VISCÈRES DE L’ABDOMEN
Après avoir terminé la description des viscères thoraciques , nous ferons connaître ceux de Y abdomen on ventre , dont Yestomac est le premier et le pins important. Tout ce que reçoit cet organe lui est apporté par un long tube musculeux nommé œsophage . Yl œsophage prend naissance dans l’ariièi e-bouche où sa grandeur est considérable* mais il dégénère tout-à-coup en un petit
tube et se continue^ de la même grandeur, jus-
qu’à l’estomac, : on compare sa partie supérieure à un entonnoir , et on la distingue par le nom de pharynx.
Le pharynx est immédiatement situé derrière le larynx , mais il n’est pas , comme lui, composé de forts cartilages. Il est formé d’une membrane recouverte d’un tissu musculaire , qui , en se contractant , fait tomber les alimens triturés dans l’oesophage. Comme il est absolument nécessaire à la respiration que le larynx soit toujours ouvert , il est , par cette raison , composé d’un fort cartilage qui ne peut spontanément ou par une pression modérée se resserrer ou se fermer ; mais cette structure n’est pas nécessaire dans le pharynx , parce qu’il n’a besoin d’ètre ouvert que de temps en temps j et, dans ce cas , les muscles, de la langue peuvent y faire entrer les alimens et les liquides, tandis que ses propres muscles continuent de les faire descendre par l’œsophage dans l’estomac. Nous avons fait remarquer ci -dessus que les substances , en passant de la bouche dans le pharynx, ne peuvent tomber dans le canal aéiien parce qu’il est recouvert par l’épiglotte , et qu’elles la forcent à s’abaisser et à le fermer complètement. S’il arrive que l’animal tousse pendant cette opéralion , c’est-à-dire chasse l’air avec force hors des poumons, la valvule s’ouvre un instant, et alors une petite partie peut s’introduire dans le canal aérien , d’où elle est bientôt expulsée par une toux violente.
L’œsophage, après avoir passé le long du cou et de la partie postérieure de la poitrine, traverse le diaphragme et se termine dans l’estomac.
L’œsophage d’un cheval est recouvert intérieurement par une membrane insensible qui s’étend
dans l’estomac et double presque la moitié de sa surface. Cetie particularité nous fournit les moyens de rendre compte , en quelque sorte, de l’inactivité de beaucoup de poisons violens quand ils sont administrés au cheval. Dans l’œsophage de l’homme , cette- membrane n’existe pas, toute sa surface interne, ainsi que celle de l’estomac, est parfaitement sensible. •
Si l’homme avale deux grains de tartre émétique , ils occasionnent bientôt un violent vomissement ; tandis que deux cents fois la fnème quantité ne produirait aucun effet sensible sur le cheval. A foiilîce cardiaque, partie où l’œsophage entre dans l’estomac, sa tunique intérieure est si molle qu’elle forme des plis qui semblent destinés, comme une valvule , à empêcher le retour des substances. C’est par cette cause, ainsi que par l’insensibilité de la membrane qui tapisse une grande partie de l’estomac , que le cheval vomit très-rarement; mais l’opinion qu’il est tout-à fait incapable de cette action , n’est certainement pas vraie*: j’ai vu un cheval vomir considérablem nt • ce vomissement survint spontanément et cessa bientôt, (du ne connaît point de médicament capable de produire cette action sur l’estomac du cheval ; elle a lieu si rarement que c’est !e seul
► cas que j’aie jamais vu, mais j’ai eu connaissance
> de deux autres semblables.
Que l’on examine l’arrière-bouche et on ret marquera une nouvelle valvule (qui et surtout très-grande dans le cheval ) formée par l’épigloite * ou valvule du canal aérien , et par une substance >: membraneuse qui pend à la partie postérieure du palais. Ces corps forment une valvule uès-com-
plète, qui, ouvre seulement, par en bas afin de prévenir le reflux de tonte espece de substance, soit des poumons, soit de l’estomac, parla bouche. Ainsi, on reconnaît que le cheval ne respire que par les narines, f hors le cas de la toux ) parce qu’alors la valvule est assez dérangée pour permettre a l’air , qui s’échappe ainsi des poumons , d.e passer par la bouche.
Dans le cas du Vomissement dont je viens de parler , on observa d'abord que les alimens renfermés dans l’estomac passaient par les narines, A la fin, une violente toux ayant dérangé la valvule, une grande quantité de fluide mêlé de foin et d’avoine triturés s’évacua par la bouche.
La partie de l’estomac oti.se termine l’oesophage est appelée orifice cardiaque y et celle où les intestins commencent, pylore.
