‹ Abrégé de l'histoire ancienne de RollinChapitre 8 sur 19 · L . Jlexand. j · texte numérisé non relu

L . Jlexand. j

reux lurent un prétexte dont se servit la pre- 67i. tresse pour refuser de satisfaire Alexandre , qui était allé à Delphes pour consulter le Dieu. La prêtresse , qui prétendait qu'il n'était point alors permis de l'interroger , ne voulut point entrer dans le temple. Alexandre, qui était vif dans tout ce qu'il voulait , la prit par le bras pour l'y mener de force, et elle s'écria: Ah ! mon fils , on ne peut te résister ! ou bien ; Ah ! mon fils , tu es invincible ! A ces paroles , Alexandre s'écria , de son côté , qu'il ne voulait point d'autre oracle, et qu'il était content de ce qu'il venait d'entendre.

Le Dieu annonçait sa venue en secouant lui-même un laurier qui était devant la porte du temple, et en faisant trembler le temple jusqu'aux fondemens. Dès que la vapeur divine , comme un feu pénétrant, s'était répandue dans les entrailles de la prêtresse , on voyait ses cheveux se dresser sur sa tête ; son regard était farouche , sa bouche écumait, un tremblement subit et violent s'emparait de tout son corps; elle ressentait tous les symptômes d'une personne agitée de fureur. Elle proférait quelques paroles mal ar-

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f iculées , que les assistans recueillaient avec soin, et rangeaient comme ils voulaient (i). Lorsque la prophétesse avait été un certain temps sur le trépied , ils la ramenaient dans sa cellule , où elle était plusieurs jours à se Lik 5 remettre de ses fatigues ; et souvent, dit Lucain , une mort prompte était le prix ou la peine de son enthousiasme .

Numinis aut pœna est mors immaturata receptî , Aut pretium

Entre plusieurs marques que Dieu donne dans ses Ecritures , pour discerner ses oracles de ceux du démon, la fureur en est une. « C'est moi 5 dit Dieu , qui fais voir la faus- » seté des prédictions des devins, et qui force » ceux qui se mêlent de deviner , à prendre » tous les mouvemens des insensés et des fu- » rieux (2) ; » au lieu que le caractère propre et constant des prophètes du vrai Dieu , était de rendre les réponses divines d'un ton égal et modéré , et avec une noble tranquillité. Une autre marque distinctive, c'est que les démons rendent leurs oracles dans des lieux secrets, à l'écart, dans l'obscurité des antres; au lieu que Dieu rend les siens en plein jour et devant tout le monde (3). Ainsi, Dieu

(1) . . . . Cui talia fanti Antè fores , subito non vultus , non color unus , Non comptée mansêre comae : serï pectus anhelum , Et rabie sera corda tu ment ; majorque videri „ Nec mortale sonans , afflata est Numiue quando Jam propiore Dei. Virgil. JEn. I. 6. v. 46 5i.

(2) Ariolos in furorcm vertens. Isa. 44. v. 2 5.

(3) Non in abscondito locutus sum , in loco twrïe te» uebroso. Id. 45. 19.

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n'a permis au démon d'imiter ses oracles 5 qu'en lui imposant des conditions qui pouvaient servir à reconnaître la différence des vrais et des faux.

Le caractère propre et ordinaire des oracles, était l'ambiguïté, l'obscurité; et, s'il est permis de parler ainsi , l'entortillement ; en sorte qu'une même réponse pût convenir à plusieurs événemens tout différens et souvent même opposés. A la faveur de cet artifice^ les démons, qui ne peuvent point connaître par eux-mêmes l'avenir , couvraient leur ignorance., et se jouaient de la crédulité des païens. Lorsque Crésus , près d'attaquer les Mèdes , consulta l'oracle de Delphes sur le succès de cette guerre , on lui répondit , qu'en passant le fleuve Halys , il ruinerait un grand empire. Quel empire ? le sien, ou celui des ennemis ? C'était au prince à deviner ; mais quel que dût être le succès, l'oracle aura toujours dit vrai. Il en faut dire autant de la réponse du même Dieu à Pyrrhus :

Aio te , iEacida, Romanos vincere posse.

Il faut pourtant avouer , qu'à l'égard des événemens présens , la réponse des oracles était quelquefois claire et circonstanciée : l elle ;

fut celle qu'il fit à Crésus. Ce prince ayant fait consulter l'oracle sur ce qu'il faisait dans un certain temps , l'oracle répondit qu'il faisait cuire une tortue , avec un agneau , dans un vase d'airain; et cela était ainsi. La raison en Tsrtuh in est, que les démons ont une connaissance 4"^ très-étendue de ce qui se passe actuellement

dans le monde , par la facilité merveilleuse qu'ils ont de* se transporter , presque en un moment, en différens lieux. Que si l'on rapporte quelques oracles qui aient été suivis d'un événement précis, on doit croire que Dieu , pour punir l'aveuglement et la sacrilège crédulité des païens , a quelquefois permis que les démons eussent connaissance de l'avenir , et le prédissent assez clairement, Cette conduite de Dieu , quoique fort élevée au-dessus de la raison humaine , est soiwenfc attestée par les Ecritures.

