‹ Abrégé de l'histoire ancienne de RollinChapitre 15 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

C e chapitre renferme l'histoire des huit dernières années de la guerre du Péloponnèse, qui concourent avec les huit dernièies années du règne de Darius Nothus.

Tom. Il 18

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XI X- XXV années de la guerre.

suite de ;a La défaite des Athéniens devant Syracuse,

Athéniens!168 causa ^e grands mouvemens dans toute la

\n. m. 3591. Grèce. Ils se virent abandonnés de presque tous

Thucfd.i.% leurs alliés, qui profitèrent d'une conjonc*

p. 553.558. ture gj fa vora|3ie pour secouer le joug de la

dépendance , et se mettre en liberté. Les Lacédémoniens conçurent de grandes espérances. La suite nous apprendra qu'elles ne furent pas vaines. Ils mirent cependant en œuvre Alcibiade , qui , irrité contre sa patrie pour les mauvais traitemens qu'il en avait reçus , les servait avec plus de sincérité et de zèle. Il lit révolter l'île de Chio , et plusieurs villes d'Ionie , qui se déclarèrent toutes pour Sparte. La gloire d' Alcibiade ne fut pas sans envieux. Agis , qui était déjà son ennemi, pour une injure personnelle , ne pouvait souffrir la gloire qu'il acquérait. Les plus puissans et les plus ambitieux des Spartiates 9 animés des mêmes sentimens de jalousie , le regardaient de mauvais œil ; et enfin , ils firent tant , qu'ils obligèrent les magistrats d'écrire en Ionie de le faire mourir. Alcibiade , averti secrètement de cet ordre , se tint sur ses gardes , et évita tous les pièges qu'on lui tendait. Pour plus grande sûreté, il se jeta entre les bras de Tissapherne , satrape du roi des Perses. Ce seigneur le reçut avec beaucoup de bonté et d'humanité.

Les Athéniens , qui se trouvaient fort mai de s être attiré la haine d' Alcibiade , n'étaient

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pas à se repentir de la condamnation qu'ils avaient prononcée contre lui. Àlcibiade aussu de son côté , qui n'ignorait pas tout ce qui se passait chez eux , envoya secrètement à Samos pour sonder les sentimens de l'armée , et pour leur faire entendre qu'il n'était pas éloigné de retourner à Athènes , pourvu qu'on voulût rétablir l'aristocratie. Il promit aux Athéniens de leur procurer , non-seulement l'amitié de Tissapherne, mais même celle du roi. L'armée fut d'abord étonnée de cette proposition , et la ville dMthènes le fut encore plus. Mais Pysandre , qui était chargé de la commission, s'avançant parmi la foule , leur demanda s'ils savaient quelque autre moyen de sauver la république du triste état où elle était réduite ; et comme ils avouaient que non ? il ajouta qu'il s'agissait de sauver l'Etat , et pour cela de parvenir à l'amitié du roi et de Tissapherne. Quoique ce changement déplût fort au peuple , il y consentit à la fin , dans l'espérance de rétablir un jour la démocratie, comme Pysandre le promettait, et ordonna qu'il irait , suivi de dix députés , traiter avec Alcibiade et Tissapherne.

Pysandre, de retour à Athènes, trouva les Etablis*, choses bien avancées pour le changement JjJJ^^jyj qu'il avait proposé en partant , et il y mit Athènes. bientôt la dernière main. Pour donner une forme à ce nouveau gouvernement , il fit nommer dix commissaires avec un pouvoir absolu , qui devaient pourtant, dans un temps marqué, rendre compte au peuple de ce qu'ils auraient fait. Quand ce temps fut expiré, ils convoquèrent l'assemblée. Il fut arrêté qu'on

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formerait mi nouveau conseil qui serait maître des affaires , et qui élirait de nouveaux magistrats. Pour cet effet , on établit cinq présidens qui nommèrent cent hommes dont ils faisaient partie , et chacun d'eux en choisit et en associa trois à sa volonté, ce qui faisait en tout quatre cents , auxquels on donna un pouvoir absolu. Mais, pour amuser le peuple et le consoler par une ombre de gouvernement populaire, pendant qu'ils établissaient une véritable oligarchie, il fut dit que ces quatre cents appelleraient au conseil cinq mille citoyens , quand ils le jugeraient à propos. Le conseil et les assemblées du peuple se tenaient à l'ordinaire , mais rien ne se faisait pourtant que par l'ordre des quatre cents. C'est ainsi que le peuple d'Athènes fut dépouillé de la liberté dont il jouissait depuis près de cent ans qu'il avait aboli la tyrannie des Pisistratides.

