‹ Abrégé de l'histoire ancienne de RollinChapitre 5 sur 19 · VOTRE RONHEUR; CAR EN MÊME TEMPS QUE VOUS · texte numérisé non relu

VOTRE RONHEUR; CAR EN MÊME TEMPS QUE VOUS

ANCIENNE. LIV. Vf. 8l

ÊTES HEtfftEUX ET OPULENT, VOUS ETES AUSSI VER- TUEUX (l).

Cvru^ , pour se mettre en état d'être averti invemior.

J 9 * des postes et

en diligence de toutes les affaires de 1 empire, des courriers et d'y donner ordre sur - le - ehamp , établit des courriers et des postes dans chaque province. La surintendance des postes devint dans la suite une charge considérable. Darius Codoman, le dernier des rois des Perses, l'avait remplie avant de monter sur le trône : ainsi cette charge était chez les Perses , comme chez nous , un emploi très-honorable. On est surpris , avec raison , que cet établissement des postes et des courriers n'ait point passé chez les Grecs et chez les Romains; et on est encore plus étonné qu'on en ait borné l'usage aux seules affaires de l'Etat, sans être touché des grands avantages que le public en pouvait tirer pour la facilité du commerce de la vie , du négoce , des banquiers , et pour les autres affaires qui demandent de la diligence,

La France a l'obligation de cet établissement , dans sa première origine , à l'université de Paris , qvii , étant autrefois la seule université de tout le royaume , attirait dans cette ville des écoliers de toutes les provinces, et même des royaumes voisins. Elle établit en leur faveur des messagers , dont les fonc-

(i) Cùm Cyrus lespondisset : Ego ista sum dimensus, mei sum ordines , mea descriptio ; multœ etiam istarum arborum meà manu sunt salai : tum Lysandrum , intuentem ejus purpuram , et nitorem corporis , ornalumque persicum mullo auro multisque gemniis , dixisse : Recte

VEROTK , CYRE , BEATUM FERUKT, QUONiAM VIRTUTI TUM

fortuit a cokjuncta est. C'iccr. de senect, num. 59.

lions étaient non-seulement de faire la conduite de toutes sortes de personnes indifféremment , mais encore de porter les lettres missives des particuliers et tous leurs paquets, Ces messagers sont appelés dans les registres des nations de la faculté des arts, nuntii volantes , pour marquer la diligence qu'ils étaient tenus de faire. Ils servaient le public aussi-bien que l'université. Ce ne fut qu'en i586 que le roi Henri III, par son édit du mois de novembre , créa des messagers royaux ordinaires dans les mêmes villes où en avait l'université, et leur accorda les mêmes droits et privilèges que les rois ses prédécesseurs avaient accordés aux messagers de l'université. C'est ce revenu des messageries qui a fait , dans tous les temps , le fonds et le patrimoine de l'université. C'est sur ce revenu que le roi Louis XV , par son arrêt du conseil d'Etat du i4 avril 17195 et par ses lettres-patentes de même date, a établi l'instruction gratuite dans tous les collèges de ladite université , en le fixant pour l'avenir au vingt-huitième effectif du prix du bail général des postes et messageries de France , et ce vingt-huitième se trouva monter pour lors à la somme de cent vingt-quatre mille livres ou environ. Nous sommes redevables de l'établissement des postes dans l'état où nous les voyons aujourd'hui , au cardinal de Richelieu , qui en voulut être le premier surintendant.

Finance?. ^es rois de Perse étaient extrêmement ri- Hérod. 1. 3. cnes# Les meubles . les palais . les jardins , la

table, les équipages, les victimes, tout en un mot annonçait une puissance grande et

opulente. Leurs revenus consistaient ou en levée de deniers imposés sur les peuples , ou bien en fourniture de plusieurs choses en nature , comme grains, fourrages et auîres denrées ; chevaux , chameaux et tout ce qu'il y avait de plus rare en chaque province. Les Persans étaient exempts de toute imposition , et ce n'étaient que les nations conquises qui y étaient soumises. Nous verrons dans la suite , que ce fut sous Darius , fils d'Hystaspe , que cet usage de lever des tributs fui introduit, et que l'on détermina ce que chaque province devait payer tous les ans. Cet établissement lui valut le surnom de Marchand. Cependant, l'usage de toutes les nations , la raison et la religion concourent ensemble pour donner au prince des revenus sur l'Etat. Le roi est le bouclier de l'empire , et il ne peut le défendre sans de grandes dépenses ; d'ailleurs, il est raisonnable que le prince ait de quoi faire respecter sa personne et son autorité , et soutenir la majesté de l'empire.