On demande si les oracles, dont il est parlé si souvent dans l'histoire profane , doivent être attribués à l'opération du démon ou simplement à la malice et à la fourberie des hommes. On ne peut révoquer en doute, et c'est une tradition certaine et constante de tous les Pères de l'Eglise et de tous les auteurs ecclésiastiques , que le démon est l'auteur de l'idolâtrie en général , et des oracles en particulier. Ce sentiment n'empêche pas de croire que souvent il y avait de l'imposture et de la fraude de la part des prêtres et prêtresses , dans la réponse des oracles. On voit dans l'histoire Grecque que , plus d'une Plut, in Dé. fois , la Pythie de Delphes s'était laissé cor- • P' 834, rompre par des présens. Démosthène , qui soupçonnait, avec raison, Philippe de l'avoir gagnée , disait , avec esprit , que la Pythie phitippisait.

Par rapport au temps où les oracles ont cessé, tous les Pères enseignent unanimement que la naissance de Jésus-Christ leur a im~ posé silence , non pas tout d'un coup , maïs

most

à mesure que les hommes ont connu Jésus- Chbist, et que sa doctrine salutaire s'est répandue dans le monde. Quel honneur ne faisait point* à notre sainte religion ce silence imposé aux oracles par la victoire de Jesus- Chbist! Le premier venu d'entre les chrétiens, nous dit Tertullien, fermait la bouche Teriuf. à ces pères du mensonge, et les rendait muets, *t0'°S' ou s'ils parlaient , c'était pour faire un aveu public de leur faiblesse et de leur impuissance.

II est étonnant que mille fourberies, mille faussetés découvertes évidemment à Delphes et partout ailleurs , n'aient point dessillé les yeux des hommes, ni diminué en rien le crédit des oracles. Il subsista pendant plus de deux mille ans , et fut porté à un point qui ne se conçoit pas , et cela dans l'esprit des plus grands hommes, des philosophes les plus éclairés , et généralement chez tous les peuples les mieux policés, et qui se piquaient le plus de prudence et de politique. Il était réservé à la religion de Jésus-Christ, qui, en venant au monde , y a apporté la grâce et la vérité, de dissiper ces affreuses ténèbres qui couvraient le monde, et de décrier la vanité des oracles. Ce triomphe de la religion doit noue faire sentir quelle obligation nous avons au souverain Médiateur d'avoir dissipé cette profonde nuit dans laquelle tout le genre humain était enseveli.

Ton. II. y

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Article iii.

Des Jeux et des Combats

Les jeux et les combats faisaient partie de la religion , et entraient dans presque toutes les fêtes des anciens. Les instituteurs de ces sortes de jeux et de combats, qui sont les plus grands /îéros de l'antiquité , et le but qu'on s'était proposé , leur donnèrent un grand cours parmi les peuples les plus policés.

Les Grecs, naturellement guerriers et attentifs à former également le corps et l'esprit de leur jeunesse, avaient introduit ces exercices, et les avaient mis en honneur, pour préparer les jeunes gens à la profession des armes, pour fortifier leur santé, pour les rendre plus robustes , les faire à la fatigue , et les rendre plus fermes dans les combats. Ces exercices athlétiques leur tenaient lieu d'académie ; mais ils ne se bornaient pas à la bonne grâce, ils voulaient y joindre la force- Il y avait quatre jeux solennels dans la Grèce : les olympiques, les pythiques, les néméens et les isthmiques ; et afin qu'on y pût assister en sûreté , il y avait pendant tout le temps que duraient ces jeux, une suspension d'armes dans toute la Grèce, toutes les hostilités y cessaient. Les jeux olympiques, ainsi appelés d'Olympie, autrement dite Pise, ville de l'Elide dans le Péloponnèse , auprès de laquelle ils se célébraient après quatre ans révolus, avaient été établis en l'honneur de Japiter olympien. Les pythiques étaient consacrés à Apollon. Les néméens tiraient leur nom de la ville et forêt de Némée. Ils furent

ANCIENNE.' LIV. VIL ifa

établis ou renouvelés par Hercule, pour consacrer la victoire qu'il avait remportée sur le lion de la forêt de Némée. Ils se célébraient de deux ans en deux ans. Enfin , les isthmiques, ainsi appelés de l'isthme de Corinthe , où on les célébrait de quatre ans en quatre ans, étaient consacrés à Neptune.

Dans ces jeux, qu'on célébrait avec tant de magnificence, et qui attiraient de tous côtés une prodigieuse multitude de spectateurs et de combattans, on ne donnait pour toute récompense, qu'une simple couronne d'olivier sauvage aux jeux olympiques; de laurier aux jeux pythiques; d'ache vert aux jeux néméens, etd'ache sec aux jeux isthmiques. On est étonné de voir que le prix de la victoire soit si peu de chose ; mais on cesse de l'être , quand on fait attention au but que s'étaient proposé les instituteurs de ces jeux. Ils voulaient par là faire entendre que l'honneur seul devait conduire les combattans , et non pas un vil et bas intérêt. C'est sur ce même principe que Rome ne décerna à celui qui avait sauvé la vie à un citoyen, qu'une couronne de feuilles de chêne (i); n'ayant point voulu, dit Pline , mettre de prix à un service qui en effet n'en a point.

Les Grecs ne concevaient rien de comparable à la victoire qu'on remportait dans ces jeux; ils la regardaient comme le comble de la gloire , et ne croyaient pas qu'il fût permis à un mortel de porter plus loin ses désirs. C était pour eux ce que le consulat , dans toute sa splendeur , était pour les Romain?.

