‹ Abrégé de l'histoire ancienne de RollinChapitre 10 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Histoire de Xerxès jointe à celle des Grecs»

Le règne de Xerxès n'a été que de douze ans , mais il est rempli de grands événemens.

ARTICLE i.

Xerxès monte sur le trône. Il se dispose à porter la guerre contre les Grecs.

Selon un ancien usage des Perses, c'était Dispute de au prince régnant à nommer celui qui de- ^xèsb et vait monter sur le trône après lui. Les trou- »e , pour la blés et les disputes qui survinrent après la^e mort de Darius à ce sujet, nous donnent lieu de croire , ou que ce prince n'avait pas satisfait à cette loi , ou que ses enfans n'eurent aucun égard à ce qu'il avait réglé. Artabazane alléguait en sa faveur , qu'étant l'aîné de tous ses frères , la coutume et l'usage de toutes les nations lui adjugeaient la succession préférablement à tout autre. Xerxès répliquait qu'il était fds de Darius par Atosse, fille de Cyrus , qui avait fondé l'empire des Perses , et qu'il était plus juste que la cou-

succession au

ronne de Cyrus tombât à un de ses descen dans , qu'à un autre qui ne l'était pas. Il ajoutait qu'il était fils aîné de Darius roi, au lieu qu'Artabazane était né de Darius lorsqu'il était encore homme privé II appuyait cette dernière raison par l'exemple des Lacédémoniens , qui n'appelaient à la succession du royaume que les enfans qui étaient nés depuis que leur père était roi. Les deux princes contendans , ne pouvant pas s'accorder , convinrent de bonne foi de prendre pour arbitre de leur différend, Arlabane, leur oncle, et de s'en rapporter sans appel à son jugement. Ce prince adjugea la succession à Xerxès. Elle est ad- Pendant tout le temps que dura cette disiès e a ei pute, les deux frères se donnèrent réciproqueau.m 3519 men| toutes les marques d'une amitié vérita-

Av. J C 48d *

blement fraternelle, se faisant des présens, et se donnant même des repas, d'où l'estime et la confiance mutuelles écartaient, de part et d'autre , toute crainte et tout soupçon. Quand Àrtabane eut prononcé en faveur de Xerxès , dans le moment même son frère se prosterna devant lui , le reconnaissant pour son maître , et le plaça , de sa propre main , sur le trône ; montrant , par cette conduite, une grandeur d'ame véritablement royale , et infiniment supérieure à toutes les grandeurs humaines. Quelle honte pour des chrétiens qui passent leur vie à plaider et à se disputer avec acharnement un très -médiocre patrimoine!

An.M. 352o. Dès que Xerxès fut monté sur le trône, il AY,J-G,/i84 forma le dessein de faire la guerre aux Grecs. (11 ne prétendait plus , disait-il a au'on ache-

ANCIENNE. LIV. VÏIJ. 2l3

tât pour lui des figues de l'Attaque , qui étaient excellentes, et ne voulait en manger que lorsque le pays lui appartiendrait.) Avant de s'engager dans une entreprise de cette importance (1 ), il crut devoir assembler son conseil, et prendre les avis de tout ce qu'il y avait de plus grands et de plus illustres personnages à sa cour. Il leur proposa le dessein qu'il avait de porter la guerre contre la Grèce. Ses motifs étaient le désir qu'il avait d'imiter ses prédécesseurs, qui tous avaient illustré leur règne et leur nom par de nobles entreprises ; l'obligation où il était de venger l'insolence des Athéniens , qui avaient osé attaquer Sardes et la brûler ; la nécessité de réparer l'affront reçu à Marathon ; l'espérance des grands avantages q u'on pourrait tirer de cette guerre , qui entraînerait après elle la conquête de l'Europe , le plus riche et le plus fertile pays qui fût dans l'univers. Il ajoutait que cette guerre avait déjà été résolue par son père Darius , dont il ne faisait que suivre et exécuter les intentions.

Tous ceux qui composaient le conseil, ou louèrent extrêmement le dessein du roi, ou gardèrent le silence. Il n'y eut qu'Arlabane, oncle de Xerxès, prince recommandable par son âge et par sa prudence, qui eut le courage de parler et de faire sentir au roi les inconvéniens d'une semblable entreprise.

« Grand roi, dit-il en s'adressant à Xerxès,

(i) Il est à remarquer que le fameux historien Hérodote naquit cette année à Halicamasse en Carie ; car il avait 53 cuis lorsque la guerre du Péloponnèse commença

2l4 HISTOIRE

» souffrez que je vous dise ici mon sentiment » avec la liberté qui convient à mon âge et à » vos intérêts. Quand Darius, votre père et » mon frère, songea à porter la guerre cony> tre les Scythes , je fis tout mon possible » pour l'en détourner. Vous savez ce que lui » 3oûta cette entreprise , et quel en fut le suc- » ces. Les peuples que vous allez attaquer sont » infiniment plus à craindre que les Scythes. » Les Grecs passent pour être , et sur terre et » sur mer, les meilleures troupes qu'il y ait » Si les Athéniens seuls ont pu défaire l'ar- » mée nombreuse commandée par Datys et » par Artapherne , que faut -il attendre de » tous les peuples de la Grèce réunis ensern- » ble ? Vous songez à passer d'Asie en Europe, » en jetant un pont sur la mer. Et que de- » viendrons-nous, si les Athéniens vainqueurs » font avancer leur flotte vers ce pont , et le » rompent ? Je tremble encore quand je pense » que, dans l'expédition de Seythie, on fit » dépendre la vie du roi votre père , et le sa- » lut de toute l'armée, de la bonne foi d'un » seul homme , et que si Hystiée le milésien » eût , comme on l'y exhorta fortement , rom- » pu le pont qu'on avait jeié sur le Danube, » c'en était fait de l'empire persan. Ne vous » exposez point , seigneur , à un pareil dan- » ger ; d'autant plus que rien ne vous y obli- » ge. Prenez du temps pour y réfléchir. Quand » on a délibéré mûrement sur une affaire , » quel qu'en soit le succès , on n'a rien à se » reprocher. La précipitation , outre qu'elle » est imprudente , et presque toujours mal- » heureuse , est suivie de funestes eûets. Sur-

ANCIENNE. LIV. VJII. 21D

» tout, grand prince, ne vous laissez point » éblouir , ni par le vain éclat d'une gloire » imaginaire , ni par le pompeux appareil » de vos troupes. Ce sont les arbres les plus » élevés qui ont le plus à craindre de la fou- » dre. Comme Dieu seul est grand, ilesten- » nemi de l'orgueil , et il se plaît à abaisser • tout ce qui s'élève ; et souvent les plus nom- » breuses armées fuient devant une poignée » d'hommes , parce qu'il remplit ceux-ci de » courage , et jette la terreur parmi les au- » très. »

Après qu'Artabane eut ainsi parlé au roi , il se tourna vers Mardonius , et lui reprocha le peu de sincérité ou de jugement qu'il avait fait paraître, en donnant au roi une idée des Grecs entièrement contraire à la vérité, et le tort extrême qu'il avait , de vouloir engager témérairement les Perses dans une guerre qu'il ne souhaitait que par des vues d'ambition ou d'intérêt. « Au reste , ajouta-t-il , si » l'on conclut pour la guerre, que le roi , dont » la vie nous est chère , demeure en Perse : » et pour vous , puisque vous le désirez si for- » tement, marchez à la tête des armées les » plus nombreuses que vous aurez pu amas- » ser. Cependant , qu'on mette quelque part » en dépôt vos enfans et les miens , pour ré- » pondre du succès de la guerre. S'il est fa- » vcrable , je consens que mes enfans soient t mis à mort; mais s'il est tel que je le prévois, » je demande que vos enfans et vous-même <>

