‹ Abrégé de l'histoire ancienne de Rollin (volume 2)Chapitre 46 sur 49 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Histoire du royaume des Mèdes.

Arbace. Nous avons déjà remarqué, en parlant de ^î^îf'la destruction de l'ancien empire des Assyriens, qu Arbace, gouverneur delà Médie , avait été un des principaux auteurs de la conspiration contre Sardanapale : plusieurs croient que dès lors il fut établi maître sou> verain de la Médie , et que d'abord il prit le nom de roi. Quoi qu'il en soit d'Arbace , il est certain que les Mèdes secouèrent le joug des Assyriens , et qu'ils se maintinrent pendant quelque temps dans la liberté qu'ils avaient

acquise par leur valeur ; mais cette liberté se changea bientôt en licence , qui jeta les Mèdes dans une espèce d'anarchie , pire que leur première servitude. Le vol, la violence et l'injustice régnaient partout, parce qu'il n'y avait personne qui eût ou assez de force pour les réprimer, ou assez d'autorité pour les punir. Tous ces désordres déterminèrent enfin les peuples à établir un gouvernement qui rendît l'Etat plus florissant qu'il n'avait jamais été.

Dans une assemblée générale des Etats qu'on tint à ce sujet, on convint qu'il n'y avait point d'autre expédient pour arrêter le cours de tant de maux , que d'ériger l'Etat en monarchie, et de donner à une personne l'autorité de réprimer la violence, et de faire des lois pour le gouvernement. Il ne fut donc plus question que d'élire un roi , et la délibération ne fut pas longue. Tous demeurèrent d'accord que, dans toute la Médie, il n'y avait point d'homme aussi capable de régner que Déjoce; de sorte qu'il fut élu roi d'un corn- Déjoce# mun consentement. Ce choix serait tout-à- AnM 3as* fait honorable pour Déjoce , s'il n'était pas le Herodat. 1. 1 fruit de ses brigues et de ses intrigues secrè- c' 96, tes ; et on ne pourrait désirer rien davantage pour sa gloire, que le refus qu'il fit pendant quelque temps de régner, si cette disposition eût été sincère , et non pas un masque dont il se servait pour déguiser son ambition. Cette artificieuse dissimulation , dont on ne peut s'empêcher d'être blessé , ternit beaucoup l'éclat du mérite que Déjoce pouvait avoir d'ailleurs.

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Dès que Déjoce fat monté sur le trône , & travailla à prouver qu'on ne s'était point trompé dans le choix qu on avait fait de lui pour rétablir le bon ordre. Après avoir pourvu à sa sûreté , en se donnant des gardes sur la fidélité desquels il pouvait le plus compter, il s'appliqua à polir et à civiliser les Mèdes, leur fit bâtir une ville (1 ), et leur donna des lois pour le bien de l'Etat. Persuadé que la majesté des rois se fait plus respecter de loin (2), il se rendit presque inaccessible, et ne permit à ses sujets de lui parler et de lui communiquer leurs affaires, que par des placets et des personnes interposées.

Cet habile politique en agissait ainsi pour s'assurer la couronne. Il craignait qu'une trop grande familiarité avec clés hommes encore féroces , et qui ne se connaissaient pas bien en vrai mérite , ne donnât lieu à des complots et à des conspirations contre une autorité naissante, qui ne manque pas de faire des jaloux et des mécontens. Il se contentait de se montrer par les sages lois qu'il établissait , et par l'exacte justice qu'il se piquait de rendre à chacun. On sent bien que cette coutume, que la circonstance d'une autorité naissante rendait peut-être nécessaire pour Déjoce , est sujette à de grands inconvéniens , et qu'un prince,, qui ne voit que par les yeux de ses ministres et de ses onr-» ciers , est exposé à faire servir son autorité aux différentes passions de ces mêmes ministres. Déjoce mourut après un règne de

(1) Ecbatane.

(2) Major ex longinquo reverentia. Tacit.

cinquante-trois ans , et eut pour successeur son fils Phraorte.

