DANOIS
CANUTE.
Apkès la mort d'Edmond 9 personne n'eut la valonté ou la ltardie9Be> de renonTeleri k f gard de Cannte, une sanglante et mutile contestation : il fut élu roi d' une voix unanime par la nation» Son premier soin fut de s'affermir; pour cela y il songea à se débarrasser des enfants d'Edmond, sans toutefois tremper sa main dans leur sang; ^1017) il les envoya à.Olave^ roi de Suède , qm^ lui-même y le» fit conduire à la cour d'Etienne , roi de Hongrie. Ce prince les fitéleyer comme ses propres enfants. £d* mond mottrjoyt dans sa Jeunesse $ Edouard épousa Agathe , . fille de rèmperetir de ' Ger^ manie; il réclamera plus tard Taltention du lecteur. Edwy 9 frère d'Edmond, fut assassiné- Edouard et AUredyfrères utérins d'Edmond^ b'étoient réfugies en Normandie, auprès du duc Richard , leur oncle y et celui-ci aToit armé une flotte pour soutenir leurs prétentions. Canute , que cet âtonement inquiétoit^ lui demanda en mariage Emma, sa soerur, veuye d'Eihdired. Richard n'y consentit qu'a^
134 HISTOIRE D^AIlGtEIERREi.
^vec répugnance; maisrEmma, jeune encore, et ambitieuse, consentit, pour remonter sur le.
' trône, à épouser rennemi le plus acharné de son premier époux, le spoliateur de ses enfants, et celui qu'on soupçonnoit d'être le meurtrier de ses gendres. Ce mariage fut la source de grands événements»
Le çonquérant divisa ensuite le royaume éH*
. quatre gouvernements; il garda le Wessex pour lui-même, donna TEst-Auglie à Thurchil, et conserva Eric et Edric dans lé Northumberland et la Mercie. Celui-ci roçut enfin le prix de toutes ses trahisons : Aux fêtes de Noël,
3ue le roi célébroit à Londres , il eut Timprueiice de rappeler ses services r Canute , se tournant vers Eric j s'écria : « Qu'il reçoive donc ce qu il méritei afin qu'il ne nous tra- . hisse pa», comme il a trahi Ethelred et Ed* mondi » Le Norwégien le tua d'un coup de sa ' hache d armes i et le corps fut jeté dans la Tamisé.
Canute, se croyant solidement assis sur le trône, fit tous ses efforts pour gagner raffec-* tién de ses sujets angiloi^ La présence de l'ar-' mée*danoise étoit pour eux un sujet continuel d'inquiétude et d'animosité: il ne désiroit pas moins qu'eux d'en délivrer le pays, mais ,1a ^'eeonndissanice jet. la polttiépie lui^ presicri- Voient de ne point la renvoyer sans l'avoir dignemjsm récompensée. (1018) A cet e£fet, on imposa ime sommé ode 15,000 livres sur les^ . citoyens de Londres, et une autre de 72,000 sur le reste de la nation z oette charge , UMH aeeablaiite qu'elle étoit, fut supportée avec uiie grande soumission; dès que Ton eii comprit le
CAifutE* 13Sr
bot réel* U ne eonserva arec lai que trois mille
hommes, qui composoient proDablement le thinginarma , ou la garde royale i toujours portée à ce uoiubre : on possède encore les lois qu'il rédigea pour eux. Elles aToienI pour objet de prévenir les querelles, et, par conséquent, toute effusion de sang. Le roiimaiheo^ reusement , jfat le premier à yioler ses propres lois: ÎX tua un soldat dans un accès de colère. Sur-le-champ il assemble les thiugroans, des'^ cend de son ir^ne , et se eondamne lai*mème à payer 360 talents d'or^ neuf fois Famcnde ordinaire.
Canute avoit été baptisé ayec ses enfants : toutefois y jusqu'alors les doetrineis du chris*' tianisme lui avoientétépeu connuefs; ilacheva de.s'en instruire > et elles produisirent x^epro* dige,quiletirestsifamiIier,d'adoncirla férocité de ce fougueux caracièie. Le cruel roi de la mer devint un roi Juste et bienfaisant; ii s'occupa deréparer les maux que ses rdpaci tés et cci^ les de sou père avoient causés , se déclara le protecteui: des indigènes coi^tre la violence et Tinsolence de ses favoris danma , et établit , aniant qu'il étoit possible ^ Tégaliié entre les deux nations ; il releva les églises et les monastères qu^il«a¥oit détruits^ et fonda llii-méme plu* sieurs de ces pieux monuments.