Le lieu où l'on gardait ces trésors s'appe- nuintcurt lait, en langue persanne, Gaza. 11 y avait L 3 c- "• de ces trésors à Suze, à Persépolis, à Pasargade, à Damas, et dans d'autres villes. L'or et l'argent y étaient gardés en lingots, dont on faisait de la monnaie à mesure que le prince en avait besoin. La principale monnaie était d'or, et s'appelait daricus, du nom de Darius le Mède, qui le premier l'avait fait battre.

Les pensions que le prince donnait alors piut. in aiaux personnes qu'il voulait gratifier, ne con-^u V JJ*

iaient point en or ni en argent. On leur ■*'•/• ™7«

assignait certains cantons pour leur entretien. On sait qu'Artaxerxe assigna le revenu de quatre villes à Thémistocle, dont l'une devait lui fournir le vin , l'autre le pain ; la troisième , les mets de sa table; la quatrième, les vêtemens et les meubles. Chacun de ces cantons portait le nom de sa destination ; on appelait celui-ci la ceinture , et celui-là le voile de la reine.

ARTICLE II

La Guerre, tes Arts et les Sciences.

Les Perses se sont maintenus pendant longtemps dans la réputation d'être très-propres à la guerre. La situation de leur pays, fort rude et plein de montagnes, avait pu contribuer à en former de bons soldats ; mais la bonne éducation qu'on donnait aux jeunes gens chez les Perses, était la principale cause du courage et de l'esprit belliqueux de cette nation.

Entrée dans ns servaient ordinairement depuis vingt

la milice. ,, . A .

Strab.l.is. ans jusqu a cinquante. Soit en guerre, soit Malvei /23 en PaLX5 i*s portaient toujours l'épée comme sub ftnem. fait notre noblesse. Ils étaient obligés de s'enllerod.l.7. rôler au temps marqué, et c'était un crime ;jue de demander dispense sur ce sujet. Il y avait un corps de troupes de dix mille hommes destinés à la garde du prince, qu'on appelait les Immortels, parce que le nombre de ceux qui composaient ce corps était toujours complet. Ils étaient distingués de tous les autres par leur armure superbe, et encore Armure. pius par teur courage. Un sabre ou cimeterre, acinaces, une espèce de poignard pen lu à

la ceinture , un javelot ou demi-pique armée par le bout d'un fer aigu , étaient les armes ordinaires des Perses. Ils faisaient aussi grand usage de l'arc et du carquois, où étaient enfermées les flèches. Les piétons portaient des cuirasses d'airain, si artistement ajustées, qu'elles n'empêchaient point l'agilité des membres. Il paraît aussi qu'ils se servaient chariotsar avec succès de chariots armés de faux. On X™»/3 Cries regardait comme faisant la principale r°p- i-&p> force des armées , comme la cause la plus certaine des victoires , et comme l'appareil le plus capable de jeter la terreur parmi les ennemis ; mais à mesure qne l'art militaire vint à se perfectionner , on en sentit les inconvéniens et l'inutilité, et enfin on y renonça entièrement.

On ne peut rien ajouter au bon ordre et à Discipii» , ,. . ,* i . , ^ i des ti°«p«-

la discipline que gardaient sous Cyrus les

troupes persannes , soit en temps de paix, soit en temps de guerre. Les différens et fréquens exercices auxquels Cyrus occupait ses troupes en temps de paix pour les former à la guerre, sont un modèle parfait pour quiconque est chargé du commandement des armées. Dans un jour de marche, tout était réglé et ordonné avec autant d'attention et d'exactitude que dans un jour de bataille, sans qu'aucun osât quitter son rang ni s'écarter du drapeau. Dans le temps de guerre et dans un jour de bataille, on ne vit jamais d'armée mieux réglée, ni plus attentive et plus docile à obéir au premier signal que l'était celle de Cyrus.