Les intestins ou boyaux consistent en un tube très-long qui se termine à l’anus. Les intestins d’un cheval ont environ trente yards, aunes anglaises , ( 2Ô mètres 172 environ ) de longueur ; mais étant, par leurs circonvolutions , adaptés a la cavité dans laquelle ils sont placés, ils semblent former plusieurs parties distinctes.
La surface interne des intestins du cheval n’est pas revêtue de cette membrane insensible que l’on trouve dans 1 oesophage et la partie supérieure de l’estomac; elle est, au contraire, douée d’un grand degré de sensibilité, et paraît être plus susceptible d’irritation que celle de la plupart des autres animaux. De cetie irritabilité des intestins est résulté la pei te de beaucoup de chevaux auxquels on avait administré des forts purgatifs ; et de là
nail la nécessité d’employer ces sortes de médicamens avec intelligence et précaution.
Le tube intestinal n’est pas dans toute sa longueur d’une grandeur uniforme. La partie qui avoisine l’estomac est plus étroite et conserve son » diamètre dans une longueur d’environ vingt yards; il présente ensuite beaucoup plus d’étendue, mais il se resserre de nouveau avant d’arriver à l’anus.
Les anatomistes, dans la description du canal i intestinal, le divisent en deux parties, savoir: le% petits et les gros intestins. Les premiers se subdivisent en duodenum 3 jej unit m et ileum ; les ; derniers en cæcum 9 colon et rectum.
Toute la surface interne du tube intestinal est
(enduite d’une substance muqueuse qui le préserve de l’action des corps irritans. Les diverses circonvolutions des intestins sont réunies par une membrane appelée mêsentere , qui sert non-seulement h cet usage , mais renferme et soutient encore les lactés , petits vaisseaux destinés à conduire au cœur ! les parties nutritives des alimens pour être con- » verties en sang. Avant de passer à la description particulière de ces vaisseaux, il est nécessaire d’expliquer les phénomènes de la nutrition.
Quand les alimens ont été déposés dans la bouche, ils sont broyés par les dents et se mêlent avec la salive de manière à pouvoir s’introduire facilement dans l’estomac; ils sont alors, par l’action combinée de la langue et des muscles du pharynx, poussés dans l’æsopbage, d’où ils passent dans l’estomac. Ils subissent dans cet organe une altération considérable; car la nature prévoyante | y a fait naître un fluide particulier appelé suc '■ gastrique , qui a la propriété de dissoudre toutes
les substances qui arrivent dans l’estomac et de les convertir en une masse molle et pulpeuse d’une apparence uniforme et homogène. Quand les alimens ont subi cetie altération, la masse est poussée par une contraction de l’estomac dans le duodenum ou première partie du canal intestinal. Cette masse, cependant, n’est pas entièrement composée de parties nutritives, ou qui soient propres à la formation du sang; une autre opération qui semble effectuée par la bile et le suc pancréatique dev ient nécessaire pour en séparer les parties inutiles (1).
Il existe une particularité dans l’estomac et les intestins du cheval, dont il convient de faire ici mention. Son estomac est petit proportionnellement à son volume en général , et la moitié environ de sa surface intérieure est tapissée d’une forte membrane insensible de couleur blanche. C’est à cette membrane que s’attachent ordinairement les oestres ( bots ) , ce qui explique pourquoi ces vers existent si souvent dans l’estomac sans y faire aucun mal. On suppose également que cette membrane insensible facilite la contraction de l’estomac sur les alimens solides qu'il contient , et aide le suc gastrique à les réduire en une masse molle. Mais la digestion est loin d’etre accomplie dans l’estomac * du cheval, elle paraît se compléter dans les grands intestins cæcum et colon. Ce phénomène semble absolument nécessaire dans le clieval, quand on considère la vitesse et les efforts surprenans dont il est capable, et auxquels la nature paraît l’avoir
(i) Cette opinion a été prouvée par fies expériences de M. AstleV Cooper, Professeur d’Anatomie et de Chirurgie, et Aide-Chirurgien à l’hôpital Saint-Thomas.
destiné. Le boeuf, le mouton et les autres animaux ruminans ont quatre grands estomacs , dont le plus petit, et même celui du mouton, est aussi grand que celui du cheval. Ces animaux prennent à-lafbis une grande quantité de nourriture , qu’ils digèrent à leur aise et dont ils n’éprouvent aucune incommodité. Mais le cheval, même dans l’état de nature, est soumis à d’autres lois: la rapidité du mouvement et la force sont nécessaires à sa conservation, et deviennent encore plus utiles dans son état domestique. De là , il est formé avec un petit estomac qui exige de fréquens secours , sans apporter d’obstacles à ses travaux. On reconnaîtra, par là , combien il est absurde de laisser un cheval trop long temps sans boire ni manger, et de lui prodiguer ensuite les alimens. Des maladies incurables et même fatales ont été produites par ce régime. Dans le bœuf et le mouton, la digestion se perfectionne dans le quatrième estomac.