Dans un Witena gemot, tenu à Oxford, Canute confirma les loiâ d'Edgar , et engagea les thanes anglois et danois à oublier mutiueUe'ment leurs anciennesroffenses. 11 fit établir, par un autre Witena-gemot, à Winchester, un Code, de lois fort sages, basées sur les ordon- * nances des anciens rois. Ces lois régloientrad-*
1S6 mstoiiiB Â^AirdHTttiikE.
miaistraiiou de la jugttfle, défendoiisut la Tente dea esclaves chrétiens en pays étratigetft; interdiscHent culte idolâtrique que les Da^ nois avoient introdtiit dans Tlle; établfssoient la jurisprudrace propre à chaque grande divi^' ^on du royaume v aUég;eoient les peuples d'uAe , partie des redevances féodales qui étoient exœssÎTes ; régloient ce qui concornoit les mariages ét les suceesriôasi Ati|g^dis et Danois fti*rent tenus d'observer ces lois, sous des peines très sévères. ^ '
Canute résidoit ordinairement en Angle*^ terre ; cependant le Danemark étoit aussi Tobjet de ses soins; et ses anciens sujets le voy oient souvent arriver sur une Hotte an^loise , et acoDinpagné de ni4ssionMBdres qu'il chargeott de les instruire et de les civiliser. Dans un voyage qu il y fiteu 1025, il y fut attaqué k F improviste, / et battu par usiearmée nombreuse de Suédois ',, que comiàttndoient mit et Olave. Godwin ^ qui commandoit l'armée angloise, répara cet échec ; attaqua pendant la nuit le camp de Fennemt , et dispersa? entièrement son- iinnée.
Depuis, ce même Olave était parvenu à chasser de la Norwége Haco^ frère d'Eric, à qui &#eyn, père de Canute, en avoit donné le gou**^ vernement. Celm^sv, ayant ftrit voile peut* la* s Norwége avec cinquante vaisseaux, rétabUt son vassal , f et reçut des peuples le serment d'allégeance, ou de fidélité, qu'ils avolem défà juré à Olave. Toutefois, Haco, s'étant noyé u de temps après, Olave reconquit aussitèi . Norwége.
Les derniers efforts de Canute furent dirigés
contre l'Ecosse» Nos annalistes rapportent que
Dunçan, qui possedoit le Cumberland y comme neveu et héritier de Malcolm^ refusa de le tenir de Canute , parce que la couronne de ce prince ne lui ëtoit pas échue par droi t d' hérédité; mais ce différend s'arrangea à la gloire de Canute.
Les courtbahs de ce prince avoient coutume de l'exalter comme le plus grand des rois. Le bon sens de Canute méprisoit jeette flatterie. Datis Tune de ces occasions , comme il étoit assis sur plage, près de Southampton y il commanda à la mer de respecter son souverain ; mais le reflux de la marée l'ayant, bientôt obligé à se retirer, il profita de cette circonstance pour faire à ses courtisans une leçon sur l'inanité des rois dé la terre t alors qu'on les compare à Tétre suprême qui gouverne les. éléments. Plein de cette pensée^ Oîi dit qu'à son r^itour a Windoiester, il déposa sa couronne sur le grand crucifix de la cathédrale, et ne la porta plus depuis ce jour, même dans- les cérémcMdies publiques*
"Eh iOâO , il fit un pèlerinage à Ronte, visi* tant sur sa route les églises les plus célèbres , ^ y laissant partout des marques de' sa dévotion et dé sa libéralité. Une lettre qu'il écrivit duDanemarckjOÙ il s'ctoit rendu directement après son retour de Rome^ et qu'il adi'eâsoit aux évéques, aux thanes^ et à toute la natiôiï angloise ; lettre où il fait la description de son voyage dans la capitale du monde chrétien » prouve le changement surprenant que la religion avoit opéré dans les idées et les sentiments de ce guerrier féroce et sanguinaire. Le temps Ta conservée. '
Il vécut encore trois ans après son pélerl-
ft
138 HISTOIRE d'aNGLETERHE.
nage, e^ mourut, en 1035^ à Shaftesbury^ lient
deux enfants; un fils, qu'il appela Hardicanute, ou CanuLe-le-Hardi , et une iille , nommée Gu- « nibida , mariée a Henri , tils de Conrad et empei?eur de Germanie. Avant son mariage , il a voit eu d'Àlfgive^ fille d'Althem, comte de Nonhampton, deux fils illégitimes^ Sweyn et Harold.
. HAROLD P1KD.DE.L1ÈVRE.
D'après les convcnlions de mariage entre ^ Canute et Emma ^ la couronne devoit pas-' ser à Hardicanute; mais ce prince s'élant hâté d'aller prendre possession du Dane* marck, son absence excita Pambition de Ha-, roid| son frère illégitime^ dont les intérêts furent vivement épousés par le thingmanAa à Londres, par tous les Danois en général et par les Anglois du nord. Les comtés du sud se divisèrent entre Hardicanute et l'un des deux fils d'Ethelred, qui résidoit toujours en Normandie. On étoit à la veille d'une guerre civile» si on accommodement n^avoit eu lieu dans nn Witena-gemot tenu à Oxford. (1036) On remît à Harold Londres et les divisions septentrionales du royaume; les comtés situés sur la rive droite de la Tamise tombèrent en partage à Hardicanute, qui, pendant son absence, en confia le gouvernement à sa mère Emma et 4 l'éaldorman Godwin.
