‹ Abrégé de l'histoire ancienne de Rollin (volume 2)Chapitre 39 sur 49 · r Horrible in · texte numérisé non relu

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souveraine ; mais bientôt après ayant prêté gi«ntude des l'oreille aux discours séditieux des orateurs , syracusalr,sils le forcèrent de se retirer de Syracuse avec ses troupes , et le poursuivirent même pour le charger. Mais Dion avant fait mine de se

défendre , ils furent saisis de frayeur et prirent la fuite. Les Syracusains ne furent pas long-temps sans se repentir d'avoir chassé Dion. Les ennemis ayant reçu des troupes et des vivres , surprirent les Syracusains et en tuèrent un grand nombre. Tous sentaient qu'un seul homme pouvait sauver leur ville; mais personne n'osait le proposer , tant ils étaient honteux de la manière indigne dont ils l'avaient traité. Cependant le pressant besoin l'emporta sur la honte , et on députa vers Dion.

Bonté inouïe Ce grand homme , supérieur à tout resf ureVard à sentiment de vengeance , dès qu'il eut appris l'extrémité des Syracusains, ne délibéra plus. Il exhorta ses troupes à le suivre , et se mit en marche cette nuit même pour voler au secours de sa patrie, qu'il aimait tendrement, quelque ingrate qu'elle fût à son égard. Cependant les ennemis firent une seconde sortie , qui fut encore plus funeste que la première. Ce n'était partout que meurtre, que sang répandu et qu'embrasement. Peu s'amusaient au pillage : on ne pensait qu'à tout ruiner, qu'à tout détruire et qu'à tout brûler. C'est de cet état de désolation que Dion sauva Syracuse , ayant forcé l'ennemi de rentrer dans la citadelle , et de se retirer avec perte.

Après cet avantage que les Syracusains venaient de remporter sous la conduite de Dion , ils donnèrent tous leurs soins au siège de la citadelle. Comme personne ne venait au secours des assiégés , et que le pain commençait à leur manquer , Apollocrate, fils

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de Denys , fit avec Dion une capitulation , par laquelle il lui remit la citadelle avec toutes les armes et toutes les autres provisions de guerre. Il s'embarqua ensuite avec sa mère et ses sœurs , et alla trouver son père. Toute la ville s'empressa de venir au port pour repaître ses yeux d'un spectacle si agréable. Après le départ d'Apollocrate, Dion entra dans la citadelle , où il fut reçu par les princesses , sa mère et sa femme , qui sortirent au-devant de lui jusqu'aux portes. Aristomaque menait avec elle le fils de Dion : Arête , sa femme , marchait après , les yeux baissés et fondant en larmes. Dion embrassa sa sœur et ensuite son fils. Alors Aristomaque lui présenta Arête : « Ces larmes que » vous voyez couler de ses yeux , lui dit-elle, » pendant que votre présence nous rend la n joie et la vie; cette honte peinte sur son vi- » sage ,son silence même et son air décon- » certé , vous marquent assez de quelle dou- » leur elle est pénétrée à la vue d'un époux » à qui , malgré elle , on en a substitué un » autre, mais qui seul a toujours possédé son » cœur. Vous saluera-t-elle comme son on- » cle ? Vous embrassera- 1 -elle comme son » mari ? » Aristomaque ayant ainsi parlé , Dion , le visage baigné de pleurs , embrassa tendrement sa femme , lui remit entre les mains son fils , et lui ordonna d'aller dans la maison où il habitait , parce qu'i? avait jugé à propos d'abandonner la citadelle aux Syracusains , pour plus grande marque de leur liberté C'est ainsi que Dion détruisit la

25o HISTOIRE

il délivre tyrannie, délivra Syracuse du joug de la ser- Syracuse de yitude , et lui rendit la liberté.

la tyran nie. .

rour ce qui regarde Dion , après avoir récompensé ? avec une magnificence vraiment royale , tous ceux qui avaient eu part à ses heureux succès, chacun selon son rang et son mérite, il conserva toujours son ancien ne simplicité ; aussi modeste dans ses habits, dans ses équipages et dans sa table, que s'il avait vécu dans l'académie avec Platon. En effet, pendant que celui-ci lui écrivait que ia terre entière n'avait les yeux attachés que sur lui , peu touché de cette admiration générale , il tournait les siens continuellement vers l'académie 9 cette école de sagesse et de vertu.

