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pour les Dieux. Les gens sages et sensés , outre l'aversion que leur inspiraient tous ces dérégleniens , craignaient extrêmement les suites de cette audace , de cette profusion et de ce profond mépris des lois , qu'ils regardaient comme autant de moyens et de degrés pour arriver à la tyrannie.
Aristophane , dans une de ses comédies , marque admirablement par ce seul vers la disposition du peuple à son égard . 77 te hait, dit-il ? et ne peut se passer de lui. En effet, les largesses dont Alcibiade comblait le peuple , la somptuosité des jeux et des spectacles qu'il lui donnait ; la magnificence des présens qu'il faisait à la ville , et qui passait tout ce qu'on en peut dire.; la grâce et la beauté de toute sa personne; son éloquence, sa force de corps , jointes au courage et à l'expérience ; en un mot , toutes ses grandes qualités faisaient que les Athéniens lui pardonnaient ses défauts , et les supportaient patiemment, tâchant toujours de les diminuer et de les couvrir sous des noms doux et favorables : car ils les appelaient des jeux, des gentillesses et des marques d'humanité et de bon naturel.
Timon le misanthrope , tout sauvage qu'il était , en jugea plus sainement. L'ayant rencontré un jour, comme il sortait de l'assemblée , très-content d'avoir obtenu tout ce qu'il avait demandé, et de se voir générale* ment honoré par le peuple , qui le reconduisait en foule ; loin de l'éviter comme il évitait tout le monde, il alla au-devant de lui $ et lui tendant aimablement la main : Cou^
rage, mon fils s lui dit-il; tu fais fort bien de l9 agrandir et de t' élever ; car c'est pour ia ruine de tout ce peuple. La guerre de Sicile prouvera que Timon ne se trompait pas. Dès le temps de Périclès , les Athéniens s'étaient mis en tête de conquérir la Sicile. Ce sage conducteur , qui craignait et prévoyait les suites fâchenses d'une entreprise si hasardeuse , fut toujours attentif à refréner , par sa puissance , cette folle ambition. Son autorité les empêcha, pour lors , de passer en Sicile ; mais elle ne leur en fit pas perdre le désir, et ils tournèrent toujours les yeux de ce côté-là. Périclès étant mort, et n'étant plus retenus par aucune considération, ils firent, en différens temps, plusieurs tentatives sur ia Sicile; et, sous prétexte d'envoyer de temps en temps des secours d'armes et de troupes aux villes opprimées ou maltraitées par les Syracusains, ils s'ouvraient un chemin pour les attaquer avec de plus grandes forces. Mais celui qui alluma le plus cette ardeur, ce fut Alcibiade, en repaissant le peuple de magnifiques espérances , dont lui-même était sans cesse occupé , ou , pour mieux dire, enivré. Les Athéniens infatués par ses discours , comptaient , comme lui , ne faire de la Sicile que leur place d'armes et leur arsenal , d'où ils partiraient pour aller conquérir Carthage , et se rendre maîtres de toute l'Afrique et de la mer, jusqu'aux colonnes d'Hercule. On dit que So- piut.inAi
crate et M è thon l'astronome ne se promet- clh-p- *99- . . . . , . . . l In Wc. p.
caient rien de bon de cette entreprise. 58*
Athènes était dans cette disposition, lors- *"."£&" 6.
Fht. in ai- qu'il arriva des ambassadeurs des Ségestain r#. in Nie. qUi venaient implorer leur secours contre ceux de Sélinonte , que Syracuse sou! en dit ; et afin de leur être moins à charge , ils offraient de payer les troupes qu'on y enverrait. Les Athéniens 5 qui depuis long-temps n attendaient qu'une occasion favorable pour se déclarer , accordèrent aux Ségestains les secours qu'ils demandaint , et nommèrent Alcibiade , Nicias et Lamachus pour commander la flotte , avec pleiu pouvoir d'ordonner des affaires de la Sicile , conformément aux intérêts de la république.
Nc.as s'y Nicias n'accepta le commandement que appose inu- malgré lui ; car , outre qu'il le fuyait à cause d' Alcibiade , il sentait très-bien les inconvéniens et les dangers d'un projet qui était tout à-la-fois et mal concerté, et à contretemps.