à votre retour , soyez traités comme le mé- » rite le téméraire conseil que vous donnez à » votre maître. »

2l6 HISTOIRE

Xerxès, qui n'était pas accoutumé à se voir contredire de la sorte, entra en fureur. « lie- » merciez les Dieux, dit-il à Àrtabane, de ce » que vous êtes le frère de mon père , sans » quoi vous porteriez dans le moment même » la juste peine de votre audace; mais je vous » en punirai autrement, en vous laissant ici » parmi les femmes , à qui vous ressemblez » par votre lâche timidité, pendant qu'à la » tête de mon armée , je marcherai où mon » devoir et la gloire m'appellent. » Cependant, lorsque ce premier mouvement de colère fut passé , et que la nuit lui eut laissé le loisir de faire réflexion sur les deux différens avis qu'on lui avait donnés, il reconnut qu'il avait eu tort de maltraiter son oncle, et il ne rougit pas de réparer sa faute le lendemain en plein conseil, avouant nettement que sa jeunesse et son peu d'expérience l'avaient fait manquer à ce qu'il devait à un prince aussi respectable qu'Artabane , et par son âge et par sa sagesse.

Cet aveu si sincère, et qui devait coûter si cher à son amour-propre , loin de paraître au conseil une faiblesse dans Xerxès, fut regardé comme l'effort d'une grande ame. En effet, rien n'est plus grand, ni en même temps plus rare, que de voir un roi puissant avouer ses fautes, quand il lui arrive d'en faire, sans chercher ni prétextes, ni excuses pour les couvrir. Xerxès reconnut dans cette occasion , que le plus pressant besoin d'un prince (1) , est de trouver un ami fidèle et sin-

(i) Nullum majus boni imperii instrumenlum , quôm boDOS amicos. Tacit. Hist. L 4. c, 4.

cère , qui ne lui cache rien Les princes, faussement délicats sur la grandeur , ont la honte d'êtr-s toujours pleins de défauts, et de n'en jamais convenir. On était déjà trop avancé pour retourner en arrière. La guerre fut résolue , et du consentement même d'Artabane, qui, 1* guerre

, ^ . i , . . i». contre la

sur la foi de quelque vision, se rendit, croyant Grèce est nqu'il y avait en cela quelque chose de divin. solue*

Xerxès , pour ne rien omettre de ce qui pouvait contribuer à faire réussir son dessein, entra en confédération avec les Carthaginois, le plus puissant peuple qui fût alors en Occident ; et convint avec eux que , pendant que les Perses attaqueraient la Grèce , les Carthaginois tomberaient sur les nations grecques qui étaient en Sicile et en Italie, pour les empêcher de venir au secours des autres Grecs. Ainsi , Xerxès , après avoir soulevé contre la Grèce tous les peuples du monde alors connus, partit de Suze, et marcha vers Déi,;,rt de Sardes, où était le rendez-vous de l'armée An. m. 352*. de terre, pendant que celle de mer s'avançait aussi le long des côtes de l'Asie mineure , vers l'Hellespont.

Ce prince avait donné ordre de percer le mont Athos, qui s'avance dans l'Archipel en forme de presqu'île. C'était pour éviter les naufrages , qui étaient très-fréquens en cet endroit-là, qu'il s'était, disait-il, déterminé à ce travail, plus fastueux que nécessaire. Mais la véritable raison était de se signaler par quelque entreprise extraordinaire , et d'une exécution difficile , comme Tacite le dit de ÏSèron (1). Ce prince, qui avait la folie de

{t) Erat incredibilium cupitor.

Tom. IL 13

2l8 HISTOIRE

piutt dt ira. croire qu'il était le maître des élémens et de ***** -M-*5* toute la nature, avait en conséquence écrit une lettre au mont Athos en ces termes , pour lui intimer ses ordres : Superbe Jthos, qui portes ta tête jusqu'au ciei , ne sois pas si hardi que d'opposer à mes travailleurs des pierres et des roches qu'ils ne puissent couper, autrement je te couperai toi-même en entier, et te précipiterai dans la mer* Hérod.1.7. Lorsque Xerxès fut arrivé à Sardes, il enc '/6w3c.'44. V0Ya de là des hérauts à toutes les villes de 4& la Grèce, excepté à Athènes et à Lacédémone,

pour demander qu'on lui donnât l'eau et la terre. Dès que le printemps fut venu, il partit de Sardes, et «tourna sa marche vers l'Hellespont. Quand il y fut arrivé , il voulut se donner le plaisir de voir un combat naval. On lui avait préparé un trône sur une hauteur, d'où il découvrait toute la mer chargée de ses vaisseaux , et toute la terre couverte de ses troupes ; il sentit d'abord un mouvement secret de joie, se regardant comme le plus fortuné des mortels ; mais faisant réflexion, que, de tant de milliers d'hommes, il n'en resterait pas un seul dans cent ans , il ne put refuser des larmes à l'instabilité des choses humaines.

Artabane, qui ne perdait aucune occasion de se rendre utile au jeune prince , et de lui inspirer des sentimens de bonté pour son peuple, lui fit sentir l'obligation d'un roi, qui ne pouvant prolonger la vie à ses sujets, de* vaît au moins , comme un bon père , employer tous ses soins à leur en adoucir lespei*

ANCIENNE, fcIV. VIII. 2ig

nés et les amertumes. Cependant Xerxès avait faîf construire à grands frais un pont de bateaux sur l'Hellespont , pour faire passer ies troupes d'Asie en Europe, par le détroit nommé jadis Hellespont , maintenant celui des Hérodm L 7# Dardanelles ou de Gallipoli, qui a plus d'un e. 23. 36. quart de lieue. Une violente tempête survint tout-à-coup , et rompit le pont. Xerxès en fut transporté de colère et de fureur; et pour se venger d'un si cruel affront, il commanda qu'on jetât dans la mer deux paires de ehaî nés pour la mettre aux fers, et qu'on lui don nât trois cents coups de fouet , faisant en même temps couper la tête à tous ceux qui avaient eu la conduite de l'ouvrage.