Le dessein de Dfon était d établir à Syracuse un gouvernement composé de celui de Lacédémone et de celui de Crète , où cependant l'autorité des anciens prévaudrait toujours. Mais il y trouva de l'opposition de la part d'un nommé Héraclide, qui partageait presque avec lui l'autorité. C'était un homme turbulent, séditieux, et uniquement occupé à gagner le peuple par ses flatteries et par ses caresses. Il visait à rendre Dion suspect au peuple , et à le faire chasser de Syracuse , pour prendre sa place , et faire revivre la tyrannie. Il entreprit même de lui faire fermer les portes de la ville ; mais cette entreprise ne lui réussit pas. Un jour que Dion l'avait envoyé appeler au conseil , il ré» pondit qu'il n'irait point , et qu'étant simple particulier , il se trouverait à l'assemblé© avec les autres citoyens , quand elle serait

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convoquée. ïl voulait par là faire sa cour au peuple, et rendre Dion odieux. Celui-ci, las de souffrir tant d'insultes , lâcha la main à ceux qu'il avait autrefois empêchés de le tuer, et leur permit de le faire. Ils allèrent donc dans sa maison , et se défirent de lui.

Les Syracusains furent fort affligés de cette mort; mais comme Dion lui fit des funérailles magnifiques , qu'il suivit son convoi avec toute son armée, et qu'ensuite il harangua le peuple , ils s'apaisèrent, et lui pardonnèrent ce meurtre , persuadés que la ville eût toujours été agitée de troubles et de factions, tant qu'il éraclide et Dion auraient gouverné ensemble.

Depuis ce meurtre, Dion ne goûta plus de Piut.p.$ti, joie et n'eut point de repos. Un fantôme tâ-Diod.p.tf* freux , qui se présenta à lui pendant la nuit, le remplit d'un trouble effrayant et d'une noire mélancolie. C'était une femme d'une taille énorme , qui , par son appareil , par son air et son visage hagard , ressemblait à une furie , et qui balayait avec violence sa maison. La mort de son fils, qui se précipita du haut d'un toit pour quelque chagrin particulier , passa pour l'accomplissement de cette apparition , et fut le prélude de ses malheurs. Callippe y mit le comble. C'était un Athénien avec qui Dion avait lié une amitié intime pendant qu'il logeait avec lui à Athènes , et qui , songeant à se rendre maître de Syracuse , entreprit de se défaire de Dion , qui seul pouvait mettre obstacle à ses desseins. Quelque soin qu'il eût pris de les tenir cachés il en transpira quelque chose jus-

qu'aux oreilles de la sœur et de la femme de Dion. Pour prévenir l'effet de leurs recherches Callippe les alla trouver , fondant en larmes , et paraissant inconsolable de ce qu'on le soupçonnait d'un si noir attentat ; il leur prêta le grand serment , ce qui se faisait ainsi. Celui qui le prêtait , revêtu de la mante de pourpre de la déesse Proserpine , et tenant à la main une torche allumée , prononçait contre lui-même , dans le temple , les exécrations les plus terribles qu'il soit possible d'imaginer.

Le serment ne lui coûta rien ; mais il ne rassura ni les princesses , ni les amis de Dion, qui exhortaient celui-ci à prévenir le crime de Callippe par une juste et prompte punition Déchiré jour et nuit par le cruel souvenir du meurtre d'Héraclide , Dion dit qu'il aimait mieux mourir mille fois , et tendre le cou à quiconque voudrait le tuer, que de vivre obligé tous les jours à se précautionner, nonseulement contre ses ennemis, mais encore contre les meilleurs de ses amis.

