‹ Abrégé de l'histoire ancienne de Rollin (volume 2)Chapitre 38 sur 49 · TOM. I · texte numérisé non relu

TOM. I

ble qu'il fût possible d'imaginer pour un homme qui a bien goûté une fois la douceur dé J étude , jouissant tranquillement de la conversation des philosophes , assistant à leurs disputes , y brillant d'une manière toute particulière , par la beauté de son génie , et par la solidité de son jugement ; parcourant les villes de ]a docte Grèce , pour y recueillir , s'il est permis de parler ainsi , la fleur des beaux esprits , et pour y consulter les plus habiles politiques , laissant partout des marques de sa libéralité et de sa magnificence , également aimé et respecté de tous ceux qui le connaissaient , et recevant dans tous les lieux où il passait des honneurs extraordinaires . qu'on rendait encore plus à son mérite qu'à sa naissance. Ce fut pour lors que Platon se lia d'une amitié particulière avec Spett* sippe son neveu, qui, joignant à la gravité d'un philosophe les manières aisées et insinuantes d'un homme de cour , savait mêler agréablement les jeux et les plaisirs honnêtes aux occupations les plus sérieuses , et qui , par ce caractère assez rare dans un savant , était plus propre que personne à adoucir ce qu'il y avait de trop dur et de trop austère dans l'humeur de Dion.

Fiat, epist. Après que Denys eut fini la guerre qui lui lf,338n40' était survenue en Sicile, et dont l'histoire ne

Plu t. in Dion*

(,. 964 966. nous apprend aucune circonstance, ce prince eut tout le loisir de sentir ce qu'il avait perdu, en ne profitant pas mieux qu'il n'avait fait du trésor de sagesse qu'il possédait chez lui, et en n'écoutant pas jusqu'au bout les admirables leçons du plus grand philosophe qui

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fût au monde. Comme tout est violent et fougueux dans les tyrans, Denysse sentitsaisi tout-à-coup d'une impatience démesurée de revoir Platon , et il mit tout en œuvre pour y réussir. Il fit partir deux galères , avec des lettres écrites de sa main, où il lui déclarait nettement ses dispositions au sujet de Dion, et tout ce qu'il était disposé à faire en faveur de ce seigneur, s'il se rendait à ses instances. Quelque répugnance qu'eût Platon pour , . ., ce voyage, il ne put résister à de si vives sol- voyage de licitations , et il se détermina à aller, pour la racuse. J troisième fois, en Sicile, à l'âge de soixante et dix ans.

Son arrivée releva les espérances de tout le monde, qui se flattait que sa sagesse vaincrait enfin la tyrannie, et Denys en témoigna une joie qui ne se peut exprimer. Il le fit loger dans l'appartement des jardins, qui était le plus honorable , et eut en lui tant de confiance, qu'il le laissait approcher à toute heure sans le fouiller , faveur qu'il n'accordait à aucun de ses meilleurs amis.

Après les premières caresses , Platon voulut entamer l'affaire de Dion, qui lui tenait fort au cœur, et qui était le principal motif de son voyage. Denys usa d'abord de remises; ensuite cenefurentqiieplaintesetbrouilleries, qui n'éclataient point encore au dehors. Le tyran avait grand soin de les cacher, s'efforçant,par toutes sortes d'autres honneurs, et par toutes les attentions et les complaisances possibles* de le détourner de l'amitié qu'il avait pour Dion. Platon, de son côté, dissimulait; et, quoiqu'il fût extrêmement choqué d'un manque de

parole si indigne, il ne le faisait pas sentir. Comme ils en étaient en ces termes , et quMls pensaient que personne n'avait pénétré leur pensée, Hélicon de Cizique, un des amis particuliers de Platon, prédit qu'il y aurait un tel jour une éclipse de soleil. Cette éclipse ayant eu lieu comme il l'avait dit , et à l'heure marquée , Denys en fut tellement surpris ( preuve qu'il n'était pas grand philosophe), qu'il lui donna un talent. Aristippe, badinant sur ce te aventure avec les autres philosophes , dit qu'il avait aussi quelque chose à prédire de fort incroyable et de foré extraordinaire. Comme on le pressa de s'ex pliquer; « Je vous prédis, leur dit-il, qu'avant » qu'il soit peu , Denys et Platon , qui vous » paraissent si bien ensemble, seront en- » ne mis. »

En effet, Denys, las de se contraindre , fit vendre toutes les terres et tous les effets de Dion, et en retint l'argent. En même temps, il fît quitter à Platon l'appartement des jardins , et le logea hors du château au milieu de ses gardes , qui le haïssaient de longue main , et qui cherchaient à le tuer , parce qu'il conseillait à Denys de renoncer à la tyrannie et de les casser, pour vivre sans autre garde que l'amour de ses peuples. Platon , néanmoins , reconnut qu'il fut redevable de sa vie à l'amitié du tyran 9 qui arrêta la fureur des gardes.