(i) Solulem cîvis in pretio esse noluerint.

Horace dit que les Grecs regardaient les vainqueurs comme élevés au-dessus de la condition humaine : ce n'étaient plus des hommes, c'étaient des Dieux (i).

Atheièu. Le nom d1 athlète est dérivé du mot grec à^loç , qui signifie travail. On donnait ce nom à ceux qui s'exerçaient à dessein de pouvoir disputer les prix dans les jeux publics. L'art qui les formait à ces combats , s'appelait Gymnastique , parce que les athlètes y paraissaient nus. Les maîtres employaient les moyens les plus efficaces pour endurcir le corps de ces jeunes gens aux fatigues des jeux publics , et pour les former aux combats. Leur régime de vie était trèsdur et très-austère. Ils n'étaient nourris, dans les premiers temps, que de figues sèches, de noix, de fromage mou, et d'un pain grossier et pesant. Le vin leur était entièrement interdit, et la continence commandée (2).

Avant d'être admis au combat , il fallait subir diverses épreuves ; par rapport aux mœurs , elles devaient être sans reproche ; à la condition , il fallait être libre; à la naissance , il fallait être Grec. On n'admettait aucun étranger parmi eux ; et lorsqu'Alexandre , fils d'Amynthas , roi de Macédoine , se présenta pour y disputer le prix, ses concurrens, sans aucun égard pour la dignité royale , s'opposèrent d'abord à sa réception , le

(1) Palmaque nobilis

ïerrarum dominos evehit ad Deos. Od. 1. /. 1.

(2) Qui studet optatam cursu contingere metam , Mulla tulit fecitque puer , sudavit et alsit , àbstinuit venere et vino. Hor. Art. Poet. v. 4 ta.

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regardant comme Macédonien ; et ce prince ne put parvenir à se faire agréer, qu'après avoir prouvé, en bonne forme, que sa maison était originaire d'Argos.

Les combats qui faisaient la meilleure partie des jeux publics, sont : le pugilat , la lutte, le pancrace, le disque, la course. On y joint aussi l'exercice du saut, celui du trait, et celui du cerceau , trochus. Il est temps de mettre nos athlètes aux mains, et de parcourir les différentes sortes de combats où ils s'exerçaient.

La lutte est un des plus anciens exercices La lutte. dont nous ayons connaissance , puisqu'elle était pratiquée dès le temps des patriarches ; témoin la lutte de l'ange contre Jacob , qui soutint si vigoureusement l'attaque de cet athlète céleste. Les lutteurs , nus et frottés d'huile , se colletaient deux à deux. Le but que l'on se proposait était de renverser son adversaire et de le terrasser. Pour cela ils employaient la force et la ruse, et jamais la fraude. Parmi les tours de souplesse ordinaires aux lutteurs, c'était un avantage considérable de se rendre maître des jambes de son antagoniste ; ce que nous appelons supplanter, donner le croc en jambes. Ce qui a fait dire à Plaute , en parlant du vin • c'est un dangereux lutteur , il s'attaque d'abord aux pieds (1).

Les athlètes qui se sont acquis chez le» Grecs plus de réputation à la lutte, sont IMilon de Crotone, dont j'aurai lieu de parler ailleurs, et Polydamas. Celui-ci, seul et sans (1) Captât pedes pi imùm , luctator dolosus est.

ibo HISTOIRE

armes , tua sur le mont Olympe un lion des Pausan i.6 plus furieux. Une autre fois , ayant saisi un * 358' taureau par l'un des pieds de derrière , cet animal ne put échapper qu'en laissant la corne de son pied dans la main de cet athlète. Lorsqu'il retenait un chariot par derrière , le cocher fouettait inutilement ses chevaux pour les faire avancer. Darius Nothus lui ayant mis en tête trois soldats de sa garde , des plus forts et des plus aguerris, notre athlète se battit contre eux trois, et les tua. Le pugilat est un combat à coups de poings, I d'où il tire son nom. Les combattans couvraient leurs poings d'armes offensives , appelées cestes, et leur tête d'une espèce de ea* lotte destinée à garantir surtout les tempes et les oreilles, comme les parties les plus exposées aux coups. Les cestes étaient une espèce de gantelets et de mitaines , composés de plusieurs courroies de cuir , qu'on fortifiait de plaques de cuivre, de fer ou de plomb. C'était de tous les combats gymniques, un des plus rudes et des plus périlleux , puisqu'outre le danger d'être estropié, les athlètes y couraient risque de la vie; et d'ordinaire ils sortaient du combat le visage tellement défiguré , qu'ils en étaient presque méconnaissables ; remportant avec eux de tristes marques de leur vigoureuse résistance, telles que des bosses et des contusions sur le visage, un œil hors de la tête, les dents et les mâchoires brisées (1).

(i) Crassumque cruorem.

Ore rejectantem mixtosque in sanguine dentés , Ducunt ad naves. JEn. I. 5. v. 469.

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Le pancrace , ainsi appelé de deux mots pancrace. grecs qui marquent que, pour y réussir, toute la force du corps y était nécessaire , était composé de la lutte et du pugilat. Il empruntait du premier les secousses et les contorsions, et du second l'art de porter des coups avec succès et de les éviter. C'était, de tous les combats, le plus rude et le plus dangereux.

