‹ Abrégé de l'histoire ancienne de RollinChapitre 4 sur 19 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Je crois qu'il convient de joindre ici ce qui regarde les mœurs et les coutumes de toutes ces nations , et d'interrompre , pour quelque temps, la narration de l'histoire. Je réduis à quatre chefs ce que je me propose d'en dire : le gouvernement , la guerre , les sciences et les arts, la religion.

ARTICLE PREMIER

Etat mo- Le gouvernement monarchique, que nous naïchique. appeions royauté , est de tous les gouvernemens le plus ancien , le plus généralement répandu, le plus propre à maintenir les peuples dans la paix, et le moins exposé aux révolutions qui agitent les Etats. C'est ce qui a porté les plus sages écrivains de l'antiquité à donner nettement la préférence à cette sorte de gouvernement sur tous les autres. C'est aussi le seul qui ait eu lieu en Orient, où le gouvernement républicain était absolument Respect inconnu. Les peuples y rendaient de grands ^PilllnTe- honneurs au prince régnant, parce qu'ils resmist. p. iz5. pectaient en lui le caractère de la Divinité, <hc*T**™> dont il était l'image vivante, et dont il tenait

la place à leur égard , étant le dépositaire de son autorité , pour être envers eux le ministre de sa bonté et de sa providence (1). L'antiquité profane s'accorde avec les livres saints (2) , pour établir et insinuer des sentimens si justes et si louables , qui font partie de la religion.

Chez les Assyriens, et encore plus chez les Perses, le prince se faisait appeler te grand roi, te roi des rois , parce que leur empire était formé de plusieurs royaumes, et qu'ils avaient à leur cour ou dans leur dépendance, plusieurs rois pour vassaux.

La royauté passait des pères aux fils , et />/«/. <« / toujours à l'aîné. Le prince héréditaire n'é-ci*,I,/,*ltf tait point livré totalement au pouvoir de la nourrice. On choisissait parmi les eunuques, c'est-à-dire, parmi les principaux officiers du palais , ceux qui avaient le plus de mérite et de probité, pour prendre soin du corps et de la santé du jeune prince, jusqu'à l'âge de sept ans; alors on le tirait d'entre leurs mains, et on le confiait à d'autres maîtres, pour continuer à veiller sur son éducation, pour lui apprendre à monter à cheval, et pour l'exercer à la chasse.

A. l'âge de quatorze ans , on lui donnait , pour son instruction , quatre hommes des plus vertueux et des plus sages de l'Etat. Le premier lui apprenait la magie, c'est-à-dire, dans leur langage , le culte des Dieux , selon les lois de Zoroastre,' fils d'Oromase, et il lui

(1) Principem dat Deus qui erga omne genus huma» num vice sua fungalur. Plin. in Paneg. Traj.

(2) Deum timete, regem honoriûcatec 1 Petr. 2. 17. Tom. IT. 5

felic

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donnait en même temps tous les principes dn gouvernement. Le second l'accoutumait à dire la vérité , et à rendre la justice. Le troisième lui enseignait à ne se pas laisser vaincre par les voluptés, afin d'être toujours libre et vraiment roi, maître de lui-même et de ses désirs. Le quatrième fortifiait son courage contre la crainte, et lui inspirait une sage et noble assurance , si nécessaire pour ie commandement.

Quoi qu'il en soit , comme le remarque Platon, tous ces soins étaient rendus inutiles par la pompe, le luxe, la magnificence qui environnaient le jeune prince de tous côtés,' par le nombreux cortège d'officiers cjui le servaient avec une soumission servile ; par tout l'attirail d'une vie molle et voluptueuse, où l'on ne paraissait attentif qu'à inventer de nouvelles délices : dangers que le plus , excellent naturel ne pouvait surmonter. conseil pu Quelque absolue que fût l'autorité des rois chez les Perses, elle était pourtant retenue dans de certaines bornes par l'établissement du conseil que l'Etat leur donnait. Ce conseil était composé de sept des principaux seigneurs , plus recommandables encore par leur habileté el leur sagesse que par leur naissance. Esdras marque qu'il fut envoyé dans la Judée , par l'aulorité du roi Artaxerxe et de ses sept conseillers (1). Il est dit dans Esf:lier, qu'Àssuérus faisait tout de l'avis de ses conseillers, qui étaient instruits à fond des dis-

(i) A facie régis et sepîera consiliariorum ejus missuf est. i Esd. 7. 14.

ANCIENNE. LIV. VI. jh

positions des lois et des maximes de l'Etat fi).

Ces dernières paroles nous donnent lien de remarquer; i.° qu'un prince, quelque éclairé qu'il soit par lui-même, ne doit faire rien d'important sans les lumières d'un bon conseil , qui doit être toujours subsistant , perpétuel, et composé des meilleures tètes du royaume. C'est ainsi que pensait l'Assuérus d'Est lier, qui a été un prince des plus habiles et des plus éclairés.

