‹ Abrégé de l'histoire ancienne de Rollin (volume 2)Chapitre 37 sur 49 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ce chapitre renferme € histoire du second Denys , tyran de Syracuse , fils du premier 9 et celle de Dion son proche parent.

Article i.

Denys ie jeune succède à son père.

An. m. 3632, Denys l'ancien eut pour successeur un de Diod.ï II', ses fils qui porta le même nom que lui , et p' 385* que l'on appelle ordinairement Denys le jeune. Ce prince était d'un caractère bien dilféent de celui de son père ; car autant celui-

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ci était vif et entreprenant , autant le jeune Denys était paisible et tranquille. Et c'est sans doute ce caractère de douceur et de tranquillité , ou plutôt de paresse et de nonchalance naturelles , dont les Syracusains n'avaient rien à craindre, qui ne contribua pas peu à le laisser monter tranquillement sur le trône , comme si c'eût été un patrimoine héréditaire.

Dion , le plus brave, ainsi que le plus sage put. in des Syracusains, et qui était beau-frère du^n,/,96° jeune Denys , aurait pu lui être d'un grand secours , s'il avait su profiter de ses avis. Dans la première assemblée qui se tint chez Denys , Dion y parla avec tant de bon sens de ce qui était utile et expédient dans la conjoncture présente , qu'il fit voir qu'en prudence tous les autres n'étaient auprès de lui que des enfans. Le prince en fut ravi d'admiration, et élevait Dion jusqu'aux nues ; mais il ne sut pas profiter d'un si rare trésor. Dion ne se re- Plat. EPi*i. buta point ; persuadé que tous les vices du 7 'p'327 3a8 jeune Denys venaient de la mauvaise éducation qu'il avait reçue , et de la profonde ignorance de ses devoirs , il crut que si on pouvait le lier avec un homme d'esprit , et dont la conversation fût en même temps solide et agréable , on pourrait le ramener. Plein de Dion en. cette pensée , il lui parlait souvent de Platon , ggj1*6^ il faisait valoir la beauté de son génie, i'é-p,aton à la tendue de ses connaissances , la douceur de son caractère , et l'agrément de sa conversation.

Il est incroyable combien ces discours , jetés de temps en temps dans la conversation ,

comme par hasard et sans affectation , allu nièrent , dans l'esprit du jeune prince , un désir ardent de connaître Platon et de l'entretenir. Il lui écrivit des lettres également u, ibid.p. pressantes et obligeantes. Il dépêcha à Athènes courriers sur courriers pour hâter son départ. Platon , qui n'espérait pas beaucoup de fruit de son voyage , traînait l'affaire en longueur, et, sans refuser absolument, faisait assez entrevoir qu'il aurait de la peine à se ^to.^.963. déterminer. Cependant, il ne put résister plus long-temps aux vives sollicitations du prince et aux solides raisons de Dion, qui, de son côté , redoublait ses instances pour vaincre sa résistance et pour le persuader.

md.p. 963. Enfin Platon se mit en chemin , et arriva 9<4* en Sicile. Il y fut reçu avec des caresses in-

finies et avec les plus grands honneurs. Le tyran offrit un sacrifice, comme pour un trèsgrand bonheur qui lui était arrivé. Il ne se trompait pas. Un homme sage , et capable de donner de bons conseils à un prince, est un trésor précieux et inestimable pour tout un royaume. Mais il est rare qu'on en connaisse le prix, et encore plus rare qu'on en fasse l'usage qu'on devrait. Le philosophe trouvâtes plus heureuses dispositions du monde dans le jeune Denys , qui se livra sans réserve à ses leçons et à ses conseils. Il le mania avec tant d'adresse et de douceur, que le changement fut prompt et étonnant. Le jeune prince, plongé jusque là dans la mollesse et dans l'ignorance de ses devoirs, sortant comme d'un sommeil léthargique, corn- {mença à ouvrir les yeux , à entrevoir la beau-

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té de la vertu , et à goûter les douceurs et les charmes d'une conversation également solide et agréable ; il se livra avec autant d'eiupres< sèment au désir d'apprendre et de s'instruire, qu'il en avait eu auparavant d'horreur et d'éloignement.

