister même après que l’inflammation sera dissipée. Mais si l’on prévient les causes primitives de la maladie, ou, en d’autres termes, si le cheval est convenablement exercé , nourri et pansé , la partie recouvrera, par degrés, sa première force : si , au contraire , on laisse agir de nouveau la cause excitante, après que l’inflammation a dispaiu, l’œil sera plus promptement affecté qu’il ne l’avait été auparavant , puisqu’il «e< a dans un état faible et, par conséquent, plus irritable , c'est-à-dire, susceptible d’inflammation, ha seconde attaque augmentera nécessairement la faiblesse ou la disposition à la maladie, et l’on est fondé à juger alors le cas incurable. Après des attaques réitérées, les parties intérieures de l’œil sont affectées, et, enfin, il en résulte une cataracte ou cécité incurable. Cet état de fluctuation dure souvent long -temps, mais, quelquefois, la cataracte se forme subitement.

J’ai souvent trouvé des cas où une petite tache ou opacité se formait dans l’humeur crystaline, et

continuait , sans varier, pendant une année. Quelquefois, il n’arrivait pas d’altération dans l’espace de deux ans; mais la tache ou opacité dans l’humeur interne ou crystalline , empêche toujours la vision jusqu’à un certain point, et rend le cheval très sujet aux écarts.

TETANOS. /

J’ai rencontré dernièrement un cas de tétanos, qui semblait avoir été occasionné par üne blessure au pied , et qui fut complètement guéri par le traitement dont je vais donner le détail. Je trouvai la blessure du pied presque guérie ; les mâchoires du cheval malade étaient si fer¬

mées, qu’il ne pouvait pas même prendre les

aîimens dans sa bouche , quoiqu’il s’efforçât continuellement de le faire, et qu’il fût très affamé, n’ayant pu rien manger depuis environ vingtquatre heures ; les muscles du cou étaient dans l’état naturel , quoique cependant les mâchoires fussent fermées de manière à l’empêcher de mettre dans sa bouche aucun aliment. Les dents n’étaient pas entièrement en contact, et l’on parvint, quoiqu’avec beaucoup de difficulté, à lui faire prendre , peuà-peu , une forte dose d’opium et de camphre. Quand on essaya d’abord à lui donner ce breuvage, il parut si agité et fit tant de résistance, qu'ou fut obligé d’employer plusieurs personnes. Aussitôt “après , on lui appliqua un fort vésicatoire sur îe milieu du dos depuis le garrot , dans toute la longueur de l’épine , jusqu’à la racine dû la queue; le vésicatoire fut bien frotté et même rafraîchi,

afin d’activer son action. On appliqua ensuilé un caustique à la blessure du pied; environ six heures après on essaya de lui faire prendre de l’eau de gruau , et l’on éprouva beaucoup moins de difficulté que pour le médicament; les mâchoires cependant étaient encore presque fermées, et il fallut de l’adresse pour lui verser Peau de gruau dans le gosier , aussitôt après on lui donna une autre dose d’opium et de camphre, et plusieurs fois de l’eau de gruau. Pendant ce temps les mâchoires semblèrent plus ouvertes , et l’eau de gruau fut administrée avec moins de difficulté; environ vingt-quatre heures après l’application du vésicatoire , pendant lequel temps il avait pris deux fortes doses d’opium et de camphre, et de l’eau de gruan, il fut en état de prendre de la nourriture et même de manger du foin. On lui donna une troisième dose, mais plus faible, d’opium et de camphre, et la maladie ne reparut plus. Les dangers que présente cette maladie, et la facilité de suivre plus exactement un cas particulier qu’une description générale du traitement, m’ont déterminé à donner le récit détaillé du succès que j’ai obtenu.

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