ThucyJ.i6. Cinq jours après , pour hâter l'exécution »4*M*8. ^u ^cret et pourvoir à tout ce qui était nécessaire, il se tint une seconde assemblée Nicias , qui avait eu tout le loisir de faire de mûres réflexions sur l'affaire proposée , et qui en sentait de plus en plus les dangers et les inconvénient, se crut obligé , en cette occasion , de parler avec quelque force contre un projet dont il prévoyait que les suites pouvaient être très-funestes pour la république. 11 dit : c qu'il était très -étonnant » qu'une affaire de l'importance dont était » celle-ci , eût été presque aussitôt décidée » que mise en délibération. Que , sans rien
* examiner , ni rien approfondir , on en
• croyait, sur leur parole , des étrangers à qui
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y, tes promesses les plus magnifiques ne coû- » taient rien , et qui avaient intérêt de tout » pi omettre, pour se tirer du péril où ils » étaient. Quelle utilité , après tout , peut- il » en revenir à la république ? Est-ce que nous » n'avons pas assez d'ennemis près de nous, » sans en aller chercher si loin ? Est-il de vo- * tre sagesse de hasarder ce que vous possé- » dez , sur l'espérance d'un avantage incer- » tain ? de songer à faire de nouvelles conquê- » tes , avant d'avoir assuré les anciennes ? de » ne vous occuper que de votre agrandisse- » ment, et de négliger absolument le soin » de votre propre sûreté ? Pouvez-vouscomp- » ter sur une trêve que vous savez ne tenir » à rien ; à laquelle vous ne pouvez vous dissi- » muler qu'on a déjà donné plusieurs attein- » tes, et que le moindre échec reçu de notre » part , peut changer tout d'un coup en une » guerre déclarée ? Vous n'ignorez pas quelle » a toujours été 4 et quelle est encore la dis- » position des Lacédémoniens à notre égard. » Ils abhorrent notre gouvernement , comme » contraire au leur ; ils voient , avec douleur » et dépit , l'empire de la Grèce entre nos j» mains ; ils regardent notre gloire comme » un sujet de honte et de confusion pour » eux ; et il n'y a rien qu'ils ne soient prêts à » faire pour humilier et abaisser une puis- » sance qui leur fait ombrage, et les tient » toujours dans la crainte. Voilà quels sont » nos véritables ennemis ; voilà contre qui » nous devons être en garde. Sera-t-il temps » de faire ces réflexions , lorsqu'après avoir partagé nos troupes , et pendant que nous Tom. II. 17
» serons occupés ailleurs, et hors d'état de » leur résister, toutes les forces du Péiopon- » nèse viendront fondre sur nous ? A peine • commençons-nous à respirer des maux in- » finis que la guerre et la peste nous ont cau- » ses ; et voilà que , sans nécessité , nous nous » jetons nous-mêmes dans un péril encore » plus grand. Si nous voulons porter nos ar- » mes au loin , ne serait-il pas plus expé- » dient d'aller réduire les rebelles de Thrace, » et d'autres encore, qui sont chancelans et » mal assurés dans leur devoir, que de cou- » rir au secours des Ségestains, qui nous doi- » vent être assez indifférens ? Et nous con- » vient -il d'entreprendre la vengeance de » leurs injures , tandis que nous ne témoi- » gnons aucun ressentiment des nôtres r L,»is- » sons les Siciliens dans leurs îles , vider en- » tre eux leurs querelles , sans nous y embar- » rasser. Que les Ségestains se retirent sans » nous, d'une guerre qu'ils ont entreprise » sans nous. Que si quelqu'un de vos gêné- » raux vous conseille cette entreprise , par » ambition ou par intérêt , pour faire parade » de ses magnifiques équipages , ou pour » trouver de quoi fournir à ses dépenses , ne » soyez pas assez imprudens pour sacrifier » les intérêts de la république aux siens , ou » pour souffrir qu'il la ruine , en se ruinant » lui-même. Cette entreprise est trop grande » pour la remettre à la conduite d'un jeune » homme. Souvenez-vous que c'est la pru- » dence qui fait réussir les affaires, et non » la passion. Enfin , il conclut en déclarant » que son avis était de remettre de nouveau
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* 1 affaire en délibération , pour prévenir les 9 suites funestes d'un conseil précipité. »
Il était bien clair que Nicias en voulait à Alcibiade, et que c'était son luxe énorme qu'il avait attaqué. On juge bien que celuici ne laissa pas le discours de Nicias sans réplique.
« Ce n'est pas d'aujourd'hui , dit-il ^ que » le mérite a excité la jalousie , et que la » gloire a fait des envieux. On me fait un » crime , j'ose le dire , de ce qui fait hon- » neur à ma patrie , et de ce qui devrait m'at- /> tirer des louanges. L'éclat dans lequel je » vis , les dépenses que je fais , surtout dans » les assemblées publiques , outre qu'elles » sont justes et légitimes , relèvent la gloire » d'Athènes dans l'esprit des étrangers*, et font » voir qu'elle n'est point épuisée d'argent., » comme nos ennemis se l'imaginent. Mais » ce n'est point de quoi il s'agit maintenant. » Qu'on juge de moi par mes actions , et non » par d'injurieux préjugés. Est-ce un petit ser- » vice que celui que j'ai rendu à la républi- » que 9 en faisant entrer dans son alliance , » en un seul jour, les Eléens , les Manti-< » néens, les Argiens, c'est à-dire , les princi- » pales forces du Péloponnèse ? Servez-vous » donc de la jeunesse et de la folie d'Alci- » biadej puisque ses ennemis la nomment » ainsi , aussi-bien que de la sagesse et de » l'expérience de Nicias , pour l'agrandisse- » ment de votre empire , sans vous repentir, » sur de vaines craintes, d'une entreprise pu- » bliquement résolue , qui peut vous être » d'une gloire et d'une utilité infinies. Les
» villes de Sicile , lasses du gouvernemental- » juste et cruel de leurs princes , et encore » plus de l'autorité tyrannique que Syracuse
• exerce sur elles , n'attendent qu'un mo- » ment favorable pour éclater, et sont prê- » tes à ouvrir leurs portes à quiconque s'of- » frira pour rompre le joug sous lequel elles » gémissent depuis long-temps. Quand les » Séges tains , comme vos alliés, n'auraient » pas droit à votre protection , la gloire d'A- » thènes devrait vous engager à les soutenir » C'est en secourant les opprimés que les Etats » s'agrandissent , et non en demeurant oisifs* » Dans la conjoncture ou vous vous trou-
• vez , harceler les uns , arrêter les autres , » donner de l'occupation à tous, et porter » au loin vos armes , c'est l'unique moyen » d'abattre le courage de vos ennemis , et de i montrer que vous ne les craignez point, v» Athènes n'est point née pour le repos , et » ce n'est point par cette voie que nos ancê- » très l'ont portée au point de grandeur où » nous la voyons. Au reste , que hasardez- » vous dans l'entreprise dont il s'agit ? Si elle » réussit , elle vous rendra maîtres de toute » la Grèce ; et si le succès ne répond pas à » vos désirs , votre flotte vous laissera la li- » berté de vous retirer quand il vous plaira. » îl est vrai que les Lacédémoniens peuvent » entrer dans notre pays ; mais, outre que » nous ne saurions l'empêcher, quand nous » n'irions pas en Sicile, nous demeurerons » toujours, malgré eux, maîtres de la mer , » et cvest ce qui ôte à nos ennemis toute 9 espérance de pouvoir nous vaincre. Que
» les raisons de Nicias ne vous touchent donc s point ; elles ne tendent qu'à semer la divi- » sion entre les jeunes gens et les vieillards , p qui ne peuvent rien les uns sans les au- » très , puisque c'est de la prudence et du » courage , du conseil et de l'exécution , que » dépend le succès de toutes les entreprises. » Celle-ci ne peut tourner qu'à votre gloire » et à votre avantage. »
On voit sensiblement que Nicias avait toute la raison pour lui ; mais comme l'éloquence d'Alcibiade était plus vive et plus forte, et que les Athéniens se trouvaient agréablement flattés par ses discours , on persista dans le premier avis. Nicias même se laissa entraîner par force , à la vérité , et malgré lui ; mais enfin il se rendit, et accepta le commandement dans une guerre dont il prévoyait toutes les suites funestes.