An. m. 3646. Callippe se hâta d'exécuter son crime, et Av.j.c. 368 fit assassiner Dion dans sa maison par des soldats zacynthiens qui lui étaient entièrement dévoués. La sœur et la femme de ce prince furent mises en prison , où celle-ci accoucha, et mit au monde un fils qu'elle résolut de nourrir. Callippe se rendit maître de Syracuse, et fut quelque temps dans une fortune éclatante ce qui excita des plaintes contre les Dieux, comme s'ils souffraient sans indignalion le plus scélérat des hommes. La Providence ne fut pas long-temps sans se justifier.

Etant parti pour se rendre maître de Catane, Syracuse se révolta contre lui, et secoua le joug d'une si honteuse servitude. Tous les soldats zacynthiens qui avaient tué Dion, périrent devant Messine. Gallippe se retira à Rhège, où, après avoir traîné une vie malheureuse pendant quelque temps, il fut tué par Leptine et Polyperchon, avec le même poignard dont on s'était servi pour assassiner Dion.

Pour Aristomaque et Arête, dès qu'elles furent sorties de prison, Icètes de Syracuse, un des amis de Dion , les reçut chez lui; mais, gagné par les ennemis de Dion, il leur fit préparer un vaisseau , et les ayant fait embarquer comme s'il les envoyait au Péloponèse, il donna ordre à ceux qui les menaient, de les tuer sur la route , et de les jeter dans la mer. Il ne fut pas long-temps sans recevoir le châtiment de sa noire perfidie; ayant été pris par Timoléon , il fut mis à mort avec ses deux fils.

L'histoire nous fournit peu d'exemples oîi l'on voie une attention si marquée de la Providence à punir les grands crimes , tels que le meurtre, la perfidie, la trahison.

Il est difficile de trouver réunies, dans une caractère seule personne, autant d'excellentes qualités de D,onqu'on en voit dans Dion. Je ne considère point ici son goût merveilleux pour les sciences, dont il faisait, dans ses momens de loisir, un délassement aussi utile qu'honorable. Je m'attache à l'homme d'Etat; et combien de ce côté-là est-il admirable ! Grandeur d'aine, noblesse de sentimens , générosité, va- T. I. 15

leur héroïque, étendue de vues, fermeté inébranlable dans les plus grands dangers et dans les revers de la fortune les plus inopinés, un amour de la pafrie et du bien public, porté jusqu'à l'excès. Voilà une partie des vertus de Dion. Le dessein qu'il forma de délivrer sa patrie du joug de la tyrannie, la hardiesse et la sagesse en même temps avec lesquelles il le mit à exécution , font voir de quoi il était capable.

Mais ce que je trouve de plus beau et de plus digne d'admiration dans la vie de Dion, c'est cette grandeur d'ame, cette patience inouïe avec laquelle il souffrit l'ingratitude horrible de ses concitoyens. Le refus constant qu'il fit de prévenir son assassin , n'est pas moins admirable. Quelle honte pour les chrétiens homicides, de se voir devancés par un païen dans la pratique d'un précepte si formel de notre sainte religion !

On ne peut, ce semble , reprocher à Dion qu'un défaut ; c'est qu'il avait quelque chose de dur et d'austère dans l'humeur , qui le rendait moins accessible et moins sociable, et qui éloignait un peu de lui jusqu'aux plus gens de bien , et jusqu'à ses meilleurs amis. Ce défaut dans un simple particulier est toujours grand; mais dans un prince, dans un homme d'Etat, et dans quiconque est chargé de la conduite des autres, à compter depuis le trône jusqu'à la dernière place; ce défaut, dis- je . devient, dans toutes ces personnes, un défaut essentiel. Les manières douces et insinuantes doivent être inséparables du gouvernement.

ARTICLE III

Denys le jeune remonte sur ie trône de Syracuse.

Syracuse, depuis la moi- 1 de Dion, eut , An.M .?,654. dans un court intervalle de temps, plusieurs AvJC*35* maîtres , et se trouva agitée par différentes factions, et par une guerre intestine, qui réduisait cette ville à un pitoyable état; Denys, profitant de ces troubles , dix ans après avoir été obligé de descendre du trône, chassa Nypsée, qui s'était rendu maître de Syracuse, et se remit en possession de ses Etats.