On construisit de nouveau deux ponts, l'un mi. c. 36t pour les troupes, l'autre pour le bagage et les bêtes de charge. Xerxès choisit des ouvriers plus habiles que les premiers; et voici comme ils s'y prirent. Ils mirent en travers trois cent soixante vaisseaux , les uns à trois rangs de rames, les autres à cinquante rames, dont les flancs regardaient le Pont-Euxin ; et du côté qui regarde la mer Egée , ils en mirent trois cent quatorze. Ensuite ils jetèrent dans l'eau de grosses ancres de part et d'autre pour affermir tous ces vaisseaux contre la violence des vents , et contre le courant de l'eau. Ils laissèrent, du côté de l'orient , trois passages entre les vaisseaux , par où de petites barques pouvaient aller au Pont-Euxin, et en revenir facilement. Après cela ils plantèrent des pieux en terre ferme , avec de gros anneaux, et y attachèrent, de part et d'autre, six gros câbles sur chacun des ponts, deux faits de chaa-

vre , et quatre faits d'une sorte de roseaux appelés SîQ.Qi. Il fallait que ceux de chanvre fussent dune force extraordinaire, puisque chaque coudée pesait un talent, ou quarantedeux livrés de notre poids. Les câbles placés sur la longueur des vaisseaux , allaient d'un côté de la mer à l'autre. Cet ouvrage étant achevé, ils rangèrent en travers, sur la longueur des vaisseaux et sur les câbles , des troncs d'arbres coupés exprès pour cet usage , et mirent dessus des planches liées et jointes ensemble, pour tenir lieu de sol et de plancher, puis ils couvrirent le tout de terre, et ajoutèrent, de côté et d'autre, des barrières ou garde -fous, afin que les bêtes ne s'épouvantassent pas en voyant la mer. Telle fut la construction du fameux pont de Xerxès. Quand l'ouvrage fut achevé, on marqua le Je détroit de jour du trajet. Ce prince avant de passer , i'Heiiespont. yerga ^çg libations dans la mer; et se tournant vers le soleil , la principale Divinité de l'empire , il implora son secours pour l'entreprise qu'il commençait , et le pria de lui continuer sa protection jusqu'à ce qu'il eût fait la conquête de l'Europe; après quoi il jeta dans la mer le vase qui avait servi aux libations, une autre coupe d'or, et un cimeterre persan. L'armée employa sept jours et sept nuits à passer le détroit.

Dénombre Quand Xerxès arriva aux Thermopyles , ment des ses forces de terre et de mer faisaient ensem- Xeraès! deble le nombre de deux millions six cent quarante-un mille six cent et dix hommes, sans compter les valets, les eunuques, les femmes, les vivandiers . et ces autres sortes de gens

ANCIENNE. IIV, VIU. 221

qui suivent l'armée , et qui montaient à un nombre égal ; de sorte que le total de& personnes qui accompagnèrent Xerxès dans cette expédition, était de cinq millions deux cent quatre-vingt-trois mille deux cent vingt personnes .-c'est le calcul que nous en donne Hérodote. Plutarque et Isocrate s'accordent avec Hérod. i 7. lui. Diodore de Sicile, Pline, Lhen, et d au- ,84. 187 très, rabattent beaucoup de ce nombre. En effet, on a peine à comprendre comment il était possible de trouver des vivres suffisamment pour une armée si prodigieuse. Il est vrai qu'Hérodote remarque que Xerxès avait employé quatre années entières à faire les préparatifs de cette guerre ; mais cette précaution de l'historien n'empêche pas que la chose ne paraisse toujours incroyable. Au reste, quoi qu'il en soit, l'histoire ne fait mention d'aucune autre armée aussi nombreuse que celle-ci ; car , suivant le calcul de ceux qui donnent le moins de troupes à Xerxès, il avait au moins un million d'hommes à sa suite. De tant d'hommes rassemblés , nul ne le disputait au roi pour la beauté du visage , ni pour la grandeur de la taille; faible louange pour un prince, quand elle est seule. Aussi , Justin , après le dénombrement de ces troupes , ajoute-t-il, qu'une si grande armée manquait de chef: Huic tanto agminidux de fuit.

Xerxès, après avoir fait le dénombrement Démarate de ses troupes de terre et de mer , demanda aJJ rôfTon à Démarate s'il croyait que les Grecs osas- sentiment

J l sur son en-

sent 1 attendre. Celui - ci , obligé dans cette Reprise occasion de s'expliquer , le fit avec une no- J[e^j^V

blesse et une liberté dignes d'un roi de Sparte. « Puisque vous me l'ordonnez, grand prin- » ce, reprit Démarate, la vérité va vous parler » par ma bouche. Pour ne vous parler que » de mes Lacédémoniens , soyez sûr que , » nés et nourris dans la liberté , ils ne prê- » teront jamais l'oreille à aucun accommo- » dément qui tende à la servitude. Fussent- » ils abandonnés par tous les autres Grecs , » et réduits à une troupe de mille soldats , >> ou à un nombre encore moindre, ils \ien- » dront au-devant de vous 3 et ne refuseront » point le combat. » Le roi , entendant un tel discours, se mit à rire ; mais l'événement justifia la prédiction de Démarate. Ce Spartain était un des deux rois de Lacédémone , qui, ayant été exilé par la faction de ses ennemis, s'était réfugié en Perse, où il avait été comblé de biens et d'honneurs. Comme on s'étonnait un jour qu'un roi se fût laissé exiler, et qu'on lui en demandait la cause : C'est , dit-il, qu'à Sparte la loi est plus forte que tes rois* Il fut très-considéré en Perse. Mais ni l'injustice de ses citoyens, ni les bons traitemens du roi, ne purent lui faire oublier sa patrie. Dès qu'il sut que Xerxès travaillait aux préparatifs de la guerre, il en avait donné avis aux Grecs par une voie secrète; bien différent d'Hippias , qui avait armé les Perses contre Athènes, sa patrie.

Us Athé- Lacédémone et Athènes, qui étaient les cédémoniens deux plus puissantes villes de la Grèce , et SwnTver celles à Ç1" Xerxès en voulait le plus, ne s'éies aiues. talent pas endormies à l'approche de 1 ennemi i46? «Û Averties depuis long- temps des mouve-

mens de ce prince , elles avaient envoyé des députés dans toutes les villes grecques , pour demander du secours, et faire une ligue contre l'ennemi commun; mais tous leurs mouvemens furent inutiles ; l'armée formidable des Perses avait jeté partout la terreur et l'alarme , et tous les peuples , excepté ceux de Tespie et de Platée, s'étaient soumis aux hérauts que Xerxès avait envoyés pour demander la terre et l'eau. Ainsi , les Lacédémoniens et les Athéniens se trouvèrent réduits presqu'à eux seuls. Dans cette extrémité , ils ne perdirent pas courage. La vue du danger parut, au contraire, les ranimer et leur inspirer une nouvelle ardeur. Ils nomment des généraux, mettent en mer une flotte de trois cents vaisseaux, et envoient aux Thermopyles Léonide, roi de Lacédémone, avec quatre mille hommes pour en défendre le passage.

Les ïhermopyles sont un défilé ou passage du mont OEta , entre la Thessalie et la Phocide, qui n'a que vingt -cinq pieds de lar geur , qu'un petit nombre de troupes pouvait défendre, et qui était l'unique endroit par où 1 armée de terre des Perses pouvait entrer en Achaïe, et venir assiéger Athènes. Ce fut là que l'armée des Grecs s'arrêta.

Lorsque Xerxès fut arrivé aux Thermopy- combat de les , il fut fort surpris d'apprendre qu'on se Therm°py* préparait à lui en disputer le passage. Il s'é- An. m. 352i tait toujours flatté qu'au premier bruit de son AJi//Cc'. {*!?' armée, les Grecs prendraient la fuite. Il at- I73tendit quatre jours, pour leur donner le temps de se retirer. Il essaya, pendant cet intervalle, de gagner Léonide par de magnifiques pro-

messes ; toutes ses propositions furent rejetées avec hauteur et indignation. Puis, Xerxès lui ayant écrit qu'il eût à lui livrer ses armes, Léonick lui répondit en deux mots , <i'un style et d'une fierté vraiment laconiques : Viens les prendre. Il ne fut plus question que de se préparer au combat. Le roi fit marcher d'abord contre eux les Mèdes , avec ordre de les saisir tout vivans, et de les lui amener. Les Mèdes ne purent soutenir I effort des Grecs, et prirent honteusement la fuite. Ils furent relevés par les Perses , surnommés les Immortels, au nombre de dix mille hommes , qui n'eurent pas un meilleur succès que les Mèdes.