Nicias, n'osant plus combattre de front la #«'• *
• 1 i* -i prœc. de ge*
résolution du peuple, essaya d en suspendre,^./,. 802. l'exécution , en opposant beaucoup de difficultés , tirées surtout de la grandeur des dépenses nécessaires pour cette expédition. Il représenta que , puisqu'on était déterminé à la guerre , il fallait la faire d'une manière qui répondît à la haute réputation d'Athènes. Qu'une armée de mer ne suffisait pas contre une puissance aussi formidable que celle des Syracusain^ et de leurs alliés ; qu'il en fallait une de terre, composée d'une bonne infanterie et d'une bonne cavalerie. Qu'outre la flotte qui devait les rendre maîtres de la mer , il fallait avoir un grand nombre de vaisseaux pour porter continuellement des vivres
à farmée ; qu'il était nécessaire de porto avec soi beaucoup d'argent , sans s*attendre à celui des Ségestains, qui, peut-être, n'était prêt qu'en paroles , et pourrait bien manquer. Enfin , il déclara qu'il était déterminé à ne point partir, s'il n'était muni de tout ce qui était nécessaire , parce qu'il ne voulait point faire dépendre le salut de toute l'armée, Diod. i. i5. du caprice ou de la mauvaise foi des alliés. "'* Il avait prétendu , par ce discours, ralen-
tir l'ardeur du peuple ; mais il ne fit que l'augmenter. On donna sur-le-champ aux généraux un plein pouvoir de lever autant de troupes, et d'équiper autant de galères qu'ils le jugeraient à propos; et l*on travailla au sitôt à l'exécution, tant à Alhènes qu'ailleurs, avec une activité et un empressement qui ne se peuvent exprimer. An m 358 Quand tovit fut prêt pour le départ de la av.j.c. 4*5. flotte , il arriva plusieurs signes tristes et de p.£Z mauvais augure, qui jetèrent du trouble et aï wud ^e l'inquiétude dans les esprits. L'inquiétude Mutiation fut encore augmentée par un autre accident. deSMercure! Toutes les statues de Mercure se trouvèrent mutilées en une nuit , sans qu'on pût découvrir l'auteur de ce coup hardi. On ne peut s'empêcher de prendre un événement si extraordinaire , non-seulement comme un sinistre présage , mais encore comme un complot de factieux qui avaient de mauvais des-
ai ibiadeSe^ns# ^es ieunes gens furent accusés d'avoir accusé. déjà fait quelque chose de semblable dans une partie de débauche, ayant à leur tête Alcibiade. Son luxe, son libertinage, son irréligion donnaient beaucoup de vraisemblance à cette accusation , et son dénonciateur ne
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craignit point de le nommer. La constance d'Alcibiade fut ébranlée par ce coup ; mais voyant que les soldats et les matelots déclaraient que , si on lui faisait le moindre tort, ils se retireraient sur-le-champ , il reprit courage? et se présenta au jour marqué. 11 eut beau demander qu'on lui fît son procès , s'il était coupable, ses ennemis, sous prétexte que le départ de la flotte pressait , firent surseoir le jugement. La flotte partit en effet. On n'en avait jamais vu sortir d'Athènes une plus nombreuse, ni si bien équipée, ni si magnifique. Elle se rendit d'abord à Egine , et de là à Corcyre , oii l'armée des alliés s'assemblait avec le reste des navires.
Cette nouvelle ayant été portée de tous cô- Alarme de tés à Syracuse , on n'en voulut rien croire s^^'i%6m d'abord , tant la chose paraissait hors de toute .?• 4 33. 445. vraisemblance. Mais, comme elle se confirmait de jour à autre, on songea sérieusement aux préparatifs de la guerre.
Cependant la flotte, partagée en trois es- Laflottearcadres, chacune sous son général, mit à lariveenSicile* voile , et partit de Corcyre pour se rendre à Tarente ; mais ayant été assez mal reçue par les Tarentins , elle cingla vers Rhége. C'est là qu'on délibéra sur la manière de conduire cette guerre. On proposa différens avis, et on se débattit long-temps. Mais enfin on revint à celui d'Alcibiade, et la flotte fit voile vers la Sicile, où Alcibiade se rendit maître de Catane par surprise. Ce fut là le premier et nucyd.ie. le dernier exploit qu'il fit en Sicile, car il fut p ' f^°'ia d'abord rappelé par les Athéniens pour Hre -««»•>»<»• jugé sur l'accusation qu'on avait intentée
contre lui. On lui envoya le vaisseau de Salamine (c'était un vaisseau sacré, destiné pour emmener les coupables ) , avec ordre au commandant de ne point amener par force Alcibiade , de peur de quelque tumulte dans l'armée, mais de lui ordonner seulement qu'il vînt se présenter à Athènes , pour adoucir le peuple.