Après que ce décret fut passé sans contradiction , et que l'assemblée fut séparée , les quatre cents , armés de poignards, et accompagnés de cent vingt jeunes gens , dont ils se servaient lorsqu'il fallait faire quelque exécution , entrèrent dans le sénat, et contraignirent les sénateurs de se retirer, après leur avoir payé ce qui leur était dû de leurs appointemens. Ils nommèrent ensuite de nouveaux magistrats tirés de leur corps, observant, dans ce choix, les cérémonies ordinaires. Ils ne jugèrent pas à propos de rappeler les bannis , pour n'être pas obligés de rappeler Alcibiade, dont ils redoutaient l'esprit de domination , et qui se serait bientôt

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rendu maître du peuple. Usant tyranniquement de leur pouvoir , ils tuaient les uns , bannissaient les autres , et confisquaient impunément leurs biens. Tous ceux qui osaient s'opposer à ce changement , ou même s'en plaindre, étaient égorgés sous quelque faux prétexte ; et on aurait été mal reçu à demander justice des meurtriers. Les quatre cents, aussitôt après leur établissement, envoyèrent dix députés à Samos pour le faire agréer à l'armée.

On y avait déjà appris tout ce qui s'était Thucj(U%% passé à Athènes, et sur cette nouvelle, les ^595. 604.

f 5 PlUt' M'AI-

soldats étaient entres en fureur. Ils dépose- Cib.P. 105. rent sur-le-champ plusieurs des chefs qui ^ ' *' l63 leur étaient suspects , et en mirent d'autres en leur place , dont Thrasyle et Thrasybule étaient les plus accrédités. Alcibiade fut rappelé et choisi par toute l'armée pour généralissime. Ils voulaient , dès le moment même, faire voile vers le Pyrée, et aller attaquer les tyrans ; mais il s'y opposa , représentant qu'il fallait auparavant qu'il eût une entrevue avec Tissa pherne ; et que , puisqu'on l'avait élu général , on pouvait se reposer sur lui des soins de la guerre.

A son retour de Milet à Samos , il y trouva les esprits encore plus échauffés qu'auparavant. Les députés des quatre cents y étaient arrivés pendant son absence , et avaient entrepris en vain de justifier, devant les soldats , le changement qui s'était fait à Athènes. Leur discours , qui fut souvent interrompu par des cris tumultueux , ne servit qu'à les irriter de plus en plus ; et ils deman-

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daient avec instance que, sur-le-champ, on les menât contre les tyrans. Mais Alcibiade, en homme d'Etat et en grand politique, se crut obligé de s'opposer à la fureur aveugle qui allait les précipiter dans un danger évident de se perdre , et qui aurait entraîné infailliblement leur ruine entière. Cette sage fermeté sauva la ville d'Athènes. Il empêcha qu'on ne maltraitât les députés , et les renvoya , en disant qu'il ne s'opposait pas à ce que les cinq mille citoyens eussent la souveraine autorité dans la république ; mais qu'il fallait déposer les quatre cents \ et rétablir le sénat.

6ohuC6diâ. ^e retour infructueux des députés qu'on Plut. m ai avait envoyés à Samos , et la réponse d'Alm m .p.a cj[Dja(ie 9 excitèrent de nouveaux troubles Diod.p.xrji. (jans ta ville, et portèrent un coup mortel à l'autorité des quatre cents. Le tumulte augmenta encore infiniment , quand on eut appris que les ennemis , après avoir battu la flotte que les quatre cents avaient envoyée au secours de l'Eubée, s'étaient rendus maîtres de l'île. Cette nouvehe répandit la terreur et le découragement dans Athènes ; car, ni la défaite de la Sicile , ni aucune autre des précédentes, n'était aussi considérable que la perte de cette île , d'où elle recevait de grands secours , et d'où elle tirait presque toutes ses provisions.