Ce fut sans doute pour remercier les Dieux Dioi. /. e. de son rétablissement, qu'il envoya à Olym-^ pie et à Delphes des siatues dor et d'ivoire d'un fort grand prix. Les galères qui les portaient, furent prises par ïphicrate, général athénien , qui , sur la réponse qu'il reçut d'Athènes , de ne point examiner scrupuleusement à quoi était destinée cette proie sacrée, s'en servit pour faire subsister sa flotte. Denys s'e*n plaignit amèrement aux Athéniens, dans une lettre qu'il leur écrivit , où il leur fait de vifs et de justes reproches sur leur avarice et sur leur impiété sacrilège ; mais il n'obtint aucune satisfaction. En quoi les Athéniens se montrèrent moins nobles et morne religieux que le corsaire Timasitée, qui respecta les dons sacrés des Romains , et le culte des Dieux auxquels ils étaient destinés.

Pour revenir à Denys, ses malheurs passés, 77/ Llv; loin d adoucir et de corriger son humeur , 5. c. 28. n'avaient servi qu'à l'irriter et à le rendre f^f' ' ** dIus féroce. Sur ces entrefaites 9 les Cartha-

ginois, qui étaient presque toujours en guerre avec les Syracusains, étaient abordés en Sicile, avec une grosse flotte , et y avaient déjà fait des progrès très-considérables. Les Siciliens et ceux de Syracuse, justement effrayés d'un succès si rapide , résolurent d'envoyer à Corinthe pour demander du secours. Co- An.M.3655.rinthe reçut parfaitement bien les députés, av.j. c. 349 ciécerna du secours pour Syracuse, et nomma sur-le-champ pour général Timoléon. C'était un homme qui aimait passionément sa patrie, et qui montrait en tout une douceur singulière. Il était excellent capitaine, d'une sagesse rare, et d'une bravoure qui n'avait guère d'égale.

Timoléon avait un frère aîné , nommé Timophane, qu'il aimait tendrement, mais il aimait encore plus sa patrie. Ce frère s'en étant rendu le tyran , une si noire perfidie le perça de douleur. Il employa tous les moyens possibles pour le ramener; mais voyant que tous ses efforts étaient inutiles, et que rien ne pouvait vaincre la dureté de ce cœur livré à l'ambition , il le fit assassiner, et crut qu'en cette occasion les droits de la nature devaient le céder à ceux de la patrie. Rien ne fut capable , dans la suite, d'étouffer les cris de sa conscience , surtout depuis que sa mère eut prononcé contre lui toutes sortes de malédictions et d'imprécations. Alors sa conscience alarmée ne lui faisait plus envisager dansTimophane un tyran , mais un frère. Ce furent ces cruels remords qui le firent résoudre à renoncer à toutes les affaires publiques, et à passer le reste de ses jours dans la solitude.

Ce ne fut point sans beaucoup de répugnance qu'il s'arracha à sa retraite pour accepter le commandement de l'armée; mais il ne crut pas qu'il lui fût permis de se refuser à sa patrie.

ïimoléon s'embarqua donc, et fit voile vers la Sicile. Il aborda à Tauroménium , d'où il alla à Adrane, y étant invité par quelquesuns des citoyens. Il commença la campagne par une bataille qu'il livra à Icétas , tyran des Léontins , et qvii , de concert avec les Carthaginois, voulait se soumettre Syracuse. La soumission de la ville d' Adrane et de quelques autres , fut le fruit de la victoire qu'il remporta. Denys lui-même, ui se voyait sans espérance , et à la veille d'être forcé 9 plein de mépris pour Icétas, qui s'était laissé vaincre avec tant de honte, et pénétré d'admiration et d'estime pour Timoléon , lui livra la citadelle , et vint se rendre à lui dans son camp. Timoléon l'envoya à Corinthe avec une seule galère , sans escorte et avec trèspeu d'argent. Ce prince infortuné y servit de spectacle, et tous accouraient vers lui, les uns avec une secrète joie, pour repaître leurs yeux des maux du tyran ; les autres, touchés d'une sorte de compassion , paraissaient être affligés du profond abîme de misères où ils le voyaient plongé.