Xerxès, désespérant de pouvoir forcer des troupes si déterminées à vaincre ou à mourir , était dans un grand embarras, et ne savait quel parti prendre , lorsqu'un habitant du pays vint lui montrer un sentier détourné vers une éminence, qui était au - dessus des ennemis, et qui les commandait. Il y envoya un détachement, qui marcha toute la nuit, y arriva à la pointe du jour, et s'enem-

senec. e Ut. para. Léonide , voyant qu'il était impossible de résister aux ennemis, obligea le reste des alliés de se retirer, et demeura avec ses trois cents Lacédémoniens, résolus de mourir tous, à l'exemple de leur chef. Le roi les exhorta à prendre de la nourriture, en ajoutant qu'ils souperaient ensemble chez Pluton : il les me- Mort de na ensuite au combat. Le choc fut très-rude

Léonide et très-sanglant. Léonide tomba mort des premiers. Les Lacédémoniens firent des efforts incroyables de valeur pour défendre son corps

mort. Enfin, accablés par le nombre , plutôt que vaincus , ils périrent tous , excepté un seul qui se sauva à Lacédémone , où il fut traité comme un lâche et comme un traître à sa patrie , sans que personne voulût avoir commerce avec lui , ni lui parler. Mais peu de temps après , il répara avantageusement sa faute, dans la bataille de Platée , où il se distingua d'une manière particulière. Xerxès, outré de dépit contre Léonide, qui avait osé lui tenir tête, fit attacher son cadavre à une potence, et se couvrit lui-même de honte en voulant déshonorer son ennemi.

On éleva dans la suite, par ordre des amphictyons, un superbe monument tout près des Tiiermopyles , à ces braves défenseurs de la Grèce , avec deux inscriptions , dont l'une regardait en général tous ceux qui étaient morts aux Tiiermopyles, et l'autre était particulière aux Spartiates. La simplicité en est remarquable. Elle était du poète Simonide. La voici traduite en notre langue : Passant, va annoncer à Lacédémone que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois. Cicéron a rendu les vers du poète grec , par ce distique :

Die , hospes, Spartae nos le hîc vidisse jacentes , Dùm sauctis patnae legibus obsequimur. Tusc. Quœst. L i.

Quarante ans après, Pausanias , qui remporta la victoire de Platée, fit transporter, des Thermopyles à Sparte, les ossemensde Léonide , et lui érigea un magnifique tombeau. Le sien fut placé aussi tout près.

Béwod. i. 8. Le roi de Perse perdit aux Thermopyles

» «4- a5. pjus ^e vjng^ mille hommes, du nombr des -

quels se trouvèrent deux de ses frères. On eut

grand soin de cacher cette perte \ qui aurait

pu décourager les troupes, et, pour cela, on

c»mbat na- les fit enterrer. Le Jour même de l'action des

▼al auprès , i -i i • j

d'Arthémise Ihermopyles , il se donna aussi un grand combat naval auprès d'Arthémise, promontoire de FEubée. Cette action et celle des deux jours suivans, ne furent pas décisives ; mais elles servirent beaucoup à animer les Grecs , et à les convaincre , par leur propre expérience, que le grand nombre n'a rien de formidable pour de braves soldats qui ont le courage de combattre de pied ferme, et qui sont déterminés à mourir plutôt que de prendre la fuite:

article iiL

Progrès de Xerxès dans la Grèce. Ses mauvais succès.

Les Athé- Cependant Xerxès était entré dans la Phodonnentiem'cide , brûlant et saccageant les villes des ville. Phocéens. Dans cette extrémité , les Athé-

niens , qui se voyaient tout près de tomber entre les mains des Perses, et de porter tout le poids de leur colère et de leur vengeance, prirent la résolution d'abandonner leur ville, et de s'embarquer. La plupart firent passer^ leurs pères et leurs mères, qui étaient âgés, Petite ville ayec leurs femme s et enfans , dans la ville de. D de Trézène , dont les habitans les reçurent avec beaucoup de générosité et d'humanité; car ils firent ordonner qu'ils seraient nourris aux dépens du public, et établirent un fonds

ANCIENNE. LtV. VIII. 327

pour le paiement des maîtres qui les instruiraient. Il est beau de voir une ville exposée , comme celle-ci, aux plus grands maux, étendre son attention et sa libéralité au milieu de telles alarmes, jusqu'à l'éducation des enfans d'autrui !

Xerxès arriva enfin à Athènes, que ses ha- Xe„xèt bilans avaient abandonnée, excepté un petit JgJ^^f"1 nombre de citoyens qui s'étaient retirés dans la citadelle, où ils se défendirent jusqu'à là mort , avec un courage incroyable , sans vouloir entendre à aucun accommodement. Le roi , ayant forcé la citadelle , y mit le feu et la brûla. Il dépêcha aussitôt un courrier à Suze pour porter cette agréable nouvelle à Artabane son oncle , et il lui envoya en même temps un grand nombre de tableaux et de statues. Celles d'Harmodius et d'Aristo- *«*#»»*; giton , libérateurs d' Athènes , en faisaient partie.

Les Grecs se trouvèrent fort partagés pour Disions déterminer l'endroit où devait se donner le Gre«. combat. Le plus grand nombre , à la tête desquels était Eùrybiade , généralissime de la Hérod. /. 8flotte , voulait qu'on s'approchât de l'isthme c* de Corinthe, pour être plus près de l'armée de terre qui gardait cette entrée , sous la con- PluU in duite de Cléombrote, frère de Léonide, et Themut. f, plus à portée de défendre le Péloponnèse. IX?' D'autres , qui avaient Théïnistocle pour eux, prétendaient que c'était trahir la patrie que d'abandonner un poste aussi avantageux que ceiui de Salamine. Et comme celui-ci soutenait son sentiment avec beaucoup de cha-

eur , Eùrybiade leva la canne sur lui. L'Àthé-

aa8 histoire

nien , sans s'émouvoir : Frappe , dit-il, mais écoute : et continuant de parler, il montra de quelle importance il était pour la flotte des Grecs, dont les vaisseaux étaient plus légers et beaucoup moins nombreux que ceux des Perses, de donner la bataille dans un détroit comme celui de Salamine , qui mettrait l'ennemi hors d'état de faire usage d'une grande partie de ses forces. Cette modération, jointe à la force de ses raisons , fît revenir à son avis Eurybiade et tous les officiers , et on résolut de donner la bataille dans le détroit de Salamine.

Hêrod. 1 8. Du côté des Perses , on avait tenu aussi un conseil de guerre pour savoir s'il fallait hasarder un combat naval. Tous furent pour donner la bataille , parce qu'ils savaient que le roi penchait de ce côté-là II n'y eut qu'Arthémise , reine de Caris (1), qui s'opposa à ce dessein. Elle représenta au roi qu'il fallait traîner la guerre en longueur ; ce qui ne manquerait pas d'augmenter la division parmi les Grecs ; que chacun se retirerait pour aller défendre son pays , et qu'alors le roi se rendrait maître , sans peine , et presque sans coup férir , de toute la Grèce. Cet avis si sage ne fut point suivi , et l'on résolut de donner la bataille.