Le disque était une sorte de palet, de figure Disque a: ronde, fait quelquefois de bois ; mais le plus Palet* souvent de pierre , de plomb , de fer ou de cuivre. Il était d'une telle pesanteur , qu'on avait bien de la peine à soutenir pendant quelque temps un pareil fardeau. Le but de cet exercice, comme de presque tous les autres, était de fortifier le corps. Le discobole ( i ), après avoir fait faire à son palet plusieurs tours, presque horizontalement, le lançait. La victoire était pour celui qui avait poussé son disque plus loin que tous les autres.

Entre les différens exercices que les Grecs cultivaient avec tant de soin , la course était celui qui tenait le premier rang. C'était par Couise là que commençaient les jeux olympiques ; et ce seul exercice en faisait d'abord toute la solennité. Il y avait trois sortes de courses: la course des chars, la course achevai, et la course à pied.

Dans la course à pied , il ne s'agissait que A p»**de parcourir une seule fois la carrière, à l'extrémité de laquelle le prix attendait le vainqueur , c'est-à-dire , celui des athlètes qui

(i) C'est ainsi qu'on appelait ceux qui s'exerçaient à ce combat.

A cheval.

Des chariots.

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était arrivé le premier. L'agilité des coureurs décidait ici du mérite des sujets et du prix de la victoire, tous partant à la fois de la barrière , dans le moment que le signal était donné.

La course simple du cheval monté par un cavalier, était moins célèbre chez les anciens. Il s'est trouvé cependant des personnes trèsconsidérables, et des rois mêmes qui ont cherché à s'y distinguer. Ce qui faisait aux spectateurs le plus de plaisir dans cet exercice, c'était l'adresse avec laquelle les cavaliers changeaient de cheval , et sautaient habilement sur un autre qu'ils prenaient par la bride. On appelait ces chevaux, desuitorii, et les cavaliers , desuitores.

Cette sorle de course était, de tous les exercices et de tous les jeux anciens , le plus renommé et celui qui faisait le plus d'honneur. Il ne paraîtra pas étonnant que cela fût ainsi, si l'on en considère l'origine. On voit clairement qu'elle venait de la coutume constante des princes , des héros et des plus grands hommes, de combattre à la guerre de dessus les chariots. On sent assez que la dépense excessive qu'il fallait faire pour les chariots, les chevaux et les ornemens des chars, excluait toutes les personnes pauvres de cette sorte d'exercice; et que tous ceux qui s'y présentaient , étaient des personnes considérables, ou par leurs richesses, ou par leur naissance, ou par leurs emplois. Les rois mêmes aspiraient à cette gloire , persuadés que la palme olympique rehaussait de beaucoup l'éclat du sceptre et du diadème.

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Les chars étaient attelés le plus ordinairement de deux ou de quatre chevaux de front. Bîffœ, quadrigœ. Quand on y attelait des mules , le char s'appelait pour lors «7T3qv>j. Les chars, rangés sur une même ligne, à un certain signal , partaient tous ensemble du lieu qu'on appelait Carceres. Ces courses ne se faisaient pas sans quelque danger; car, comme le mouvement des roues était fort rapide, et qu'il fallait friser le but en tournant, pour peu que l'on manquât à prendre le tour , le chariot était mis en pièces , et celui qui le conduisait pouvait être dangereusement blessé , et même être écrasé, comme on en a vu des exemples.

Il n'était pas nécessaire que ceux qui aspiraient à la victoire entrassent dans la lice, et conduisissent eux-mêmes le char; il suffisait qu'ils fussent présens au spectacle, ou même qu'ils envoyassent les chevaux destinés à mener le char ; et c'est pour cela que les dames pouvaient y être admises , pour y disputer la couronne aussi-bien que les hommes, et que plusieurs d'entre elles y ont remporté le prix. Cynisca , sœur d'Agésilas , roi paUsan.i.i de Laeédémone, fut la première qui ouvrit^ %:*' cette nouvelle carrière de gloire aux person nés de son sexe, et qui fut proclamée victorieuse dans la course des chars attelés de quatre chevaux. Cette victoire, qui jusque là n'avait point eu d'exemple . ne manqua pas d'être célébrée avec tout l'éclat possible. On érigea dans Sparte un monument superbe en l'honneur de Cynisca. Les poètes étalèrent toutes les grâces et les beautés de leur

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art pour chanter cette victoire, et transmettre à la postérité ce nouveau triomphe. Ellemême consacra, dans le temple de Delphes , un char d'airain attelé de quatre chevaux. ibid. l 6. On y ajouta dans la suite le tableau de Cy-

p. 344. nisca , peint de la main du fameux Apelles,

et l'on orna le tout de plusieurs inscriptions

en l'honneur de la noble et courageuse Spar-

taine.

Honneurs Ces honneurs et ces récompenses étaient

sesracc™dées ^e Pms d'une espèce. Les acclamations dont aux vain- les spectateurs honoraient la victoire des athlètes, étaient comme le prélude des prix qui leur étaient destinés. Ces prix étaient différentes couronnes , qui étaient toujours de palmes , que les vainqueurs portaient de la main droite. Quand le vainqueur retournait dans sa patrie, tous ses concitoyens allaient au-devant de lui. Revêtu des marques de sa victoire , et monté sur un cheval, il entrait dans la ville, non par la porte, mais par une brèche que l'on faisait exprès à la muraille. On portait des flambeaux devant lui , et il était suivi d'un nombreux cortège de personnes de toutes conditions, qui s'empressaient d'honorer ainsi son triomphe.