La manière dont Denys se conduisit à Corinthe , n'excita plus , à son égard , que des sentimens de mépris et d'indignation. 11 passait les journées entières , ou dans les cabarets , ou avec des femmes de mauvaise vie On a écrit que l'extrême pauvreté où il se

trouva réduit à Corinthe , l'obligea d'y ouvrir une école publique, et d'apprendre à lire aux enfans. Peut-être , dit Cicéron (1), sans doute en plaisantant , que c'était pour se conserver encore une espèce d'empire , et ne pas renoncer à l'habitude et au plaisir de commander.

a», m. 3658. Depuis la retraite de Denys , Icétas pressait A*pLt?inTi- vivement la citadelle de Syracuse. Il survint mmi. P. 243. fort a pr0p0S à Timoléon un nouveau corps Diod. i ïô. de troupes de Corinthe. Avec ce renfort il /M 5. 474. marcna vers Syracuse. Le lendemain de son arrivée , il se présenta en bataille devant la place , et l'attaqua par trois endroits avec tant de vigueur et de succès , que les troupes d'ïcétas furent renversées partout et mises en fuite. Ainsi, par un bonheur qui a peu d'exemples 5 il emporta de force en un instant 9 avec une armée de quatre mille hommes, Syracuse , une des plus fortes villes qui fussent alors. Quand il s'en vit maître , il fit raser la citadelle et tous les palais des tyrans , et fit bâtir à la place , des tribunaux pour y rendre la justice au nom du peuple, afin que ce même lieu d'où , sous les tyrans , on avait vu partir tous les jours des édits sangians , devînt l'asile et le rempart de la liberté et de l'innocence.

Timoléon était maître de Syracuse , mais il manquait d'habitans pour la peupler : car les uns étaient péris dans les guerres et dans les séditions, et les autres ayant pris la fuite pour éviter la domination des tyrans , la ville

(1) Dionysius Corinlhi pueros docebat, usque adeô im peno carere non poterat.

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de Syracuse était devenue un désert, où l'herbe était venue si haute, que les chevaux y paissaient. Timoléon , de concert avec les Syracusains, écrivit à Corinthe pour demander des hommes, afin de repeupler Syracuse. Les Corinthiens procurèrent à cette ville une colonie de soixante mille hommes , et s'en rendirent avec plaisir les fondateurs pour la seconde fois.

Timoléon qui voulait aussi affranchir les autres villes, et achever entièrement de déraciner de la Sicile la tyrannie et les tyrans, se mit en campagne avec des troupes, défit tous ces usurpateurs , et les obligea à vivre en simples particuliers. Mais, bientôt après, s'étant unis tous ensemble , ils formèrent contre lui une puissante ligue. Timoléon marcha aussitôt contre eux , et en vint aisément à bout. Il leur fit souffrir à tous la peine de leur révolte. Ce grand homme , après avoir purgé la Sicile des tyrans , lui avoir rendu la liberté et la paix., et fourni les moyens de se relever ; après , dis -je , de si glorieuses actions , il se démit lui - même de son autorité , pour vivre dans la retraite , et goûter dans le loisir la douceur d'une vie particulière (1). Mais il fut toujours respecté et consulté comme l'oracle commun de la Sicile. Il n'y avait ni traité , ni loi , ni partage de terre , ni règlement de police qui parussent bien faits , si Timoléon ne s'en était mêlé, et s'il n'y avait mis la dernière main. A sa mort , rien ne manqua à la magnificence des funérailles qu'on lui fit; mais le plus bel ornement de

(i) Otium cum diguitate. Cicer.

cette pompe , furent les larmes mêlées aux bénédictions dont chacun s'empressait d'honorer sa mémoire.