Hêrod. i. 8. Thémistocle sachant que , dans la flotte c. 74. 78. grecque, on songeait encore à aller vers l'isthme , fit donner avis à Xerxès que les alliés grecs étant réunis dans le même lieu , il lui serait facile de les vaincre, et de les accabler

(1) Cette princesse est différente d'Arthémise, femme de Mausole.

tous à la fois. Le roi le crut, et fit environner de nuit Salamine par un grand nombre de vaisseaux, pour ôter aux Grecs tout moyen de sortir de ce poste. Personne ne s'aperçut que l'armée fût ainsi enveloppée. Aristide jrist^p.i2Z vint la nuit même d'Egine, où il comman- Herod.i.%. dait quelques troupes , et traversa , avec un très-grand danger, toute la flotte des ennemis. Quand il fut auprès de Thémistocle, il le tira à part , et lui parla ainsi : « Thémis- » tocle , si nous sommes sages, nous renon- » cerons désormais à cette vaine et puérile » dissension qui nous a divisés jusqu'ici , et, » par une plus noble et plus salutaire ému- » lation, nous combattrons à l'envi à qui » servira mieux la patrie; vous, en comman- » dant et faisant le devoir d'un bon et sage » capitaine ; et moi , en vous obéissant et en » vous aidant de ma personne et de mes con- » seils. »

Thémistocle, étonné d'une telle grandeur d'ame, honteux de s'être laissé vaincre par son rival , et ne rougissant point de lui en faire l'aveu , promit d'imiter sa générosité , et lui fit confidence de la ruse qu'il avait imaginée pour tromper le Barbare. Il le pria ensuite d'aller trouver Eurybiade , pour lui représenter qu'il n'y avait d'autre salut pour eux , que de combattre à Salamine; ce qu'il fit avec joie et avec succès.

On se prépara donc de part et d'autre au Bataille d« combat. Les Perses , qui savaient que le roi Salam,ne avait les yeux attentifs sur eux , ce prince ayant fait placer son trône sur une éminence , d'où il pouvait voir le combat , attaqué-

â3û HISTOIRE

Tent d'abord les Grecs avec une impétuosité fet un courage capables de répandre la terreir- partout ; mais ce premier feu se ralentit bientôt quand on fut dans la mêlée. Les Ioniens furent les premiers qui prirent la fuite , et ils furent bientôt suivis du reste de la flotte. Arthémise se signala par des efforts incroyables de hardiesse , en sorte que Xerxès la voyant ainsi combattre, s'écria que, dans cette bataille , les hommes avaient paru des femmes, et que les femmes avaient montré un courage d'hommes (1).

La manière dont cette reine (2) se sauva ne doit pas être omise. Se voyant vivement poursuivie par un vaisseau athénien , auquel il ne paraissait pas qu'elle pût échapper , elle arbora le pavillon grec , attaqua un vaisseau des perses, monté par Damasithymus , roi de Calynde, ville de Lycie, avec qui elle avait eu une querelle, et le coula à fond; ce qui fit croire à ceux qui la poursuivaient , que son vaisseau était du parti des Grecs , et ils ne songèrent plus à l'attaquer. Tel fut le succès de la bataille de Salamine , l'une des

(1) Quippè ut in viro muliebrem timoreiu , ita in muliere virîlem audaciam cerneres. Just. I. 2. c. 12.

(2) Il paraît qu' Arthémise ne se piquait pas moins de ruse que de courage. On dit que voulant se rendre maîtresse de Latmus , petite ville de Cane, qui était à sa bienséance, elle mit ses troupes en embuscade , et que , sous prétexte de célébrer la fête de la mère des Dieux , dans le bois qui lui était consacré auprès de la ville , elle fv rendit avec un grand équipage d'eunuques, de femmes , de trompettes et de tambours. Les habitant occoururent pour voir cette cérémonie religieuse ; et, pendant ce temps, les troupes d' Arthémise s'emparèrent de Lat« mu». Poliam Stratag. L 8. c. 53.

MNCÏfcïfNE. LIV. VIII. 2^1

plus mémorables dont il soit parlé dans F Histoire Ancienne , et qui a rendu à jamais célèbres le nom et le courage des Grecs. Il y eut beaucoup de navires dès Perses de pris, et un plus grand nombre encore qui furent coulés à fond.

Thémistocle , pour délivrer promptement la Grèce d'un ennemi si puissant , fit avertir secrètement le roi 9 cjue les Grecs songeaient à rompre le pont. Ce prince, effrayé d'une Retraitede telle nouvelle , ne perdit point de temps, et eixts partit de nuit, ayant laissé Mardonius avec une armée de trois cent mille hommes , pour réduire la Grèce. Lorsque ce prince fut arrivé au détroit de l'Hellespont , il trouva le pont rompu par une rude tempête , et fut obligé de passer le trajet dans une barque de pêcheurs. C'était un spectacle bien propre Justin, i 2. à faire connaître l'instabilité des choses hu- c" *' maines , que de voir dans une petite barque, presque sans suite et sans équipage, un prince , aux armes et aux vaisseaux duquel , peu de temps auparavant , à peine la terre et la mer avaient pu suffire. Tel fut le succès de l'expédition de Xerxès contre la Grèce. Thé- Ptut.inTb* mistocle eut presque tout l'honneur de cette ' . 2°* victoire , la plus signalée que les Grecs aient jamais remportée contre les Perses. La vérité força ceux qui étaient les plus jaloux de sa gloire, à lui rendre ce témoignage. Sa sagesse , sa valeur et son attention à savoir profiter de tout, furent le salut de la Grèce. Le premier soin des Grecs , après la victoire , fut d'envoyer à Delphes les prémices du riche butin qu'ils avaient fait sur les Perses, pour

232 ffISTOIRE

Hérodj. 7. remercier les Dieux de leur protection. Hé- *'moi ^i7! ro(^ote place la défaite des Carthaginois, par p. i6 32. Gélon , tyran de Syracuse , au jour que se donna le combat de Sala mine. J'en ai marqué ailleurs les circonstances.

Mardonius , qui était resté en Grèce avec un corps d'armée de trois cent mille hommes , fit passer l'hiver à ses troupes dans la vend, l 8. Thessalie. Il envoya cependant Alexandre , iW/ei \bo.Y°i ^e Macédoine, avec plusieurs seigneurs J44 persans , à Athènes , pour tenter de détacher

ses habitans du reste des alliés. Aristide, qui était alors le premier des archontes, leur fit cette réponse : « Sachez, leur dit-il en leur » montrant le soleil de sa main , que tant » que cet astre continuera sa course , les » Athéniens seront mortels ennemis des Per- » ses, et qu'ils ne cesseront de venger sur » eux le ravage de leurs terres , Tin ce n die de » leurs maisons et de leurs temples. » Mardonius Quand le général persan eut appris , par tfau^ubrû la réponse des Athéniens, que nul prix, nul le Athènes, avantage ne pouvait les porter à vendre leur c. 1. 13. liberté, il marcha avec toute son armée vers Arïlt^'iît l'Attique , détruisant tout ce qu'il rencontrait Diod. sic. dans sa marche. Les Athéniens n'étant pas tx,p en état de résister à ce torrent, abandonnèrent une seconde fois leur ville , et se retirèrent à Salamine. Mardonius entra dans Athènes , brûla les maisons et démolit tout ce qui avait échappé au saccagement de l'année précédente \ puis il se retira du côté de la Béotie. Les Lacédémoniens et les Athéniens l'y suivirent avec une armée de soixante mille hommes , sous la conduite de Pau-

ANCIENNE. UV. VIII. ?33

sanias , roi de Lacédémone , et d'Aristide , général des Athéniens. Les deux armées s*é- Rataiiiede tant rencontrées auprès de Platée, en vin- An ^ 3526> rent aux mains. Le choc fut des plus rudes , Av. jc.478. et , de part et d'autre , on montra un courage de lions. La victoire fut long-temps disputée ; mais le général persan étant tombé mort, toute l'armée prit la fuite. Les alliés les poursuivirent et les taillèrent presque tous en pièces. De sorte que, de trois cent mille hommes dont cette armée était composée, il ne s'en sauva pas cinquante mille. Par cette victoire, les Grecs se délivrèrent, une fois pour toutes , des invasions de ces peuples , aucune armée persane ne s'étant plus fait voir depuis ce temps-là en deçà de THellespont.