On n'hésita plus dans Athènes à déposer les quatre cents , comme auteurs des troubles et des divisions qui la déchiraient. Alcibiade fut rappelé d'un commun consentement, et on le pressa d'accourir promptement au secours

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de la ville ; mais lui, jugeant que s'il retournait sur-le-champ à Athènes , il ne devrait son rappel qu'à la compassion et à la faveur du peuple* il voulut le mériter par quelque exploit considérable, et rendre ainsi son retour glorieux et triomphant. C'est pourquoi, étant parti de Samos avec un petit nombre de vaisseaux, il croisait autour des îles de Cos et de Cnide ; et ayant aperçu que Mindare, général de Sparte, naviguait versl'Hellespont avec toute sa flotte , et que les Athéniens le poursuivaient , il tourna de ce côtélà avec une extrême diligence pour secourir les Athéniens ; et heureusement il arriva avec ses dix-huit vaisseaux dans le temps que les deux flottes étaient engagées , vis-à-vis d'Abyde, dans un combat qui dura jusqu'à la nuit , et dans lequel chacune était battue d'un côté , pendant qu'elle avait l'avantage de l'autre. Son armie redoubla le courage des Spartiates, qui le croyaient encore ami, et abattit celui des Athéniens. Mais Alcibiade, arborant sur son bord amiral les enseignes athéniennes, fondit sur lçs Lacédémoniens, qui étaient les plus forts et qui poursuivaient vivement l'ennemi , les mit en fuite , les poussa contre terre ; et , animé par ses succès, il brisa leurs vaisseaux, et fit un grand carnage des soldats qui s'étaient jetés à l'eau pour se sauver à la nage , quoique Pharnabaze n'oubliât rien pour les secourir , et (pi 'à la tête de ses troupes, il se fût avancé sur le rivage, pour favoriser leur fuite, et pour sauver leurs vaisseaux. Enfin les Athéniens , s*étant rendus maîtres de trente de leurs na-

vires , et ayant repris ceux qu'ils avaient perdus , érigèrent un trophée.

An.M^3596. Alcibiade , enflé de ce grand succès , eut l'ambition de vouloir paraître devant Tissapherne dans ce triomphant appareil , et de lui faire des présens fort riches , tant en son nom , qu'au nom des Athéniens. Il alla le trouver avec un train magnifique , mais il n'en reçut pas l'accueil favorable qu'il avait attendu. Tissapherne , qui se voyait accusé par les Lacédémoniens , et qui craignait que le roi ne le punît enfin de n'avoir pas exécuté ses ordres , trouva qu' Alcibiade s'offrait à lui fort à propos, le fit arrêter, et l'envoya prisonnier à Sardes.

Trente jours après, Alcibiade, ayant trouvé moyen d'avoir un cheval, échappa à ses gardes , s'enfuit à Clazomène , et , pour se venger de Tissapherne , il sema le bruit que c'était lui qui l'avait relâché. De Clazomène il se rendit à la flotte des Athéniens , où Théramène le joignit, avec vingt vaisseaux de Macédoine , et Thrasybule avec vingt autres de Thaso ; il fit voile à Parium , dans la Propontide. Tous ces vaisseaux , au nombre de quatre-vingt-six, y étant arrivés, il en partit la nuit , et arriva le lendemain matin à Pro connèse, petite île vis-à-vis Cyzique. Il ap prit là que Mindare était à Cyzique avec Pharnabaze, qui y avait son armée de terre. Il se reposa tout le jour à Proconnèse. Le lendemain il harangua ses soldats. Sa grande attention avait été que les ennemis ne pussent être avertis de son approche. Par bonheur pour lui, une grosse pluie, accompagnée de

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furieux tonnerres , et suivie d'une épaisse obscurité , lui servit si bien à cacher son entreprise . que non- seulement les ennemis ne s'aperçurent point qu'il approchait , mais que les Athéniens mêmes , qu'il avait fait embarquer avec précipitation , ne sentirent pas qu'on avait levé l'ancre , et qu'ils étaient partis.