Alcibiade obéit sur-le-champ , et partit sur sa galère ; mais dès qu'il fut arrivé à Thurium , et qu'il eut mis pied à terre , il disparut, et éluda toutes les poursuites de ceux qui le cherchèrent. Comme on lui demandait s'il ne se fiait pas à sa patrie sur le jugement qu'elle devait rendre à son sujet : Je ne me fierais pas à ma mère même, dit-il, dans la crainte que , par mègarde , elle ne prît une fève noire pour une Manche. Alcibiade fut condamné à mort par contumace. Tous ses biens furent confisqués, et il fut enjoint à tous les prêtres et à toutes les prêtresses de le maudire. Parmi ces dernières , il s'en trouva une , nommée Théano , qui eut seule le courage de s'opposer à ce décret , disant qu'elle était prêtresse pour bénir, et non pas pour maudire. Quelque temps après , comme on lui porta la nouvelle que les Athéniens l'avaient condamné à mort : Je leur ferai bien voir , dit-il, que je suis && vie.
Joseph €e fut à peu près dans ce temps-là qu'ar- C°Diod ^Pi3 r*va a Athènes l'affaire de Diagore le médien, v. i37. qui y enseignait l'athéisme. On lui intenta un procès sur sa mauvaise doctrine, et il fut condamné à mort. Mais il prit promptement
la fuite, et évita ainsi le supplice. Les Athéniens eurent tant d'horreur pour les principes impies qu'il débitait , qu'ils mirent sa tête à prix , et promirent de donner un talent à celui qui le leur livrerait mort ou vif. Qu'il e^t beau de voir ui* peuple entier se réunir pour maintenir les droits de la Divinité.
Depuis le départ d'Alcibiade, toute l'auto- nuc/d.p rite se trouva entre les mains de Nicias La- 15,2, 453*
Plut, in Nie,
machus , son collègue ? quoique homme de courage et d'expérience , était sans crédit , à cause de son extrême pauvreté, qui le rendit méprisable aux troupes. Tout se ressentit du caractère de timidité et de lenteur de Nicias. Il mit le siège devant Hybla, qui n'était qu'une petite ville; et, l'ayant levé peu de jours après, il tomba lui-même dans un très-grand mépris. Enfin il se retira à Catane, après avoir ruiné Hyccara , petit bourg , d'où l'on dit qu'était la courtisane Laïs, qui fut vendue et menée dans le Péloponnèse.
Cependant Alcibiade, étant parti de Thu- Plut, in nidi. rium, arriva à Argos. Il envoya demander aux Spartiates la permission de demeurer chez eux, sous leur protection et sauvegarde, et il leur offrit ses services. Les Spartiates le reçurent à bras ouverts. Quand il fut arrivé à Sparte, il charma et enchanta tous les habitans, en se conformant en tout à leur manière de vivre. Ceux qui voyaient qu'il se rasait jusqu'à la peau, qu'il se baignait dans l'eau froide, qu'il mangeait d'un gâteau fort pesant et fort grossier , qu'il s'accommodait à merveille de leur sauce noire , ne pouvaient s'imaginer que ce même homme eût jamais
eu chez lut de cuisinier, qu'il eût connu de parfumeur , qu'il eût porté de fines étoffes de Milet, en un mot, qu'il eût vécu jusque là dans les délices et dans la bonne chère. Cette souplesse était le caractère dominant d'Alcibiade. Véritable caméléon , il ne lui coûtait rien de prendre toutes sortes de couleurs et de formes , pour se concilier ceux avec qui il avait à vivre. Il saisissait d'abord toutes leurs manières , il entrait dans tous leurs g ûts. Avec les uns, il avait toutes les grâces de la jeunesse la plus gaie ; avec d'autres , tovit le sérieux de l'âge le plus grave. A Sparte, il était laborieux, frugal et austère ; en Ionie, il n'aimait que la joie , la paresse et la volupté ; en Thrace, il était toujours à cheval, eu passait les journées à boire ; et lorsqu'il était avec le satrape Tissapherne , il surpassait en luxe et en dépense toute !a magnificence des Perses.
Dix-huitiè Syracuse était une grande ville , fondée nluvrèm^n". Par Arcnias le corinthien. Sa situation avance, tageuse , la commodité de son double port, de sSyn?eus0e! ses fortifications , la multitude et la richesse de ses citoyens , la rendirent une des plus grandes , des plus belles et des plus puissantes villes grecques. Lorsque les Athéniens l'assiégèrent , elle était composée de trois parlies, qui sont l'île, l'Acradine, Tyque. On y ajouta depuis, Néapolis et Epipole.
Nicias , Sur la fin de l'été, Nicias eut nouvelle que lllèsac5onl]le* Syracusains , ayant repris courage, se forme ie sié- disposaient à venir l'attaquer les premiers. »i .e y,a" Déjà leur cavalerie s'avançait avec insolence pour l'insulter jusque dans son camp, et lui
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demandait, avec de grandes risées , s'il était Thue donc venu en Sicile pour s'établir à Gatane.^'4*3/*61-.
