‹ Abrégé de l'art vétérinaireChapitre 65 sur 78 · MALADIES DE L’ESTOMAC · texte numérisé non relu

MALADIES DE L’ESTOMAC

Nous avons décrit ci-devant les principales maladies de cet organe imposant. 11 en est une, cependant, que nous n’ayons traitée qu’imparfaitementsous la dénomination de vertigo d’estomac,

à cau^e de sa ressemblante avec l’apoplexie ou vertigo du cerveau.

INous avons déjà donné la description de ces s)mptcmes. (Voyez Vertigo, pages 76 et 77.) ÎSous avons établi que cette maladie provient d’une distension de l’estomac produite par les aiimens. L’estomac d’un cheval qui mourut de cette maladie pesait, avec les substances qu’il contenait, environ soixante livres 5 ses tuniques étaient si tendues,, qu’il fut aisé de les déchirer, et qu’il n’est pas? douteux qu’elles avaient perdû tout pouvoir de contraction quelque tUmps avant la mort. Les aiimens qu’il renfermait étaient presque durs, et consistaient en foin et avoine imparfaitement mâchés. La teinte jaune des yeux et de la bouche du cheval semblait occasionnée par la pression de l’estomac sur le canal cystique , qui forçait la bile à retourner en circulation. Gn examina un nombre considérable de chevaux qui avaient succombé sous cette maladie, et tous donnèrent lieu aux mêmes remarques: on en conclut donc que cetie espèce de vertigo était un amas dans l’estomac d’alimens. indigestes ; mais comme la maladie attaqua également des chevaux à l’herbe, et même , deux ou trois fois , des chevaux qui y étaient depuis quelque temps sans avoir été changés de place, on trouva nécessaire d’en rechercher la came : elle fut reconnue sans difficulté à l’égard des chevaux qui vivaient à l’écuiie. Elle attaquait particulièrement ceux qui étaient épuisés par un travail dur, une nourriture mal-saine et la vieillesse ; et ces : ti ois causes avaient souvent concouru à épuiser les 1 forces de l’animal. On trouva que la cause immédiate était plus communément celle que nous avons a

indiquée page 20b; c’est-à-dire lorsqu’on donne à un cheval qui avait été long-temps sans manger , et qui revient d’un voyage long et fatiguant, un© quantité illimitée de nourriture, sans le laisser boire suffisamment pour ‘en faciliter la digestions Néanmoins, cela n’avait pas pu être la même cause pour les chevaux attaqués à l’herbe; cependant, après de nouvelles recherches , on découvrit que ces chevaux avaient été assujéiis à des travaux outrés avant d’avoir été mis à l’herbe, et qu’en général c’étaient de vieux chevaux. Il est donc probable que la maladie était provenue de ce que ces chevaux avaient mangé avec excès d’une herbe mal-saine, qui avait agi comme poison sur l’estomac, en le privant de son pouvoir digestif, cet effet étant plus facilement produit sur des estomacs faibles ou des constitutions débilitées. Le vertigo d’estomac alarme les propriétaires , qui ont , en général, l’opinion qu’il est contagieux. Quelques circonstances semblent accréditer cette opinion ~ parce qu’il attaque souvent plus d’un cheval quand il y en a plusieurs dans la même écurie , non pas en même temps, mais l’un après l’autre : un assez grand nombre de fermiers ont perdu, en peu de temp* , plusieurs chevaux de cette maladie. Je suis persuadé, néanmoins, qu’elle n’est pas contagieuse, et quand un fermier a plusieurs chevaux attaqués de vertigo, soit tous à-la fois, soit l’un après l’autre, il ne doit l’attribuer qu’à sa négligence, ou aux travaux forcés de l’animal : une longue expérience et des recherches scrupuleuses m’ont convaincu de la vérité de celte remarque. La seule méthode de triompher de cette maladie est d’employer assez à temps de fortes médecines, avec les aromates

et les autres stimulans ; car, si l’estomac est distendu jusqu’à un certain degré, aucun remède ne peut le rétablir, (b)

Je ne crois pas convenable de faire prendre dans cette maladie une forte médecine tout d’un coup } mais on doit employer quelque stimulant actif , afin de donner à l’estomac assez d’énergie pour expulser les substances qu’il renferme. Le purgatif sera répété , avec des siimulans plus faibles au bout de dix ou douze heures} et environ une chopine d’eau salée , de deux heures en deux heures , avec une petite cuillerée d’esprit ammoniaque composé. Ces remèdes délayeront les substances dans l’estomac , et serviront en même temps de stimulant modéré. On donnera aussi de temps en temps des lavemens , pour balayer tout excrément dur qui pourrait être resté dans le rectum. La distension de l’estomac produit un amas de sang dans les vaisseaux du cerveau } le cheval abaisse la tête , ou la presse sur la muraille comme s’il fût insensible. 11

(i) Quand le pouvoir vital de l’estomac a considérablement diminué , les substances qu’il renferme sont, en quelque sorte , soumises aux lois de la chimie qui gouvernent toutes les matières inertes, ou, en d’autres termes, la fermentation s’établira et occasionnera un dégagement d’air qui augmentera la distension. C’est ce quiarrive fréquemment aux bêtes à corne, quand elles sont subitement placées dans de très gras pâturages , et surtout dans le trèfle J’ai vu un cheval qui, s’étant délié la nuit , trouva le coffre à l’avoine à sa discrétion : le matin il était mort; on l’ouvrit et. on trouva une grande quantité d’avoine dans l’estomac. Il y avait rupture d’une partie, et une portion de l’avoine était tombée, par l’ouverture , dans la cavité du ventre. J’ai entendu parler , depuis, de deux cas semblables.