2.° Elles nous montrent qu'un prince habile et d'un génie supérieur ne croit point donner atteinte à son autorité absolue , ni s'avilir, en s'associant un conseil qui, sans partager avec lui l'autorité souveraine , lui est d'un grand secours pour l'aider à porter le poids de l'autorité. Telle était la façon de penser de Darius, qui était persuadé que le plus noble caractère de la puissance souveraine , quand elle est pure , et qu'elle n'a point dégénéré ni de son origine, ni de sa fin, est de gouverner par les lois , de régler ses volontés sur elles , et de se croire interdit tout ce qu'elles défendent.

Enfin, elles font entendre clairement qu'un prince ne doit admettre dans ce conseil que des personnes du premier mérite , parfaitement instruites des lois, coulumes et usages de l'Etat , sans quoi il est impossible de conserver l'uniformité dans le gouvernement et le maniement des affaires, et on donne nécessairement dans une conduite arbitraire , inégale et incertaine; ce qu'un bon gouver-

(i) Illomm faciebat cuncta cousilio, scientium Jtge.: h?, jura majorum. Eslhcr. i. i3.

nement et une sage politique évitent avec soin. Scientium ieges ac jura majomm.

Admims- C'est la même chose d'être roi et d'être

^ration de la. T * ... , .,

justice. juge. Le trône est un tribunal, et la souve- 1 Parais. 9. rame autorité est un pouvoir suprême de rendre la justice. « Dieu vous a établi roi sur » son peuple , disait la reine de Saba à Sa- » lomon , afin que vous le jugiez et que vous » lui rendiez justice. » Il paraît, par plusieurs endroits de l'histoire , que les rois de Perse rendaient la juslice par eux-mêmes. C'était pour les mettre en état de remplir dignement cette obligation , que , dès leur jeunesse , on avait soin de les instruire dans la connaissance des lois du pays , et qu'ils ne montaient point sur le trône sans s'être mis pendant quelque temps sous la conduite des mages , pour apprendre d'eux cette science dont ils étaient seuls les dépositaires , aussibien que de celle de la religion. Par là , ces jeunes princes se mettaient en état de rendre la justice à leur peuple , et de décider avec lumière les questions les plus importantes.

Il paraît qu'en Perse les rois avaient grand soin que la justice fût administrée avec beau- Hèrod. 1 5. coup d'intégrité et de désintéressement. Un e' i5' des juges royaux s'étant laissé corrompre par

des présens , fut impitoyablement condamné à mort par Cambyse , qui ordonna qu'on mît sa peau sur le siège où ce juge inique avait coutume de prononcer ses jugemens , et où son fils, qui succédait à sa charge, devait s'asseoir , afin que le lieu même où il jugerait , l'avertît continuellement de son devoir.

Les Perses , persuadés qu'on ne pouvait apporter trop de maturité à un emploi qui décide q^s biens , de la réputation et de la vie des citoyens , ne confiaient l'exercice de la judicature qu'à des personnes qui fussent au moins âgées de cinquante ans. Il n'était Hérod.i r permis ni aux particuliers de faire mourir c- l3?un esclave, ni au prince d'infliger la peine de mort contre aucun de ses sujets , pour une première et unique faute. Les Perses croyaient aussi qu'il était raisonnable de mettre 3 dans la balance de la justice , le bien comme le mal, les mérites du coupable, aussi-bien que ses démérites, et qu'il n'était pas juste qu'un seul crime effaçât le souvenir de toutes les bonnes actions qu'un homme aurait faites pendant sa vie. C'est par ce prin- //^w. /. 7 cipc que Darius ayant condamné à mort un c x94juge, parce qu'il avait prévariqué contre son devoir , et s'étant souvenu des services importons que ce juge avait rendus à l'Etat et à la famille royale , il révoqua sa sentence dans le moment même qu'elle allait être mise à exécution , reconnaissant qu'il l'avait prononcée avec plus de précipitation que de sagesse.