Le butin fut immense. On trouva dans le camp de Mardonius de grandes sommes d'or et d'argent monnayé , des coupes , des vases, des colliers, des bracelets d'or et d'argent sans nombre et sans prix. Justin remarque , avec raison, que ces dépouilles devinrent funestes à la Grèce , et commencèrent à y jeter l'amour des richesses et le goût du luxe (i), On commença, selon leur religieuse coutume , par mettre à part la dîme de tout le butin pour les Dieux : le reste fut partagé également entre les villes et les peuples qui avaient fourni des troupes et les officiers qui s'étaient distingués dans le combat. On esfc frappé, avec raison , de l'attention merveil leuse de ces peuples idolâtres , à s'acquitter

(1) Undè primùm Graecos diviso iiiter se auro persico divitiarum luxuria cepit. L. 2. c. 14.

a34 HISTOIRE

en tout des devoirs de !a religion. Il est beau, ce me semble , de voir des païens protester ainsi publiquement, qu'ils attendent tout de la Divinité; qu'ils se croient oblige de lui rapporter tout ; qu'ils la regardent comme la source des succès et des victoires , comme l'arbitre souveraine des Etats et des empires. On dressa des monumens de cette victoire à Sparte , à Athènes et à Platée. Il fut même arrêté que chaque année, toutes les villes de la Grèce enverraient des députés dans cette dernière ville pour faire des sacrifices à Jupiter-Libérateur . et aux Dieux de la ville ; que, de cinq ans en cinq ans , on y célébrerait des jeux, qu'on appellerait les jeux de la liberté. Bataille de l*ê même jour que les Grecs combattirent

Mycaie. «^ Platée , leur armée navale remporta en

Asie une mémorable victoire sur les restes de

Herod. i 9. la flotte ennemie. Les Perses ayant pris terre

c.89. io5. a ftjycale, promontoire du continent d'Asie,

où était campée leur armée de terre , forte

Diod. 1. 11. de cent mille hommes , les Grecs les y suivi-

p. 26. 28. rent , et par le secours des Ioniens , ils forcèrent leur camp et brûlèrent tous leurs vaisseaux. La bataille de Platée se donna le matin, et celle de Mycale l'après-midi. Xerxès ayant appris ces deux grandes défaites, abandonna Sardes avec la même précipitation qu'il avait fait Athènes après la bataille de stmb. /.14. Salamine. Il donna ordre , avant son départ,

o. 674. £e brûler tous les temples des villes grecques Anan i d'Asie; ce qui fut exécuté. Ce prince passant pa* Babyione , à son retour à Suze \ y détruisit aussi tous les temples. Il était conduit en cela par un principe de religion. Les Per-

ANCIENNE. LIV.VÏII. 235

s(ss étaient persuadés que c'était insulter la Divinité , que de vouloir la renfermer dans les temples matériels , elle qui remplit tout l'univers. Peut-être que le désir de se dédommager des frais que lui avait coûtés sa malheureuse expédition , le porta à piller les richesses immenses qui étaient dans ces temples.

Parmi le grand nombre de femmes que cruauté

, , , . d'Amestris.

Xerxès avait épousées , il y en avait une nom- //e,w. /. *. mée Amestris , qui était un monstre de cruau- c" I07* I1S* té. Sur le simple soupçon que la femme de Masiste , frère du roi , dame d'un rare mérite et d'une grande vertu , était sa rivale , elle lui fit couper les oreilles , le nez \ la langue , les lèvres et les mamelles , qu'elle fit jeter aux chiens en sa présence , et la renvoya ainsi mutilée en la maison de son mari. Cependant Xerxès avait mandé son frère , pour le préparer à cette triste nouvelle. Il lui témoigna qu'il désirait qu'il se séparât de sa femme , et qu'il lui donnerait en la place une de ses filles en mariage. Masiste \ qui avait un attachement extrême pour sa femme, ne put se résoudre à l'abandonner ; ce qui fit que Xerxès lui dit, tout en colère, que puisqu'il refusait sa fille , il n'aurait ni elle ni sa femme , et qu'il apprendrait à ne pas rejeter les offres de son maître ; il le renvoya avec cette inhumaine réponse.

Un tel procédé ayant jeté Masiste dans un grand trouble, et lui faisant tout craindre, il se hâta de retourner chez lui , pour voir ce qui s'y passait ; et il trouva sa femme dans le déplorable état que nous venons de

a36 HISTOIRE

marquer. En étant irrité au point que Ton peut s'imaginer , il assembla toute sa famille, ses domestiques et tous ceux qui étaient dans sa dépendance , et fit toute la diligence possible pour gagner la Bactriane , dont il était gouverneur, résolu, dès qu'il y serait arrivé , de lever une armée , et de faire la guerre au roi. pour se venger de ce traitement barbare. Mais Xerxès, informé de son départ précipité 5 et soupçonnant par là ce qu'il avait dessein de faire , le fit suivre par un parti de cavalerie , qui , l'ayant atteint , le mit en pièces avec ses enfans et tous ceux qui étaient avec lui. Se trouve-t-il un exemple plus tragique de vengeance ? que celui que je viens de rapporter ? On rapporte encore de cette princesse une autre action qui n'est pas moins cruelle ni moins impie. Elle fit brûler vifs quatorze enfans des meilleures maisons des Perses , en sacrifice aux Dieux infernaux , pour obéira une coutume superstitieuse, usi tée chez les Perses.

Masiste ayant été mis en pièces avec ses enfans , Xerxès donna le gouvernement de la Bactriane à Histaspe, son second fils, qui, se trouvant par là obligé de vivre loin de la cour , fournit à Artaxerxe , son plus jeune frère, l'occasion de monter sur le trône après la mort de leur père.

L'histoire d'Hérodote finit à la bataille de Mycale ? et au siège de la ville de Seste par les Athéniens.

ARTICLE III

Evénement mémorables en Grèce. Mort de Xerxès.