Edouard, i'aînë des fils vivants d'Ethelred, et depuis roi d'Angleterre, partit de Normandie sur ces entrefaites , traversa le détroit avec quarante vai§seaux^ et débarqua à Southamp-
HAAOLp P1ED-I>E*LIÈ¥R£. iâS
Ion; mais Emma 9' sa mère , plus attachée aux:
enfants qu'elle avoil de Canute, qu'à ceux qui provenoient de son mariage avec Elhelred, fit échouer -$on projet. Quelque temps après son frère Alfred voulut renouveler la même . entreprise et en fut. la victime. Sur une lettre écrite en apparence par Emma , il lève un petit corps de troupes , et va débarquer en Angleterre. Godwin vient au devant de luil'as- ,surer de sa foi ; il l'engage à se diriger par Quildfort, ou il le fait loger, lui et ses cpm-» pagnons, divisés par petits corps, chez les habitants. Les satellites de Harold arrivjent. au^ilieu de la nuit, surprennent les étrangers au lit| et les gardent jusqu'au lende<> main , pour en faire une horrible boucherie* On les rangea sur une ligne, les mains MééB derrière le dos; sur dix, on en mit un en liberté; on en choisit quelques uns pour en faire des esclaves ; la scène qui suivit ne tro^-^ veroit pas sa pareitie dans les annales des sauvages américains. On mutila, on aveugla^ les malheureuses victimes; on les acalpa, on leur coupa les jarrets, on leséventra, selon le caprice on la barbarie des bourreaux ; le prince lui-même fut conduit de force à Harold , et de là envoyé à Tile d'Ely, sous la surveillance] • d'un thane, qui aggravoit la situation horrible de son prisonnier par ses insultes et ses menaces. Monté sur un méchant cheval, leS; pieds liés sous la selle, dépouillé de ses habits, on exposa en route le fils d'Etheh ed à la dérision, ou plutôt à la commisération, des spectateurs* Il parut à Ely devant une cour scélérats, 6L fut condamné a perdre les yeux. La
140 * itisTOiBE d'angleterm.
sentence fut exécutée par le bourreau ; et Vinfortuné princè , après avoir laugui quelques jours; expira par la violence de ses douleurs ï ou sous le poignard d'un assassin.
Emma, eu apprenant le sort de son Rh^ çraignit pour elle-même et prit la fuite. Baudouin de Flandre lui offrit à Bruges un asile sûr et honorable. Alors Harold, sans compétiteur , fut élu par les thanes^ roi d'Angleterre, à runanimite. Après un règne obscur de quatre années, il mourut en 1040, et fut enterré à Westminstei*/L* habitude qu'il avoit d'aller • à pied , et la rapidité de sa marche , Tavoient fait surnommer Pied-de-Lièvrc.
hardicandte/
Uardicanute, par Tinstigation de sa mère, et sur rinvitation des principaux thanes , ne tarda point à aller revendiquer ses droits. Il fût reconnu sans difficulté; mais un des^premiers actes de son gouvernement excita un mécontentement général: il voulut augmenter les iinpots , afin de conserver une solde aux troupes qu'il aroit amenées avec lui de Danemarck. Il s'ensuivit quelques troubles qu'il . étouffa par des châtiments sévères. Ce prince exerça ensuite , à l'égard -d'Harold, un acte d'impuissante vengeance, dont la folie égaloil la cruauté : il fit ouvrir sa tombe, le fit décapiter et jeter dans la Tamise; mats ses restes, retrouvés par des pécheurs j furent enterrés au cîîiletière de Saint-Clément , sépulture ordinaire des Danois. Godwin, accusé du meurtre d'Alfred par l'archevêque d'York , nia le fait,
ÉDOUAaO LE COKF£S&£lia. Hl
se fit légalement absoudre par son serment et par ceux d'un jury de ses pairs, recouvra la faveur du roi,, et eut partencorei avec Emina, a l'administra lion du royaume.
'On donne a Hardicanute des mœurs douces.* Sa table étoit abondamment servie quatre fois par jour, et ce n^étoit pas un léger mérita aux yeux des chefs de la nation, passionnés pour les plaisirs de la table. Il -fit venir de Normandie Edouard» son frère utérin, et lui donna un établissement de prince ; il maria sa sœur Gunihlda, la plus belle femme de son. sjiple, à l'efnpereur Henri. Tous les thanes, l|Mois et danois , voulurent accoi^Ptgner la princesse jusqu'au rivage, et jamais, avant celle époque, on n'avoit vu en Angleterre un au&si magnifique étalage d'or , d'argent, de pierres précieuses , de vêtements de soie , et de chevaux superbes.
Le caractère du roi annpnçoit un règne paisible ; mais il étoit de complexion foible , et sujet à de fréquentes maladies. Il mourut subitement à Lambetb , au moment où il honoroit de sa. présence les noces d'un noble da* nois. Il ne laissa point d'enfants, et sa mort sépara la cour.onne d'Angleterre de celle de Danemarck. ,