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faut, dans ce cas , le saigner modérément à Panière de la tempe; dans les constitutions débilitées, une saignée abondante est très dangereuse : lorsqu’on suit ce système il faut pratiquer quelques moyens pour soutenir la tête du cheval ; si l’on parvient de cette manière à procurer l’évacuation des matières dures , on a lieu d’espérer le rétablissement, et surtout quand, après avoir vidé le rectum au moyen d’un lavement ou avec la main, on y retrouve encore des madères fraîches. Quand les excrémens deviennent plus clairs, ou que le cheval évacue, on peut être certain que la maladie est détruite ; il ne reste plus alors qu’à ranimer les forces de l’animal avec de bonne eau de gruau, qu’on lui présente souvent, un peu d’avoine de temps en temps et des toniques. S’il mange volontiers du foin , on ne lui en donnera que très peu à la fois. En suivant cette méthode j’ai réussi à guérir cette dangereuse maladie ; mais il est absolument nécessaire de surveiller le cheval sans discontinuer, et de suivre avec une exactitude scrupuleuse le régime indiqué, si l’on veut obtenir le même succès ; car si l’on néglige d’exercer une surveillance continuelle , et de prendre des précautions , l’animal se blessera durant son délire. Il est facile de distinguer cette espèce de vertigo, de celui qui n’est produit que par une affection cérébrale; dans le dernier cas , le délire est plus furieux, les yeux et la bouche ne sont point colorés de jaune ; il n’existe point de tiraillement convulsif dans la poitrine; les jambes de devant ne fléchissent pas de temps en temps , comme si le cheval était sur le point de tomber; les chevaux en bonne condition , et sur»

( sSo )

tout ceux qui ont été bien nourris et qui n’ont pas pris assez d’exercice , sont sujets à ce vertigo.

J-je vertigo d: estomac^ au contraire, attaque les chevaux d’une constitution débilitée , qui ont été employés à des travaux durs et qui n’ont pas été bien nourris; quand il affecte des chevaux qui paraissent en bonne condition , ce sont ordinairement de vieux chevaux qui ont trop travaillé ; ce cas arrive quelquefois parmi les chevaux de voiture , surtout lorsque l’état de maladie ou de faiblesse d’un ou de deux de l’attelage , force les autres a faire tout le travail : il est encore occasionné, comme nous venons de l’observez, par un excès d’alimens, au retour d’un long voyage, lorsqu’on a négligé de donner au cheval assez d’eau pour les délayer et en faciliter la digestion, ou par des alimens précipitamment avalés , sans êtie suffisamment mâchés. De quelque manière que survienne cette maladie, les symptômes sont presque toujours les mêmes, et ne varient que dans les degrés; le délire est en général proportionné à la distension de l’estomac. Quand elle est considérable , l’animal semble soufFrir les plus cruelles douleurs, quoiqu’ordinairement il soit dans un état de délire ou stupeur ; ce délire diffère beaucoup de la folie furieuse que produit l’inflammation du cerveau. Lorsque les chevaux sont attaqués à l’herbe du vertigo dy estomac , ils se retirent auprès des baies, et , si on cherche a les en éloigner, ils se portent toujours en avant jusqu’à ce qu’ils rencontrent quelqu’obstacle: ils ont si peu de sentiment, que s’il existe un fossé eu un trou profond sur leur passage , ils l’évitent rarement, Je n’ai vu aucun cas exempt du tirail-

lement de la poitrine et du chancellement des jambes du devant, ci-devant décrits: la couleur jaune des yeux et de la bouche en est toujours aussi un symptôme. J’ai cru nécessaire de m’étendre ainsi sur cette maladie , parce qu’elle est vraiment très-sérieuse et destructive , et presque toujours mortelle , si elle n’est pas traitée de la manière que j’ai indiquée. J’ajouterai quelques formules de médicamens dont on doit faire usage.

Purgatif stomachique .

Aloès des Barbades, de 6 gros à. . . î once.

Calomelas de î gros a . 2 gros.

Cascarille . 2 gros.

Huile de menthe poivrée . 20 gouttes.

Teinture de cardamone . 2 onces.

Eau (aussi chaude qu'il est possible

de la faire prendre . 12 onces.

Mêlés pour une dose.

La quantité d’aloès doit être réglée d’après la taille et la force du dheval , etc. J’ai quelquefois ajouté à ce breuvage un gros d’ammoniaque préparé , qui me semble utile , quoiqu’il rende le calomelas moins actif. Si, dans l’espace d’environ vingt heures, on n’obtient point d’évacuation, donnez une autre dose, avec moitié de la quantité d’aloès, et à peu-près six onces d’huile de ricin ; et dans l’intervalle faites prendre quelques stimu- Uns modérés.

Sel commun

î once,

si*

Eau . . .

Esprit d’ammoniaque composé.

ÎVJèiés.

Teinture de cardamone .

Eau de menthe . . .

8 onces.

1 gros.

2 onces.

12 onces.

On donnera souvent aussi des lavemens composés de sel commun . . 4 onces.

Eau . 4 0ll 5 pintes.

Huile de graine de lin . 4 onces.

Mêlés.

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