Comme il y avait très-peu de places forti-

8b HISTOIRE

ordre de fiées du temps de Cyrus , toutes les guerres bataille. n'étaient presque que des guerres de campagne ? ce qui lui avait fait sentir que rien n'était plus décisif pour la victoire que la ca valerie , et que souvent le gain d'une seule bataille rangée , entraînait après soi la conquête d'un royaume entier. Il forma donc un corps de cavalerie persanne , qui devint supérieure à celle de ses ennemis , sinon par le nombre 9 du moins par ia bonté. Il s'agit maintenant de voir l'usage qu'ils faisaient et de leur cavalerie et de leur infanterie.

La célèbre bataille de Thymbrée nous peut donner une juste idée de la tactique des anciens du temps de Cyrus. Ils savaient que l'ordre de bataille le plus convenable était de placer l'infanterie au centre, et aux deux ailes la cavalerie , composée principalement de cuirassiers ; de cette sorte l'infanterie se trouvait couverte par ses flancs , et la cavalerie était plus en liberté d'agir et de s'éten* dre. Ils avaient aussi compris la nécessité de former plusieurs lignes qui pussent se soutenir les unes les autres.

Ils formaient donc la première ligne de l'infanterie , pesamment armée , sur douze de hauteur , laquelle se servait d'abord de la demi-pique ; et ensuite? le sabre? ou l'épée à la main , combattait contre l'ennemi , corps à corps, lorsque les deux fronts se joignaient La seconde ligne était composée de soldats armés à la légère , qui , par - dessus la première , lançaient les javelots. Ces javelots étaient d'un bois fort pesant, avaient au bout

une pointe de fer fort aiguë, et étaient lancés avec beaucoup de force.

Les archers formaient la troisième ligne. Comme leurs arcs étaient bandés avec beaucoup d'effort, les flèches portaient par-dessus les deux premières lignes, et incommodaient extrêmement l'ennemi. On mêlait quelquefois, parmi ces archers, des frondeurs, qui lançaient de grosses pierres avec une roideur extrême ; et dans la suite , les Rhodiens substituèrent aux pierres des balles de plomb qui allaient une fois plus loin.

Une quatrième ligne , formée de soldats armés comme ceux de la première, fermait le corps de bataille. Ils avaient des tours roulantes, portées sur de grands chariots attelés de seize bœufs , et garnis de vingt hommes qui lançaient des pierres et des javelots. Elles étaient placées à la queue de toute l'armée, derrière le corps de réserve , et servaient à favoriser le ralliement des troupes , poussées jusque là par l'ennemi, et mises en déroute.

Ils faisaient grand usage des chariots armés de faux. Us les plaçaient ordinairement au front de la bataille , et quelquefois ils en mettaient une partie sur les flancs de l'armée, quand ils avaient lieu de craindre qu'elle ne fût enveloppée.

Voilà à peu près jusqu'où les anciens portaient la science de l'art militaire pour les batailles. Mais nous ne voyons pas qu'ils sussent profiter de l'avantage des postes . saisir à propos un terrain favorable, attirer la guerre dans un pays fourré, faire usage des dénies, soit pour inquiéter ou attaquer l'ennemi dans

sa marche , soit pour se mettre à couvert des attaques; dresser avec art des embuscades, traîner habilement une campagne en longueur , éviter d'en venir à une action décisive avec un ennemi supérieur , et le réduire à se consumer lui-même par la disette de vivres et de fourrages. Nous ne voyons pas non plus qu'ils fussent fort attentifs à appuyer leur droite et leur gauche de rivières, de marais ou de hauteurs, pour égaler par ce moyen le front d'une armée médiocre à celui d'une autre armée beaucoup plus nombreuse, et mettre l'ennemi hors d'état de les envelopper. Le temps, les réflexions et l'expérience apprirent depuis aux grands capitaines toutes ces précautions et ces ruses de guerre. Manière ^es anciens avaient quatre différentes mad'attaquer nières d'attaquer les places : la première fut

les places l l L

le blocus. On investissait la ville, ou par un mur de maçonnerie , ou par un profond retranchement bien palissade , pour empêcher que les ennemis ne fissent des sorties, et qu'il n'entrât dans la ville aucun secours d'hommes ou de vivres. On attendait ainsi tranquillement que la famine fît ce que l'art ou la force ne savaient pas encore faire, d'où il arrivait que les sièges des villes duraient quelquefois des dix ., vingt et trente années. La seconde manière était l'escalade, qui consistait à appliquer contre le mur un grand nombre d'échelles, pour y faire monter plusieurs files de soldats.

