‹ Abrégé de l'art vétérinaireChapitre 63 sur 78 · FIEVRE · texte numérisé non relu

FIEVRE

Dans les premières éditions de cet ouvrage, la fievre fut considérée soit comme une maladie simple et primitive, occasionnée par une transpiration subitement arrêtée ou supprimée, soit comme une maladie symptomatique ou compliquée, provenant de l’affection d’un ou de plusieurs organes internes , ou de leurs membranes. Dans

Fun ou Fautre cas, îa saignée fût indiquée comme remède essentiel. La pratique que j’ai exercée depuis ce temps ne m?a pas fourni de motif de changer matériellement d’opinion; mais quelques auteius modernes sur PArt Vétérinaire ont décrit une autre espèce de fievre appelée putride ou typhus, dans laquelle la saignée est extrêmement contraire :je crois nécessaire de rapporter les observations qu’une pratique étendue m’a suggérées sur ce sujet. Je regarde comme le symptôme caractéristique de la fievre un pouls plus précipité qu’à l’ordinaire , c’est-à-dire, de soixantedix à cent battemens à la minute; une espèce particulière de sensation qu’jl procure au doigt, comme *‘il était vivement frappé par la vibration d’une corde; et , en même temps, une faiblesse ou petitesse tout-à-fait differente de l’accroissement graduel du pouls dans Tétât de santé. Quand un cheval éprouve une débilité considérable , soit par un travail dur, un défaut de nourriture, ou autres cas, excepté la fievre, le pouls est plus ou moins languissant ou fdble; quelquefois plus lent, d’autres fois un peu plus précipité qu’à l’ordinaire: il arrive encore, néanmoins, qu’il augmente graduellement et ne procure pas cette sensation que nous avons décrite, et que les médecins appellent dureté.

Dans la fievre, il y a perte totale ou diminution d’appétit, et l’animal paraît souffrir; les évacuations naturelles (les selles et l’urine ) sont incomplètes, et si Ton soulève la paupière, elle paraîtra ronge; la bouche a pins de chaleur et la langue est plus sèche qu’à l'ordinaire.

Dans une simple débilité ou faiblesse, soit qu’elle soit occasionnée par un travail pénible , ou

par toute attire cause, excepté la fîevre , la bouche et la langue sont dans leur état naturel* le pouls, quoique faible et, quelquefois, difficile à trouver, ne frappe pas ce coup sec et dur, qui caractérise la fievre, lorsqu’on presse fai 1ère avec le doigt ; le cheval transpire Facilement, et , quand la faiblesse est considérable, les oreilles et les jambes de derrière paraissent froides, et le mouvement des flancs est plus précipité qu’à l’ordinaire. Si l’on tire du sang on le trouvera bien di fièrent de celui d’un cheval attaqué de fievre ou d’inflammation* (Voyez Saignée.) L’appétit, quoique diminué, ti est pas tout-à-fait perdu; la surlace intérieure de la paupière est rar ement plus rouge qu’à l’ordinaire, souvent moins qu’en santé ; et le cheval ne semble pas soufîfir. La saignée, dans ce cas, est extrêmement nuisible, mais on peut user d’un laxatif doux , à moins que les selles ne soient plus molles et plus abondantes qu'à l’ordinaire j si l’urine est insuffisante ou si elle ne s’évacue qu’avec difficulté, donnez un diurétique composé de camphre et de nine. Ce symptôme, cependant, arrive rarement dans ce cas. Après le laxatif, les, toniques, avec des alimens nutritifs’ et un bon traitement, rendent ordinairement en peu de temps la santé à l’animal. On confond quelquefois cette maladie avec la fievre, et on la soigne mal : il y a, cependant, des cas de cette espèce que les maréchaux traitent fréquemment, sous le nom de fievre, avec des médicamens cordiaux ou toniques.

Je r.’ai jamais vu aucune espèce de fievre dans lesquelles la saignée et , en général, les laxatifl , rae soient pis utiles, s’ils seul employés assez tôt

et avec dîsrernement , c’est-à dire , si la quantité de sang tiré et la Force du laxatif sont proportionnées à la force de l’animal et h la violence de h maladie, et employés dès son début 11 est arrivé plusieurs cas où la débilité s’est déclarée immédiatement après l’inflammation , et rendait la saignée et, quelquefois aus i , le purgatif très contraire; c’est la, peut-être, ce que quelques auteurs ont pris pour le typlnis ou la fièvre putride : d’autres me paraissent avoir copié leurs descriptions sur les auteurs qui ont écrit sur les maladies de l’homme.

Dans le cas de simple débilité , j’ai employé avec succès les médicamens suivans, en donnant d’abord le laxatif, si le cheval est constipé, ou même si les intestins sont dans un état naturel pendant qu’il opère; cependant, il est nécessaire de faire prendre une bonne eau de gruau , au lieu d’eau de son.