Alcibiade, craignant que les ennemis ne gagnassent la rade , lorsqu'ils verraient le grand nombre de vaisseaux qui le suivait, en prit seulement quarante, et leur offrit la bataille. Les ennemis, trompés par ce stratagème, méprisant son petit nombre, s'avancèrent et engagèrent le combat. Dès qu'ils virent arriver les autres vaisseaux athéniens , ils perdirent courage et prirent la fuite ; Alcibiade se détache alors avec vingt des meilleurs vaisseaux, s'approche du rivage, met pied à terre , poursuit vivement les fuyards , et en tue un fort grand nombre. Mindare et Pharnabaze s'opposent inutilement à ses efforts : il tue le premier qui combattait avec une valeur surprenante, et met l'autre en fuite. Par ces Ses deux victoires , il rendit les Athéniens mai- *»&*•• très de Cyzique, leur assura la domination de l'Hellespont , et chassa tous les Spartiates de cette mer. Ce général, profitant de ses victoires , alla sur-le-champ assiéger Chalcédoine , et força Pharnabaze, générai persan , de faire un traité avec les Athéniens , qui portait que Pharnabaze leur compterait une certaine somme ; que Chalcédoine rentrerait dans l'obéissance et la dépendance des Athéniens , et leur payerait tribut. Byzance et plu*

sieurs autres villes se soumirent et subirent la même loi.

Entrée Alcibiade , qui souhaitait avec une passion

triomphante r a • • • 1 -i

d'Aïc biade à démesurée de revoir sa patrie , ou plutôt de Athènes. ge faire vo[r ^ ges concitoyens , après tant de

victoires qu'il avait remportées sur leurs ennemis, reprit le chemin d'Athènes , où il fut reçu au milieu des cris et des acclamations An-M.3597.de joie. Tous s'empressaient autour de lui,

Av. J.C.4^7., . , f, .

le caressaient , le bénissaient et le couronnaient à l'envi. Cet accueil favorable n'empêcha pas Alcibiade de demander une assemblée pour se justifier ; sentant bien la nécessité qu'il y avait pour sa sûreté qu'il fût absous dans les formes. Il comparut donc , et après avoir déploré ses malheurs , dont il n'accusa que fort légèrement le peuple , et qu'il rejeta sur sa mauvaise fortune , et sur quelque démon envieux de sa prospérité , il les entretint des desseins de leurs ennemis , et les exhorta à ne concevoir que de grandes espérances. Les Athéniens , ravis de l'entendre , lui décernèrent des couronnes d'or , et le nommèrent général sur terre et sur mer , sans donner de bornes à sa puissance ; lui rendirent tous ses biens, et ordonnèrent aux prêtres et aux prêtresses de l'absoudre des malédictions qu'ils avaient prononcées contre lui, par ordre du peuple. Un seul, nommé Théodore, te princi pal d'entre eux , eut le courage de répondre Pour moi, je ne l'ai point maudit , s'il n'a point fait de mai à ta vide; insinuant par cette parole hardie, que les malédictions étant conditionnelles, ne pouvaient ni tomber sur la

tête des iimocens , ni être détournées de celle des coupables.

Toutes choses lui ayant réussi selon ses dé- n célèbre sirs , et les cent vaisseaux qu'il devait com- ^yStèfeSa.nds mander étant prêts, il différa son départ pour célébrer les grands mystères. Son principal ?{«'• '" M-

i» <v> t CLUiad.p. 2io.

dessein était d effacer des esprits , par cet acte public et extérieur de religion, les soupçons d'impiété que la mutilation des statues , et la profanation des mystères y avaient fait naître. Ensuite il mit à la voile a et dirigea sa course vers l'île d'Andros, qui s'était révoltée.

Les Lacédémoniens justement alarmés du vingtsixiè-

i , i,,, .i . i . . nie année.

retour et des succès d Alcibiade, comprirent Lysandre. qu'un tel ennemi demandait qu'on lui op- Hfuen°pth\^ posât un habile général, capable de lui ter p* 44». 44a. nir tête. Dans ce dessein , ils choisirent Ly- Diôd. 1. 13, sandre, et lui donnèrent le commandement de la flotte. Lysandre , contre le caractère Soncara€ ordinaire des Spartiates, était souple, pliant, tire. plein de complaisance pour les grands, toujours disposé à leur faire sa cour. Dès qu'il eut appris que Cyrus , fils de Darius , était arrivé à Sardes, il partit d'Ephèse, où il était , pour aller le saluer, et se plaindre de Tissapherne; ce qui fit plaisir à Cyrus, qui regardait ce satrape comme un fort méchant homme. Par cette démarche et ses manières flatteuses et insinuantes , Lysandre gagna parfaitement l'amitié et les bonnes grâces du jeune prince.