Ces larmes n'étaient ni accordées à la coutume et à la bienséance, ni commandées par une ordonnance publique, mais coulaient de source, et partaient d'une affection sincère, d'une vive reconnaissance et d'une douleur inconsolable. ïl fut ordonné qu'à l'avenir , toutes les années , le jour de sa mort , on célébrerait en son honneur des jeux de musique et des jeux gymniques , et qu'on ferait des courses de chevaux. Mais ce qu'il y eut de plus honorable pour la mémoire de ce grand homme , c'est le décret par lequel le peuple de Syracuse arrêta , que toutes les fois que la Sicile serait en guerre avec les étrangers , elle prendrait un général à Corinthe.

Je ne sais si l'on voit rien dans l'histoire de plus grand ni de plus accompli que ce qu'elle nous apprend de Tinioléon. Je ne parle pas seulement de ses exploits guerriers , et de l'heureux succès de toutes ses entreprises * ce que j'admire le plus en lui , c'est son amour vif et désintéressé pour le bien public, ne se réservant que le plaisir de voiries autres heureux par ses services : c'est son extrême éloignement pour tout esprit de domination et de hauteur ; sa modestie, sa modération , la fuite des honneurs , et, ce qui est encore plus rare , son aversion pour toute flatterie , et mê- Corn.Nep. nie pour les justes louanges. Quand on rele-

Ci Timol. c.4. . ,

vait en sa présence sa sagesse , son courage et la gloire qu'il avait eue de chasser les tyrans., il ne répondait autre chose , sinon qu'il

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était obligé de témoigner une grande reconnaissance envers les Dieux, de ce qu'ayant résolu de rendre à la Sicile la paix et la liberté , ils avaient bien voulu pour cela se servir principalement de son ministère ; car il était bien persuadé que tous les événemens humains sont conduits et réglés par les ordres secrets de la providence divine. Quel trésor, quel bonheur pour un Etat, qu'un tel ministre !

Pour en mieux connaître le prix , il ne faut que comparer l'état où se trouve Syracuse sous ïimoléon , à celui où elle avait été sous les deux Denys. C'est la même ville, ce sont les mêmes habitans et les mêmes peuples ; mais quelle différence y voit-on sous les deux sortes de gouvernemens dont nous parlons ! Les deux tyrans ne songeaient qu'à se faire craindre, et qu'à abattre leurs sujets pour les rendre plus soumis. Ils étaient craints, en effet, comme ils le voulaient être ; mais, en même temps, ils étaient haïs et détestés , et ils avaient encore plus à craindre de leurs sujets, que leurs sujets n'avaient à craindre d'eux. Timoléon , au contraire , qui s'est regardé comme le père des Syracusains , et qui n'a songé qu'à les rendre heureux , goûte le plaisir d'en être aimé , honoré et respecté comme un père l'est de ses enfans , et sa mémoire est parmi eux en bénédiction , parce qu'ils ne peuvent sentir la paix et la joie dont ils jouissent, sans se souvenir que c'est un rfage législateur qui leur a fait ces riches présens.

Syracuse ne jouit pas long-temps de la lî-

berté et de Ja paix que Timoléon lui avai acquises par ses victoires et par ses travaux. Agathocie. Agathocle s'empara bientôt de la tyrannie de

An. M. 3685. .„ ., • .

cette ville, ei il exerça, pour se maintenu* sur le trône qu'il avait usurpé , des cruautés inouïes. Son usurpation , sa tyrannie , ses guerres en Afrique, et sa fin malheureuse sont traitées plus amplement dans l'histoire des Carthaginois.

An. m. 37i3. Après la mort d'Agathocle, Syracuse respira pendant quelque temps , et goûta avec plaisir les douceurs de la liberté ; mais elle eut beaucoup à souffrir des Carthaginois , qui troublaient son repos par des guerres conti-

An.M.3726. nuelles. Elle appela à son secours Pyrrhus , dont les succès rapides lui donnèrent de grandes espérances ; mais la prompte retraite de ce prince la replonge? dans de nouveaux malheurs.

An m. 3719. Peu de temps après le départ de Pyrrhus, la première magistrature de Syracuse fut déférée à Hiéron , et dans la suite on lui accorda, d'un commun consentement, le nom et l'autorité de roi. L'histoire de ce prince est un morceau trop intéressant pour n'être pas traitée avec quelque étendue ; ainsi , nous allons la reprendre dès son origine.

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