Un des plus honorables privilèges qu'on accordait aux vainqueurs, était le droit de préséance dans les jeux publics. Un second privilège , était d'être nourris aux dépens de leur patrie, et on les exemptait de toute charge et de toute fonction civile, onéreuse; mais le plus intéressant, et le plus capable de donner de l'émulation, et de faire de nobles efforts , c'était l'usage où l'on était de dater

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Tannée par le nom du vainqueur , qui , par là , devait se trouver à la tête de tous les fastes et de tous les actes publics , passés pendant l'année de la victoire.

L'éloge des athlètes victorieux était 9 chez les Grecs, un des principaux sujets de la poésie lyrique. La sculpture se joignait à la poésie, pour éterniser le nom et la mémoire des athlètes. On érigeait des statues en l'honneur des vainqueurs , dans le lieu même où ils avaient été couronnés , et quelquefois aussi dans celui de leur naissance; et c'était ordinairement aux frais de la patrie du vainqueur. Y a-t-il quelque aiguillon plus puissant pour des gens qui n'avaient d'autre but que la gloire humaine ?

Avant de terminer ce qui regarde les com- Différence bats et les jeux qui étaient en si grand lion- éfaifeTtieies neur dans la Grèce, je crois qu'il sera de quel- Grecs et ,es

, , . -il. Romans, par

que utilité pour la jeunesse, de lui mettre rapport au* sous les yeux la différence de goût qui était spcclacles" entre les Grecs et les Romains, sur la matière dont il est ici question. 11 est bon qu'elle sache, du moins en abrégé, combien, sur ce sujet, le caractère des Grecs était différent de celui des Romains.

Ceux-ci , nourris dans la guerre et dans les combats , conservèrent toujours , malgré la politesse dont ils se piquaient , quelque chose de leur ancienne férocité; et c'est pour cela que le sang et le meurtre , dans leurs spectacles publics, faisaient leur plus agréable divertissement. Dans les combats des gladiateurs, et celui des hommes contre les ours et les lions , le cri des mourans et le sang

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humain qui coulait de toutes parts, fournissaient un agréable spectacle à tout un peuple , cît au sexe même naturellement tendre et compatissant , qui y assistait en foule. Ils repaissaient leurs yeux homicides du cruel plaisir de voir des hommes s'entre-tuer de sang- froid, et de faire déchirer par les bêtes féroces, dans les temps de persécutions , des vieillards, des enfans, des femmes, de tendres vierges , dont l'âge et la faiblesse excitent ordinairement la compassion dans les cœurs les plus durs.

Dans la Grèce, ces combats étaient absolument inconnus; et sur la proposition qu'on fit aux Athéniens d'établir dans leurs villes un combat de gladiateurs : Renversez donc auparavant, s'écria Démonax (1), du milieu de l'assemblée ; renversez Vautel que nos pères , il y a plus de mille ans , ont érigé à la miséricorde. Un esprit de modération , de douceur et d'humanité qui faisait le caractère des Grecs , régnait dans leurs spectacles. Leurs fêtes n'avaient rien de triste et d'afïligeant. Tout s'y terminait parla joie, par l'amitié et la concorde. Ainsi , on ne peut disconvenir qu'ici les Grecs ne remportent infiniment sur les Romains , par la conduite, la sagesse et la modération.

Une seconde réflexion bien plus importante que la précédente, est que les jeunes gens doivent s'encourager à mener une vie sobre, réglée et tempérante , qui doit être récompensée d'une couronne incorruptible et immortelle , par la comparaison de ce aue i'es-

ANCIENNE. LIV. vir. l57

pérance d'une couronne corruptible faisait souffrir aux athlètes pour y parvenir.

ARTICLE IV

Des combats d'esprit.

J'ai réservé pour la fin une dernière espèce de combats, qui ne dépendaient en aucune sorte de la force , de l'agilité et de l'adresse du corps, et qu'on peut appeler , avec raison , des combats d'esprit , où les orateurs , les historiens et les poètes faisaient preuve de leur habileté. L'émulation , dans ces sortes de disputes, était d'autant plus vive et plus allumée , qu'il s'y agissait d'une victoire qui décidait du mérite, de l'esprit et de la capacité, qui sont les avantages qu'on ambitionne avec le plus d'ardeur, et dont on est le moins disposé à céder la gloire aux autres.

Tous les écrivains se rendaient de toutes Emulation parts à Olympie , pour y faire la lecture de eHieTpoèîes leurs ouvrages . trouvant cette voie la plusP°u,r dï?P*'

^ A x 1er le prix.

courte et la plus sure , pour se faire en peu de temps une grande réputation. En effet , toutes les bouches de ceux qui avaient assisté aux jeux, étaient comme autant de trompettes qui faisaient retentir toute la Grèce du nom et de la gloire de celui qui avait remporté le prix. C'est ce qui arriva à Hérodote , ce iuetan. in célèbre historien : Voilà ^ criait-on partout iïeVW*,6Mg où il passait , voiià celui qui a si dignement écrit nos histoires , et célébré les glorieux avantages que nous avons remportés sur tes barbares