Une loi importante et essentielle pour les jugemens , était, en premier lieu , de ne condamner jamais un coupable sans lui avoir confronté ses accusateurs , et sans lui avoir donné le temps et fourni tous les moyens de se justifier; en second lieu, de condamner le délateur aux mêmes peines qu'il voulait faire souffrir à l'accusé , s'il se trouvait innocenta Arlaxerxe donna un bel exemple de la

Diod.L i5 juste sévérité qu'on doit employer dans ces occasions. Un de ses favoris lui ayant rendu suspecte la fidélité de l'un de ses meilleurs officiers dont il ambitionnait la place, l'officier accusé fut mis en prison. Il demanda au roi qu'on lui donnât des juges , et qu'on produisît des preuves. Il n'y en avait point d'autre qu'une lettre que son ennemi même avait écrite contre lui. Son innocence fut donc reconnue et justifiée parles trois commissaires nommés pour l'examen de sa cause. Le prince fit alors tomber tout le poids de son indignation contre le peifide calomniateur. Cette loi est si conforme à l'équité naturelle et à l'humanité , que d'en user autrement , c'est ouvrir la perle à la calomnie et à la vengeance, armer de l'autorilé publique îa noire et détestable malice des délateurs contre la simplicité des plus fidèles sujets, dépouiller le trône du plus auguste privilège qu'il puisse avoir , qui est d'être i'asile de la justice et de l'innocence contre la violence et la calomnie. Hèrod. 1 1 Les Perses n'étaient pas seulement ennemis de l'injustice , ils avaient encore en horreur le mensonge, qui passa toujours chez eux pour un vice bas et infamant. Ce qu'ils trouvaient de plus lâche , après le mensonge , était de vivre d'emprunt. Une telle vie leur paraissait fainéante , honteuse , servile , et d'autant plus méprisable qu'elle portait à mentir. Attention L'empire des Perses se divisait en cent vingt* sur les piosept provinces , dont ceux qui en étaient gou- Xenoph. c}. yemeurs s'appelaient satrapes. Us avaient 7i9. 232. ' au-dessus d'eux trois principaux ministres qui

veillaient sur leur conduite, et à qui ils rendaient compte de toutes les affaires de leurs provinces , et qui devaient ensuite en faire leur rapport au roi.

C était Cyrus qui avait établi ce bon ordre dans l'empire. Les satrapes , par leur établissement ? étaient chargés de se rendre , chacun dans sa province, aussi attentifs aux intérêts des peuples qu'à ceux du prince ; car Cyrus était persuadé qu'on ne devait pas mettre de différence entre ces deux sortes d'intérêts, parce qu'ils sont essentiellement inséparables.

Les rois ne se reposaient pas entièrement du soin des provinces sur les satrapes et les gouverneurs; ils en prenaient connaissance par eux-mêmes , persuadés que ce n'est régner qu'à demi que de régner par les autres. Un officier de la couronne était chargé de p. , ,

0 Plut, ad

dire an roi , tous les matins en l'éveillant : pn'ne. in doc. Sire, levez-vous 9 et songez à remplir lesp'n ° fonctions pour lesquelles Orosmade vous a placé sur ie trône. Orosmade était un Dieu considérable, honoré anciennement chez les Perses. Un bon prince, ditPlutarque en rapportant cette coutume, n'a pas besoin qu'un officier lui répète tous les jours cet avis ; l'amour pour son peuple et son bon cœur le lui disent assez. Ils se croyaient obligés de visi- Xenoph. m ter en personne toutes les provinces de leur82/. onom '? royaume , pour casser tout ce qu'ils trouveraient contre les lois, et rétablir te bon ordre; persuadés qu'un prince doit paraître partout comme un astre bienfaisant, ou plutôt comme le père commun de tous ses peuples.

Quand les rois ne pouvaient pas faire par eux-mêmes leurs visites , ils envoyaient à leur place des grands de l'Etat, connus par leur prudence et leurs vertus. On les appelait communément les yeux et les oreilles du prince, parce qu'il voyait tout et était informé de tout par leur moyen.

Ce n'étaient pas seulement les grands objets, comme la guerre, les finances, la justice et le commerce , qui occupaient l'esprit du prince ou des ministres clans le cours de leurs visites ; la sûreté et la beauté des villes , la réparation des chemins publics , des ponts, des chaussées , l'agriculture , les métiers ; en un mot , tout ce qui intéressait le peuple, intéressait le roi , qui le regardait confié à ses Xenoph. in soins et à sa vigilance. Un des premiers soins %2 C°83o. P' ^es ro*s ^es Perses était de faire fleurir l'agriculture ; ils la regardaient comme la source de l'abondance et des richesses , et l'école de toutes les vertus , tant guerrières que civiles. Il y avait des charges établies pour. veiller aux travaux rustiques Les satrapes, dont les provinces étaient le mieux cultivées , avaient la plus grande part aux grâces ; et on punissait la négligence des paresseux qui laissaient leurs terres incultes et stériles.

Xénophon 9 dans son éloge magnifique de l'agriculture , rapporte le beau mot de Lysandre lacédémonien , qui, se promenant à Sardes avec le jeune Cyrus , et apprenant de la bouche de ce prince que c'était lui - même qui avait planté plusieurs des arbres qu'il voyait , s'écria : Vous êtes digne, Cyrus, de

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