1 # Plut, m
De si piquans reproches le réveillèrent enfin j^*/'. 533. un peu : il résolut de faire voile vers Syra- pDt°$7\ cuse* L'entreprise était hardie et périlleuse, ne pouvant tenter, sans un extrême danger, le débarquement en présence d'un ennemi qui ies attendait de pied ferme, pour les attaquer à la descente avec toutes ses forces. Pour se tirer d'embarras, et pour se mettre en état de s'emparer sans obstacle d'un poste avantageux qui lui avait été désigné , LNicias usa de stratagème. Il fit donner un faux avis aux ennemis que , moyennant un complot qui devait éclater un certain jour , ils pourraient s'emparer de son camp , et se rendre maîtres de toutes les armes et de tous les bagages. Les Syracusains, sur cette assurance, marchèrent vers Catane, et se vinrent camper sur les terres de Léonte. Dès que les Athéniens en eurent avis , ils s'embarquèrent , et tirèrent , sur le soir , vers Syracuse. Ils arrivèrent au point du jour dans le grand port, et prirent terre près Oîympie , à l'endroit qu'on leur avait enseigné, et s'y retranchèrent. Les Syracusains, se voyant honteusement trompés, s'en retournèrent à Syracuse; et, pleins de dépit, ils se mirent en bataille quelques jours après devant les murailles de la ville. Nicias sortit de ses retranchemens , et l'on en vint aux mains. La victoire fut longtemps en balance; mais enfin, après une longue résistance, les Syracusains furent obligés de plier. On ne put les oursuivre fort loin, parce que leur cavalerie, qui était entière, et
qui n'avait point été battue, couvrit leur ve* traite. Ils rentrèrent en bon ordre dans la ville, après avoir jeté des troupes dans le temple cT01ympie,pour en empêcher le pillage.
Après le combat , les Athéniens , qui ne se trouvaient pas encore en état d'attaquer Syracuse , se retirèrent sur leur flotte , à Naxe et à Catane, pour y prendre leurs quartiers d'hiver , dans le dessein de revenir au commencement du printemps , pour former le siège. Ils avaient besoin pour cela d'argent , de vivres et surtout de cavalerie qui leur manquait absolument. Ils envoyèrent à Athènes pour y solliciter tous ces secours , et presser leur départ.
A Syracuse, on ne perdit point espérance. On élut pour général Hermocrate , qui était celui de tous les Syracusains qui se distinguait le plus par sa valeur, son bon sens et son expérience , et on lui en associa deux autres : après quoi l'on dépêcha à Corinthe et à Lacédémone, tant pour renouveler l'alliance , que pour les engager à faire diversion, afin d'obliger les Athéniens, s'il se pouvait, de rappeler leurs troupes de Sicile, ou de les empêcher au moins d'y envoyer du renfort. Leur principale application fut de fortifier Syracuse, et de la mettre en état de soutenir un long siège.
Thucfd.i.6. Les ambassadeurs de Syracuse, étant ^rp. 471-432. rivés chez les Corinthiens, leur demandèrent du secours comme à leurs fondateurs, ce qui leur fut aussitôt accordé , avec une ambassade vers les Lacédémoniens , pour les faire déclarer en leur faveur. Alcibiade appuya
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leur demande de tout son crédit et de toute piut. son éloquence, à laquelle son ressentiment fjc^ic f~lf/ contre Athènes ajouta une nouvelle force. Il Diod- l l3conseilla et persuada aux Lacédémoniens d'envoyer Gylippe pour général en Sicile, et d'attaquer de leur côté les Athéniens , pour faire une puissante diversion. En troisième Keu, il les porta à fortifier Décélie dans l'Attique ; ce qui acheva de perdre et de ruiner la ville d'Athènes : car ce fort rendit les Lacédémoniens maîtres de la campagne , de sorte que les Athéniens ne pouvaient plus jouir de leurs mines d'argent de Laurium, ni des revenus de leurs terres , ni être secourus par leurs voisins ; Décélie étant devenue l'asile de tous les mécontens , et de tous les partisans de Sparte.
Nicias, ayant reçu d'Athènes et des Séges- An. m. 359o, tains quelque secours d'argent et de troupes, Ar- ■ ■**«• vint mettre le siège devant Syracuse. Il environna la ville du côté de la terre, d'une bonne contrevallation , qui coupait aux assiégés toute communication avec les troupes du dehors. Les assiégés firent plusieurs sorties et plusieurs attaques, qui leur réussirent toujours mal , et dans lesquelles ils eurent toujours le dessous. Lamachus. un des généraux athéniens, ayant été tué dans une action, Nicias se trouva seul à la tête des troupes d'Athènes , et dirigea seul les opérations. Il fit faire un mur de contrevallation contre les assiégés , et un autre mur de circonvallation contre les troupes syracusaines du dehors, et contre celles des alliés qui pouvaient venir au secours de la ville
Depuis ce jour , Nicias conçut de grandes espérances ; car plusieurs peuples de Sicile , qui jusque là n'avaient point encore pris de parti, vinrent se joindre à lui ; et de tous côtés il lui arrivait des vaisseaux chargés de provisions pour son armée; chacun s'empressant de se déclarer en sa faveur , parce que ses affaires avaient pris le dessus , et qu'il avait eu en tout un bonheur extraordinaire. Déjà même les Syracusains, se trouvant bloqués par terre et par mer , et se voyant sans ressource , n'étant point en état de résister par eux-mêmes aux ennemis , et n'espérant plus de secours de leurs alliés , lui faisaient des propositions d'accommodemer*t,et étaient tous résolus de se rendre. On convoque l'assemblée pour régler les articles de la capitulation qu'on devait présenter à Nicias ; et plusieurs étaient d'avis qu'on hâtât la conclusion de cette affaire avant que la ville fût entièrement enfermée.
Ce fut dans ce moment-là même, et dans l'extrémité la plus pressante, qu'un officier, nommé Gongyle , arriva de Corinthe , sur une galère à trois rangs de rames, et déclara à haute voix , que Gylippe arriverait incessamment, et qu'il était suivi de plusieurs autres galères qui venaient à leur secours.
Nicias , devenu, contre son naturel , plein de confiance en ses forces , et enflé de ses heureux succès, ne prit aucune précaution pour Tempe her d'aborder; et surtout, depuis qu'il eut appris que le général lacédémonien avait fort peu de vaisseaux avec lui, il le traitait de corsaire et de pirate , qui ne méritait
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pas qu'on s'en mît en peine. Nous verrons bientôt quelles furent les suites funestes de cette négligence.