Laxatif.

Aloès des Barbades . . 5 gros.

Candie en poudre . . 1 gros %,

Alkali pré par é . i gros.

Eau de Menthe . . 8 onces.

Mêlés, pour breuvage.

Tonique.

Quinquina jaune . 6 gros.

Cascarille . i gros.

Opium pulvérisé . ^ gros.

Aikali préparé . i scrupule.

Sirop, quantité suffisante pour un bol d’une dose. Il est souvent nécessaire d’augmenter la

proportion dit quinquina, et quelquefois des autres ingrédiens ; mais quand le cheval e t constipé , on doit négliger l’opium.

Il faut lui donner ensuite une bonne nourriture , choisir son foin et son avoine , lui en donner peu à la fois, mais souvent ; on le tèra boire souvent, on lui fera prendre un exercice très modéré, et quand la faiblesse est considerable on le laissera libre dans une grande stalle ou loge, et on ne le sortira pas jusqu'à ce qu’il ait pris plus de force. Si la constipation survient , on peut lui donner un lavement ou même un laxatif doux. J’ai rencontré des poulains de deux on trois ans, dans une prostration prodigieuse. La maladie commençait par une boursouflure autour de la poitrine et du ventre, grande faiblesse , diminution d’appétit , pouls prompt , sans la dureté caractéristique de la fievre. Dans le cas le plus remarquable de cette espèce, un poulain (de trois ans) fut attaqué au mois de mai, dans une grande prairie. Les premiers signes qu’il donna de sa maladie furent de se séparer de scs compagnons ; il avait un air abattu , et ne paissait pas comme à l’ordinaire. En l’examinant, on s’aperçut qu’il avait la poitrine et la partie intérieure des pieds de devant très enllées, et quand îe le vis , le pouls marquait soixante battemens à la minute, quoique faible. Il ne refusait pas ent èrement la nourriture , mais il y paraissait indifférent,; il n’avait aucun symptôme qui indiquât une affection des organes internes; il urinait sans difficulté, et aussi abondamment qu’à l’ordinaire; mais comme les selles paraissaient plus dures et moins copieuses que ne le sont ordinairement celles des chevaux à l’herbe 3 on lui administra d’a-

Bord un faible laxaiif. Il fut retiré et placé libre dans une écurie fraîche qui ouvrait dans une grande cour, on laissa la porte ouverte : on lui offrit souvent de la luzerne fraîche, du trèfle, etc., et on le laissa boire h discrétion. L’enflure et la faiblesse augmentèrent considésablement, on administra un médicament composé de quinquina , fer vitriolé (sulfate de fer) et un peu de canelle; et on lui donna une nourriture plus substantielle, telle que gruau, fécule d’arrow-root, bouillie dans l’eau, suivant l’usage ordinaire, et une poignée d’avoine de temps en temps. Ce remède tonique rappela sou appétit au point qu’il prit bientôt un peu de nourriture 5 cependant la faiblesse continuait, l’enflure augmentait, et le pouls se maintenait faible et lent , et même était encore ralenti. L’enflure futscarifiée , et il s’en évacua une grande quantité d’eau, ce qui en diminua beaucoup l’étendue 5 la dose du médicament tonique fut augmentée , et on ajouta les diurétiques' de temps en temps. Son appétit s’améliorant , on lui laissa prendre une quantité illimitée de nourriture la plus substantielle, qui fut variée pour entretenir son appétit; et après avoir suivi cette méthode avec persévérance pendantenviron quinze jours, il parut tout-à-fait rétabli. Au bout de quinze jours, la s maladie reparut avec plus de violence, l’enflure s’étendit sur toute la partie inferieure de la poi- N trine et du ventre, le pouls devint très faible , mais pas beaucoup plus prompt qu’au para vaut , et l’animal était dans une très grande débilité. On persévéra a faire usage des médicamens toniques, secondés de la nourriture la plus substantielle , telle que de fort gruau)* du lait doux* de l’avoine * etc. *

le poulain se rétablit parfaitement. J’ai vu plusieurs cas de cette espèce , dont l’un fut fatal par la négligence du propriétaire , qui ne donna pas au poulain une quantité suffisante d’aiimens, ce qui semble aussi nécessaire que les remèdes. Quand un poulain , dans cette maladie, refuse les alimens, j’ai trouvé nécessaire de lui faire boire fréquemment de l’eau de gruau forte, de la fécule d’arrow-root bouillie, du sagou ou du lait. Il convient aussi de varier la nourriture , pour engager l animal à manger plus souvent qu’il ne le ferait sans cette précaution. On lui donnera, à cet effet, des carrottes, de la luzerne, etc. L’avoine doit être très odorante , et si le poulain semblait la préférer dans un état de moiteur, on peut la mouiller.

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