Pour la rendre inutile et impraticable, on y opposa la hauteur des murailles , et encore plus celle des tours dont elles étaient flan-

quées, de sorte que les échelles ne pouvaient plus y atteindre. Il fallut donc trouver un autre moyen pour arriver jusqu'à la hauteur des remparts ; et ce fut de bâtir des tours de bois roulantes, plus hautes que les murs, et de les en approcher. Sur le haut de la tour, qui formait une espèce de plate-forme, étaient placés des soldats, qui, à coups de traits et de flèches , et par le secours des balistes et des catapultes, nettoyaient les remparts; et alors, d'un étage qui était au-dessous, on faisait couler une espèce de ponMevis, qu'on appuyait sur les murs, pour entrer dans la place.

La troisième manière, et qui abrégea beaucoup la durée des sièges, fut l'invention et l'usage des béliers pour battre les murs et y faire des brèches. Le bélier était une grosse poutre de bois , armée par le bout d'un bec de fer ou d'airain , que l'on poussait avec violence contre les murs. Le quatrième moyen était la sape , ou la mine , qui avait un double usage. On conduisait un chemin souterrain , au-dessous du fondement des murs ; et le creusant jusqu'au dedans de la ville , on s'en faisait un passage pour y entrer, ou bien l'on se contentait , après en avoir étayé le fondement , de remplir le vide de toutes sortes de matières combustibles , auxquelles on mettait le feu pour consumer les étais, calciner la maçonnerie, et faire tomber des pans de muraille. Il paraît au reste que, pour fortifier les places et les défendre , on employait tous les principes essentiels et toutes les règles fondamentales que l'art de la fortification suit aujourd'hui

Architec Comme ce fut dans l'Asie que les hommes tare- s'établirent d'abord après le déluge, il est aise

de comprendre qu'elle fut comme le berceau des arts et des sciences. Ce que nous savons de la magnificence des bâtimens qui étaien à Babylone et dans tout le pays , nous montre jusqu'où , dans une antiquité si reculée, l'architecture avait été portée. On pourrait cependant douter qu'elle fût parvenue au point de perfection que lui ont donnée depuis la Grèce et l'Italie. îl y a même beaucoup d'apparence que ces bâiimens de l'Asie et de l'Egypte , si vantés par les anciens , avaient plus de grandeur et d'étendue que de régularité.

Musique. Le seul nom des principaux modes de l'ancienne musique ,. et que la moderne a conservés, le Dorien, le Phrygien, le Lydien, Y Ionien, YEotien, marque assez quel a été le lieu de sa naissance, ou du moins celui où elle s'est accrue et perfectionnée; et il n'est pas étonnant que , dans un pays livré à la mollesse, aux délices et à la bonne chère, la musique, qui en faisait le principal assaisonnement, y ait été en honneur et cultivée avec grand soin.

Médecine * a médecine, dès le temps de la guerre de Troie, était en grand usage et en grand hon- Diod. i. 5. neur. Esculape, qui vivait alors, en est re- ». 341. gardé comme l'inventeur , et il l'avait déjà portée à une grande perfection ; mais elle tomba bientôt après dans l'oubli , et demeura comme ensevelie jusqu'au temps delà guerre du Péloponèse , où Hyppocrate la ressuscita en quelque sorte, la remit en honneur, et la

porta an plus haut point de perfection ; et , quoiqu'il soit constant que depuis lui on a ajouté beaucoup de connaissances à celles qu'il avait acquises , il est regardé encore aujourd'hui parles plus habiles médecins, comme le premier maître dans cet art, et celui dont l'étude doit occuper ceux qui veulent y réussir. La science de la médecine consistait, dans ces premiers temps, à bien posséder la botanique, c'est-à-dire , à bien connaître les herbes et les plantes , avec leurs usages ou propriétés. On ne faisait point encore usage de minéraux , des thériaques et d'autres compositions , qu'une étude plus sérieuse de la nature a fait inventer; Virgile même semble borner cet art à la connaissance des simples^).