La guerre , appelée vulgairement la guerre Athènes ré-

, .«,1. . , .L , , -, tablieeten.

de Mèche, qui n avait dure que deux ans,tourée de ayant été terminée, les Athéniens, de retour ""£ 352Ô dans leur patrie , y firent venir leurs femmes av. j.c.478. et leurs enfans, qu'ils avaient mis en dépôt Th^ ^ ailleurs pendant la guerre , et songèrent à ré-/». 59. 62. tablir leur ville, qui avait été presque entiè-^,. 3» 3i." rement détruite par les Perses , et à l'envi- Jut'm- u ** ronner de bonnes murailles , pour la mettre hors d'insulte. Les Lacédémoniens en ayant eu avis , entrèrent en jalousie, et commencèrent à craindre qu'Athènes , déjà trop puissante sur mer, venant à se fortifier de jour en jour , n'entreprît de leur faire la loi , et de leur enlever l'autorité et la prééminence qu'ils avaient toujours eues jusque là dans la Grèce. Ils députèrent vers les Athéniens , pour leur représenter que l'intérêt commun de la Grèce demandait qu'on ne laissât hors du Péloponnèse aucune ville fortifiée , de peur qu'en cas d'une seconde irruption , elle ne servît de place d'armes aux barbares ; mais le sénat, pénétrant sans peine le véritable dessein des Lacédémoniens, caché sous le faux prétexte du bien public , usa comme eux de ruse et de remise , sans donner de réponse précise , jusqu'à la consommation de l'ouvrage. On leur dit seulement qu'on enverrait des députés à Lacédémone „ pour satisfaire la république sur les crainte* et les soupçons qu'elle avait.

Thémistoele qui , depuis la bataille de Salamine , avait ua grand erédit à Athènes , se fit nommer parmi les députés ? et avertit le sénat de ne pas faire partir ses collègues avec lui 9 ni tous ensemble. La chose fut ainsi exécutée. Cependant on pressait extrêmement Fouvrage à Athènes, et l'on ne se donnait de repos ni jour ni nuit. On ne l'ignorait pas à Lacédémone ; et l'on en fit de grandes plaintes à Thémistoele , qui nia absolument le fait, et pressa les Lacédémoniens d'envoyer à Athènes de nouveaux députés, pour s'assurer par eux-mêmes de ce qui en était , et de ne point s'arrêter à des bruits vagues et confus , qui étaient sans fondement. Il fit donner avis , sous main , à Athènes , d'y retenir les députés jusqu'à leur retour, comme autant d'otages , craignant avec raison qu'on ne l'arrêtât , lui et ses collègues , à Lacédémone. Pour lors , Thémistoele ayant demandé audience, leur déclara , en plein sénat , que les Athéniens avaient environné leur ville de bonnes murailles , qu'ils l'avaient jugé nécessaire pour leur propre sûreté , et qu'ils étaient en état de défendre leur ville contre quiconque oserait l'attaquer. Ce discours déplut beaucoup aux Lacédémoniens ; mais , soit par sentiment d'estime et de reconnaissance pour les Athéniens, soit impuissance de s'opposer à leurs entreprises , ils prirent le parti de dissimuler ; et les députés , renvoyés de part et d'autre avec honneur, retournèrent dans leur ville. construction Ce ne fut pas là le seul ouvrage que Thé- /uTyreteau mistocle entreprit ; il s'appliqua avec la mê-%

ANCIENNE. LIV. VIII* z3q

me ardeur à achever de bâtir et de fortifier port d'Afeè le Pyrée. Car, dès le temps qu'il était ennes* charge, il avait commencé ce grand ouvrage. Thémistoi le , qui avait formé en lui-même le ThfJ"lle™n dessein de supplanter les Lacédémoniens , et Amud. de substituer les Athéniens à leur place dans le gouvernement de la Grèce , ne perdait point de vue ce grand projet. Un jour il dé- ?°l\^es^ ciara , en pleine assemblée , qu'il avait conçu de. un dessein important , mais qu'il ne pouvait le communiquer au peuple , parce que , pour le faire réussir , il avait besoin d'un profond secret : il demanda qu'on lui nommât quelqu'un avec qui il pût s'en expliquer. Tous nommèrent Aristide , et s'en rapportèrent entièrement à son avis. Thémistocle lui dit qu'il songeait à brûler la flotte des Grecs, qui était dans un port voisin , et que parla Athènes deviendrait certainement maîtresse de toute la Grèce. Aristide retourna à l'assemblée, et déclara simplement que rien ne pouvait être plus utile que le projet de Thémistocle ; mais qu'en même temps rien n'était plus injuste. Tout le peuple , d'une voix commune , défendit à Thémistocle de passer outre. On voit par là que ce ne fut point sans fondement qu on accorda à Aristide, de son vivant même , le surnom de juste ; surnom infiniment préférable à tous ceux que les conquérans recherchent avec tant d'ardeur , et qui approche, en quelque sorte , l'homme de la Divinité. On est , au contraire , indigné de la noirceur et de la perfidie du. dessein de Thémistocle. Eût-il cent fois plus de mérite qu'on ne lui en donne , cette action suffirait

24o HISTOIRE

seule pour ternir tout l'éclat de sa gloire ; car c'est le cœur , c'est-à-dire , la probité et la droiture qui décident du vrai mérite.

Au reste je ne sais si , dans toute l'histoire , ïl y a un fait plus digne d'admiration , que celui que je viens de rapporter. Ce ne sont point des philosophes à qui il ne coûte rien d'établir , dans leurs écoles , de belles maximes et de sublimes règles de morale, et qui décident que l'utile ne doit jamais l'emporter sur l'honnête. C'est un peuple entier , intéressé dans la proposition qu'on lui fait , et qui néanmoins, sans hésiter un moment, la rejeté d'un commun accord , par cette unique raison qu'elle est contraire à la justice. La fierté Les Grecs , animés par l'heureux succès de fak prendre Ie urs armes, envoyèrent une flotte pour déie eomman- livrer leurs alliés du joug des Perses. Elle était

dément aux ' °

Lacédémo- commandée par Pausanias, pour les Lacéah"m. 352s. démoniens. Aristide et Cimon , fils de Mil- ^Thuc'dfi ^a(^e > Y commandaient pour les Athéniens. P. 65. et h. Après avoir mis en liberté les villes de l'île de Cypre , elle prit la ville de Byzance , où elle fit prisonniers les plus riches et les plus considérables seigneurs de Perse.

Pausanias , qui songeait à gagner les bonnes grâces de Xerxès , aux dépens de sa patrie , fit courir le bruit que les seigneurs persans prisonniers s'étaient sauvés , et les renvoya à ce prince , avec une lettre où il s'engageait à lui livrer la ville de Sparte et toute la Grèce , à condition qu'il lui donnerait sa fille en mariage. Xerxès lui fit une réponse favorable , et lui fit tenir de grosses sommes d'argent pour gagner les principaux des Grec*

ANCIENNE. UV. VIII. 24.I

Pausanias changea dès ce moment sa con- Piut. ^ duite. La vie pauvre, frugale et modeste de Arist ^333- Sparte , ses lois dures et austères , inexorables également pour les grands comme pour les petits et les pauvres , lui devinrent insupportables. Craignant de se voir, à son retour, dans une égalité qui le confondrait avec le dernier des citoyens , il quitta les manières et les mœurs de son pays , prit l'habillement et la fierté des Perses, et imita leur somptuosité et leur magnificence. Par sa conduite dure et impérieuse , il rendit odieux à tous les alliés le gouvernement des Lacédémoniens. Les manières douces , honnêtes et prévenantes d'Aristide et de Cimon , l'humanité et la justice qui paraissaient dans toutes leurs actions , leur attention à l'égard de tout le monde , engagèrent les alliés à passer sous le commandement des Athéniens , et à se mettre sous leur protection.