Ce qui se passait aux jeux olympiques, par rapport aux disputes entre les poètes, n'est

l58 HISTOIRE

rien en comparaison de l'ardeur et de l'émulation qui régnaient à Athènes sur ce sujet. La raison en est bien sensible : c'est que jamais nul autre peuple n'a montré tant d'ouverture d'esprit, et n'a porté si loin le goût de l'éloquence, delà poésie et des sciences; la justesse du sentiment, la finesse de l'oreille, et même la délicatesse sur tous les 1 afïinemens Goût ex- du langage. Il y avait des juges ou cômmissai-

désuh'n èns res ? nommés par l'Etat, devant qui les auteurs

pour leti.éà- récitaient leurs ouvrages, soit comiques , soit tragiques. Ces juges donnaient leurs suffrages , et la pièce qui avait la pluralité des voix , était déclarée victorieuse, couronnée eomme telle , et représentée avec toute la pompe possible , aux frais de la république. Ce n'était pas toujours les meilleures pièces qui avaient la préférence. Mais dans quel temps la brigue, le caprice, l'ignorance et les préjugés jEaan. 1 2. n'ont-ils pas eu lieu ? Elien entre en mau-

«• 8 vaise humeur contre les juges , qui , dans une

pareille dispute 5 n'assignèrent que la seconde place à Euripide ; et il les accuse , ou d'avoir jugé sans lumière ou de s'être laissé corrompre par argent. Il est aisé de concevoir quelle ardeur d'émulation ces disputes et ces récompenses publiques excitaient parmi les poètes, et combien elles contribuèrent à la perfection où la Grèce a porté les pièces dramatiques.

Différais 0° appelle poème dramatique , celui dans

sortes de Poè-}eqUe[ on fait parler et agir sur le théâtre les

personnages mêmes; à la différence du poème

e i ue épique, où le poète ne fait que raconter de

son chef , indirectement et de suite, les aven-

ANCIENNE. L1V. VU. i5q

tares de ceux dont il parle. Il est naturel d'aimer les beaux récits de ce qui est arrivé de remarquable à des personnes illustres 5 ou à des nations entières : voilà l'origine du poème épique. Mais on est tout autrement tou- Dramatique. ché d'entendre des personnages eux-mêmes, d'être appelé clans la confidence de leurs plus secrets sentimens, d'être le témoin , l'auditeur et le spectateur de leurs résolutions, de leurs entreprises, de leurs succès heureux, ou malheureux. Lire et voir une action, sont deux choses bien différentes. Un acteur touche infiniment plus qu'une simple lecture ; voilà l'origine du poème dramatique , qui comprend la tragédie et la comédie. Elles avaient pris naissance l'une et l'autre chez les Grecs. Aussi les regardaient-ils comme des fruits nés de leur cru, dont ils ne pouvaient se rassasier. Cette avidité allait encore plus loin dans Athènes qu'ailleurs.

Le but de la tragédie est de toucher vive- Tragédie. ment le spectateur, et de l'attendrir sur les dangers , les troubles , les malheurs , en un mol , sur tout ce qui regarde les personnes illustres.

Si d'un beau mouvement l'agréable fureur

Souvent ne nous remplit d'une douce terreur,

Ou n'excite en notre ame une pi lié charmante,

En vain vous étalez une scène savante.

Le secret est d'abord de plaire et de toucher.

Inventez des ressorts qui puissent m'a (tacher. „ ..

Poet.

La comédie est , à proprement parler, une image de la vie commune. Son but est de montrer sur le théâtre les défauts et les vices, en y attachant un ridicule qui les rend

hè mcme .

Le même.

ibo HISTOIRE

méprisables, et ainsi d'instruire en divertissant : c*est le miscere utile duici d'Horace. C'est donc le ridicule , c'est-à-dire , la plaisanterie qui doit dominer dans la comédie. Le mal est que, pour intéresser le spectateur, elle fait toujours usage d'une passion bien plus dangereuse que les défauts ridicules qu elle entreprend de corriger.

Le théâtre perdit son antique fureur

La comédie apprit à rire sans aigreur

Sans fiel et sans venin sut instruire et reprendre ,

Et plnt innocemment dans les vers de Ménandre.

Chacun peint avec art dans ce nouveau miroir ,

S'y vit avec plaisir , ou crut ne s'y pas voir.

La tragédie doit sa naissance aux fêtes de Bacchus , célébrées pendant les vendanges. Dans ces premiers commencemens , îe poème tragique n'était qu'un tissu de contes bouffons , mêlés parmi les chants du chœur, qui entonnait les louanges de ce Dieu. Thespis y fit plusieurs changemens : le premier fut de promener ses acteurs ; l'autre , de les barbouiller de lie.

Thespis fut le premier qui , barbouillé de lie, Promena par les bourgs cette heureuse folie ; Et , d'acteurs mal ornés chargeant un tombereau , Amusa les passans d'un spectacle nouveau.

Les poètes qui se sont le plus distingués dans ce genre de poésie, sont : Eschyle, Sophocle et Euripide. Sous le premier, la tragédie prit une nouvelle forme. Il donna un masque à ses acteurs 9 leur chaussa le brodequin. Au lieu de charette, il fit bâtir un théâtre médiocrement exhaussé , et changea en-

tièrement le style , qui devint grave et sérieux; au lieu qu'il était auparavant enjoué et burlesque.