Les trois premieis estomacs communiquent les uns aux autres par une gouttière formée d’un prolongement de l’oesophage , qui se continue jusqu’au quatrième estomac où elle se termine. Ses bords épais et sailians sont disposés de manière à pouvoir se réunir et former un canal complet.
L’herbe, ou les autres alimens, après une légère mastication, sont portés dans le premier estomac ou panse , d’où ils passent, en petites portions, dans le second estomac pour y subir une
[nouvelle élaboration. Ils sont ensuite rapportés par J’oesopbage dans la bouche pour être ruminés. Quand ils sont avalés de nouveau, la scissure se ferme de manière à ce qu’ils passent immédia te i ment dans le troisième estomac, où ils sont pré-*
parés pour la digestion ; ils s’introduisent ensuite dans le quatrième estomac, et là s’accomplit le travail de la digestion.
Le cheval, dans l’état de nature, mange presque continuellement, et les alimens qu’il prend ne séjournent que peu de temps dans l’estomac , la digestion semble se continuer dans presque tous les intestins, et paraît s’effectuer principalement dans le cæcum ou intestin borgne , qui est d’unè grandeur remarquable dans le cheval. Il résulte de ce phénomène, que l’estomac du cheval n’est jamais assez chargé d'alimeps pour pouvoir interrompre l’action des poumon^ et retarder sa vélocité.
Il faut avouer, cependant, que cela arrive quelques fois , non par la disposition naturelle de l’animal, mais par l’inexpérience, l’inattention ou la méchanceté du palfreuier. Je me suis d’autant plus particuüèi ement attaché à la description de l’estomac, que ce sujet a un rapport plus directe ! avec quelques maladies importantes, et facilitera j les moyens d’en donner l’explication.
La bile est formée par le foie, viscère glanduleux t d’un volume considérable^ divisé en plusieurs lobes i et situé immédiatement derrière le diaphragme, auquel il est fortement attaché. La forme du foie > est trop bien connue pour exiger une description particulière; nous devons donc seulement observer j que la bile qu’il secrète est portée par le canal j hépatique dans le duodenum, à trois ou quatre # pouces de son origine. Dans l’homme et dans la if plus grande partie des quadrupèdes, toute la bile ne coule pas immédiatement dans les intestins, il h existe un petit vaisseau , uni au canal hépatique , qui en porte une certaine partie dans un sac qui h
est attaché au foie, et appelé la vésicule biliaire, d’où elle est expulsée de temps en temps. Mais cela n’existe pas dans le cheval.
Ce que nous venons de dire sur la particularité des organes digestifs du cheval suffit pour faire connaître pourquoi il n’a pas de vésicule biliaire. Dans l’homme et dans beaucoup d’animaux, le bol alimentaire se conserve très long-temps dans l’estomac , et peut se passer alors du fluide bilieux ou fiel. C’est pourquoi la nature prévoyante a établi un réservoir dans la vésicule du fiel : car la bile est continuellement formée par le foie, et si elle n’était pas retenue par cette vésicule , elle coulerait sans cesse dans le premier intestin, ce qui occasionnerait une grande perte de ce fluide précieux. Le bol alimentaire est renfermé dans l’estomac durant la digestion, le pylore est clos et le premier intestin vide.
L’orifice du canal qui porte la bile dans cet intestin étant privé de son stimulus habituel, la pâte chymeuse devient inerte , et comme l’action de tout le canal dépend de l’excitation de lorffice, labile, au lieu de le traverser , coule dans la vésicule du fiel où elle reste jusqu’à ce que l’élaboration soit assez complétée pour que le bol alimentaire commence à se diriger de l’estomac dans l’intestin. Le conduit biliaire est alors mis en mouvement ; la vésicule du fiel participe à l’excitation, et aidée par la piession de l’intestin distendu , elle se contracte et pousse la bile par le conduit dans l’intestin, où elle se mêle avec les alimens digérés , et fait la séparation du chyle ou parties nutritives.
Comme le cheval mange presque toujours, et
que la digestion s’opère s; ns cesse dans l’estomac et les intestins , il est évident qu’un écoulement perpétuel de bile devient nécessaire ; et que, par cette raison, la vésicule du fiel serait inutile et peut-être nuisible.