Un procédé si indigne obligea Platon à demander son congé, qu'il n'obtint qu'après de longs délais et avec beaucoup de peine. Les justes et vives remontrances d'Architas , au

nom de tous les philosophes pythagoriciens, réveillèrent un reste de pudeur dans Fàme du tyran , qui permit enfin à Platon de retourner en Grèce. La sagesse et les bonnes mœurs partirent avec lui du palais. À ces conversations aussi agréables qu'utiles, à ce goût pour le travail, pour l'occupation et pour l'instruction, succédèrent l'oisiveté , la crapule et les débauches. De sorte que le palais de Denys, d'école de vertu qu'il était sous Platon, fut changé en vraie étable de Circé.

Article ii.

Syracuse recouvre sa liberté.

Quand Platon eut quitté la Sicile , Denys An m 3645. ne garda plus de mesures, et maria sa sœur Av'p£.36^ Arête , femme de Dion , à un de ses amis, Dion- P* 966nommé Timocrate. Un si indigne traitement fut comme le signal de la guerre. Dès ce moment, Dion résolut d'attaquer à forces ouvertes le tyran , et de se venger de toutes les injustices qu'on lui avait faites. Il y était d'ailleurs vivement pressé par ses amis , qui l'exhortaient continuellement à aller affranchir la Sicile qui lui tendait les bras , et qui le recevrait avec une extrême joie.

Dion n'hésita plus à prendre ce parti, qui ne laissa pas de lui coûter beaucoup , parce qu'il fallait s'arracher du sein d'une vie douce et tranquille qu'il menait dans son exil , et qu'il aimait par tempérament. Jamais peut- Dion t être entreprise ne fut , ni formée avec tant pourdéim de hardiesse , ni conduite avec tant de pru dence. Il s'embarqua avec huit cents hommes, mais tous éprouvés dans de grandes oc

er

Syracuse.

casions , tons d'une audace et d'une expérience sans égales. Après quelques jours de navigation , et après avoir essuyé une rude tempête , il entra avec sa troupe dans le port de Minoa, petite ville de Sicile. De là, il s'avança vers Syracuse avec une armée d'environ six mille hommes , qui étaient venus de tous côtés se joindre à sa petite armée , dès qu'on avait su son arrivée en Sicile.

Le bruit de sa venue s'étant répandu promptement dans Syracuse, Timocrate* qui avait épousé la femme de Dion , sœur de De nys , à qui il avait laissé le commandement de la ville pendant le voyage qu'il était allé faire en Italie , lui dépêcha un courrier avec des lettres qui lui apprenaient l'arrivée de Dion. Mais ce courrier, près d'arriver, se trouva si fatigué , ayant couru une bonne partie de la nuit , qu il fut forcé de s'arrêter pour dormir quelques momens. Un loup, attiré par l'odeur d'un morceau de chair qu'il avait attaché à son sac , accourut , et emporta la chair et le sac où étaient les lettres. Ainsi, Denys ne put apprendre que tard , e par d'autres , la nouvelle de l'arrivée de Dion. Lorsque Dion fut près de Syracuse, les plus considérables des habitans sortirent au-devant de lui , vêtus de robes blanches 9 pour le recevoir aux portes. Dans le même temps, le peuple alla se jeter sur les amis du tyran, qui faisaient le métier d'espions et de délateurs ( gens maudits et ennemis des Dieux et des hommes ). Ce furent les premières victimes de la fureur du peuple , on les assomma sur l'heure à coups de bâtons. Après

ANCIENNE. LTV. IÏI. zfo

jue Dion fut entré dans la ville , il fit sonner ies trompettes pour apaiser le tumulte et le bruit; et dès qu'on eut fait silence, il fit publier par un héraut , que Dion et M ég actes, venus pour abolir la tyrannie 9 affranchissaient les Syracusains et tous tes peuples de Sicile , du joug du tyran. Il harangua le peuple, et marcha ensuite, à la tête des troupes,, vers le château d'Epipole, qu'il prit sans résistance.

Sept jours après , Denys arriva d'Italie , et entra par mer dans la citadelle. Dès qu'il fut arrivé , il tenta de chasser Dion de Syracuse , mais ayant été repoussé avec une perte considérable . et se voyant sans aucune espérance de secours 9 il envoya offrir à Dion lie lui remettre la citadelle , les armes qui y étaient 3 et les troupes , avec tout l'argent nécessaire pour les soudoyer pendant cinq mois , si on voulait 5 par un traité , lui permettre de se retirer en Italie. Les Syracusains , qui espéraient de prendre Denys en vie, rejetèrent ces propositions. Le tyran , Av j.c. 36o, déchu de cette espérance , laissa la citadelle entre les mains de son fils aîné Apollocrate , et se sauva par mer avec ses trésors et les personnes qui lui étaient les plus chères.

Les Syracusains, d'abord extrêmement p/ut.p,9n2. sensibles aux services importans de Dion , 97£jw , l6 le créèrent généralissime avec une autorité/» 419- 4«.

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