Cependant Gylippe arrive , descend de sa galère avec ses troupes, prend en passant un fort, et marche, en ordre de bataille, droit aux Athéniens. Ceux-ci, surpris de eetle arrivée plus qu'on ne le peut dire , se rangèrent en bataille sur leurs retranchemens , à la hâte, et avec peu d'ordre. Pour lui , mettant bas les armes, il leur envoya dire par un héraut, qu'il leur donnait cinq jours pour sortir de la Sicile. Nicias ne daigna pas faire la moindre réponse à une telle proposition. Quelques-uns des soldats, se mettant à rire, demandèrent au héraut : Si ta présence (Tune cape tacédémonienne et d'un méchant bâton, pouvait apporter quelque change-* ment à V état présent de ta ville. On se prépara au combat de part et d'autre.
Gylippe emporta d'assaut le fort de Lab~ n bat les dale , où il fit main-basse sur tout ce qui y AthenieM* était. Le même jour une galère athénienne fut prise en entrant dans le port. Et quelque temps après , malgré la vigilance de Nicias , la flotte de Corinthe entra dans le port de Syracuse , et releva extrêmement le courage des habitans. Peu de jours après , Gylippe gagna encore contre les Athéniens une bataille qui abattit l'ennemi, et rendit les Syracu sains supérieurs. Nicias, voyant que ses forces diminuaient tous les jours, et que celles des ennemis augmentaient , commença de nouveau à perdre courage ; et non content d envoyer aux Athéniens des gens pour
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leur représenter l'état des choses, il leur écrivit lui-même très- fortement. Je rapporterai ici sa lettre en entier , parce qu'elle expose très- nettement l'état où étaient les affaires à Syracuse , et que d'ailleurs elle peut servir de modèle pour ces sortes de relations.
a Athéniens, je vous ai déjà informés , par » plusieurs dépêches, de ce qui se passait ici; » mais il est nécessaire que vous sachiez l'é- » tat présent des affaires , pour y donner or- » dre. Après que nous avons remporté l'a- » vantage dans plusieurs combats, et que nous » avons presque achevé notre contrevalla- > tion, Gylippe est entré dans Syracuse avec » des troupes de Lacédémone et de Sicile , » et ayant été battu la première fois, a été » victorieux la seconde , par le moyen de sa » cavalerie et de ses gens de trait. Nous de- » meurons donc renfermés dans nos retran- » chemens , sans oser rien entreprendre , ni » pouvoir achever notre contrevallation , à » cause des forces supérieures des ennemis : » car une partie de nos soldats sont occupés » à garder nos forts , de sorte que nous ne
• pouvons pas nous servir de toutes nos trou- » pes dans un combat. D'ailleurs, comme les » Syracusains ont coupé nos lignes par un » mur à l'endroit où elles n'étaient pas ache- » vées , nous ne pouvons plus envelopper la
• place , à moins que nous ne forcions leurs » retranchemens; et d'assiégeans, nous som- » mes devenus assiégés, sans oser nous écar- » ter, dans la crainte de leur cavalerie. *
* Non contens de ces avantages , ils font
• venir de nouveaux secours du Péloponnè-
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* se5 et ont envoyé Gylippe pour obliger les » villes neutres de la Sicile à se déclarer , et » les autres à leur envoyer des hommes et » des vaisseaux pour nous attaquer par mer » et par terre. Je dis par mer, ce qui peut pa- » raître étonnant , mais qui n'est que trop » vrai; car notre flotte, considérable aupara- » vant par le bon état des galères, et par ce- » lui des équipages, manque maintenant par » ces deux endroits - là mêmes, et est infini- » ment affaiblie. Les galères font eau de tous » côtés , parce qu'on ne peut les tirer à see 9 pour les radouber, à cause de la crainte où » nous sommes que celles des ennemis, qui » sont en plus grand nombre et en meil- » leur état que les nôtres, ne viennent tout » d'un coup nous attaquer, comme elles pa- » raissent à chaque moment disposées à le » faire. D'ailleurs , nous nous trouvons dans » une indispensable nécessité d'en envoyer » plusieurs de côté et d'autre pour escorter » les convois qu'il faut faire venir de bien » loin , et faire passer à la vue des ennemis , » de sorte que , pour peu qu'on se relâchât » de ces soins, nous affamerions notre armée. » Pour l'équipage , il dépérit tous les jours » à vue d'oeil , parce que plusieurs , s'écar- » tant pour la maraude , ou pour aller cher- » cher du bois et de l'eau , sont surpris et » tués par la cavalerie. Les esclaves, tentés » par le voisinage du camp des ennemis, dé- » sertent et s'y rendent en grand nombre. » Les étrangers , qu'on a levés par force , se » dissipent ; et ceux qu'on a enrôlés pour de » l'argent, qui pensaient venir au pillage plu-
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» tôt qu'au combat, trouvant tout le contrai- » re, vont se rendre aux ennemis qui sont pro- » che, ou se cachent dans la Sicile; ce qu'ils » peuvent faire aisément, parce que l'île est » fort grande. Beaucoup de citoyens , exer- » ces depuis long-temps et habiles dans la * manœuvre , ayant gagné les capitaines des » galères, ont substitué à leur place des hom- » mes qui sont sans expérience et incapables » de servir , et par là ont ruiné toute la dis- » cipline. J'écris à des personnes qui con- » naissent la marine , et qui savent que quand » le bon ordre est ainsi négligé , tout va en » dépérissant , et que la flotte se ruine.
a Mais ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est » qu'avec toute mon autorité de général , je » ne puis empêcher ce désordre ; car vous » savez , messieurs , que vous êtes d'un ca- » ractère à ne pas vous laisser aisément gou- » verner; et d'ailleurs, je ne sais où prendre » des matelots, au lieu qu'il en vient de tous 0 côtés à nos ennemis. Nos alliés de Sicile » sont hors d'état de nous aider : et si les vil- » les d'Italie, d'où nous tirons notre subsis- » tance, apprenant l'extrémité où nous som- » mes réduits , et que vous ne songez point » à nous envoyer du secours, se joignent aux » Syracusains, nous sommes absolument per- » dus, sans que l'ennemi ait besoin de nous » livrer aucun combat.