Sur les plaintes que l'on recevait à Lacé- Trahison démone , au sujet de Pausanias , qu'on accu- dePausanias sait de trahir sa patrie , et de livrer la Grèce aux Perses , les éphores le rappelèrent à An.M#353o# Sparte pour lui faire rendre compte de sa con- Av J c.474. duite. Il se tira avec avantage de ce premier Tàu d l f jugement , et s'en retourna à Byzance ; de là , Diod. /. r. il continuait toujours ses pratiques secrètes <„ TausanT avec le général persan. Il ne fut pas longtemps sans recevoir un second ordre des éphores de se rendre à Sparte , sous peine d'être déclaré^ en cas de désobéissance , ennemi public et traître à sa patrie. Il s'y rendit dans l'espérance de se tirer encore de ce jugement, à force d'argent. On commença par le mettre

Tom. IL 14

en prison ; puis ii fut produit devant ses juges : mais , comme on n'avait point une évidence entière pour prononcer peine de mort contre lui, il fut élargi. Une lettre qu'il envoj^ait au roi de Perse, et qui fut remise aux éphores , rendit son crime certain et manifeste. Dès ce moment, on se mit en devoir de l'arrêter ; mais Pausanias ayant reconnu à l'air du visage de l'un des éphores, qu'on avait pris quelque fâcheuse résolution contre lui , se sauva dans un tenipie de Palias. Les éphores n'osant l'en tirer de foi ce, de crainte de violer la sainteté de cet asile sacré , prirent le parti d'en fermer l'entrée , d'en découvrir le toit , et de le laisser ensuite périr là de faim et de misère , exposé à toutes les injures de l'air. On dit que la mère du coupable fut la première à porter les pierres pour murer la porte. Cela est bien dans le goût et dans le caractère des dames de Sparte. Ils I'ori tirèrent pourtant un moment avant sa mort. Son corps fut enterré dans un lieu voisin. Par la réponse de L'oracle de Delphes, on lui érigea deux statues dans le temple , pour apaiser la colère de la dée se justement irritée. Telle fut la fin de Pausanias , en qui une folle ambition étouffa tous les sen unie ris de probité , d'honneur, d'amour de la patrie, de zèle pour la liberté , de haine et d'aversion pour les barbares.

Thémisto- ^ne violente passion pour la gloire , accleexii*. compagnée d'un vif désir de dominer seul , avait rendu ïhémistocle odieux à ses concitoyens , et l'avait fait bannir d'Athènes , par l'ostracisme. Il se retira à Argos. Ce fut là

ANCIENNE. LÏV. VIIÏ. 243

que Pausanias lui communiqua son projet , et le pressa d'y entrer. Thémistocle rejeta An. m .3531. bien loin la proposition du Lacédémonien rime. 1. 1. et refusa absolument de prendre aucune part T^]'stm à ses desseins. Néanmoins, les Athéniens, com.Nep.

. -, . m Them. c.3.

persuadés par ses accusateurs et ceux qui lui portaient envie, qu'il était du complot avec Pausanias 9 pour livrer la Grèce aux Perses , envoyèrent des gens à x^rgos pour se saisir de sa personne ; mais Thémistocle en ayant été averti à temps, passa dans l'île de Corcyre , de là en Epire , et enfin se réfugia chez Ad- ehez ^dnîè! mète, roi des Molosses. Ce prince, quoiqu'il teeût quelque sujet de mécontentement contre Thémistocle , surpris et touché de voir à ses pieds le plus grand homme de la Grèce, et le vainqueur de l'Asie, ïe releva aussitôt ? et lui promit toute sa protection. En effet , les Lacédémoniens et les Athéniens étant venus le demander , il refusa absolument de leur livrer un suppliant et un hôte qui s'était réfugié chez lui, dans l'espérance d'y trouver un asile sacré et inviolable.

Vers ce temps-là mourut Aristide. Il avait Mort d#Arempli les premières charges de la république avec distinction, et manié les finances avec une autorité absolue ; et , ce qui est bien plus, avec Son éloge. une justice, une fidélité et une réserve si grandes , qu'il vint à bout de se faire aimer dans tin emploi où c'est beaucoup de ne pas se rendre odieux ( 1 ) . C 'est le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un surintendant, ou contrôleurgénéral ues finances. Il est difficile de porter

(1) In otficio amorem consequeris , in quo odium vitale difficile est. Senec.

plus loin le mépris des richesses. Il paraissait aimer la pauvreté par goût et par estime , et , loin d'en rougir , il n'eu tirait pas moins de gloire que de tous ses trophées, et de toutes les Tictoires qu'il avait remportées. Il mourut si pauvre , qu'il ne laissa pas de quoi se faire enterrer. îl fallut que l'Etat fit les frais de ses funérailles, et se chargeât de faire subsister sa famille. De toutes les verlus d'Aristide, la plus connue , et celle qui se fit le plus sentir, fut la justice , qui lui mérita le surnom de juste ; surnom véritablement grand , ou , pour mieux dire , véritablement divin, Thémistocle , dit Platon , Cimon et Périclès, ont rempli leur ville de superbes bâtimens , de portiques , de statues , de richesses , d'ornemens et d'autres vaines superfluités de ce genre ; mais Aristide a travaillé à la remplir Mort de de vertus.

AM.rM.s*353i. Les mauvais succès qu'avait eus Xerxès Av. j c. 4-3. dans son expédition contre la Grèce , lui c abattirent enfin le courage. Renonçant à tout

projet de guerre et de conquête • il se livra Diod i ii entièrement au luxe et à la mollesse , et ne »• 52 pensa plus qu'à ses plaisirs. Artabane 9 hirca-

0. tSt'n' nien de nation 9 capitaine de ses gardes , et depuis long-temps un de ses favoris , s'étant aperçu que cette conduite, peu digne d'un roi , lui avait attiré le mépris de ses sujets , crut que c'était une occasion favorable de conspirer contre son maître , dans l'espérance de remplir sa place , et de monter sur son trône. Etant entré dans la chambre où couchait le prince, il le tua pendant qu'il dormait. De là , il alla trouver Artaxerxe , troi-

sième fils de Xerxès ; il lui apprit le meurtre de son père , et en chargea Darius son frère aîné, comme si l'impatience de régner l'eût porté à commettre ce parricide. Il ajouta que , pour se mettre pleinement en sûreté, son dessein était de se défaire encore de lui ; qu'ainsi il était nécessaire qu'il se tînt sur ses gardes. Ces discours ayant fait sur Artaxerxe toute l'impression que souhaitait Artabane , il alla sur-le-champ dans l'appartement de son frère, et, soutenu par Artabane et par ses gardes, il l'égorgea. La couronne appartenait , après Darius , à Hystaspe , le second fils de Xerxès ; mais , comme il se trouvait alors dans la Bactriane , dont il était gouverneur, Artabane mil sur le trône Artaxerxe, dans le dessein de ne l'y laisser que jusqu'à ce qu'il eût formé un parti assez fort pour l'en chasser. Mais le jeune prince ayant découvert son complot , travailla à le prévenir, et le fit mourir avant qu'il eût pu exécuter sa trahison. Xerxès fut un prince en qui l'on vit peu de bonnes qualités. Il était vain , plein de lui-même et entêté. Il n'avait ni lumières pour concerter un projet , ni courage pour l'exécuter. On remarque en lui un orgueil et une bassesse de sentimens qui font pitié, et quelquefois une brutalité et une barbarie qui toni norreur

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