Quelque envie qu'aient eue les Grecs de se ^stronomif donner pour auteurs et inventeurs de tous les arts et de toutes les sciences , ils n'ont pu absolument disputer aux Babyloniens l'honneur d'avoir jeté les premiers fondemens de l'astronomie. La situation avantageuse de Babylone, bâtie dans une vaste plaine; l'air pur et serein qui régnait toujours dans ce pays, peut-être aussi la hauteur extraordinaire de la tour de Babel , qui semblait faite pour servir d'observatoire, furent, pour ces peuples, depuissans attraits qui les portèrent à examiner avec soin les divers mouvemens du Ciel. Il est cependant vrai que ces connaissances astronomiques des Babyloniens ne purent pas être portées d'abord à une grande

( ) Spire ]»otesta!es herbarum , usumque medendi. Mn, l. 12. ^. 596.

perfection, n'étant pas aidés du secours des télescopes, c'est-à-dire des lunettes d'approche dont l'invention est assez récente, et a servi beaucoup à perfectionner, dans le dernier siècle , les recherches d'astronomie.

Cette science, qui approche si près de Dieu, ioin de conduire les Babyloniens à la connaissance du Créateur et du Maître souverain, qui préside et règle avec tant de sagesse le mouvement des astres, les jeta pour la plupart dans l'impiété et dans les folies de l'astrologie Astrologie judiciaire. On appelle ainsi la science qui enfausse dans seigne a juger de 1 avenir par la connaissance tous ses prin- des astres , et à prédire les événemens par Ja

cipes, et com- . . ,

traire à laie- situation des planètes et par leurs difFérens raTson.eta Ia aspects. Nous allons voir, dans la dissertation suivante, ce qu'il faut penser de cette science. Ce qui a donné un si grand cours à l'astrologie, et lui a acquis tant de crédit dans tout l'univers et dans tous les siècles , c'est la curiosité naturelle à l'homme de percer dans l'avenir, et de connaître par avance ce qui doit lui arriver. Les hommes, depuis leur dépravation, ont une secrète pente à vouloir découvrir ce que la sagesse divine leur cache pour les tenir dans l'humilité et dans la dépendance.

Rien de certain, rien de solide dans cette science ; tout y est arbitraire : elle n'offre rien à l'esprit qui puisse l'éclairer. Il a plu à ces fabricateurs de mensonges de diviser le ciel en douze parts égales. Ces douze portions du ciel ont chacune un attribut ; l'une s'appelle la maison des parens , l'autre celle des richesses; une autre celle de la santé, et une

autre celle de la mort , et tout le reste comme ils ont voulu. Les planètes sont divisées en favorables, nuisibles et mixtes; les aspects de ces planètes sont aussi ou heureux ou funestes. Quoi de moins fondé et de plus arbitraire que toutes ces hypothèses, et plusieurs autres que je passe ? Un homme de bon sens peut-il les admettre sur la simple parole de ces imposteurs , sans aucune preuve et sans la moindre ombre de vraisemblance ? Le moment précis et d'où dépend tout le reste des prédictions, est celui de la naissance . Pourquoi pas celui de la conception ? Pourquoi pas tout le temps de la grossesse ? Peut-on même, dans la rapidité incroyable du mouvement des cieux, être sûr d'avoir saisi le moment précis et décisif, sans qu'il y ait du plus ou du moins, ce qui suffit pour tout renverser? Pourquoi attribuera une maison une chose plutôt qu'une autre ? Pourquoi celle qiu est près de monter sur l'horizon, a-t-elle plus de rapport à celui qui vient au monde, et agit- elle plus efficacement sur lui que celles qui sont déjà levées , et que celle en particulier qui lui est verticale et qui le domine à plomb ? L'astrologie ne fait aucun cas de ces réflexions ; tout ce qu'elle dit doit être cru sans examen , et il n'est pas permis de faire aucune question. Des hommes raisonnables peuvent-ils donner dans un tel piège ? Et n'a-t-on pas honte de donner le nom de science à tant de suppositions vaines et frivoles ? N'est-ce pas vouloir embrasser une ombre et courir après le vent, que de s'arrêter à ces chimères ?