» Je pourrais vous mander des choses plus » agréables, mais non plus utiles, ni plus pro- » près à vous mettre au fait des affaires préi sentes, sur lesquelles vous avez à délibérer. » Je sais que vous n'aimez à entendre que
» des nouvelles qui vous fassent plaisir; maïs » je sais aussi que lorsque les affaires tour- » nent autrement que vous ne l'avez espéré, » vous vous en prenez à ceux qui vous ont » trompés ; et c'est ce qui m'a déterminé à » vous écrire avec la dernière sincérité , et » sans vous rien dissimuler. Du reste , vous » n'avez jusqu'ici aucun sujet de vous plain- » dre ni des officiers , ni des troupes , qui se » sont fort bien acquittés de leur devoir.
» Mais maintenant que la Sicile réunit tou- » tes ses forces contre nous , et qu'elle at- » tend du Péloponnèse une nouvelle armée, » posez pour fondement de vos délibérations, » que les troupes que nous avons ne sont » point suffisantes, et qu'ainsi il faut ou nous » rappeler, ou envoyer ici une armée de terre » et de mer aussi nombreuse que la premiè- » re 9 et de l'argent à proportion. Il faut se » disposer aussi à m'envoyer un successeur, » ne pouvant plus porter le poids du com- » mandement, à cause de ma néphrétique. Je » crois avoir mérité cette grâce par les bons » services que je vous ai souvent rendus , » tant que la santé me l'a permis, dans tous » les commandemens que j'ai eus.
» Au reste , quelque résolution que vous » preniez , ce que je vous demande , mes- « sieurs9 c'est que vous l'exécutiez prompte- » ment , sans délai , et dès le commence- » ment du printemps. Les ressources que » nos ennemis trouvent dans la Sicile sont r> toutes prêtes; celles qu'ils attendent du Pé- » loponnèse peuvent tarder davantage Mais » songez que si vous ne vous évertuez , les
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» Laeédémoniens ne manqueront pas, coni- » me cela est déjà arrivé , de vous surpren- » dre et de vous prévenir. »
La lecture de cette lettre toucha extrêmement les Athéniens, et fit sur eux toute l'impression que Nicias en pouvait attendre. On ne jugea pas à propos de lui donner un successeur, on lui donna seulement deux officiers qui étaient avec lui ; savoir, Ménandre et Euthydème , pour le soulager , en attendant qu'on envoyât d'autres généraux. Eurymédon et Démosthène furent choisis pour remplacer Lamachus et Alcibiade. Le premier partit sur-le-champ avec dix galères et quelque argent , environ le solstice d'hiver , pour assurer Nicias d'un prompt secours \ tandis que l'autre levait des troupes et des contributions pour faire voile au commencement du printemps.
Cependant, Gylippe engagea les Syracusains à équiper une flotte la plus nombreuse qu'ils pourraient , et à hasarder un combat naval, tandis qu'il attaquerait lui-même les ennemis par terre. Cet avis fut goûté et suivi. Les deux armées navales en vinrent aux mains. Les Syracusains furent battus , mais Gylippe battit par terre les Athéniens , prit sur eux trois flottes , et leur ôta par là la facilité des convois.
Quelque temps après, les Syracusains tentèrent un second combat naval. Le désavantage qu'ils avaient eu dans le premier , les précautionna, et leur servit pour celui-ci. En effet, il tourna entièrement à leur avantage. Les Athéniens furent battus, perdirent beau-
coup de monde , et sept galères. Cette perte jeta Nicias dans une grande consternation. Pendant qu'il s'occupait de ses malheurs , on vit arriver la flotte de Démosthène, dans Arrivée de
... Demosthene.
un appareil magnifique , et qui devait jeter ia terreur parmi les ennemis. C'était le lendemain du combat. Elle était composée de soixante-treize galères, et portait plus de huit mille hommes de bonnes troupes. Ce secours releva le courage des Athéniens . et alarma les Syracusains au delà de ce qu'on peut dire. Ils ne voyaient ni fin ni trêve à leurs maux : tout ce qu'ils avaient fait et souffert jusque là devenait inutile , et il fallait recommencer sur nouveaux frais.
Démosthène, s'étant bien informé de l'é- u donne un tat des choses , crut qu'il ne fallait pas per- viiuT, quî lui dre le temps comme avait fait Nicias. Il se léussit maL flattait d'emporter la place d'emblée, en profitant de l'alarme que sa venue y avait jetée, et de terminer ainsi promptement la guerre, sinon son dessein était de lever le siège, sans fatiguer davantage les troupes , et pour ne point épuiser la ville d'Athènes par des dépenses inutiles. Il donna donc de nuit un assaut à la ville. D'abord, il eut quelque avantage; mais il fut arrêté tout court par les Béotiens , qui repoussèrent vivement les Athéniens , leur tuèrent plus de deux mille hommes , et prirent une grande quantité d'armes.