Eschyle, dans le chœur, jeta ses personnages; Le même

D'un masque plus honnête habilla les visages : Sur les ais d'un théâtre en public exhaussé , Fit paraître l'acteur de brodequins chaussé.

Sous Sophocle et Euripide , la tragédie acheva de se polir et de se perfectionner.

Pendant que la tragédie se perfectionnait comédie* ainsi à Athènes , la comédie , qui forme la seconde espèce du poème dramatique , et qui jusque là avait été fort négligée , commença à être cultivée avec plus de soin. L'une et l'autre tirent leur origine du fonds même de la nature. Les progrès de la tragédie ne contribuèrent pas peu à ceux de la comédie.

Des succès fortunés du spectacle tragique , Dans Athènes naquit la comédie antique.

Boileau.

Elle prit à Athènes, en différens temps, trois différentes formes , tant par le génie des poètes , que par les lois des magistrats , qui y apportèrent différens changemens. La co- Ancienne. médie qu'Horace appelle la vieille , tenait quelque chose de sa première origine , et de la liberté qu'elle s'était donnée, étant encore informe , de dire des bouffonneries et des injures aux passans, du haut du chariot de Thespis. Quoique devenue régulière dans son plan, et digne d'un grand théâtre, elle n'en était pas plus réservée. Nul n'était épargné dans une ville aussi libre , disons mieux , aussi libertine que l'était alors Athènes. Généraux , magistrats % gouvernement , Dieux mêmes ,

tout était livré à la bile satirique des poètes , et tout était bien reçu , pourvu que la comédie fût réjouissante et assaisonnée du sel attique. Trois poètes surtout illustrèrent la comédie ancienne : Eupolis , Cratinus et Aristophane. A cette comédie satirique et mordante , succéda la moyenne.

Moyenne. Celle-ci ne nommait plus personne sur le théâtre , conformément à la loi qu'en avaient faite les magistrats. Elle se mit à saisir le ridicule dans les hommes , et à tracer des caractères vrais et reconnaissables ; de sorte qu'elle gagna l'avantage de satisfaire plus finement la vanité des poètes , el la malice des spectateurs. Elle procura aux uns le plaisir délicat de se faire deviner , et aux autres , celui de

Nouvelle deviner juste en nommant les masques. Elle dura dans cet état jusqu'au temps d'Alexandre, qui refréna cette licence des poètes, qui s'augmentait de jour en jour. Et c'est ce qui donna naissance à la nouvelle comédie ; et , à proprement parler , à la belle comédie , qui est, comme j'ai déjà dit, une image naturelle de la vie commune.

Boileau. Chacun peint avec art dans ce nouveau miroir,

S'y vit avec plaisir on crut ne s'y pas voir. L'avare, des premiers , rit du tableau fidèle D'un avare souvent tracé sur son modèle ; Et mille fois un fat , finement exprimé, Méconnut le portrait sur lui-même formé.

C'est à Ménandre que le théâtre athénien doit sa perfection pour cette partie. Au jugement de Quintilien , ce poète , par la beauté de ses ouvrages, a obscurci , ou plutôt effa-

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cé la gloire de tous ceux qui ont écrit dans le même genre.

Eschyle , comme nous l'avons déjà remar- Description

J 7 . . .«u théâtre

qvié , fut le premier qui s avisa de construire des anciens. un théâtre permanent et solide, et de l'orner de décorations convenables. Il fut d'abord composé de planches , ainsi que les amphithéâtres qui s'élevaient par degrés. Mais ceuxci étant venus un jour à fondre tout-à-coup 9 parce qu'ils étaient trop chargés, cet accident engagea les Athéniens , fort entêtés de spectacles , à élever ces théâtres superbes , imités ensuite par les Romains

Le théâtre des anciens se divisait en trois 1>Ac^m' fees principales parties , qui formaient , pour ainsi inscriptions dire , trois différens départemens : celui des i3™,ete.pac acteurs , qu'ils appelaient en général la scène; celui des spectateurs, qu'ils nommaient particulièrement le théâtre, qui devait être d'une plus grande étendue, puisqu'à Athènes il con- Sirab< '• 9 tenait plus de trente mille personnes ; et l'or- Héro'd. i. s. chestre , qui était chez les Grecs le départe- c' 65 ment des mimes et des danseurs; mais chez les Romains , il servait à placer les sénateurs et les vestales.

L'enceinte des théâtres était d'un côté cîr culaire, formée par un grand demi-cercle, et carrée de l'autre. L'espace compris dans le demi-cercle, était la partie destinée aux spectateurs, où étaient les sièges, qui allaient tous en montant par différens étages, jusqu'au plus haut faîte du bâtiment. Le carrélong, qui était vis-à-vis , était réservé pour les acteurs. Enfin , l'intervalle qui restait au milieu, était ce qu'ils appelaient l'orchestre.

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Les grands avaient trois rangs de portiques, élevés les uns sur les autres, qui for-' niaient le corps de l'édifice, et qui faisaien aussi trois étages de degrés. Du dernier de ces portiques, qui était le plus élevé, les femmes voyaient le spectacle , à couvert des injures de l'air et du soleil : le reste du théâtre était découvert , et les représentations se faisaient en plein air. Chaque étage était de neuf degrés , en comptant le palier qui en faisait la séparation , et qui servait à tourner alentour. Ce palier contenait deux degrés, de sorte qu'il n'en restait plus que sept où l'on pût s'asseoir, et chaque étage n'avait par conséquent que sept rangs de sièges. Ils avaient quinze à dix-huit pouces de haut, et le double à peu près de largeur.