De plus , quelle proportion y a-f>il entre telle ou telle situation des planètes et la destinée libre des hommes ? Ces fourbes ont-iïs découvert une connexion, un rapport intime de certaine situation du ciel aux événemens qui dépendent de la divine providence et de sa liberté ? Passons - leur même , pour un moment, que la destinée de l'homme est marquée dans les astres, et écrite dans le ciel; qu'ils nous disent , ces imposteurs , en quels caractères ils l'ont lue ! Sont-ils plus habiles que les mages de Babylone , ces maîtres dans ■l'astrologie , qui flattaient cette ville de sa grandeur éternelle , lors même que Dieu traçait l'arrêt de sa ruine ? Qu'ils nous donnent une suite d'exemples des personnes à qui ils ont annoncé leur vraie destinée ! Pour nous , nous serions en état de faire une longue liste de ceux qu'ils ont trompés et abusés par leurs vaines et sacrilèges prédictions. Au reste, tout celi montre que cette prétendue science est destituée non-seulement de principes , mais qu'elle se trouve démentie par l'événement; et s'il est arrivé quelquefois que ces astrologues , ces devins , ces diseurs de bonne aventure , aient prédit vrai , c'est un juste jugement de Dieu sur les passions des hommes. Dieu permet que , par les moyens les plus vains et les plus criminels, ils apprennent l'avenir. Comme tout est muet quand il le veut , tout aussi devient capable de parler quand il veut punir la curiosité, en permettant qu'elle soit satisfaite. C'est ce qui est arrivé à Saûi.

Ils peuvent encore moins se flatter d'avoir

ANCIENNE. LIV. VI. ç5

pour eux l'expérience, puisque , de leur pro- Astroiogw pre aveu, ils n'ont jamais rien observé dans démentie par

■J 1 expérience.

le ciel qui se ressemblât, et que les mêmes combinaisons ne sauraient se rencontrer que dans une suite immense de siècles. C'est sur de pareils fondemens qu'est posé tout l'édifice de l'astrologie judiciaire Quelle folie ! quelle rêverie ! Les païens mêmes ont reconnu la vanité , la fourberie et l'imposture de cet art sacrilège, fraiuluientissima artium. Cicéron , en réfutant la folle pensée de ces astrologues, s'écrie : O folie ! ô extravagance incroyable ! o délira tionem incredibilem! Il relève avec force mille absurdités d'un sentiment, dont le ridicule seul doit inspirer du mépris, et demande pourquoi , d'une infinité d'enfans , qui naissent dans le même moment, et sous l'aspect précis des mêmes astres , il n'y en a pas deux dont le sort et la vie se ressemblent. Il demande encore , si ce grand nombre d'hommes , qui périrent à la bataille de Cannes , d'un même genre de mort , étaient nés sous les mêmes constellations.

Mais ce qui est étonnant, et ce qui marque un renversement entier de raison , c'est que de prétendus esprits forts , qui croient tout ce qui est frivole , ne peuvent se résoudre à croire ce qui est solide et certain. Ils se défient de la religion, et ils donnent leur confiance à un imposteur, à un ignorant. Ils se contentent de termes qui n'ont aucun sens, de destin , de fatalité , d'ascendant , de maison , et refusent de croire à la Providence. Us écoutent tout, pourvu que ce ne soit as

9b HISTOIRE

l'Evangile. Ils sont dignes, par une telle perversité, d'être livrés à un esprit d'erreur ; et leur incrédulité pour les vérités du salut, est justement punie par une vaine crédulité pour le mensonge.

Il s'ensuit de ce que nous venons de dire , que l'astrologie est vaine et fausse ; qu'elle est une impiété sacrilège, et un reste de cette idolâtrie de Babylone, qui consultait les astres par le même motif qui les lui faisait adorer; c'est-à-dire, parce qu'elle leur attribuait la divinité , et les regardait comme le prince Doct. cipe des choses futures. Nous devons conclucv*2. re encore avec saint Augustin , que soit que

l'on consulte seulement les astres ou ceux qui les observent, soit qu'on étudie les lignes des mains et les traits du visage , soit qu'on cherche l'avenir dans les présages et les augures , on se lie , par une véritable société , avec le démon ; et quiconque veut être véritablement chrétien, doit détester de tout son cœur une société si honteuse et si criminelle.

ARTICLE III

Religion.