Quoique la flotte des Athéniens eût été fort affaiblie par la désertion des matelots , le général lacédémonien n'osait hasarder contre eux un combat naval, redoutant surtout

Alcibiade, qui était homme d'exécution , qui avait un plus grand nombre de vaisseaux, et qui n'avait jamais été vaincu, ni sur terre ni sur mer. Mais Alcibiade étant parti de Sa mos Antiochus son lieutenant , contre la défense expresse de son général, vint attaquer Lysandre , qui le battit, et prit quinze galères sur les Athéniens. Alcibiade , à son retour , pour réparer cet échec, alla présenter la bataille au Lacédémonien, jusque dans le port d'Ephèse; mais celui-ci, content de sa victoire, ne jugea pas à propos de Paccep-

An. m. 3598. ter. Ainsi il se retira sans avoir rien fait. Les Y' ennemis d'Alcibiade ne manquèrent pas de

l'accuser, et de lui imputer le mauvais succès de son lieutenant. Les Athéniens , peuple léger et inconstant, ajoutèrent foi à ces accusations ; et comme ils n'attendaient de lui que de grandes actions , ils lui faisaient un crime de ce que la rapidité de ses victoires ne répondait pas à la vivacité de leur ima- Alcibiadegination. Alcibiade fut donc déposé, et Ton

déposé. nomma à sa place dix généraux. Caiiicrati- ^ Sparte, on donna aussi un successeur à

das- Lysandre. Ce fut Caliicratidas, homme d'une

Ses vertus. ,; . , . m . ■ , , . . ,,,, i

probité et d une justice a lépreuve de tout , et en même temps, d'une noblesse et d'une grandeur d'ame véritablement spartaines. Il ne le cédait point à Lysandre , pour le courage et la science militaire; mais il l'emportait infiniment sur lui du côté des mœurs. Dans un pressant besoin d'argent pour faire subsister l'armée, un particulier vint lui offrir cinquante mille écus , pour obtenir de lui une grâce injusle, mais ce grand homme

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les refusa. « Je les accepterais, lui dit Cléan- » dre , l'un de ses officiers , si j'étais Calli- » cratidas. Et moi de même, répliqua le gé- » néral, si j'étais Cléandre. »

Callicratidas remporta plusieurs victoires ses victoires sur les Athéniens ; mais enfin il fut vaincu Sa defa,te dans un combat naval près des îles Arginu- XénoPh. ses , après s'être battu avec un courage in- ^f^j iw£ croyable , avoir coulé à fond plusieurs de leurs vaisseaux, et en avoir mis un plus grand nombre hors de combat. Son vaisseau ayant été accroché par ceux des Athéniens, de manière à ne pouvoir se dégager, il fut bientôt rempli d'ennemis; et après un horrible carnage il tomba mort, plutôt accablé par le samo.t. nombre, que vaincu. Plutarque égale Calli- Pt^'6inLy* cratidas, pour sa justice, sa magnanimité et son courage, à tous ceux qui , dans la Grèce, s'étaient rendus les plus dignes d'admiration.

La nouvelle de cette victoire causa une grande joie à Athènes , mais quand on eut appris que les morts avaient été laissés sans sépulture , le peuple entra dans une grande fureur, et fit tomber tout le poids de son indignation sur six des généraux qu'il croyait coupables de cette faute. De tous les sénateurs , dont le plus grand nombre connaissait l'innocence et la justice de la cause de ces généraux, il n'y eut que Socrate qui, dans courage d* cette perfidie générale , demeura ferme et Socrate inébranlable; se croyant obligé, quoique seul, de rendre hommage à l'innocence opprimée. El parmi les citoyens , il ne s'en trouva que deux qui prirent leur défense : voilà jusqu'où la justice peut être abandonnée.

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