Le but de Platon n'était pas tant de remplir l'esprit du prince d'un grand nombre de connaissances curieuses et utiles 9 que de le retirer de l'oisiveté, de l'indolence et des vains ainusemens de la cour ; de l'accoutumer à une vie appliquée et sérieuse ; de lui faire naître le désir de s'instruire des devoirs de la royauté ; en un mot , de le mettre en état de gouverner par lui-même , et de voir tout par ses propres yeux , c'est-à-dire , d'être véritablement roi. Le philosophe faisait tOUS les Merveilleux

jours de nouveaux progrès. Déjà le prince d^2S^cnt haïssait le nom de tyran , et voulait régner Conspiration en père. 11 aimait le travail , la vertu , la con- sans pour en versation des gens d'esprit ; mais les flatteurs Ees?'F leS courtisans, qui se voyaient éloignés de la confiance du prince , et à qui une vie de délices et de débauches convenait mieux , s'oppose rent de concert aux progrès de Platon ? et les arrêtèrent tout court.

Ils furent sérieusement effrayés d'un mot qui échappa à Denys. Quelques jours après l'arrivée de Platon, échut le temps d'un sacrifice solennel que l'on faisait tous les ans dans le palais pour la prospérité du prince. Là , le héraut avant prononcé à haute voix , Qu'il piût aux Di&ux de maintenir long-temps ia tyrannie , et de conserver te tyran; Deays , à qui ces noms commençaient à devenir

odieux , lui dit. tout haut : Ne cesseras - tu point de me maudire ? Cette parole alarma Philiste. zélé partisan de la tyrannie, grand homme de guerre et de lettres, qui avait été rappelé de son exil , ou le vieux Denys l'avait condamné.

Ils commencèrent par jeter du ridicule sur la vie retirée qu'on faisait mener à Denys. Ils allèrent plus loin , et travaillèrent tous ensemble à lui rendre suspects et même odieux le zèle de Dion et de Platon , et surtout du premier , qu'on accusait de vouloir mettre sur le trône ses neveux , les fils d'Aï istomaque sa sœur. Ces discours eurent tout le succès qu'ils pouvaient désirer. Denys était trop faible pour y résister.

Tous ces discours produisirent d'abord dans l'esprit de Denys de violens soupçons contre Dion, qui dégénérèrent bientôt en une furieuse colère, et éclatèrent par une rupture ouver- Exii de te. Denys ., ne pouvant plus soutenir la présence de Dion , le fit monter sur un brigantin , et ordonna aux matelots de le mener sur les côtes de l'Italie et de l'y laisser. Dion aussitôt après fît voile de là au Péloponèse. Dès que Dion fut parti , le tyran s'appliqua à gagner l'amitié de Platon avec plus d'attention qu'auparavant ; car , charmé par la douceur de sa conversation , il avait conçu peur lui une passion qui allait jusqu'à la jaiousie. II voulait le posséder tout seul, paraissant disposé à lui céder tous ses trésors et toute sou autorité , s'il voulait l'aimer plus que Dion. Plutarque a raison d'appeler cet amour, un amour lyrannique

Dans ce temps-là , il survint fort à pro- Piat©i. péri * . i ■ iii touriki en

pos , pour Platon , une guerre qui obligea Grèce. Denys à le renvoyer , et à lui rendre sa liberté. Ce philosophe , s'en retournant en Grèce, passa à Olympie pour voir les jeux. Il se trouva logé avec des étrangers de considération , à qui il ne fit connaître de lui autre chose , sinon qu'il s'appelait Platon. Ces étrangers étaient ravis d'avoir trouvé un homme si doux et si sociable ; mais comme il ne parlait que de choses fort ordinaires , ils ne soupçonnèrent pas que ce fût ce philosophe dont la réputation faisait tant de bruit. Les jeux finis, ils allèrent avec lui à Athènes, où il les logea chez lui. Ils n'y furent pas plus tôt, qu'ils le pressèrent de les mener voir ce célèbre philosophe qui portait le même nom que lui. Platon leur dit, en souriant , que c'était luimême. Ces étrangers, surpris d'avoir possédé un si riche trésor sans le connaître , se surent mauvais gré à eux-mêmes de n'avoir pas discerné tout le mérite de ce grand homme, à travers les voiles de la simplicité et de la mo destie dont il se couvrait, et l'en admirèrent davantage.

Le temps que Dion passa à Athènes ne lui fut pas inutile : il l'employa principalement à l'étude de la philosophie, pour laquelle il avait un grand goût, et qui était devenue sa passion. Il sut pourtant (1), ce qui n'est pas aisé, la renfermer dans de justes bornes, et il ne s'y livra jamais aux dépens de son devoir. Il menait dans son exil la vie la plus agréait) ftetiauitque , quod est difficillimum , ex sapientiA modum. Tacit. in vit. /fgricoL n. 4.

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