Ce jeune prince était d'une humeur fort Phraorte* belliqueuse. Non content du royaume de la àv. j.c. 657". Médie, que son père lui avait laissé , il atta- ^°'od' ,ox* qua les Perses , les vainquit , et les assujettit Judith, u à son empire. Enflé de cet heureux succès , il osa porter la guerre contre les Assyriens ; mais il fut défait dans la plaine de Ragâu, par Nabuchodonosor premier. Ce prince , profitant de sa victoire , entra dans la Médie, prit Ecbatane , et la donna au pillage à ses soldats. L'infortuné Phraorte tomba vif entre ses mains ; et ce cruel prince le fit mourir à coups de javelots. Il avait régné 22 ans.

Cyaxare succéda à son père aussitôt après cyaxare 1. sa mort. Ce jeune prince, qui était fort brave a"' j!c?6af! et entreprenant , sut bien profiter de la dé- Herodouu. route des Assyriens devant Béthulie. Il se rétablit d'abord dans son royaume, se rendit maître de toute la haute Asie, et marcha ensuite vers Ninive, pour venger la mort de son père par la ruine de cette grande ville II l'aurait infailliblement prise , s'il n'eût été obligé d'en lever promptement le siège pour aller secourir ses Etats, qu'une armée formidable de Scythes venait d'inonder. Ces barbares occupèrent Cyaxare pendant vingthuit ans; mais enfin s'en étant défait par fraude, il se ligua avec Nabopolassar, roi de Babylone, contre les Assyriens. Ayant donc réuni leurs forces, ils marchèrent contre Ninive, la prirent , tuèrent Saracus qui en était roi , et ruinèrent de fond en comble cette grande ville.

A.Î.M. 3378. C'est ici que finit ce grand empire d'As- A* JC,6a6 syrie, qui avait été la terreur de tout l'Orient, pendant l'espace de plus de i65o ans. Dieu avait fait prédire par ses prophètes , plus de cent ans auparavant , la destruction Sophon 2. de cette ville impie et cruelle : « Le Sei- » gneur perdra Assur; il dépeuplera cette ville » qui était si belle , et la changera en une » terre où personne ne passe , et en un dé- » sert. Elle sera la demeure des bêtes sau- » vages , et la retraite des oiseaux de nuit, » Voilà , dira-t-on , cette orgueilleuse ville , » qui était si fière et si assurée , qui disait » en son cœur : Je suis l'unique , et après » moi il n'y en a point d'autre. » Le saint homme Tobie, qui vivait à Ninive au temps où cette ville était dans sa plus grande gloire , prédit à ses enfans que cette ville serait bientôt détruite , et les avertit d'en prévenir la ruine , et de sortir de Ninive. La ruine de Ninive est proche, leur dit-il; ne demeurez point ici. Car je vois que {'iniquité de cette ville ta fera périr; iniquitas ejus finem dabit ei. Ce qui mérite ici notre attention , c'est la cause de la ruine de Ninive. Les hommes , peu attentifs à la conduite de celui qui préside sur tous les empires du monde, l'attribuent au sort des armes. Mais le Saint-Esprit nous assure que ce sont les iniquités de cette ville qui sont la véritable cause de sa destruction entière , iniquitas ejus finem dabit ei. Le Seigneur a voulu punir l'injure faite à Jacob et à Israël, et venger le sang de ses serviteurs, dont les rois de Nini-

ve , comme autant de lions cruels , s'él aient enivrés.

Cyaxare , ayant régné 4° ans > mourut Astya-e.

s .*. ,1.,. . i • î An. M. 34og.

après cette expédition , et laissa le royaume av.j.î. 59e. à son fils Astyage , dont nous ne savons que peu de chose. Il régna 35 ans. Il eut deux enfans , dont les noms sont fort connus ; savoir, Mandane, d'une première femme, qui fut mariée à Cambyse, roi des Perses, et qui devint mère de Gyrus ; et Cyaxare d'une seconde femme ; ce prince succéda aux Etats de son père Astyage. C'est le Darius Médus cyaxareii. de l'Ecriture sainte, à qui Cyrus, après qu'il Médu^"'" eut pris Babylone, laissa le gouvernement de ce nouvel empire des Perses , qu'il venait de former sur les débris de celui de Babylone. Nous aurons occasion de parler de ce prince dans l'histoire de Cyrus.

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