Le pancreas est aussi un organe glanduleux : il «écri te un fluide tant soit peu ressemblant à la salive , qui est porté par le conduit pan créa ique dans le duodenum a l’endroit d’insertion du conduit héi atique. Quand ces fluides ( la bile elle suc pancréatique) sont versés dans l’intestin, iis se mêlent avec la ma s se alimentaire digérée quia été expulsée de l’estomac , et en séparent toutes les parties essentielles , propres à être converties en sang. Ce phénomène est apptlé chylijication . ISous avons ci-devant observé , en décri vant lamé sentèie , membrane qui rassemble les intestins , qu’un nombre considérable de petits vaisseaux délicats sont répandus sur sa surface. Ils sont nommés lactés , parce qu’ils contiennent un fluide qui en apparence ressemble au lait. Ce fluide consiste aussi dans des parties essentielles des aîimens qui se dirigent vers le cœur pour être converties en sang. Tous les lactés s’ouvrent dans les intestins , et tapissent entièrement leur surface intérieure, où ils sont toujours disposés à absot ber les parties «nutritives des aîimens à leur passage dans le tube intestinal. Quelques physiologistes supposent que les bouches des lactés sont douées du pouvoir de choisir les parties de la nourriture qui sont propres à être conveities en sang , sans aucune préparation préalable j et que la bile sert seulement , comme purgatifnaturel , à exciter continuellement les intestins, à les entretenir ainsi dans un léger
degré de mouvement , et à accélérer l’expulsion des madères fécales.
On demandera peut-être comment il arrive que la masse alimentaire passe par les intestins, puisque leur circons oluiion rend impossible cette direction au moyen de la force de gravité ? Mais si on examine leur structure , on peut aisément expliquer ce phénomène. Les intestins sont composés , en grande partie, de fibres musc ulaire? , dont quelques-unes s’étendent dans une direction circulaire , d’autres dans une direction longitudinale. Quand les libres circulah es se contractent , le diamètre du canal diminue, et quand les fibres longitudinales sont en acti< n , il se raccourcit, et, par l’action combinée de ces fibres , la nourriture est poussée par degré dans toute la longueur du canal intestinal : on peut observer très distinctement te mouvement de contractilité dans un animal qui vient d’etre tué; il continue même chez quelques-uns long-temps après la mort. L’intestin cependant n’est pas entièrement composé de fifres musculaires; sa surface intérieure est tapissée d'une membrane fine , net veuse et vasculaire qui est douée d’une sensibilité exquise , et qui a la faculté de sécréter à sa surface une substance muqueuse qui sert à la préserver de l’action des corps acrimonieux. En outre cette tunique musculaire et nerveuse , il en est une autre qui entre dans la structure de l’intestin. C’est une membrane transparente appelée péritoine.
Le péritoine sert non-seulement de troisième tunique extérieure , il enveloppe encore tous les organes contenus dans l’abdomep. Il est étroitement uni avec eux, et il est replié de manière
a former une espèce de sac dans lequel ils sont tous renfermés. Ainsi les intestins sont composés de trois tuniques qui sont étroitement liées les unes aux autres ; savoir : les tuniques péritonicile , musculaire et nerveuse.
Nous avons encore à décrire le cours des lactés , ou petits vaisseaux qui s’emparent du chyle , partie nutritive des alimens. Nous avons ci-devant observé qu’ils sont répandus sur le mésentère , d’où ils se dirigent vers l’épine dorsale , et deviennent plus grands et moins nombreux dans leur trajet.
Ils se terminent enfin en un long tube qui chemine le long de la colonne vertébrale , et qu’on nomme conduit thoracique. Celui-ci se dégorge dans une grande veine proche du coeur , auquel le chyle est immédiatement porté pour être converti en sang.
Les reins sont deux corps glanduleux situés dans la région sous-lombaire. Leur fonction est de séparer l’urine du sang. L’urine ainsi extraite , est portée par deux longs tubes appelés artères, dans la vessie qui e^-t composée de trois tüniques semblables a celles de l’intestin , et quand elle a reçu i une quantité suffisante d’urine pour exciter Faction de ses fibres musculaires , elle se contracte , et l’expulse au travers de l’uretère ou canal urinaire.
Nous avons maintenant fini l’esquisse des vis- ■ cères abdominaux et thoraciques, que nous avons ! entreprise dans le dessein de rendre la description : que nous allons faire des maladies imernes plus ,( intelligible a ceux de nos lecteurs qui ne SQpt pas ij familiarisés avec Fanatomie,