La plus ancienne et la plus générale idolâtrie a été celle qui a eu le soleil et la lune pour objet. Elle était fondée sur une fausse reconnaissance, qui, au lieu de remonter jus- Hérod. 1 1. qu'à Dieu , s'arrêtait au voile qui le cachait en le montrant. La grande Divinité des Perses était le soleil qu'ils adoraient avec un profond respect, et surtout le soleil levant. Ils lui consacraient un char magnifique , avec des chevaux de grand prix, comme fît Cyrus

ANCIENNE. L1V. VI ÇJ

dans une célèbre cavalcade, quelque temps après la prise de Babylone. Ce Dieu était fort &.**&. i ô. connu chez eux , sous le nom de Mithra. p' 73*' Par une suite naturelle du culte qu'ils rendaient au soleil, ils honoraient aussi le feu d'une manière particulière, l'invoquant toujours le premier dans les sacrifices. Les ma- A^nuMare. ges seuls avaient la garde de ce feu sacré , f- *3qu'ils prétendaient être descendu du ciel ; et on aurait regardé comme un grand malheur si on l'avait laissé éteindre. Ils honoraient aussi l'eau, la terre et les vents, comme autant de Divinités.

Les Perses avaient encore deux Dieux d'une Piuu in n espèce particulière; savoir, Orosmade et Ari- oslid. pal. manius;le premier était regardé comme Tau- 369teur des biens qui leur arrivaient , et l'autre comme l'auteur des maux dont ils étaient affligés. Zoroastre , qui vivait du temps de Darius , fils d'Hystaspe , réforma la religion des mages sur ce point II établit un principe supérieur à tout , indépendant , éternel , auteur de la lumière et des ténèbres. Pour éviter de faire Dieu auteur du mal , il disait que sous cet Etre suprême il y a deux anges; un ange de lumière, qui est l'auteur dvi bien, et un ange de ténèbres , qui est l'auteur du mal. Ces deux anges sont continuellement en guerre l'un contre l'autre, et ce conflit durera jusqu'à la fin du monde, Ce philosophe admet une résurrection générale et un jour de jugement, où chacun recevra la juste récompense de ses œuvres. L'ange des ténèbres , dit-il, sera relégué avec ses disciples dans un lieu où ils souffriront les peines due» Tom. II. 6

û8 HISTOIRE

à leurs crimes, dans une obscurité éternelle ; et l'ange de lumière et ses disciples iront aussi dans un lieu où ils recevront la récompense de leurs bonnes actions, dans une lumière éternelle. Il est évident que tous ces dogmes, quoique altérés en plusieurs endroits, ont une grande conforarité'avec les Saintes Ecritures, que Zoroastre avait sûrement connues , par te moyen des Juifs alors captifs à Babylone.

Les Perses n'érigeaient ni statues, ni temples, ni autels à leurs Dieux, et offraient leurs sacrifices en plein air, et presque toujours sur des hauteurs et des montagnes. Ils croyaient que c'était faire injure à la Divinité , que de la renfermer dans une enceinte de murailles, elle à qui tout est ouvert , et dont l'univers entier doit être regardé comme la maison et le temple.

Les mages , dans la Perse , étaient dépositaires de toutes les cérémonies du culte divin , et c'était à eux que le peuple s'adressait pour en être instruit , et pour savoir à quels Dieux , quels jours , et de quelle manière il convenait de faire des sacrifices. Gomme ils étaient les seuls instruits des dogmes de la religion et des maximes du gouvernement , ces connaissances leur donnaient beaucoup de crédit dans l'esprit du peuple et du prince, qui ne pouvaient offrir aucun sacrifice sans leur présence et sans leur ministère. Il fallait même que le roi , avant de monter sur le trône , eût appris d'eux Fart de bien régner, et la manière d'honorer dignement les Dieux. Il ne se décidait aucune affaire importante dans l'Etat5 sans qu'ils eus-

ANCIENNE, liv. vr. 99

sent été auparavant consultés. Ils étaient , chez les Perses , ce que les Druides étaient chez les Gaulois; c'est-à-dire , les sages, les savans, les philosophes de la Perse.

Ce n'était pas la coutume dans l'Orient , sépulture et surtout chez les Perses , de parfumer les dcs fwses corps morts, comme faisaient les Egyptiens, c. .6. pour les faire subsister plus long-temps. Ils ne les brûlaient pas non plus , pour les détruire plus tôt , comme c'était la coutume chez les Romains. Ils les inhumaient et les vendaient à la terre. Ce sont les propres termes de Cyrus, par lesquels il marquait que la terre était sa première origine. Nous avons remarqué ailleurs que cette manière de traiter les corps morts était plus conforme k l'humanité et à la religion.

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