Après vin échec si considérable , les gêné- combat naraux athéniens étaient bien embarrassés àn^-T s^nt résoudre ce qu'ils devaient faire, dans le dé- b^,tus- , ,
*■ Tliucyd-l>1»
couragement et le désespoir de 1 armée , qui/». 5 1 s. 5ao. dépérissait tous les jours. Le seul bon parti Plut' k
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Me. ?. 52». qui se présentait, aurait été de lever le siège, Dùié. i4x et ^e se retirer à petit bruit. C'était l'avis de Démosthène; Nicias pensait de même : mais connaissant le caractère et le naturel des Athéniens , il aimait mieux périr glorieusement par la main des ennemis, s'il le fallait, que de subir une honteuse condamnation de la part de ses concitoyens. Ils se déterminèrent donc à tenter l'événement d'un combat naval. L'action fut des plus rudes et des plus sanglantes. Mais enfin, après une longue résistance, la flotte des Athéniens prit la fuite, et fut poussée par les ennemis contre le rivage.
Retraite des Les Athéniens , frustrés de l'unique res-
A.théniens. . x . » . .
source qui leur restât , et vaincus sur mer , contre leur attente , perdirent absolument courage, et ne songèrent plus qu'à la retraite. Mais ayant différé mal à propos et sur un faux avis leur départ , l'ennemi eut tout le temps de se mettre en état de traverser leur marche , et de les faire périr , ce qui arriva en effet. L'armée marchait en deux corps de bataille ; le premier commandé par Nicias , et l'autre par Démosthène , avec le bagage au milieu.
ils sont Les Syracusains, ayant fait une diligence PbnttuUsTet ' extraordinaire , vinrent tomber sur Démosni«s priSOn *nene? °im s'était écarté de Nicias. Après une résistance des plus vives , il se rendit à discrétion , ayant stipulé que lui et ses troupes aurait la vie sauve. Nicias eut le lendemain le même sort que son collègue. Le nombre des morts fut très-grand , et celui des prisonniers encore ulus.
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Les vainqueurs entrèrent en triomphe dans Syracuse , après avoir remporté , par leur force et leur valeur , une victoire trèssignalée et très-complète. Le lendemain on convoqua l'assemblée pour délibérer sur ce qu'il faillît faire des prisonniers. Il fut arrêté , contre la foi des traités , que tous les Athéniens de condition libre, et les Siciliens qui avaient pris leur parti , seraient mis en prison dans les carrières ; que les esclaves et les alliés seraient vendus publiquement; que les deux généraux athéniens, après avoir été Les deui battus de verges, seraient mis à mort. Ce^r^is** dernier article révolta extrêmement tout ce mortqu'il y avait de gens sages et modérés à Syracuse. Ils en témoignèrent publiquement leur mécontentement ; mais ils ne furent point écoutés. Les prisonniers furent envoyés dans les carrières, et les deux généraux battus de verges et exécutés. Par une conduite si cruelle, Syracuse flétrit la gloire de sa victoire, et se déshonora pour toujours.
La nouvelle de la défaite de l'armée ayant €onst«vnaété portée à Athènes , on n'en voulut rien ^°sn d'Athècroire d'abord; et l'on était si éloigné d'y ajouter foi , qu'on condamna au supplice celui qui le premier l'avait répandue. Mais quand on l'eut avérée, la consternation fut générale parmi les Athéniens. Jamais ils ne s'étaient vus dans un pareil état. On se trouvait sans cavalerie, sans infanterie, sans argent , sans galères > sans matelots ; en un mot , dans la dernière; disette. Les Athéniens ne se laissèrent point abattre, et ne perdirent point courage. On résolut d'amasser de l'argent de
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tous côtés , et de faire venir du bois pour construire des vaisseaux. On retrancha toutes les dépenses superflues, et l'on établit un nouveau conseil de vieillards pour agiter les affaires avant de les proposer au peuple. Enfin l'on n'omit rien de tout ce qui pouvait être utile dans la conjoncture présente. jugement Le mauvais succès de Nicias dans son exq»r°n d Ivi! pédition de Syracuse, n'est pas, aux yeux des «as. connaisseurs, une raison pour lui refuser les
justes louanges qu'il mérite d'ailleurs. Et on ne peut voir sans indignation , que dans un monument public, où l'on inscrivait les noms des chefs qui étaient morts pour la patrie, le sien fût omis. On est moins surpris de cet injuste procédé, quand on sait que les Athéniens mesuraient la capacité de leurs généraux sur leur bonheur. A Athènes, un général n'était point estimé grand et habile , s'il ne remportait autant de victoires , et aussi promptement que la vivacité de leur imagination les leur faisait désirer.
Sans le dernier revers de fortune , Nicias avait plus de droit qu'un autre à leur estime et à leur reconnaissance. Car jusque là il avait toujours été heureux dans toutes ses expéditions , et il semble que la fortune le conduisait par la main. Il devait sans doute ce bonheur dont il avait joui jusqu'alors , à son habileté, à sa prudence et à son courage ; vertus qu'il possédait à un degré éminent. Nonobstant ce tribut de louanges que i on doit à la vertu et à la mémoire de ce grand homme, nous ne pouvons nous empêcher d'avouer que ses timides prévoyances
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et sa lenteur naturelle , n'ont pas peu contribué à la mauvaise réussite de cette expédition. Le séjour assez long qu'il fît à Catane, donna tout le temps aux Syracusains de se préparer à une bonne défense : première faute.
Le mépris qu'il fit de l'arrivée de Gylippe, qu'il traitait de corsaire et de pirate , qui ne méritait pas qu'on s'en mît en peine, est d'autant plus inexcusable dans ce général , que dans le moment même de l'arrivée du Lacédémonien , on réglait à Syracuse les articles de la capitulation qu'on devait lui présenter. Que si Nicias eût envoyé le plus petit détachement pour s'opposer à l'approche de Gylippe , il eût été maître de Syracuse , et tout était fini : deuxième faute , dont les suites furent la perte de l'armée des Athéniens , et la ruine de la puissance et de la gloire d'Athènes. Cette négligence de Nicias montre qu'un bon général doit bien se donner de garde de relâcher ses soins et sa vigilance dans les bons succès, la moindre négligence étant capable de tout ruiner.