Tous les étages de degrés étaient divisés en deux manières : dans leur hauteur , par des paliers qui séparaient ces étages , et que les Latins nommaient prœcinctiones ; et dans leur circonférence , par des escaliers particuliers à chaque étage, qui les coupaient en ligne droite , et qui tendaient tous au centre du théâtre. Derrière ces étages de degrés , il y avait des corridors ouverts , par où le peuple venait en foule. Pour augmenter la force de la voix des acteurs , on avait imaginé des vases d'airain, placés sous les degrés du théâtre.

L'orchestre était divisé en trois parties. La première et la plus considérable, retenait le nom d'orchestre , hpyzl^oLu C'était la partie affectée aux mimes, aux danseurs, et à tous les acteurs subalternes , qui jouaient dans les

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entre-actes et à la fin de la représentation. La seconde s'appelait Svpéln , parce qu'elle était carrée, et faite en forme d'autel/ C'était le poste des chœurs. La troisième était pour la symphonie, et s'appelait v7roc-xyjvtov, au bas de la scène ou du théâtre principal.

La scène se subdivisait également en trois parties. La première , nommée principalement scène, était une grande face de bâtiment , qui s'étendait d'un côté du théâtre à l'autre, et sur laquelle se plaçaient les décorations. Cette façade avait, à ses extrémités , deux petites ailes en retour, et de l'une à l'au tre desquelles s'étendait une grande toile qui s'abaissait pour ouvrir la scène , et se levait dans les entre-actes , pour préparer le spectacle suivant.

La seconde, nommée KpoGY.'oviov ou loysïov^ par les Grecs; et, par les Latins, proscenium et vulpitum, était un grand espace libre, au-devant de la scène, où les acteurs venaient jouer la pièce, et qui , par le moyen des décorations , représentait une place publique , un simple carrefour, ou quelque endroit champêtre, mais toujours un lieu à découvert.

La troisième partie était un espace ménagé derrière la scène , appelé 7raj3a<rxïivov. C'était où s'habillaient les acteurs, où l'on serrait les décorations , et où était placée une partie des machines.

Comme il n'y avait que les portiques et le bâtiment de la scène qui fussent couverts , on était obligé de tendre sur le reste du théâtre des voiles soutenues par des mâts et des

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cordages , pour défendre les spectateurs de l'ardeur du soleil. Mais comme ces voiles n'empêchaient pas la chaleur , causée par la transpiration et les haleines d'une si nombreuse assemblée, les anciens avaient soin de la tempérer par une espèce de pluie, dont ils faisaient monter l'eau jusqu'au dessus des portiques, et qui retombant en forme de rosée , par une infinité de tuyaux cachés dans les statues qui régnaient autour du théâtre , servait non-seulement à y répandre une fraîcheur agréable , mais encore à y exhaler les odeurs les plus douces, cette pluie étant toujours de l'eau de senteur.

Ceux qui voudront pleinement être au fait de tout ce qui concerne les spectacles des anciens, le trouveront traité à fond dans l'ouvrage que nous a donné le R. P. Brumoi, jésuite ; ouvrage rempli d'une profonde et sage érudition, et de réflexions toutes neuves, tirées de la nature même des poèmes dont il « est parlé.

Réflexions au sujet des spectacles.

Réflexions, 0° pourrait marquer les causes du déclin

ctc et de la corruption d'Athènes * mais il n'en

est peut-être pas qui y ait plus contribué que

la passion de ce peuple pour les représenta-

Passion ^ons du théâtre. Le goût , ou plutôt la fu-

pour le théâ- reur des spectacles , était portée à Athènes à

tre, l'une des , , F , r -. -, ,

principales un tel excès , que les tonds des arméniens de causes du dé- terre et de mer se consumaient en ornemens

ciin , au re-

Hci.ement et de théâtre , à enrîr.hir des poètes et des co-

tion d'Athè" médiens , et à célébrer des jeux et des fêtes.

Après ceia? est-il surprenant qu'une vie aussi

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douce et aussi délicieuse , ait amolli le cœur des Athéniens; que la valeur militaire , comme le leur reproche un auteur, n'ait été comptée pour rien chez eux, qu'on ait plus ap- Jnstinitn. plaudi aux grands capitaines , et qu'il n'y ait pins eu d'acclamations et de louanges que pour les bons poètes, et pour les excellens comédiens ? Ce n'étaient plus ces Athéniens de Marathon, de Salamine et de Platée. Quel prodigieux changement ! Il est vrai qu'il n'avait pas été subit, et qu'iis étaient venus par degrés à cet excès de relâchement. D'abord on eut beaucoup d'attention à conserver le respect pour les bonnes mœurs; et on montra, dans plusieurs occasions, une extrême délicatesse sur ce point. Mais enfin , amollis et efféminés parle goût excessif pour le théâtre , et les délices qui régnaient dans leur ville , les poètes franchirent bientôt cette barrière; et les Athéniens achetèrent le plaisir de rire aux dépens de F honnêteté , de la probité , et de leur ancienne gloire. Car on doit regarder, sans exagération , la passion des Athéniens pour les représentations du théâtre, comme le tombeau des bonnes mœurs, de la gloire et de la liberté d'Athènes.

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